CHAPITRE IX
<< Monsieur le Président,
» On m'assure, que, dans une pensée bienveillante, vous avez conçu le projet d'élever les traitements ecclésiastiques.
» Permettez-moi de vous communiquer à cet égard, et en mon nom personnel, quelques réflexions.
» Dieu, qui voit vos intentions, Monsieur le Président, vous en tiendra compte.
» Dieu sait aussi que l'episcopat n'a prévenu par aucune sollicitation la pensée du Chef du gouvernement à cet égard.
» Mais les hommes sont souvent injustes. Les préventions et les préjugés contre le clergé ne sont .point entièrement tombés. On nous accusera ; nous en souffrirons, et la religion avec nous.
» Nous sommes dans des. temps malheureux. Il ne faut pas qu'on puisse reprocher au clergé d'avoir, en de tels temps, ajouté, même pour une faible part, aux charges publiques.
S) Sans cloute, dans une situation meilleure, nous pourrions faire de plus abondantes aumônes, et exercer envers nos prêtres une plus large hospitalité. Mais, audessus de ce bien, il y a un bien plus élevé et plus nécessaire, c'est celui de la considération et de la dignité de notre caractère et de nos personnes si étroitement liées d<ms l'esprit des peuples avec le respect de la religion elle-même. Voilà ce qu'un devoir et un intérêt supérieurs nous obligent par-dessus tout à ménager, et ce sont là, Monsieur le Président, des pensées que vous ne pouvez manquer de comprendre et de partager.
» Si vous voulez donner suite à la grave pensée qui vous préoccupe, et venir efficacement au secours de la religion, sans la compromettre, il est des services qu'elle réclame depuis longtemps dans le visible intérêt des peuples : relever tant de pauvres églises en ruines, établir de nouvelles succursales, créer des vicariats dont beaucoup de paroisses de campagne ont un si grand besoin : voilà des œuvres de l'intérêt religieux le plus vrai et le plus populaire.
y> Vous comprendrez, Monsieur le Président, les motifs
qui me dictent ces réflexions dans l'intérêt commun de l'Eglise et de l'Etat, et vous daignerez excuser ce qui pourrait paraître indiscret dans ma démarche.
» Je suis avec respect, etc. »
Lorsque, au mois de septembre de la même année, le Président entreprit, dans les départements, ce voyage qui fut comme la préface de l'Empire, il ne mit pas dans son programme de s'arrêter dans la ville de cet évêque. Mais comme il y devait repasser à son retour, le 18 octobre, il descendit de son wagon pour recevoir à la gare les autorités. L'evèque n'eut pas le mauvais goût de s'abstenir. Accompagné de ses vicaires généraux, il se trouva près du wagon du Président, et simplement il s'inclina devant lui au passage : «Monseigneur, lui dit le prince, j'espère avoir un jour l'honneur d'être reçu par vous dans votre cathédrale, à la tête de votre clergé. » De nouveau l'évêque s'inclina sans répondre1.
Mais telle n'était pas l'attitude de tous les catholiques : il y en eut qui, dans leur enthousiasme, se firent, non pas seulement les adhérents, mais les théoriciens, les doctrinaires du césarisme, reniant, conspuant ces libertés politiques qui avaient été pendant tant d'années leur drapeau, et compromettant l'Eglise elle-même avec un parti, victorieux d'un jour, nullement sur du lendemain : enthousiasme qui devait recevoir d'un si prochain avenir de si cruels démentis.
L'évêque d'Orléan s voulut arrêter le clergé sur cette pente, et, sans condamner ce qu'il peut y avoir de libre dans les conduites politiques, signaler ce qu'il peut s'y rencontrer aussi pour l'Eglise de dangereux. Tout à coup, pas le surlendemain, mais le lendemain même de la proclamation de l'Empire, et sans laisser le temps de se produire aux manifestations qu'il voulait empêcher, le 3 décembre 1852, il publia, quoi? Un dithyrambe en l'honneur du nouveau souverain ? Non, un solennel avertissement à ce souverain et aux catholiques : et, par une de ces intuitions qui lui étaient familières, dès le premier jour du règne, en aperce-