‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 99 sur 231 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

» Sur ce, Monseigneur, je suis en vénération votre bien humble serviteur et ami, si vous le permettez. »

L'évêque d'Orléans reçut cette lettre en tournée pastorale : il répondit :

« Auvilliers, le 10 avril 1855. Monsieur le Premier Président et trop bienveillant ami, vous voyez bien que je me laisse vite entraîner par vous aux indiscrétions de mon cœur; mais aussi comment résister à vos paroles? Je n'avais pas d'autre motif pour renoncer à ce panégyrique que ma fatigue et l'accablement de mes occupations. Je vous le dis à vous en toute simplicité, les Anglais ici ne m'ont préoccupé en rien, pas plus que M. Tissot; mais encore faut-il avoir le temps, et je ne l'avais pas, à ce point qu'avant de quitter Orléans pour faire ma visite pastorale, je n'aurais pas pu donner deux heures à la méditation de ce panégyrique. Mais vos aimables instances et celles de M. le maire m'ont vivement touché, et je me suis mis ces jours-ci, en allant d'un village à l'autre, à étudier de nouveau votre Jeanne d'Arc, et je dois avouer que c'est un sujet incomparable. Si l'on avait pu se contenter d'un simple récit, je n'aurais pas refusé de le faire, et dans le fait un évéque ne pourrait guère refuser de raconter à ses diocésains ce que Dieu a fait de si grand pour eux. Mais c'est un discours qu'il faut, et voilà ce dont je suis incapable. Et encore, si je me chargeais de ce récit, resteraitil une grande délicatesse envers M. Deguerry, qui s'est chargé de me remplacer.

» Vous voyez mes difficultés, et cependant vous voyez aussi tout ce que peuvent sur mon cœur les sommations du vôtre... »

La fête fut admirable; « mais, ce qui domina tout, dit un témoin oculaire, ce qui restera, c'est le panégyrique de Jeanne d'Arc prononcé par l'évêque d'Orléans. Merveilleux discours qui nous a, durant cinq quarts d'heure, attachés, émus, soulevés, indignés, attendris tour à tour ». D'une grâce touchante dans la peinture de l'enfance de Jeanne, l'Idylle; dans le tableau des combats, l'Epopée, intrépide, ardent, comme un guerrier, au point qu'un brave général présent dans l'auditoire laissa échapper ce

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mot : « Quel soldat! s'il nous commandait à Sébaslopol, nous ne serions pas si Longtemps à le prendre! » et eniin, dans le drame final, le Martyre, pathétique, émouvant : tel il fut dans ce discours qui, en somme, comme il l'avait promis, n'était qu'un récit, mais quel récit! avec une introduction superbe, et une conclusion plus magnifique encore; surtout il y avait cette action, qui était si belle toujours, mais qui le fut plus que jamais ce jour-là, tant son àme de grand orateur, sous la secousse de ces scènes héroïques, était elle-même émue et palpitante1.

Voici l'exorde de ce discours :

« La sainte religion des aïeux, le culte des grands souvenirs n'a pas péri parmi vous, et depuis quatre cent vingt-six ans, vous apprenez à vos fils à prononcer avec respect le nom de la fille généreuse qui sauva vos pères.

» Que dis-je, avec respect? C'est l'enthousiasme, c'est la reconnaissance et l'amour, c'est la compassion qui sont aujourd'hui dans les cœurs pour cette pieuse et héroïque mémoire.

» Sous la noble inspiration de vos premiers magistrats, vous avez voulu faire revivre tous les souvenirs, toutes les figures, tous les noms, toutes les gloires, tous les panonceaux du temps passé ; et la glorieuse bannière de Jeanne d'Arc brille aujourd'hui à nos regards plus resplendissante que jamais sous les voûtes de notre basilique.

» Soyez-en bénis! C'est une grande chose que vous faites, et la France, la France entière, dont Orléans fut le cœur, le dernier appui et comme le dernier battement au jour de la grande détresse nationale, la France applaudit à vos fêtes, y envoie d'illustres représentants et vous regarde avec joie

» C'est un modeste récit que je vous ai promis et que je

1. « Vous ne vous figurez pas, nous disait un jour M. le premier président de Vauzelles, le coup qu'il me donna par un seul mot, quand, après le récit triomphal des gloires de Jeanne, subitement il dit, d'une voix comme étouffée: «... Nous marchons vers Rouen!»

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