QUÊTES EN CANADA ET TROISIEME VOYAGE EN EUROPE
Le Juste ploie sous les coups de Tépreuve, mais il n'en est pas ^^^^^/^f^'^fr^^/* brisé. Mgr Taché " a passé par le feu et par l'eau; " mais il se *JS,^|r55e prépare à réparer le désastre. " Comme mon vénérable prédé- IpigcopS'^ cesseur, écrit-il au saint évêque de Montréal, Mgr Bourget, je suis convaincu qu'une belle église est nécessaire à la Rivière- Eouge : nécessaire pour les catholiques, qui sans cela sont privés du secours puissant qu'offre à leur foi le grand spectacle de nos cérémonies religieuses; nécessaire au milieu d'une population mixte, alin, même extérieurement, de procurer à l'Epouse de Jésus-Christ le triomphe de la supériorité; nécessaire pour les pauvres sauvages de l'immense diocèse de Saint-Boniface, qui sans ce point brillant vers lequel ils dirigent leurs regards, subiraient quelquefois une fâcheuse impression, lorsque les ministres de l'erreur veulent leur persuader que le catholicisme n'est pas la religion véritable, parce que, disent-ils, il est la religion des pauvres; ce qui est très vrai dans le diocèse de Saint-Boniface surtout. Les malheureux Indiens souffrent tant de leur indigence, qu'ils ne croient que difficilement à la divinité de la pauvreté de la crèche. Aussi, je suis intimement persuadé que la religion perdrait beaucoup, que ses intérêts les plus chers seraient compromis, si les choses en demeuraient où elles sont maintenant ; si tout notre passé restait à l'état de ruines ; si ces cendres durcies par l'inondation n'étaient pas remuées pour en tirer quelque chose qui atteste la puissance du catholicisme, même dans les circonstances les moins favorables (1). "
Le charitable évêque de Montréal et plusieurs autres ^^^j^^^JJJj j°; évêques du Canada invitèrent l'Evêque de la Rivière- il^cfnada.
(I) Lettre à Mgr Bourget, 20 octobre 186L
Rouge à solliciter lui-même les aumônes de leur clergé et de leurs fidèles. " Je ne dirai pas^, répond-il, que je me décide volontiers à cette démarche; tout au contraire, elle me répugne; j^ai même eu besoin, pour m'y déterminer, de me rappeler que je me dois tout entier à mon diocèse, que ce n^est pas assez de lui avoir consacré ma personne, mes affections les plus chères, mais que je lui dois aussi le sacrifice de mes répugnances (1)."
Dans cette circonstance comme dans d'autres analogues, une raison spéciale encourageait puissamment FEvêque de Saint- Boniface à solliciter les aumônes des vieilles paroisses du Canada. " I^otre chère Patrie, — qu'on me permette de dévoiler cette misère, disait-il, — a contracté une dette immense vis-à-vis de ces régions sauvages. Pendant de longues années, nos voyageurs canadiens ont porté le scandale parmi ces nations infidèles, au point de rendre presque impossible la conversion de celle avec laquelle ils ont eu le plus de rapports. Un mal immense a été fait. Malgré la trop fameuse réputation des voyageurs des pays ' cVen haut, le Canada, si noble, si généreux, si chrétien, n*a pas soupçonné jusqu'à quels excès sont allés ceux de ses enfants qui se sont égarés. En l'apprenant, il ne voudra pas laisser sans compensation cette somme de mal; il ajoutera un acte de générosité à tant d'autres pour faire taire le cri de vengeance qu'ont provoqué les égarements de quelques-uns des siens (2). "
Mgr Taché adressa à Mgr Tévêque de Montréal une lettre
destinée à la publicité, où il racontait les épreuves de la Rivière-
Rouge et sollicitait les secours. Nous en avons cité plusieurs
extraits (3).
Départ pour le Puis, le samedi 22 juin, il se mit en route pour le Canada,
Canada. ^ J ' . .
accompagné du P. Frain, qu'il voyait languir dans les mission» de la Rivière-Rouge et auquel il voulait faire essayer un chan-
(1) Lettre à Mgr Bourget, 20 octobre 1861.
(2) Ibid.
(3) MorUrêcU, 12 octobre 1S61.— 'Publiée dans les Missions de la Congregation des Ohldts. . ;
o-eiiient d'air. Il partit de Saint-Boniface par le bateau à vapeur: c'était la première fois que le grand moteur moderne l'emportait de " la sauvagerie " vers " la civilisation. " Le 9 juillet il était à Toronto, et le lendemain à Montréal (1).
Il rendit une visite à sa mère et à ses autres parents ; puis il se ^ N^o°"re*Dame mit à parcourir les paroisses si religieuses du Canada catholique, ^e Montréal, à parler dans les églises des épreuves de la Eivière-Eouge et à solliciter les aumônes des pieux fidèles.
Le discours qu'il prononça à Notre-Dame de Montréal causa une grande émotion dans toute la ville et laissa à tous ceux qui l'entendirent un ineffaçable souvenir. " J'étais alors élève au collège des Sulpiciens, dit l'un des témoins, admis depuis pendant de longues années dans l'intimité du prélat; et nous eûmes le privilège d'assister à l'office oii il devait prêcher. J'avais hâte de voir cet évêque missionnaire dont la réputation était déjà si grande. Il monta en chaire. Nous étions tout oreilles, bon texte seul valait un long sermon. Tout le monde connaissait ses malheurs. Il commença : " Transivimus per ignem et aquam et edu.vistl nos in refrigerium (2). " Ce texte répété en français électrisa son auditoire à un degré que je n'ai jamais vu depuis. Dans son langage éloquent, soutenu par une voix des plus sympathiques, il parla de ses chères ouailles, les métis et les sauvages, disséminés sur un vaste territoire, de ses courses apostoliques pour porter la bonne parole à ces tribus nomades, des rudes travaux des missionnaires, des calamités qui venaient d'affliger son diocèse. Puis, il dit qu'ayant reçu déjà tant d'aumônes et de services de la population charitable de Montréal, il n'avait pas eu d'abord l'intention de solliciter de nouveaux secours ; mais que des collègues et des amis l'avaient engagé à ne pas craindre de faire un nouvel appel à sa générosité. Et alors, avec cet accent ému qui lui était propre et qui allait au cœur, il ajouta:
(1) Lettre à sa ruèrn, Toronto, d juillet 1861. — Collection de M. de la Bioquerie-Taché, n° 89.
(2) " Nous avons passé par le fen et par l'eau, et vous nous avez amené dans un lien de consolation." Ps. LXV, 12.
" Ah ! mes frères, si Dieu vous inspire de faire quelque chose " pour nos mis&ions, donnez de bon cœur : vous ne sauriez croire " combien il m'en coûte de venir encore une fois vous tendre la " main. '^ Il fit cet appel dans des termes bien plus touchants que je ne puis le rapporter. Tous les assistants étaient saisis par l'émotion; tous donnèrent abondamment (1)."
Le résumé de ce discours a été imprimé ; on y retrouve le cadre? des pensées; mais rien ne peut faire revivre Témotion pénétrante de l'orateur.
Tournées de Mct Taché parla dans beaucoup de paroisses. Partout il le
prédications ^ ^ •'••'•
et de quêtes, fit avec la même émotion ; partout, " de généreuses aumônes^ i furent offertes en faveur de la pauvre mission de Saint-Boniface (2)."
^1°Shi*vêque ^^ n'était pas possible à l'Evêque de se rendre dans toutes les panfisses paToisscs du Canada pour y tendre la main. L'archevêque de de Québec Québcc, " avcc uuc spontanéité qui ajoute toujours beaucoup de prix aux bienfaits, " adressa à tous ses prêtres une lettre circulaire pour ordonner une quête dans toutes les églises, en faveur de " la pauvre mission de la Eivière-Eouge. " L'appel de l'archevêque " trouva de l'écho dans tous les cœurs : une collect=3-
de £1200 fut le résultat de ce mouvement charitable (3)." "Mon diocèse, écrivait Mgr Taché plusieurs années après en racontant ces faits, en conservera une reconnaissance éternelle (4). " Supplique des Cependant l'Evêque s'occupait d'une autre affaire, d'une affaire
Evêques du , ^ . ^ ^ .
Canada pour qui avait fait décider son voyage avant même l'incendie de sa
la division ^ "^ °
du diocèse de St-Boniface.
(1) L'hon. juge Dubuc, Mémoires concernant Mgr Taché.
Le narrateur ajoute: "Je revis ensuite Sa Grandeur an collège de Montréal, où Elle vint faire une visite au supérieur et aux professeurs,, et voir son protégé, Louis Riel, qu'EUe y avait envoyé et dont je fus le condisciple pendant cinq ans. Je ne me doutais guère alors que» ce distingué prince de l'Eglise, venu de si loin, deviendrait dans la suiteun ami et un père pour moi."
(2) Vingt années de Missions , p 144.
(3) Letti îc, 20 févi
(4) Ibid.
(3) Lettre de Mgr Taché à Mgr le coadjuteur de l'archevêque de Québec, 20 février 1863.
cathédrale et de son palais. Nous avons vu en effet, les missionnaires d'Athabaska-MacKenzie exprimer le désir d'avoir au milieu d'eux un évêque résidant; nous avons vu Mgr Taché et Mgr Grandin trouver ces demandes conformes aux intérêts do la gloire de Dieu, et décider que TEvêque de Saint-Boniface se rendrait dans le Bas-Canada pour intéresser les évêques de la province de Québec à l'exécution de œ dessein. L'incendie survenu, en donnant au voyage de l'Evêque un autre motif, tenait le premier plus secret, ce qui en favorisait la réalisation. L'Evêque de Saint-Boniface s'ouvrit à l'Archevêque de Québec et à ses suffragants de la nécessité de diviser le diocèse de Saint-Boniface afin de fournir aux missions d'Athabaska-MacKenzie un évêque résidant. " Après quelques difficultés, l'Archevêque de Québec et tous ses suffragants voulurent bien apposer leurs signatures à la supplique que l'Evêque de la Eivière-Eouge adressait au Souverain Pontife (1) " pour demander l'érection du vicariat apostolique d'Athabaska-MacKenzie et la nomination du P. Faraud comme vicaire apostolique.
Mgr Taché obtint un missionnaire, le P. Eicher, de Mgr Gui- Autres négogues, évêque d'Ottawa et provincial des Oblats. Un autre missionnaire, le P. André lui fut envoyé de France. Il obtint deux nouvelles Sœurs de la Charité. Il engagea plusieurs ouvriers pour travailler à la reconstruction de la cathédrale. D'autres personnes vinrent lui offrir leurs services pour les missions du Nord-Ouest.
Les deux missionnaires, les Sœurs Grises et tous les autres composèrent une petite troupe qui partit de Montréal au mois de septembre et arriva à Saint-Boniface le 26 octobre.
L'Evêque obtint encore que trois Sœurs de la Carité fussent envoyées au printemps suivant pour établir un couvent au lac la Biche.
C'étaient là des succès et des progrès, "tous bien consolants pour son cœur (2). "
(1) Vingt annéee de Missions , p. 145.
C2) Ibid.
^^rBuro^e"^ Mgr Taché n'était pas "parti de la Eivière-Eouge avec Fin-
tention de passer en Europe ; mais "' la nouvelle de la mort de Mgr de Mazenod et "' la convocation du chapitre général changent ses plans. '^ Il se décide à se rendre en France pour prendre part à Télection du nouveau Supérieur général de son ordre, puis de là à Eome pour négocier la division de son diocèse.
Il s'embarque à Québec le 19 octobre sur le Norvégien, avec Mgr Guignes et le P. Aubert qui se rendent, eux aussi, au chapitre général. Les deux prélats, soucieux de la pauvreté religieuse, avaient pris des cabines de seconde classe; mais ils se trouvèrent avec deux autres compagnons " dans un tout petit réduit et dans une mauvaise place du vaisseau : " ils demandèrent à passer dans une eabine de première classe. On leur en donna " une des meilleures, la plus proche du salon. " Mgr Taché écrivit à son oncle le jour même, de vouloir bien payer " le surplus de la dépense, qui est de quatorze dollars. " " Vous voyez, ajoute-t-il, que je continue mon métier de quêteur, même en mer (1). "
Election dn Après Une traversée heureuse, les voyageurs débarquèrent à
comme Gêné- Liverpool et employèrent plusieurs jours à visiter les maisons obiatB. de leur ordre en Angleterre, " goûtant une bien douce consola-
tion " en les voyant " si florissantes. "
Ils passèrent ensuite en France. Mgr Taché vit à Angers, écrit-il à sa mère, " une charmante petite Canadienne qui est Sœur du Bon-Pasteur: c'est une Dlle Brodeur, de Varennes, nièce de M. Guillaume Eoi. Cette pauvre enfant était on ne peut plus heureuse de me voir, et moi de mon côté j'étais bien , content (2). " L'Evêque arriva à Paris, le 3 décembre (3). "
Le chapitre général se réunit le 5. Il y avait vingt capi-
(1) Lettre à sa mère, A bord du Norvegian, 20 oc^o^ïv 1861. — Collection de M. de la Broqiierie-Taché, n" 91.
(2) Lettre à sa mère, Paris, 9 décembre 1861. — Ibid., n^ 92.
(3) Ibid,
tulants, venus de toutes les missions des Oblats, une seule exceptée, celle du Natal, dont Mgr Allard était vicaire apostolique. Le Rme P. Fabre fut élu dès la première séance à Tunaniniité. Cette élection fut accueillie par les transports de toute l'assemblée. " La voix de la conscience, écrivait Mgr Taché, nous disait : " Il doit être votre père, '' et la voix de nos cœurs répondait avec bonheur : " Il est notre père, " et nul n'oubliera jamais avec quel transport nos cœurs confondaient leurs battements dans un embrassement d'inexprimable jouissance (1). " " Ce grand événement, dit l'auteur des Vingt années de missions, fit renaître la joie dans tous les cœurs, releva tous les esprits par la plus entière confiance. Dieu ne nous avait point abandonnés . . . Xous n'étions plus orphelins. L'œuvre de notre bien-aimé père se continuait dans et par son fils chéri : la personne était changée,
l'esprit et le sentiment ne l'étaient pas (2). "
L'Evêque de Saint-Boniface reporta sur le Eme P. Fabre l'affection et la vénération qu'il avait eues pour Mgr de Mazenod. Xous en verrons de nombreuses preuves au cours de cette histoire. Chaque année à peu près, il lui écrira au jour ou au moins dans le mois anniversaire de son élection, pour lui rappeler, sous mille formes gracieuses et naïves, " les transports, '' " les larmes d'attendrissement, " " la joie surabondante " qui avaient accueilli sa promotion, et lui protester de son " obéissance filiale, " de son " inaltérable dévouement, " de sa " tendre affection (3)."
Le Rme P. Fabre, de son côté,, appréciait son illustre fils et le nomma, comme avait fait Mgr de Mazenod, " Vicaire des missions de la Rivière-Rouge (4). "
(L) Lettre de Mgr Taché au Rme P. Fabre, Saint-Boniface, 5 déc. 1880. — Archives de la Maison générale des Oblats.
(2) Vingt années de Missions , p. 134.
(3) 1 ettre an Rme P. Fabre, Saint-Boniface, 31 décembre 1862, 5 décemhre 1881, 5 décembre 1884, etc. — Archives de la Maison générale des Oblats.
(4) L'acte est daté de Marseille, 17 janvier 1862. Il désigne comme conseillers ordinaires les Pères Lestanc et Le Floch, comme conseillers extraordinaires les Pères Faraud et Tissrot, et charge le Vicaire de l'office de procureur. — Archives de la Maison générale des Oblats.
Le chapitre général continua ses séances plusieurs Jours. " Comme il nous fut doux, raconte Mgr Taché, à nous en particulier qui avions, pour ainsi dire, toujours été séparés de la famille, de nous trouver dans son sein, de faire partie de cette assemblée, où tous les cœurs, confondus dans un sentiment commun, se serraient unanimement autour de celui que Dieu leur avait inspiré de choisir pour combler le vide immense fait parmi nous ! Comme il nous fut doux de nous retrouver avec ceux des nôtres que nous connaissions déjà, avec ceux aussi qui, étrangers jusque-là à nos yeux, ne Fêtaient pas à nos affections ! Nous goûtions aussi une bien vive satisfaction en voyant Fintérêt affectueiix que tous les membres de cette vénérable assemblée voulaient porter à nos pauvres missions, si lointaines, si désolées. Les larmes aux yeux, Fémotion dans Fâme, nous savourions toute la vérité de cette délicieuse parole: Ecce quant honum et quam jucundwm hahitare fratres in unum (1) ! " Pèlerinage à la Le Emc P. Fabrc donna toute son approbation à la division Eternelle, projetée du diocèsc de Saint-Boniface et au choix du P. Faraud comme vicaire apostolique d^Athabaska-MacKenzie. |
" Fort de cette nouvelle approbation, '^ Mgr Taché prit le chemin de la Ville Eternelle. Il quitta Paris le 11 décembre, se rendit à Lyon, s'arrêta à Marseille pour pleurer sur la tombe du père qui Favait consacré évêque et qui Favait tant aimé (2).
A Marseille, il eut ^' une incommodité qui, dit-il, ne porte pas le nom de maladie, mais qui cependant a ses inconvénients. J'ai été cloué, poursuit-il, pendant quatre jours sur ma chaise, et ces malheureux clous ne pourront même pas servir à clouer le plancher de mon futur palais; car, quand on les déplace, ils ne sont plus bons à rien^ mais tant qu'ils sont en place, ils peuvent très bien jouer leur rôle, celui d'exercer à la patience (3). "
(1) Vingt années de Missions , p. 145.
(2) Mgr (le Mazenod fut inhumé dans l'ancienne cathédrale, puis transporté dans la nouvelle, et placé dans ie tombeau qu'il s'était linmême préparé. C'est là que repose présentement ce vénérable fondateur de l'une des familles religieuses les plus illustres.
(3) Lettre à sa mère, Rome, 27 décembre 1861. — Collection de M. de la Broquerie-Taché, n« 93.
s'embarqua à Marseille le lundi, 23 décembre, au soir. Il comptait arriver à Eome pour la fête de I^oël ; mais, '' le vent contraire " retarda le vaisseau, qui n^arriva à Civita Vecchia que le 25 décembre à trois heures et demie de l'après-midi, en sorte que le jour de Noël, il fut " privé du bonheur de dire la sainte messo (1). "
Alors plus peut-être qu'à aucune époque de l'histoire, rien n'attirait tant à Eome que son Pontife. Pie IX, par sa lutte gigantesque contre la révolution triomphante, par sa parole qui resplendissait dans le monde avec les illuminations de la foudre, par les épreuves de l'Eglise qui lui arrachaient des accents si émouvants et soulevaient l'univers entier dans un sentiment immense de compassion et d'admiration, par la plénitude de sa foi et de sa magnanimité qui résumait toute sa politique, apparaissait au-dessus de tous les hommes de son siècle comme un cèdre au milieu des herbes des champs, comme le soleil parmi les astres : tous les cœurs catholiques se prenaient pour lui d'un enthousiasme grandissant, d'un amour et d'un dévouement qui ressemblaient " à cette voix des grandes eaux louant l'Eternel " et tenaient en échec toutes les puissances conjurées de l'enfer.
Mgr Taché venait à Eome pour voir Pie IX comme autrefois saint Paul " pour voir Pierre. " Il eut le bonheur d'être reçu deux fois en audience par l'incomparable Pontife.
La première fois, ce fut le 31 décembre 1861 (2). " Le dernier Les doux au-
di6uct?s de
jour de l'année, dit-il dans les Vingt années de missions, l'aima- Pieix. ble Pontife qui sait inspirer tant de vénération et de dévouement, permettait au pauvre Evêque de Saint-Boniface d'approcher de sa personne sacrée et lui donnait l'assurance que ses clemandes seraient accueillies favorablement. C'est alors que, prosterné aux pieds du vicaire de Jésus-Christ, nous le priâmes de nous bénir, de bénir tout ce que nous avons de cher ici-ba?,
(1) Lettre à sa mère, Rome, 27 décembre 18G1.
(2) Lettre à sa mère, Rome, 4 janvier 1862. —Collection de M. de la Broquerie-Taché, n*=* 94.
de bénir d^une bénédiction spéciale la Congrégation des Oblats et les trente et un membres de cette congrégation qui travaillaient dans le diocèse de Saint-Boniface (1). "
Il demanda au Pontife par écrit pour sa mère, pour son oncle» pour tous les membres de sa famille, ^' une indulgence plénière à Farticle de la mort et une bénédiction apostolique (2). " Il fit une demande semblable pour M. Pépin, curé de Boucherville et sollicita plusieurs faveurs pour " la paroisse de son cœur (3)."
Quelques jours après, " il goûta une seconde fois le bonheur de voir le Saint-Père et reçut encore pour lui et pour les siens, une de ces bénédictions qui font tant de bien au cœur (4). " " Oh ! qu'il y a de grandeur et de majesté, écrit-il à sa mère, dans cette simplicité à la fois si digne et si sainte ! Les grandi de la terre sentent le néant de leur élévation; c'est pourquoi ils s'entourent de tant de futilités. Le Vicaire de Jésus- Christ comprend la divinité de son rang; aussi il ne craint pas de le compromettre en se montrant ce qu'il est, surtout père et pontife (5). "
Mgr Taché obtint de la Propagande l'assurance que son diocèse serait divisé, que la partie soustraite à sa juridiction serait confiée à un de ses frères en religion, le P. Faraud. Et en effet, quelques mois plus tard, le 13 mai 1862, le vaste bassin d'Athabaska-MacKenzie fut érigé en vicariat apostolique et confié à la sollicitude du P. Faraud.
Départ L'Evêque de Saint-Boniface partit de Kome le 8 janvier,
regrettant que sa pauvreté ne lui permît pas d'emporter des souvenirs pour ses amis et ses bienfaiteurs. " Si j'avais les trésors de Crésus ou seulement un peu plus de revenus, écrivait-il, j'aurais acheté bien des souvenirs précieux pour t^nt de per-
(1) Vingt années de Missions , pp. 145-146.
(2) Lettre à sa mère, Rome, 4 janvier 1862.
(5) Lettre du 4 janvier 1862.
sonnes auxquelles je serais si heureux de pouvoir offrir quelque chose à mon retour ; mais hélas ! je n'ai pas la bourse aussi garnie que le cœur et force me sera de me contenter de bons désirs (1).'' Il arriva à Marseille le samedi 11 janvier " après une belle et séjour à Mar-
*' ^ seUle et
heureuse traversée (2), " en compagnie de Mgr Guignes et du P. "^^s^e ^ Vubert. Il passa sept jours à Marseille (3), n'y trouvant plus^ il est vrai^ le fondateur^ maïs ayant la joie d'y rencontrer un autre lui-même dans la personne du nouveau Supérieur Général, ainsi que ses plus illustres disciples.
Il sollicita du Kme P. Fabre, comme autrefois de Mgr de Mazenod, l'envoi de quelques nouveaux missionnaires pour l'immense territoire où il travaillait à créer un rovaume à Jésus- Christ. Le Supérieur Général lui promit du secours. Et en effet, il ne tarda pas d'envoyer le P. Petitot, et les Frères Duffy et Scallen.
Mgr de Saint-Boniface partit de Marseille le 18 janvier. Il aimait, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, à rendre visite aux parents de ses missionnaires; car, disait-il, quels bienfaiteurs méritent autant notre reconnaissance que ceux qui nous ont donné leurs fils ou leurs frères ? Il alla à Montpellier pour voir la mère de l'héroïque P. Grollier et quelques parents du généreux P. Mestre (4).
Le 20 il était à Toulouse et le 21 à Bordeaux (5). " J'ai bien passé à Montauban, dit-il à sa mère ; mais je n'ai pu m'y arrêter, en sorte que cette fois je n'ai point vu de nos parents de France (6). " Il écrivit cependant au prêtre Taché, dont il avait fait connaissance dans son voyage précédent. Il s'arrêta, du 24
(1) Lettre du 4 janvier 1862.
(2) Postscriptum de la lettre précédente.
(.S) Lettre à sa mère, Poitiers, 26 janvier 1862.
(4) Ibid.
(5) Ihid.
(6) Pdd.
Traversée de l'Océan.
Nouveau séjour en Canada.
Ordination de M. Grouard à Boucherville.
au 26, à Poitiers, auprès du plus grand des évêques de France, qu^il admirait et avec lequel la parfaite concordance des pensées et des sentiments lui avait fait contracter une inaltérable amitié.
De Poitiers il se rendit à Tours^ puis au Mans, enfin à Paris.
Il s'embarqua à Liverpool avec Mgr Guignes et le P. Aubert. La traversée dura quinze jours; il fut malade "tout le temps du voyage. " Il débarqua à Montréal le vendredi 28 février, dans la nuit, et se rendit le samedi à Boucherville pour prendre auprès de sa mère quelques jours d'un repos dont il avait grandement besoin (1).
Mgr .Taché passa deux mois dans le Canada.
Il avait obtenu de nouveaux missionnaires en France ; il en obtint d'autres au Canada. " L'évêque de Montréal, toujours l'ami et le protecteur de nos missions, eut la générosité de céder deux de ses prêtres, M. Eitchot, " qui a conquis par la suite une si grande place dans les Pays d'en Haut, "et M. Saint-Germain," qui pendant de nombreuses années a dépensé un grand zèle pour les missions du JSTord- Ouest. " De plus, les bonnes Sœurs de la Charité accordèrent les sujets " promis pour la mission du lac la Biche (2). ''
" Au commencement du mois de mai, l'Evêque de la Eivière- Pouge ordonnait prêtre, à Boucherville, M. Emile Grouard (3), jeune ecclésiastique venu du Mans deux ans auparavant avec Mgr Grandin, et qui avait terminé ses études au grand séminaire de Québec (4). "
Mgr Taché continua les quêtes de l'année précédente. Son ami, M. Laflèche, nommé peu auparavant, économe de l'évêché des Trois-Rivières, avait découvert, dans le temporel du diocèse, une situation des plus critiques, au point de vue financier. Il
(1) Lettre à M. Laflèche, Bouchermlle, 5 mars 1862. révêché des Trois-Rivières.
Archives de
(2) Vingt années de Missions , p. 152.
(3) Maintenant Mgr Grouard, vie. apostolique d'Athabaska.
(4) Ibid.
en informa son ancien compagnon de Flle-à-la-Crosse. " Quelque humble que vous soyez, lui répond Mgr Taché, vous ne pouvez prétendre à un rôle plus modeste que celui des oies du C apitoie ; eh bien, elles ont sauvé Eome et j^espère que vous sauverez votre diocèse (1). "
M. Laflèche demanda à son ami des conseils sur la manière de tirer le diocèse des Trois-Eivières " de la mauvaise passe dans laquelle il se trouvait. " " Eecommandez des prières publiques, lui répondit l'Evêque, et faites un mémoire qui soit une instance auprès du clergé et des fidèles pour les mettre tous à contribution. La puissance d^association est incalculable. Qu'on ne se décourage pas, et j'espère que la Providence vous viendra en aide (2). " Ces moyens sont toujours efficaces ; ils réussirent à faire sortir ce diocèse de l'embarras où il se trouvait.
Mgr Cook, dans son bon cœur, avait d'abord annoncé à Mgr Taché qu'il l'aiderait et le ferait aider par ses diocésains pour la reconstruction de sa cathédrale et de son palais; mais M. Laflèche représenta à son ami que l'évêque et le diocèse des Trois-Eivières étaient en état de demander l'aumône plutôt que de la donner. " Loin de trouver extraordinaire, lui répond l'Evêque de Saint-Bonif ace, que Mgr " des Trois-Eivières " ne fasse rien pour mon diocèse, je serais confus s'il faisait quelque chose: sa position est plus difficile et plus pénible que la mienne (3). "
Mais dans les autres diocèses, Mgr Taché recueillit encore, pendant son nouveau séjour, des aumônes importantes.
Pendant qu'il était dans le Canada, il eut la joie d'apprendre que Pie IX, à sa recommandation, avait nommé son oncle, Sir Etienne Taché, commandeur de Vordre de Saint-Grégoire le Grand (4). Cette marque de distinction "donnée par la première
(1) Lettre du 9 avril 1862. — Archives de l'évêché des Trois-Eivières.
(2) Ibid,
(3) Lettre du 14 mars 1862.
(4) Lettre à sa mère, Montréal, 16 am-il 1862. — N^ 97 de la collection de M. de la Broquerie-Taché.
St-Bonlface.
puissance du monde " récompensait d'illustres services rendus à la cause catholique et unissait plus étroitement encore, s'il était possible, tous les membres de la famille Taché au centre de l'u- - nité catholique.
^ Montréal à L^Evêque de Saint-Boniface quitta Montréal, le lundi 5 mai, emmenant avec lui M. Grouard, le F. Scallen, etc. Le voyage de Montréal à la Eivière-Eouge dura trois semaines.
La voie des canots avait fait place à celle des chemins de fer et des bateaux à vapeur. A Montréal, raconte l'Evêque, à sa mère, " nous nous installâmes dans les belles, d'autres disent, les abominables machines qui se nomment chars de nuit! La vapeur siffla, souffla son gros souffle et nous voilà en marche. La nuit venue, un charmant petit Canadien, à la moustache noire, vint faire les lits. A la suggestion de M. Laroque, il me mit seul là où doivent se coucher quatre voyageurs, et comme les autres murmuraient, il les tranquillisa en leur disant que j'avais payé quatre piastres. Dieu lui pardonne ce mensonge, le pauvre enfant! Je gardai mes quatre places jusqu'à Toronto. A Toronto, nous changeâmes de chars. A Sarnia, les douaniers furent des plus aimables, laissant passer nos énormes bagages sans l'ombre d'une difficulté. Le soleil se couchait magnifique. Si j^avais le temps, je vous en ferais une description poétique, ainsi que de l'entrée du lac Huron. J'arrivai à Détroit; mais comme les chars étaient partis depuis longtemps, il nous fallut atttendre jusqu'au lendemain matin. C'est un petit malheur, puisque nous avons pu nous reposer parfaitement dans de bons lits et nous laver, ce qui n'est pas inutile, après trente heures de chemin de fer (1).
Les voyageurs partirent de Détroit le 7 au matin. Douze heures après, ils étaient à Chicago. Le 8, ils arrivaient à la Crosse, sur le Mississipi, trois jours après leur départ de Montréal. Là, ils s'embarquèrent sur le grand fleuve, à dix heures du matin, et, comme le bateau ne partait pas aussitôt, Mgr Taché
(1) Lettre à sa mère, Détroit, 7 mai 1862. — Ibid., n^ 98.
en profita pour écrire à sa mère. " Je vous ai écrit hier au matiiîj lui dit-il, et je vous écris ce soir de 200 lieues plus loin (1). "
Les voyageurs admirèrent, raconte l'un des compagnons de i'Evêque, les rives du Mississipi bordées d'épaisses forêts, la largeur de son lit, les collines dentelées, arrondies ou festonnées qui le bordent de distance en distance, les beaux lacs qu'il traverse. " " Considérant un si beau pays, je ne pouvais m'empêcher de m'attrister en pensant qu'il appartenait autrefois à la France (2)."
Le bateau mit trente heures à aller de la Crosse à Saint-Paul. Le 9, à quatre heures de l'après-midi, nous débarquions à Saint- Paul, qui " en 1848 ne comptait que cinq à six mille habitants, en a aujourd'hui quinze nville, dont le tiers sont des catholiques canadiens ou irlandais qui y ont deux églises et un évêché fort beau (3). " Mgr Taché s'arrêta cinq jours à Saint-Paul, auprès de ^Igr Grâce, " dominicain. "
Le 14 mai, après avoir écrit encore une lettre à sa mère, il continua sa route avec ses compagnons sur un stage public, " grand char non suspendu, recouvert d'une capote de toile blanche, traîné par quatre beaux et vigoureux chevaux. "
Le premier jour, vers le soir, poursuit le narrateur que nous citions plus haut, " nous rencontrâmes sur notre chemin la ville de Marseille; non la ville actuelle peuplée et civilisée, mais la Marseille antique, à l'époque où elle ne comptait encore qu'une seule maison; car c'est à quoi se borne pour le moment la Marseille des rives du Mississipi (4). "
Les voyageurs demeurèrent enfermés dans le stage pendant cinq jours. Le cinquième jour, ils arrivèrent à Georgetown, au
(1) La Crosse, à bord du '* steamboat," 8 mai 1862. — N*' 99 de la collection de M. de la Bioqnerie-ïaché.
(2) Dans les Missions de la Cong. des Oblats, t. II, p.205.
{4) Ibid.
confluent de la rivière au Bœuf avec la rivière Eonge (1). " [N'eus n'étions plus qu'à cent lieues de Saint-Bonif ace. " " î^Tous logeâmes au fort Georgetown, chez M. Murray, agent de la compagnie de la Baie d'Hudson et protestant de la secte presb3'térienne. Ce monsieur, ainsi que toute sa famille, se montra plein de prévenance pour Mons-eigneur et pour nous. Il pria même Monseigneur de dire les prières du soir et de bénir la table, et nous fûmes témoins du spectacle qu'offrit un évêque catholique invoquant à haute voix et au nom d'une famille protestante les bénédictions de Dieu et de la Sainte Vierge sur cette même famille (2)."
Mgr Taché écrivit une nouvelle lettre à sa mère (3), puis s'embarqua avec ses compagnons sur le bateau à vapeur qui allait alors de Georgetown à Saint-Boniface. Il y avait "près do cent cinquante passagers, dit Mgr Taché à sa mère, la plupart gens du Haut-Canada, quelques-uns de Montréal, qui s'en vont aux mines de la rivière Fraser (4). " Le trajet dura six jours. " Bien que le bateau fût équipé par des protestants, nous y avons été comblés d'égards et de respects. Chose singulière, ces gens estiment singulièrement les prêtres catholiques ... Le cinquième jour après notre départ se trouvait le jour de la fête de la reine Victoria; on invita Monseigneur à présider le banquet qui eut lieu à cette occasion, et nous eûmes aussi les premières places. Après le dîner, on porta force toasts accompagnés 'des chants du God save ihe queen, et de hourras prolongés. Un de ces toasts fut adressé à Monseigneur et aux Missionnaires ; notre saint Evêque répondit par un discours anglais qui fut accueilli d'un tonnerre d'applaudissements à coups de talon. Il va sans
(1) Ce nom, nous l'avons déjà remarqué, lui avait été donné en l'honneur de Sir George Simpson, gouverneur de la Terre de Rupert. — Voir VEsquisse sur le Nord-Ouest de l'Amérique du Nordy p. 31, 2e édition.
(2) Ibid., pp. 208-209.
(3) Georgetotm, 19 mai 1862. —Collection de M, de la Broquerie-Taché.
(4) Daris les Missions , pp. 208-209.
(.lire que toutes ces santés consistaient en belle eau de fontaine,, et que les verres étaient toujours pleins./'
Le lundi 26 mai, Mgr Taché arrivait à Saint-Boniface, " au Arrivée & milieu des cris d'enthousiasme et des coups de fusil des habitants agenouillés sur le rivage pour recevoir la bénédiction de leur pasteur bien-aimé. " Le retour de Monseigneur a ressemblé à un triomphe, conclut le témoin que nous venons de citer : à peine a-t-il touché le rivage que la foule des métis et des catholiques irlandais s'est ébranlée et a accouru au-devant de lui, tandis que tous les passagers du steamboat lui souhaitaient mille prospérités. Combien de larmes coulèrent dans cette circonstance \ Combien de cœurs se sentirent attendris et émus ! Combien les protestants durent être étonnés de voir dans les catholiques tant de charité, tant d'affection fraternelle (1) ! "
Mgr Taché rentrait dans sa ville épiscopale après onze mois et quatre jours d'absence.
Quelques jours après, le 7 juin, arrivaient MM. Eitchot et Saint-Germain, ainsi que les Sœurs destinées au lac la Biche.
Le même jour, M. Grouard reçut l'habit de novice, et le lendemain il partit, pour aller faire son noviciat dans les régions où il devait être évêque un jour.
Mgr Taché, ses frères en religion^ ses prêtres séculiers, après Logement de s'être longtemps logés, à la suite de l'incendie, " dans les galetas du collège, " demeuraient alors auprès des décombres de la cathédrale^ " dans une bicoque qui ne valait guère mieux qu'une tente de sauvages (2) ", " dans une petite maison de planches, construite tout nouvellement," où "les élèves prenaient leur nourriture en compagnie de Monseigneur et des Pères (3). " L'office divin se faisait " dans une salle basse du collège. " Ce spectacle faisait mal à ceux qui le voyaient pour la première fois (4).
(1) Dans Us Missions, pp. 20S-209.
(2) Dans les ^fissions, p. 210.
(3) Ibid.
Mais Monseigneur était si gai et avenant pour tout le monde " et savait sflîien communiquer sa joie à tous, qu'on l'aurait cru ^^ exempt de tout tracas (1). "
Oui, le cœur du prélat " surabondait de joie parmi toutes ses tribulations. " Il avait vu Pie IX ; il avait obtenu la division de son diocèse ; il avait ramené de nouveaux missionnaires, oblats et prêtres séculiers, de nouvelles sœurs grises; le progrès avait continué dans toutes ses missions pendant son absence; on pouvait en espérer de plus grands encore pour l'avenir. Il y avait trentetrois oblats, un Père novice,- et trois prêtres séeuliers dans le Nord-Ouest.
(1) Dans Us Missions, p. 210.
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