Sollicitude pour l’enfance
Les enfants pauvres, orphelins, exposés à tomber entre les mains des protestants, étaient les objets d’une sollicitude capable de tous les dévouements. Que de fois on vit ce bon père revenir ayant dans sa voiture jusqu’à trois et quatre enfants sales et déguenillés qu’il avait ramassés ici où là ! Sûr de trouver toujours dans les dignes émules de sa charité, ses chères Sœurs Grises, des mères compatissantes pour tous les infortunés, il arrivait tout joyeux à léur convent, pour déposer entre leurs mains, disait-il plaisamment, “la nichée de son cœur.'
L’éducation de la jeunesse, comme nous l’avons déjà remarqué, était l’objet de ses constantes sollicitudes. Dans “ ce bon vieux temps ” de la Rivière-Bouge, “ temps de justice et de liberté, les écoles catholiques sont sous le contrôle bienfaisant autant que souverain de l’évêque : les pouvoirs publics, comme les vœux des particuliers, les placent sous sa surveillance paternelle. Il visite souvent lui-même les écoles, connaît tous les élèves par leurs noms, les interroge tous, examine tous les cahiers. Lorsqu’il est à Saint-Boniface lors des examens, il quitte toutes ses autres occupations, quelque importantes qu’elles soient, et les préside du commencement à la fin. Avec quelle joie il constate que son zèle pour l’éducation est compris et secondé! Comme sa joie fait épanouir tous les visages et encourage les maîtres et les élèves ! Dans sa correspondance, il annonce les résultats des examens, comme la grande nouvelle de la Rivière-Rouge. “ Nos écoles vont bien, écrit-il à sa mère à la suite d’un examen à l’époque où nous sommes. .J’ai eu la consolation aux examens de voir les progrès étonnants qu’ont faits nos enfants. L’arrivée des Frères fait époque dans notre histoire (1) . ”
Nous avons souvent eu l’occasion de parler de l’attachement de Mgr Taché pour sa mère. Son «dévouement à l’enfance était tout pénétré du souvenir de sa mère et de la reconnaissance qu’il lui devait : “ Quand je rencontre des enfants qui ont de bons parents, lui écrivait-il, je remercie le ciel de m’en avoir donné de
(1) Lettre du 1er juin 1855 — Collection de M. de là Broquerie-Taché.
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE
tels que je n’ai rieu à envier à qui que ce soit. Quand au contraire, j'ai l'occasion de reconnaître les tristes effets d’une mauvaise éducation de famille, il me semble que je suis entre vos bras, vous qui avez tant veillé sur mon bonheur, tant pleuré, tant prié et tant souffert pour me le procurer (1). ”
Tous ceux qui souffraient excitaient aussitôt sa compassion.1 2 3 Si en hiver, il rencontrait une vieille femme transie de froid, il la faisait monter dans sa voiture, l'enveloppait avec soin dans ses fourrures et allait la descendre à la porte de sa cabane. Une pauvre sauvagesse, objet un jour de cette faveur, s’en allait disant partout : “ Ce n’est pas la Dame du Gouverneur qui peut, comme moi, embarquer dans la voiture de Monseigneur et être conduite par ce grand personnage jusqu’à 1a. porte de sa demeure. ” ,
“ Monseigneur donnait toujours dans son propre palais l’hos pitalité à quelques vieillards infirmes et délaissés auxquels il portait un tendre intérêt. Il les visitait souvent et leur portait son propre dessert ou bien du tabac, des pipes, etc. Qu’on juge du bonheur de ces heureux pauvres. Durant leurs maladies, il multipliait ses visites (2).
Une femme rongée à la figure par un cancer hideux et infect était la pénitente préférée du grand Evêque, qui l’admettait dans ses appartements avec une bonté touchante (3). Comme elle demeurait assez loin de l’église, le prélat lui dit de venir coucher à l’évêché quand elle devait s’approcher des sacrements. Or un jour d’hiver, elle se présente pour passer la nuit à l’évêché, on lui dit qu'on n’avait pas de couverture à lui donner pour son lit, et on l’invita à en aller chercher une dans une maison voisine. Mais elle savait que tout le monde croyait son mal contagieux et répugnait à lui prêter des objets ou à lui donner l’hospitalité. Elle se résolut donc à retourner chez elle. Comme
(1) Rivière- Rouge, 12 février 1858. — Collection de M. de la Broquerie- Taché, n° 6G.
(2) Notes des Sœurs Grises.
(3) Cette personne vit encore et est guérie : elle est à Prince-Albert.
Compassion pour tous les souffrants.