Lutte et succès contre le ministre protestant
s’en va plus loin qu'eux clans la rivière MacKenzie. Quel crève-cœur pour moi de voir des ministres de l’erreur auprès de sauvages qui nous demandent depuis près de dix ans ! Si j’avais eu quelques sujets de disponibles, ce malheur ne serait pas arrivé (1). ”
Et en effet, “ un archidiacre de l’Eglise d’Angleterre, habitant depuis longtemps dans ce pays, et fixé depuis quelque temps à la Rivière-Rouge, ” M. Hunter, “ partait, lui aussi, pour la rivière MacKenzie ” dans les barges mêmes qui emmenaient les missionnaires catholiques. “ Par une résolution dont la hardiesse nous étonna, poursuit Mgr Taché, il passa à l’Ile-à-la- Crosse, à Athabaska, au Grand Lac des Esclaves, où il savait que nous avions des établissements prospères, des chrétientés ferventes; il alla d’un trait jusqu’au fort Simpson, chef-lieu et centre de la rivière MacKenzie, où nous n’avions pas encore pénétré. Voilà donc de l’ivraie qui va se semer dans le champ du père de famille. Voilà un autre point où les pauvres sauvages, encore ignorants des vérités du salut, vont être exposés aux séductions de l’erreur (2). ”
Nous avons parlé du représentant de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans le district du MacKenzie, ennemi des missions et des missionnaires catholiques. Cet employé avait été changé; mais il avait eu un successeur qui avait des dispositions semblables, Bernard Ross, qui épousa ensuite la belle-sœur de l'archidiacre Hunter. Les chefs de tous les postes, subissant son influence, se réunirent au fort Simpson et firent un accueil enthousiaste à l’archidiacre anglican. “ De suite, de riches listes de souscriptions furent ouvertes en faveur de son œuvre. Quel zèle ! quelle gentillesse surtout ! se disait-on. Puis il était gros, gras, il devait dominer; c’en était fait des prêtres catholiques; aucun, bien sûr, n’oserait engage?- la lutte avec un si puissant antagoniste. L’un d’entre eux, qui avait nom Grollier, ne s’ef-
(1) Lettre à Mgr de Mazenod, Saint- Bonif ace, 12 juin 1858. — Archives de la Maison générale des Oblats.
(2) Vingt années de Missions . p. OS.
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE 373
fraya pas des proportions colossales de son adversaire. Son zèle le fit s’élancer ut gigas ad currendam viam (1).” Fort de la divine mission dont il était revêtu: Ite docete omnes g entes , (2) il prit la détermination de suivre le ministre jusqu’au fort Norman (63° de latitude). Au poste de la Grosse Ile, les sauvages n’écoutèrent que le prêtre. Au fort Simpson même, que le missionnaire confia au Cœur si aimant de Jésus, un succès semblable devait être la récompense de “ l’envoyé de Dieu. ” Les malheureux Indiens, déjà un peu instruits par les sauvages du grand Lac des Esclaves, de l’esprit, de la tournure, et même de l’habit ecclésiastiques, surent distinguer entre le véritable homme de la prière, et celui qui en usurpait le nom (3). ” Ils écoutèrent le prêtre catholique et se rangèrent de son côté “ sans aucune exception (4). ” “ Les présents de toutes sortes étaient
prodigués à nos Indiens par le ministre. Les Indiens lui disaient : “ Tes présents sont bons, mais tu es mauvais ; tu es un homme comme nous, tu n’es pas prêtre : nous n’écouterons pas ta parole (5). ”
“ La foi et le zèle de notre cher P. Grollier, continue Mgr Taché, avaient droit, ce semble, à cette consolation, et Dieu voulut bien la lui accorder. Il revint bientôt à la mission de Saint- Joseph, revoyant en passant le poste de la Grosse Ile, qu’il désigna sous la belle appellation: Mission du Saint-Cœur de Marie , confiant ainsi au Cœur de sa mère, les intérêts du Cœur de Jésus et suppliant ces deux Cœurs de garder les pauvres sauvages contre les séductions du ministre (6). ”
Pendant que le P. Grollier portait l’Evangile aux sauvages du Nord et les défendait victorieusement contre les entreprises de
(1) Comme un géant dans sa carrière. Ps. XXVIII, 6.
(2) Allez, enseignez toutes les nations. Matth., XXVIII, 19.
(3) Vingt années de Missions . . p. 99.
(4) Ce sont les expressions de Mgr Grandin, qui était alors rapproché d’Athabaska-Mackenzie et qui y a ensuite séjourné plusieurs années. Mgr Taché dit : “ A de très rares exceptions près.”
(5) Rapport de Mgr Faraud sur le Vicariat apostolique d'Alhabaska- Mackenzie, 1864/ Annales de la Propagation de la Foi , t. XXXVII, p. 384.
(6) Vingt années de Missions . , p. 99.
Courses apostoliques du P. Faraud.
Travaux des missionnaires du lac Ste-Anne.
Travaux de l’Evêque.
l’hérésie, le P. Faraud allait prêcher la vérité aux sauvages de l’Ouest. Au commencement de l’automne, laissant à Athabaska le P. Clut, qui venait d’y arriver, il remonte la rivière à la Paix, va aux forts Vermillon et Dunvegun, visite la tribu des Castors, qui habitent la magnifique et riche vallée de ce nom et sollicitaient avec instance d’entendre l'homme de la prière. “ C’étaient bien les petits enfants de la Foi ” demandant le pain de la doctrine évangélique. Aussi comme ils furent heureux en voyant celui qui venait le leur rompre ! Le P. Faraud revint en hiver, “ marchant à la raquette pendant les dix-sept jours qu'il fut en route. ” Il était de retour à la Nativité sur la fin de décembre.
“ Au lac Sainte-Anne, les Pères Kémas et Lacombe se multipliaient pour avancer le règne de Jésus-Christ. Outre la visite des camps sauvages, à de grandes distances, le soin de la mission de Saint-Joachim ou du fort Edmonton les obligea à des voyages aussi nombreux que pénibles. Nous avons compté, que dans le cours d’une seule année, ces deux généreux pasteurs ont fait plus de 2.000 kilomètres pour desservir cette mission que dans le pays on considère comme n'en faisant qu'une avec le lac Sainte- Anne (1).
Le I’. Frain fut donné pour aide aux Pères Bémas et Lacombe; mais il avait une santé débile. Mgr Taché espérait que, comme plusieurs autres missionnaires, “ il se trouverait mieux des rigueurs de la sauvagerie que des douceurs de la civilisation;” malheureusement, sa santé ne se fortifia pas. et il fut peu en état d’aider ses confrères.
L’Evêque, demeuré à Saint-Boniface, suivait de l'esprit et du coeur tous ses missionnaires. Il donnait à tous la direction, se réjouissait de leurs succès dans la propagation de l’Evangile, compatissait à leurs souffrances, les encourageait par les exhortations de sa parole apostolique et par les effusions de sa tendre charité.
Lui-même n’avait plus dans son palais que le P. Le Floch, qui était son conseiller. “ Les visites du P. Lestanc, ” qui demeu-
(1) Vingt Urinées de Missions, p. 9<\.
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACB
rait à Saint-Norbert et avait été nommé moniteur du Vicaire, “ portaient de temps à autre le conseil vicarial au grand complet. Les trois membres de ce conseil coulaient des jours heureux, partagés entre l’étude et le saint ministère, égayés par l’entente et l’affection les plus cordiales (1). ”
Le P. Le Floch avait le goût des cérémonies saintes et était favorisé d’une belle voix. “ Grand maître de chant, écrit Mgr Taché, il ajoute par lui-même et par ceux qu’il forme, une solennité particulière à nos cérémonies, ce qui est pour moi la source d’une bien douce jouissance (3). ” Le P. Le Floch était en outre chargé de l’économat, pour lequel il avait des aptitudes spéciales.
Le prélat donnait la plus grande partie de son temps au soin des âmes, entrant dans tout le détail du ministère spirituel, comme le faisaient les saints évêques des premiers siècles, comme le ferait de nos jours le plus charitable des curés. “ Mon pauvre peuple, dit-il, n’est pas tout ce qu’il pourrait, tout ce qu’il devrait être; mais pourtant le nombre des bons chrétiens est assez grand pour me dédommager des efforts que je fais afin de le rendre heureux (3). ”
Il portait, comme toujours, une continuelle attention aux écoles. Les Frères des Ecoles chrétiennes, qu’il appelait “ les pieux et zélés membres de ” son “ petit clergé, ” “ rivalisent d’ardeur pour le bien ” et lui procurent “ les plus grandes consolations ” par leur dévouement et leurs succès (4). ”
Les Sœurs de la Charité lui donnent des joies égales par “ la bonne tenue ” de leur école, et de leur pensionnat, où sont élevées les jeunes filles de la classe éclairée, même protestante.
Mgr Taché envoya, en 1858, trois enfants métis pour être élevés dans trois collèges du Canada, Louis Rielx si fameux dans
(1) Vingt années de Missions . , p. 102.
(2) Lettre à Mgr de Mazenod, Sain t-Bonif ace, 10 mars 1858. — Archives de la Maison générale des Oblats.
(3) Lettre à sa mère, Saint- Boniface, 12 février 1858. — Collection de M. de la Broquerie-Taehé.
(4) Ibid.
Soin
des écoles.
Envoi de trois enfants métis dans les collèges du Canada.
Voyage de la Sœur Valade au Canada.
la suite, au collège de Montréal, Daniel McDougall, au collège de Nicolet, et Louis Smith ou Sehmid, dit Laferté, au collège de Saint-Hyacinthe. Ces collèges avaient accepté généreusement de donner à ces enfants la nourriture et l'instruction gratuitement; Mgr de Saint-Boniface n’avait qu’à fournir le vêtement. “Je viens d’écrire à M. Lafièche ” alors professeur à Nicolet, “ et à M. Denis, directeur du collège de Montréal, écrit-il à son procureur de Québec, M. Cazeau, de tirer sur vous , (1) mais à mes dépens, pour les frais de l’entretien de deux enfants que j’envoie l’un à Nicolet, l’autre à Montréal, ces maisons voulant bien leur donner l’éducation et la pension gratuitement. J’ai envoyé un troisième enfant à Saint-Hyacinthe; pour ce dernier, vous n’aurez rien à payer (2).”
Disons dès maintenant que “ l’essai ” tenté en 1858 par Mgr Taché d’envoyer dans les collèges du Canada des enfants “ bien promettants, ” n’eut pas tout le succès qu’il en espérait. La nourriture la meilleure n’est pas bonne pour tous les tempéraments : les institutions de la civilisation les plus parfaites ne peuvent être appliquées qu’avec beaucoup de discrétion à des hommes d’autres moeurs. Hn de ces enfants fut chassé du collège pour désordres graves. Louis Riel jouera, comme nous le verrons, un rôle qui, à certains moments, ne manquera pas de grandeur; mais il tombera dans une exaltation et des hallucinations qui attesteront un dérangement du cerveau.
Ces trois enfants furent emmenés au Canada par la Supérieure des Sœurs Grises, la sœur Valade. Le 25 août, Mgr Taché envoyait à sa rencontre huit charrettes (3), qui la ramenaient à Saint-Boniface le 29 octobre (4) avec tout un essaim de jeunes vierges qui venaient se dévouer dans les missions de la Rivière-Rouge. Elle recueillit en Canada £250 d’aumônes;
(1) De tirer une traite sur vous.
(2) Saint-Boniface, 31 mai 1858.
(3) Lettre de Mgr Taché à sa mère, Rivière- Rouge, 25 août 1858. — Collection de M. de la Broquerie-Taohé, n° 67.
(4) Lettre de Mgr Taché à M. Cazeau, 8 novembre 1858.
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE
mais cette somme fut loin d’être suffisante pour couvrir les frais du voyage: Mgr Taché dut y ajouter un supplément de £360. “ Le voyage des Sœurs a coûté £600, écrit-il à Mgr Guigues. \ ous voyez que le déplacement des Sœurs n’est pas une bagatelle; leur perte serait à mes yeux un malheur bien plus grand (1). ” “Le fait seul de leur arrivée jusqu’ici, écrit-il le même jour à son économe de Québec, prouve bien qu’elles sont sœurs de charité ; leur noble conduite le prouve bien aussi ; et si je mentionne ce qu’elles coûtent, ce n’est pas pour dire ce qu’elles valent, car je ne puis assez les estimer; mais c’est tout simplement pour vous donner une idée des difficultés de voyager dans ces contrées. Les autres difficultés sont aussi grandes. Il ne faut donc pas vous étonner si nous ne faisons pas des merveilles, tout en dépensant beaucoup d’argent (3). ”
Ces dépenses étaient d’autant plus lourdes que, cette année-là une grande pauvreté régnait à la Rivière-Rouge. Les sauterelles avaient presque entièrement détruit la récolte de l’année précédente; des soldats avaient été envoyés et avaient acheté le peu de vivres qui s’y trouvaient. Pendant une année, tout fut “ à un prix fabuleux (3).”
Dans cette affliction, comme dans toutes les autres, Mgr Taché fut la providence de tous les malheureux. Il quêta au loin et nourrit les pauvres. Il recueillit beaucoup d’orphelins, et les logea, les uns dans son propre palais, les autres chez les émules de sa charité, ses chères Sœurs Grises : il y eut, pendant une année, un orphelinat dans la maison de l’Evêque comme au couvent des Sœurs. “ Nous avons à nourrir, écrit-il à M. Cazeau, à peu près cent personnes qui ne paient rien (4). ” Trouver pour cent personnes trois repas par jour, à la Rivière-Rouge, c’était une difficulté que la charité héroïque de l’Evêque pouvait seule
(1) Saint-Boniface, 8 nov. 1858. — Archives de l’archevêché d’Ottawa.
(2) Archives de l’archevêché de Québec.
(3) Lettre de Mgr Taché à M. Cazeau, Saint-Boniface, 9 nov. 1857. Archives de l’archevêché de Québec.
(4) Lettre du 8 novembre 1858.
Disette.
Orphelins re cueillis.
Récoltes et chasses de ÏS58.
Charité de Mgr Taché pour les Sœurs Grises.
Tristesses dev4Lüt les luttes politiques au Canada.
résoudre. “ Les Sœurs ont soixante personnes dans leur maison, écrit-il à Mgr Guigues; j’en ai quarante dans la mienne. Jugez par là si nous sommes obligés de faire de l’économie domestique dans un pays où il n’y a pas de marché. Toutes nos provisions, blé, viande, etc., doivent se trouver sur nos terres. Aussi des gens ailleurs, s’étonneraient si je leur disais que j’ai dans mes étables seize chevaux, quarante-cinq bêtes à cornes, vingt-cinq cochons, etc., etc., et les Sœurs autant (1). ”
Heureusemertt, l’automne de 1858 mit fin à la disette: la récolte fut bonnt ; les autres sources de richesses furent abondantes. “ Les sauterelles, écrit Mgr Taché au mois de novembre, après nous avoir beaucoup effrayés, ont disparu sans faire un dommage notable; la chasse et la pêche ont été abondamtes (2). ” “ Nos petites affaires, conclut-il avec sa bonne hu¬
meur ordinaire, vont assez bien: nous sommes un point imperceptible de la machine ronde, mais nous tournons avec le reste (3). ”
Mgr de Saint-Boniface procura aux Sœurs Grises, pendant l’été de 1858, un soulagement digne de son cœur paternel. Jusqu’alors les bonnes Sœurs avaient dû faire les gros travaux de leur ferme comme les moindres : non seulement en effet, elles trayaient les vaches et conduisaient les chevaux, mais elles coupaient le foin et le blé, chargeaient et déchargeaient les voitures. Le prélat leur trouva un pieux chrétien qui, pour l’amour de Dieu et par vénération pour ses saintes épouses, fit désormais les travaux les plus pénibles (4).
De la Rivière-Rouge, Mgr Taché suivait les événements du Canada, avec un cœur rempli d’amour pour son pays ; il constatait avec tristesse, que la religion et la nationalité des Canadiens-Français y étaient menacées et se réjouissait de voir son frère lutter courageusement pour leur défense. “ Le bruit de
(1) Saint-Boniface, 27 avril 1859. — Archives de l’archevêché d’Ottawa.
(2) Lettre à M. Cazean, Saint-Boniface, 8 novembre 1S58.
(3) Ibid.
(4) Notes extraites par les Sœurs Grises de leur Chronique.
Grandes chasses.
Srjiïp
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE
vos luttes électorales, écrit-il le 7 mars 1858 à Mgr de Tloa, a retenti jusqu’ici. La lecture des journaux m’a rempli d’amertune ; j’y vois, comme Votre Grandeur veut bien l’observer, que mon cher frère poursuit courageusement sa noble tâche; mais les combats qu’il soutient, prouvent que la société est fortement menacée et que le char politique roule sur des essieux brûlants et dangereux. Que Dieu protège notre chère patrie et ne permette pas aux mauvaises passions d’y implanter de trop fortes racines (1).”
L’Evêque s’applaudissait de la tranquillité qui régnait à la Rivière-Rouge : “ Ici, dit-il, notre arène politique n’est ni sanglante ni agitée, tout le monde est tranquille sous ce rapport. La seule inquiétude consiste à trouver de quoi manger et de quoi se vêtir (2). ” L’Evêque, avant de mourir, pourra voir sa patrie d’adoption envahie à son tour par les luttes de religion et de race.
Au commencement de janvier, Mgr Taché avait écrit au vénérable fondateur des Oblats pour lui demander l’envoi “ de deux Pères et d’un Frère (3). ” Il avait répété sas instances au commencement de mars (4). C’était la France d’Amérique qui sollicitait du secours de la France d’Europe, “ cette terre classique du dévouement et de l’apostolat moderne (5).” “Je n’ai pas le projet, lui disait-il, de former de nouveaux établissements, quoique pourtant les besoins soient nombreux et urgents; cependant, Monseigneur, j’ose prendre la liberté de vous supplier de nous accorder de nouveaux sujets, afin de donner du secours à quelques-uns de nos Pères qui sont dans la souffrance (6). ” Au cours de l’été, une lettre de sa mère et une autre envoyée de Marseille, lui annoncèrent en même temps, l’arrivée de trois mission-
(1) Archives de l’archevêclié de Québec.
(2) Ibid.
(3) Lettre du 8 janvier 1858.
(4) Lettre du 10 mars 1858.
(5) Vingt années de Missions . , p. 101.
(6) Lettre du 8 janvier 1858.
Arrivée de troU nouveaux Oblats.
naires, les Pères Mestre et Moulin et le Frère Cunningham, mais longtemps après qu’ils furent partis de Montréal. On savait à Saint-Boniface qu’ils avaient pris de Saint-Paul la route des prairies. Or les Sioux infestaient cette route. Ils avaient tenu assiégés tout l’été M. Belcourt et sa petite colonie de Pembina, et en avaient tué un membre, père de onze enfants ; ils tuèrent le 1er août deux compagnons des missionnaires dont l’un était chantre de la cathédrale, qui avaient pris les devants sur eux (1).
Les trois Oblats pouvaient avoir le même sort. Mgr Taché et tous les habitants de la Rivière-Rouge furent très inquiets. Mais grâces à Dieu, les missionnaires échappèrent à tous les dangers, toutefois à travers des alarmes et des difficultés dont le récit émouvant a été publié dans les Annales de la Propagation de la Foi. “Nous fûmes bien rassurés et bien réjouis, observe Mgr Taché, en les voyant arriver à Saint-Boniface, malgré l’état d’épuisement et de souffrance auquel les difficultés du voyage les avaient réduits (2). ” “ Le bon Dieu les a arrachés comme miraculeusement, écrit-il à M. Cazeau, vicaire général de Québec, des mains des Sioux (3). ” “ Oui, dit-il à sa mère, il y a une Providence spéciale pour les missionnaires; ainsi une fois pour toutes, n’ayez pas d’inquiétude sur mon compte (4). ” “ Ces
difficultés leur auraient été épargnées, écrit-il à un Père de Marseille, si on m’avait prévenu à temps. LTne fois de plus, je supplie en grâce que l’on veuille bien m’écrire aussitôt qu’il est décidé que quelqu’un doit venir (5). ”
Le Frère Cunningham “ alla tenir compagnie au Père Lestanc ” dans sa solitude de Saint-Norbert (6). Les deux autres Pères passèrent l’automne et l’hiver à l’évêché.
(1) Lettre de l’évêque à sa mère, Rivière-Rouge, 25 août 1858. — Collection de M. de la Broquerie-Taché, nc 67.
Mgr Taché, après avoir rapporté le meurtre de l’habitant de Pembina, père de onze enfants, ajoute : “ Nos bonnes Sœurs ont adopté une de ses petites filles, et moi j’ai pris un petit garçon.”
(2) Vingt années de Missions . , p. 102.
(3) Lettre du 8 septembre 1858. — Archives de l’archevêché de Québec.
(4) Rivière- Rouge, 21 septembre 1858.
(5) Lettre du 20 septembre 1858.
(6) Vingt années de Missions, p. 102.
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE
Nous connaissons bien exactement l’état de l’immense diocèse de Saint-Boniface à la fin de l'année 1858 par une lettre de Mgr Taché à M. Dawson, dont nous parlerons plus loin (1).
La colonie de la Rivière-Bouge possède alors quatre églises particulières :
1° L’Eglise principale de Saint-Boniface , qui donne à l’évêque son titre, dont la population est d’environ 1400 âmes. ” La cathédrale “ a 100 pieds de longueur, 45 de largeur et 40 pieds sous voûte; ses deux tours, surmontées de clochers couverts en fer-blanc, élèvent à plus de 100 pieds dans les airs le signe de notre rédemption qui les couronne. Une belle et harmonieuse sonnerie de trois cloches, qui pèsent 1600 et quelques livres, ajoute à la joie et à la pompe de nos cérémonies. Les décorations intérieures de notre église étonnent les étrangers qui, en franchissant le désert qui les sépare de la Rivière-Rouge, sont loin de s’attendre à y trouver tant d’art et de bon goût. ” En arrière, et à l’ombre de la cathédrale, “ à laquelle elle est adossée, ” se trouve la résidence de l’évêque, “ vaste maison dans laquelle le prélat est heureux de partager avec son clergé, les Frères des écoles chrétiennes et quelques orphelins, la faible portion de son revenu (2). ”
2° La paroisse de St-François-Xavier ou de la Prairie du Cheval-Blanc, comprenant “ environ 1200 âmes, qui résident habituellement, sans compter quelques centaines de chasseurs qui passent l’année dans les prairies, mais viennent à certaines époques dans les limites de la colonie. ” “ La vieille chapelle en bois ” menace ruine, et se trouve trop petite pour la population ; “ aussi avons-nous commencé à préparer les matériaux pour en construire une neuve. ” Saint-François-Xavier possède une école tenue, depuis le 5 novembre 1850, par deux Sœurs
(1) Lettre du 9 février 1859.
(2) Nous rappelons avec soin l’état et la disposition de la cathédrale et du palais épiscopal, parce que dans deux ans l’incendie va les détruire et qu’ils seront rebâtis dans d’autres conditions.
Etat du diocèse de St-Boniface à la fin de 1858.
Paroisses de la colonie de la Riv. Rouge.
Grises, où “ 13 garçons seulement et 26 jeunes filles reçoivent l’éducation. ”
3° La paroisse de Saint-Charles , comptant 200 personnes, n’ayant encore “ ni église ni chapelle, ” ni école, ni pasteur résidant, desservie par un prêtre envoyé de Saint-Boniface, “ quand la chose est possible. ”
4° La nouvelle paroisse de Saint-Norbert compte une population de 700 âmes, possède une chapelle en bois de 90 pieds sur 33, dont une des extrémités sert au logement du prêtre et de l’instituteur. Celui-ci est un Frère des Ecoles chrétiennes, et “ a 31 enfants dans sa classe. ” Les petites filles, au nombre de 29, sont confiées aux soins de deux Sœurs de la Charité, qui ont leur habitation tout près de l’église. Heureux symbole qui nous rappelle que le seul enseignement véritable et solide est celui qui s’appuie sur la religion ! ”
En cette même année 1858, un autre établissement a été commencé à l’extrémité du lac Manitoba “ en faveur de 30 ou 40 familles qui y résident. ”
Les missions sauvages comptent à la fin de 1858 cinq résidences “ enrichies toutes de succursales qui en dépendent :
1° La mission du lac Sainte- Anne , “ située à une quinzaine de lieues à l’ouest du fort Edmonton, ” chef-lieu du district de la Saskatchewan. Cette mission est pourvue, “ grâce presque exclusivement au travail et à l’adresse de ses missionnaires, ” d’une chapelle asssez convenable, “ mais malheureusement trop petite pour le nombre des chrétiens qui augmente chaque jour; d’une bonne maison pour les missionnaires, d’une école et d’un couvent, “ que nos bonnes Sœurs de la Charité, iront occuper l’été prochain. ”
A cette mission se rattache “ la desserte du fort Edmonton, où sont employés un bon nombre dq catholiques, et que visitent plusieurs milliers de sauvages, ” où il serait grandement désirable qu’un prêtre “ séjournât continuellement. ”
Les missionnaires du lac Sainte-Anne “ ont parlé de la religion à tous les sauvages des environs, jusqu’à une grande dis-
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE
tance. Ils ont parcouru toute 1a. rivière Saskatchewan, le haut de la rûfière Athabaska jusqu’aux Montagnes Rocheuses, la rivière à la Paix ” etc.
2° La mission de N.-D. des Victoires ou du lac la Biche , où M. Thibault porta, en 1844 pour le première fois, la bonne nouvelle aux infidèles de ce lieu, où le P. Rémas s’établit définitivement en 1853. “ Cette mission est celle où la moisson semble le
moins mûre: les idées d’indérêt matériel inspirées aux sauvages, même pour la religion, ne les disposent pas beaucoup à écouter les missionnaires, trop pauvres eux-mêmes pour enrichir dès icibas ceux au bonheur éternel desquels ils consacrent leur existence (1) . ”
Les missionnaires de ce poste “ vont de temps à autre au fort Pitt; mais je crois bien qu’ils n’y goûtent pas beaucoup de consolations. L’ivrognerie règne parmi les sauvages et les employés de ce fort, comme dans le reste de la rivière Saskatchewan (2).”
3° La mission de Saint-J ean-Baptiste ou de Vlle-à-la-Crosse, dans le district de la rivière aux Anglais, qui “ possède une jolie église en bois, une bonne maison pour les missionnaires et plusieurs autres constructions. Une maison y est prête pour les Sœurs de la Charité. ”
“ Le lac Vert et le Portage la Loche sont annuellement visités par les prêtres de l’Ile-à-la-Crosse.” Ceux-ci, “dans les premières années de leur séjour ” en ce lieu, visitaient le lac Caribou; mais l’impossibilité d’y placer actuellement un prêtre et le faible avantage comparatif de ces visites, ont déterminé l’abandon momentané de cette mission. Cette nécessité est vraiment regrettable, parce qu’il y aurait eu, là aussi, du bien à faire; déjà même un grand nombre d’enfants étaient baptisés. Je suis l’instrument dont Dieu avait voulu se servir pour procurer la grâce du baptême à ces chers enfants; leur bonheur m’a coûté trop de fatigues, les plus grandes que j’aie éprouvées de ma vie, pour que
(1) Lettre à M. Dawson.
(2) Ibid.
Les missionnaires du diocèse de St-Boniface.
je ne conserve pas pour le lac Caribou un souvenir tout particulier d’un intérêt bien vif ( 1 ) . ”
4° La mission d’ AthaJbasTca ou de la Nativité , “ qui doit à ses missionnaires tout ce qu’elle possède : chapelle, maison, jardin, etc., tout est le fruit de leur travail, travail pénible qui n’a pas empêché l’étude et l’acquisition des deux langues crise et montagnaise, nécessaires toutes les deux pour évangéliser les deux nations qui habitent le district d’Athabaska. ”
Les missionnaires d’Athabaska desservent une petite mission située au fond du lac, appelée Notre-Dame des Sept-Douleurs , “ où il n’y a que des montagnais qui s’y rendent de Churchill, du lac Caribou, de l’Ile-à-la-Crosse et des environs. ”
5° La mission de Saint-Joseph ou du Grand Lac des Esclaves, établie près du fort Résolution, qui possède des missionnaires résidants depuis quelques mois seulement, l’établissement le plus avancé vers le nord, où tout est encore aux débuts.
Pour ces cinq missions sauvages et leurs annexes, pour ces quatre paroisses de la colonie d’Assiniboïa, il y a, à la fin de l’année 1858, vingt-trois Oblats dans le Nord-Ouest de l’Amérique : six dans la colonie d’Assiniboïa, à savoir, Mgr Taché et les Pères Le Ploch, Mestre et Moulin, à Saint-Boniface; le P. Lestane et le P. Cuningham à Saint-Norbert; dixsept dans les missions du Nord-Ouest, à savoir Mgr Orandin, le P. Végreville et le Frère Dubé, à l’Ile-à-la-Crosse ; les Pères Faraud et Clut et les Frères Reynard et Kearney, à Athabaska; les Pères Grollier et Eynard et le Frère Perréard, au Grand Lac des Esclaves; les Pères Tissot et Maisonneuve et les Frères Bowes et Salasse, au lac la Biche ; les Pères Lacombe, Rémas et Frain, au lac Sainte-Anne (2). C’était une grande consolation pour Monseigneur Taché de voir qu’aucun des religieux qui lui avaient été confiés, n’avait déserté sa sainte vocation, qu’aucun non plus n’était mort (3).
(1) Lettre à M. Dawson.
(2) Lettre de Mgr Taché à Mgr de Mazenod, 27 décembre 1S53. — Archives de la Maison générale des Oblats.
(3) Lettre de Mgr Taché au P. Aubert, de Marseille, 2'ojaï>v, 1859.— Ibid.
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE 385
En outre, le diocèse de Saint-Boniface possède deux prêtres séculiers, M. Thibault, doyen des missionnaires de la Rivière- Rouge, vicaire général, “ qui parle très bien la langue des Cris et comprend celle des Sauteux, à Saint-François-Xavier; M. Gascon, dans les missions du nord. Vingt-trois Oblats, dont dixhuit prêtres et cinq frères convers, et deux prêtres séculiers, c’està-dire vingt-cinq envoyés de l’Eglise catholique, qui prêchent l’Evangile sur tous les points de cet immense territoire; vingtcinq enfants des deux Franc-es, qui font connaître et chérir de tous le nom français en continuant les Gestes de Dieu par les Francs. Que les deux Frances, que l’Eglise entière conservent à jamais la mémoire de ces vaillants, et surtout de leur magnanime chef, le héros qui dirige leurs efforts et préside leurs conquêtes.
Nous l’avons déjà remarqué, les missions établies par M. Belcourt et les premiers missionnaires, parmi les sauvages les plus rapprochés de la colonie d’Assiniboïa, c’est-à-dire parmi les Sauteux^ sont abandonnées depuis plusieurs années. “ Nulle part les missionnaires catholiques n’ont échoué aussi complètement . . . Le contact habituel avec les blancs (honte aux chrétiens !), l’usage des liqueurs enivrantes, une profonde et universelle dégradation morale, l’abus criminel des grâces, etc., ont placé ce peuple dans les circonstances les moins favorables à sa conversion. Je ne regarde pourtant pas, ajoute Mgr Taché, cette conversion comme tout à fait impossible; je connais des actes de vertu pratiqués par quelques-uns de ces sauvages convertis, qui prouvent que Dieu a aussi ses élus parmi eux. Si nos missionnaires, en petit nombre, n’étaient pas plus utiles ailleurs; si nos ressources étaient plus considérables, je tenterais en faveur de ces sauvages, l’exécution d’un projet qui aurait peut-être quelque succès; mais, dans les circonstances actuelles, tout cela n’est qu’un rêve ( 1 ) . ”
Les missionnaires catholiques se consolent de cet abandon par les succès qu’ils rencontrent dans la conversion des sauvages du
Abandon des missions des Sauteur.
Changement opéré parmi les néophytes.
(1) Lettre de Mgr Taché à M. Dawson, 9 février 1859.
Nord-Ouest. “ Le changement si grand opéré parmi ces pauvres tribus, la disparition d’usages que l'on assurait ne pouvoir être modifiés, les sentiments admirables exprimés au moment de la mort surtout, le calme, la tranquillité manifestés à 1 heure suprême, la résignation la plus complète aux peines et aux épreuves que leur ménage la Providence (1) : ” tout cela donne aux missionnaires la douce assurance qu'ils n’ont pas travaillé en vain. “ Quand je dis succès d’une mission , ce sont les paroles de Mgr Taché, je dois peut-être expliquer ce que j’entends par ces mots: je veux dire surtout le changement opéré dans les cœurs et les mœurs des sauvages, par la connaissance des mystères et des vérités nécessaires au salut, par la pratique des vertus que Dieu demande de l’homme' dans quelque condition qu’il l’ait placé, en un mot le passage de l’infidélité au christianisme. Sous ce point de vue, je puis parier du succès de nos missions dans l'intérieur de mon diocèse. En considérant la perversité de notre pauvre nature humaine, les conditions dans lesquelles nous nous sommes trouvés, ainsi que les sauvages que nous évangélisons, ce succès a été aussi complet qu'il est raisonnablement possible de l’espérer, et plus complet que nous ne l’espérions nous-mêmes. Si au contraire par succès obtenus dans une mission, on entend l’élégance et la richesse des costumes, les usages et les manières des hautes classes de la société, la délicatesse des sentiments qui est le partage de certains individus privilégiés, même parmi les peuples les plus avancés, dans ce cas, j’avouerai que notre succès est loin d’être complet. C’est ce qui explique les jugements si différents portés sur nos missions par des personnes qui ne considèrent que le dehors. En cela pourtant aussi, notre ministère n’a pas été sans succès. J’ai vu nos sauvages infidèles, je les ai vus chrétiens, et je puis affirmer qu’il y a une grande amélioration dans leur position physique et matérielle, amélioration que l’influence morale exercée sur eux a pu seule produire, car nous n’avons pas d’autre moyen de leur venir en aide (2). ” Ils ont obtenu d’abord “ le royaume de Dieu et sa justice, ” et le surcroît des bien-
(1) Lettre de Mgr Taché à INI. Dawson, 9 février 1859.
(2| Lettre à M. Dawson.
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE 387
faits temporels du Christianisme a commencé déjà à leur être accordé.
Les succès des missions catholiques sont d’autant plus admirables que les ouvriers de l’Evangile disposent de faibles ressources temporelles.
Mgr Taché reçut :
En 1S57, 19,000 fr. de l'Œuvre de la Propagation de la Foi.
En 185S, 21,000 fr. de “ “
3,000 fr. de l’Œuvre de la Sainte- Enfance.
Total : 43,000 fr. ou environ £1,720 pour deux ans.
Il dépensa (nous négligeons les fractions) :
Eu 1857, pour l’Ile-à-la-Crosse . £ 158
“ pour Athabaska . 174
“ pour le lac la Biche . 234
pour le Grand Lac des Esclaves . 73
“ pour voyages . 207
pour autre chose . 40
En 1858, pour Flle-à-la-Crosse . 152
pour Athabaska . 185
pour le lac la Biche . 315
pour le Grand Lac des Esclaves . 106
“. pour voyages . 166
“ déposé à Québec . . 320
Dépense totale . 2,145
Déficit . : . £425 (1)
Dans un autre document (2), Mgr Taché porte à £2050 “ le grand total des ressources du diocèse de Saint-Boniface : ”
Allocation de la Propagation de la Foi . 1350 £
Allocation de l’honorable Compagnie de la baie
d’Hudson . 100 £
Rentes d’argent donné . 200 £
Dons extraordinaires, dîmes, casuel, etc . 400 £
Total . 2050 liv. sterl.
“ Avec cette somme (il n’y a pas longtemps que nous arrivons à ce chiffre), observe Mgr Taché, nous construisons nos églises, nos chapelles, nos maisons d’école et autres; nous dé-
(1) Lettre de Mgr Taché à Mgr Grandin, 25 janvier 1860.
(2) Lettre à M. Dawson, 9 février 1859.
Recettes et dépenses.
Langueur des missions protestantes
frayons les dépenses de nos longs et nombreux voyages; c'est encore cette somme qui doit entretenir l’évêque, son clergé, les frères, les sœurs, tous ceux, en un mot, qui travaillent ici à l’extension de la religion catholique. C’est assez prouver que les cinquante-cinq personnes, vouées par état à procurer la gloire de Dieu dans ce diocèse, sont du nombre de ceux qui savent se contenter de la nourriture et du vêtement, et que même elles peuvent dire avec le grand Apôtre: “Nous travaillons avec beaucoup de peine de nos propres mains. ” C’est assez prouver encore que nous nous dévouons entièrement à une œuvre dont nous n’attendons la récompense que dans un monde meilleur (1).”
Pendant que les missions catholiques florissaient de toutes parts, malgré les faibles ressources mises à leur disposition, les missions protestantes languissaient, en dépit des sommes énormes qui y étaient dépensées. Mgr Taché écrit à son ami de Québec : “ La religion gagne, le protestantisme baisse, ses missions languissent et devront languir encore, c’est le Bishop qui le dit: grâce à notre journal et à la vaniteuse habitude qu’a ce pauvre prélat de publier tout ce qu’il dit ou ce qu’il écrit, nous avons sur les missions protestantes du diocèse des renseignements précieux et très naïfs (2).” “ M. le Gouverneur” d’York-Faetory, “ quoique protestant fervent, écrivait quelques mois plus tard un missionnaire arrivant d’Europe, ne me parlait de nosmissionnaires qu’avec les plus grands éloges. Il m’a répété bien souvent que les prêtres connaissaient beaucoup mieux que les ministres l’art des missions et que ces derniers feraient bien de Tester en Angleterre (3). ”
Les missionnaires de l’hérésie ne prendront de l’importancedans le Nord-Ouest et ne deviendront vraiment redoutables à la vérité que lorsqu’ils auront à leur service, comme nous le verrons, un puissant gouvernement.
(1) Lettre à M. Dawson,
(2) Lettre à M. Cazeau, 2 6 janvier 1860. — Archives de l’archevêché de Québec.
(3) Lettre du F. Simonet à Mgr de Mazenod, 26 janvier 1860. — Dans les Missions de la Cong. des Oblats de Marie Immaculée, t. I, p. 75.