CHAPITRE IX
toute théorie absolutiste. » D'autres faisaient autrement. Lorsque, en 1855, pour faire contrepoids à cette école, M. de Montalembert et quelques-uns de ses amis, MM. de Falloux, Foisset, Cochin, de Broglie, qui avaient travaillé toute leur vie h rapprocher de l'Eglise la société moderne, entreprirent de réorganiser le Correspondant, l'évèque d'Orléans les couvrit notoirement de son patronage, les honora de ses conseils et plus d'une fois de ses communications. Plus d'une fois aussi il partagea les attaques dont ils étaient l'incessant objet. On sait maintenant la vérité sur cette réunion d'Augerville, où M. Berryer, pour recevoir lévêque d'Orléans, pendant une tournée pastorale, avait réuni plusieurs de leurs amis communs, MM. de Montalembert, de Falloux, de Salvandy, ainsi que MM. Thiers, Mignet, Vitet, tous membres de l'Académie française. On a raconté ces entretiens : les curieuses révélations de M. Berryer et de M. Thiers sur la révolution de 1830; les déclarations si nettes de celui-ci en faveur de la monarchie; les adjurations pressantes de M. de Falloux pour qu'il eût le courage de dire à son pays ce qu'il venait de déclarer à ses amis; et la réponse, enfin, de M. Thiers à ces instances : « Je suis monarchiste autrement que vous, à certains égards, mais autant que vous ; je suis convaincu de la supériorité du système monarchique : je suis convaincu surtout que le tempérament français et le système républicain sont incompatibles ; quand il ne s'agira plus que de s'entendre sur les nuances, vous me verrez faire pour la monarchie ce que vous m'avez vu faire pour la religion avec vous, avec mon vénérable ami, l'évèque d'Orléans. » Et en prononçant ces mots, M. Thiers se levait pour serrer les mains de M. Dupanloup, qui fondait en larmes. « J'affirme, poursuit M. de Falloux1, dont nous citons le récit, que, en ce moment, M. Thiers était sincère; j'affirme que sa conviction et son langage n'ont pas varié jusqu'à la terrible année 1871. »
Que devint, dans les récits d'une certaine presse, cette réunion? Une intrigue orléaniste, Y intrigue d'Augerville.