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CHAPITRE IX

en une multitude d'occasions sans cesse renaissantes, le concert avec les autorités laïques est indispensable au bien et la lutte n'est légitime que quand elle est nécessaire. L'attitude du pouvoir ne l'y obligeait pas, et sa nature conciliante ne l'en éloignait pas moins. Aussi l'avonsnous vu unir avec empressement ses efforts à ceux de MM. Dubessev et Boselli , pour le bien commun, dans cette œuvre tutélaire des écoles de Sœurs ; et s'entendre aussi avec le gouvernement, avec le conseil général, avec Ja municipalité orléanaise , pour la reconstruction de la flèche de Sainte-Croix. Ses relations avec la magistrature étaient empreintes du même esprit de concorde, de convenance et de dignité, peut-être avec une nuance de cordialité de plus. 11 ne manquait jamais, quand il se trouvait à Orléans, d'assister à la séance de rentrée de la cour. Le premier président, M. de Vauzelles, pour n'en pas nommer d'autres, fut pour lui un ami : l'affectueuse et réciproque estime du magistrat pour l'évèque et de l'évèque pour le magistrat, était connue. Et ces rapports, toujours si dignes, avec simplicité, n'étaient pas seulement politesse et usage du monde, le savoir-vivre avec le charme le plus séduisant des manières : l'évèque, le pasteur, qui voulait aller jusqu'à l'âme, s'y faisait sentir toujours ; mais avec quelle délicatesse ! C'était là une forme aussi de son apostolat, et non pas toujours la moins récompensée. Qu'on nous permette de citer ici une parole que nous recueillîmes de ses lèvres un jour que, se croisant avec un membre de la Cour sur la place de Sainte-Croix, il avait été salué par lui avec ce respect particulier des magistrats Orléanais envers leur évèque : « Mon ami, nous dit-il, et avec quel accent ! voyez-vous, c'est là une àme que j'aurai. »

Le bénéfice de ces attentions et de ces délicatesses de la vie privée se retrouvait dans les grandes circonstances.

Orléans, disions-nous, est la ville de Jeanne d'Arc; ces deux noms ne se séparent pas. Cependant, sa place principale, celle où apparut pour la première fois la Pucelle, sur son cheval blanc, au milieu des acclamations de la

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foule, et d'où elle se rendit a la cathédrale, pour tout commencer par la prière, ne montrait aux étrangers qu'une statue insuffisamment digne de la ville et de son héroïne. Le patriotisme Orléanais réclamait un autre monument. Un artiste de talent, M. Foyatier, le lui donna; c'est une statue équestre de la Pucelle victorieuse : le regard au ciel, par un mouvement plein de noblesse, elle abaisse son épée devant Dieu. Plus tard, un autre artiste compléta le monument par des bas-reliefs pleins de vie, qui retracent sur les quatre faces du piédestal les principales scènes de cet épisode héroïque de notre histoire. Il s'agissait d'inaugurer ce monument. A cette occasion, on songea à rendre leur antique éclat aux fêtes de la Pucelle, depuis quelques années interrompues. Le programme combiné entre le maire, M. Genteur, et l'évêque, fait que rien ne ressemble à ces fêtes dans aucune ville, comme, en effet, nulle héroïne ne ressemble à Jeanne d'Arc; c'est une journée de la vieille France dans la France nouvelle. La veille, du lieu ou s'élevait autrefois le fort des Tourelles, dont la prise par Jeanne d'Arc décida la délivrance d'Orléans, part une procession militaire aux flambeaux, qui suit le chemin parcouru par Jeanne elle-même, jusqu'à Sainte-Croix, ou elle vint chanter le Te Denm de la victoire : alors, de l'hôtel de ville voisin sort la municipalité, la bannière de Jeanne d'Arc en tète; l'évêque apparaît sur le perron de la cathédrale avec le clergé; le maire lui remet la glorieuse bannière : c'est coin me l'embrassement de la patrie et de la religion! A ce moment-là, les derix tours s'illuminent de la base au sommet; les clairons sonnent : c'est dans la foule un frémissement d'enthousiasme indescriptible. Le lendemain, après la messe solennelle et le panégyrique traditionnel, la pompe orléanaise se déploie, magnifique, dans les rues de la cité. Ce jour-là, on y avait ajouté une cavalcade historique, qui devait représenter, avec les costumes du temps, la Pucelle et ses héroïques compagnons, Dunois, La H ire, Xaintrailles et les autres. Il est évident que d'une telle fête la religion ne peut être absente, ou plutôt que le sentiment religieux fait cejour-ià partie intégrante du patriotisme. Mais qui

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