Zèle pour les âmes
(1) Notes des Sœurs Grises.
(2) Notes des Sœurs Grises.
(3) Lettre à sa mère, Saint- Bonif ace, 12 mars 1855.
(4) Ibid.
(5) Lettre à sa mère, 12 mars 1855.
fance.
2- ^Q*Ji^5!*jf^ Les enfants pauvres, orphelins, exposés à tomber entre les mains des protestants, étaient les objets d'une sollicitude capable de tous les dévouements. Que de fois on vit ce bon père revenir ayant dans sa voiture jusqu'à trois et quatre enfants sales et déguenillés qu'il avait ramassés ici où là! Sûr de trouver toujours dans les dignes émules de sa charité, ses chères Sœurs Grises, des mères compatissantes pour tous les infortunés, il arrivait tout joyeux à leur couvent, pour déposer entre leurs mains, disait-il plaisamment, " la nichée de son cœur. "
L'éducation de la jeunesse, comme nous l'avons déjà remarqué, était l'objet de ses constantes sollicitudes. Dans ^^ ce bon vieux temps " de la Eivière-Eouge, " temps de justice et de li- ; berté, les écoles catholiques sont sous le contrôle bienfaisant autant que souverain de l'évêque: les pouvoirs publics, comme '^ les vœux des particuliers, les placent sous sa surveillance paternelle. Il visite souvent lui-même les écoles, connaît tous les élèves par leurs noms, les interroge tous, examine tous les cahiers. Lorsqu'il est à Saint-Boniface lors des examens, il quitte toutes ses autres occupations, quelque importantes qu'elles soient, et les préside du commencement à la fin. Avec quelle joie il constate que son zèle pour l'éducation est compris et secondé! Comme sa joie fait épanouir tous les visages et encourage les maîtres et les élèves ! Dans sa correspondance, il annonce les résultats des examens, comme la grande nouvelle de la Eivière-Eouge. " Nos écoles vont bien, écrit-il à sa mère à la suite d'un examen à l'époque où nous sommes. J'ai eu la consolation aux examens de voir les progrès étonnants qu'ont faits nos enfants. L'arrivée des Frères fait époque dans notre histoire (1)."
Nous avons souvent eu l'occasion de parler de l'attachement de Mgr Taché pour sa mère. Son dévouement à l'enfance était tout pénétré du souvenir de sa mère et de la reconnaissance qu'il lui devait : " Quand je rencontre des enfants qui ont de bons parents, lui écrivait-il, je remercie le ciel de m'en avoir donné de
(1) Lettre du 1er juin 1855 — Collection de M. de la Broquerie-Taclu'.
souffrants.
tels que je n'ai rien à envier à qui que ce soit. Quand au contraire, j'ai l'occasion de reconnaître les tristes effets d'une mau- ^aise éducation de famille, il me semble que je suis entre vos bras, vous qui avez tant veillé sur mon bonheur, tant pleuré, tant prié et tant souffert pour me le procurer (1). "
Tous ceux qui souffraient excitaient aussitôt sa compa^ion. ^'iJJîîJ^toaï^es Si en hiver, il rencontrait une vieille femme transie de froid, il la faisait monter dans sa voiture, l'enveloppait avec soin dans ses fourrures et allait la descendre à la porte de sa cabane. Une pauvre sauvagesse, objet un jour de cette faveur, s'en allait disant partout : " Ce n'est pas la Dame du Gouverneur qui peut, comme moi, embarcjuer dans la voiture de Monseigneur et être conduite par ce grand personnage jusqu'à la porte de sa demeure. "
" Monseigneur donnait toujoui^ dans son propre palais l'hospitalité à quelques vieillards infirmes et délaissés auxquels il portait un tendre intérêt. Il les visitait souvent et leur portait son propre dessert ou bien du tabac, des pipes, etc. Qu'on juge du bonheur de ces heureux pauvres. Durant leurs maladies, il multipliait ses visites (2).
Une femme rongée à la figure par un cancer hideux et infect était la pénitente préférée du grand Evêque, qui l'admettait dans ses appartements avec une bonté touchante (3). Comme elle demeurait assez loin de l'église, le prélat lui dit de venir coucher à l'évêché quand elle devait s'approcher des sacrements. Or un jour d'hiver, elle se présente pour passer la nuit à l'évêché, on lui dit qu'on n'avait pas de couverture à lui donner pour son lit, et on l'invita à en aller chercher une dans une maison voisine. Mais elle savait que tout le monde croyait son mal contagieux et répugnait à lui prêter des objets ou à lui donner l'hospitalité. Elle se résolut donc à retourner chez elle. Comme
(1) Rh'ih-e- Rouge, \2 février ISbS. — Collection de M. de la Broquerie- Taché, n^ 66.
(2) Notes des Sœurs Grises.
(3) Cette personne vit encore et est guérie : elle est à Prince-Albert.
elle s'en allait, elle rencontra le bon prélat qui lui demanda où elle portait ainsi ses pas. La malade lui raconta son aventure. " Venez, lui dit ce tendre père tout ému ; je vous trouverai bien une couverture. " Il monta dans sa chambre, prit la couverture qui était sur son lit et la rapporta à la vieille femme, en lui disant: "Voici qui est chaud, vous serez bien^ priez pour moi", et il se déroba vite à ses remerciements. La pauvre malade se mit à fondre en larmes de confusion et de reconnaissance (1).
Le compatissant Evêque s'intéressa aux enfants de cette malheureuse, mais vertueuse chrétienne. Il plaça ses trois filles à l'orphelinat des bonnes Sœurs Grises, prit son fils à Févêché, et • comme Tenfant avait des dispositions pour l'étude, il l'envoya
faire son cours classique dans son cher collège de Saint-Hyacinthe où il avait été élevé.
Le prélat a rendu le même service à plusieurs autres jeunes
gens. Il a souvent pris son nécessaire pour procurer le bienfait
d'une instruction supérieure à des adolescents pauvres, mai^
donnant des espérances (2).
4. Esprit de Afin de multiplier ses aumônes, il vivait lui-même dans la
ipauvretê.
plus stricte économie. Toutes les personnes de l'évêché s'étudiaient à imiter son esprit de pauvreté et s'interdisaient soigneusement toutes les dépenses qui n'étaient pas rigoureusement nécessaires. Mgr Grandin raconte que c'est pendant ce premier séjour de l'Evêque à la Eivière-Eouge, qu'on cessa d'user de sucre à sa table. Les missionnaires eux-mêmes demandèrent à prendre le thé sans sucre ; un seul des commensaux protesta : c'était un Frère des Ecoles chrétiennes qui abandonna plus tard son saint état et se maria. On continua de mettre le sucrier devant ce Frère jusqu'à son départ; ensuite, il ne parut plus sur la table. Mgr Taché et tous les autres convives n'usaient de sucre qu'aux grandes fêtes. Cette pratique de pauvreté et de mortification dura de longues années, pendant vingt-cinq ans environ, à l'é-
(1) Notes des Sœurs Grises.
(2) Notes des Sœurs Grises.
vêché de Saint-Boniface, jusqu'à ce qu'un économe crut que les progrès de la civilisation demandaient la présence quotidienne du sucrier sur la table (1).
Mgr Taché était le suprême consolateur de tous les affligés, ^- ia"eïlrité "^ ]a providence de tous les malheureux. Sa bonté était si connue, «^erévêque. (jivon recourait à lui dans toutes les nécessités^ de quelque nature qu'elles fussent^ la nuit comme le jour. Par une nuit froide et ténébreuse d'automne^ un homme vient frapper à la porte de l'évêché. Monseigneur se lève et va ouvrir : " Qn'y a-t-il^ mon ami ? *' — '^ Je viens vous demander, Monseigneur, de me prêter im fanal, pour aller à la recherche de N . . . qui tarde à rentrer chez hii, ce qui fait que sa femme s'alarme sans bon sens. " C'était une famille canadienne récemment arrivée à la Kivière- Eouge qui avait une grande peur des sauvages. L'Evêque va ( lierelier la lanterne, y met lui-même de la bougie, l'allume et la "(^met au solliciteur en lui disant de l'attendre un instant:
J'irai avec vous, dit-il, pour rassurer cette femme désolée qui croit sans doute son mari mangé par les sauvages. " Monseigneur part en effet ; sa présence et ses paroles rassurantes calment les angoisses de la pauvre femme, qui ne sait exprimer ses remerciements que par ses larmes. Bientôt le mari arrive et Monsei- Tueur retourne seul à son palais.
" Une famille écossaise, composée de la mère et de sept enfants, cinq garçons et deux filles, qui avait abjuré l'hérésie au fort des Prairies, aujourd'hui Edmonton, grâce au dévouement apostolique du P. Lacombe, vint s'établir à St-Boniface. " La mère tomba malade peu de temps après l'installation de l'Evêqiie dans sa cathédrale et le fit appeler. " A ma troisième ' visite, raconte le prélat à sa mère, je l'administrai. Bientôt après elle perdit connaissance " et mourut. " En apprenant cette mort, ma première pensée fut pour les enfants qui restaient sans appui, sans ami, sans parents. Le plus jeune enfant fut adopté par sa marraine,' qui est fortunée; l'aîné était déjà en-
(1) Notes de Mgr Grandin.
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gagé; nos bonnes Sœurs Grises voulurent bien se charger des deux filles, " dont Fune devint religieuse dans le même couvent; " je pris ici deux petits garçons qui sont pensionnaires à l'école des Frères. Restait un jeune homme de 13 ans; je voulais l'adopter aussi; mais voilà que Dieu veut le réunir à sa mère; il est mort hier en disant : " Priez pour moi, je suis heureux de partir, le bon Dieu vient me chercher. " Je l'avais administré deux ou trois heures auparavant ( 1 ) • " " Plus tard deux des enfants de cette femme vinrent mourir à l'évêché, où Monseigneur leur prodigua les soins du meilleur des pères (3)."
Dans une de ses tournées apostoliques, FEvêque se trouvant à cheval aperçut au loin dans la prairie une petite cabane, d'où s'échappait un peu de fumée : ce qui indiquait qu'elle était habitée. Il s'y rend et y trouve un pauvre sauvage qu'une lèpre purulente et infecte tient relégué de toute habitation, privé par conséquent de tout secours. Emu d'une tendre compassion, il adresse au malheureux des paroles de consolation et d'espérance, puis retourne en toute hâte à l'évêché, et fait partir une voiture pour aller chercher le malade. Il lui fait de suite préparer une chambrette dans les dépendances de son palais. Là le pauvre malheureux est visité, consolé et assisté tous les jours jusqu'à sa mort par le compatissant prélat et reçoit les soins dévoués des bonnes Sœurs Grises, qui se trouvent soutenues et encouragées dans leur besogne rebutante à la nature par l'exemple de leur premier pasteur (3).
(1) Saint- Ronif ace , 19 décemhre 1854
(2) Notes des Sœurs Grises.
(3) Ibki.
1er Vol. — p. 304.
Vue de Winnipeg et de Saint-Boniface en 1855.
Archevêché de Saint-Boniface à la mort de Mgr Taché.
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