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PROGRÈS DES PAROISSES ET DES MISSIONS DURANT LES ANNÉES

1878, 1879 et 1880.

A l'époque où nous sommes, les immigrants arrivent de toutes Développement parts dans la jeune province de Manitoba. " On nous annonce gratî^?*' vme immigration immense pour le printemps, " écrit l'Archevêque de Saint-Boniface à son ami de Saint-Albert le 10 mars 1879 (1). Durant tout l'été, Jusqu'à l'automne, les colons affluent. " L'immigration se continue d'une manière effrayante, écrit le prélat le 7 novembre ; ce sont des centaines tous les jours ou du moins toutes les semaines (3). " L'afflux des étrangers est à peine interrompu par les froids de l'hiver pour recommencer avec un nouvel élan au printemps. "Xous ne sommes qu'au 10 mars, écrit l'Archevêque: il fait encore un froid très vif,-36° dimanche,-34** hier (3), et voilà que déjà l'immigration commence sur une grande échelle. Plus de 850 immigrants sont arrivés pendant ces trois derniers jours (4). "

" Qui se serait imaginé, il y a vingt ans, écrit un publiciste de Saint-Boniface, que ce petit coin de terre appelé aujourd'hui Manitoba, ignoré alors et perdu au milieu des déserts, deviendrait une nouvelle terre promise, où l'on accourrait chercher, sinon le miel, au moins le lait et le pain (5) ?"

(1) Lettre à Mgr Grandi n, Snint-Boniface, 10 «ta rs 1879. — Archivesde l'évêché de Saint-Albert.

(2) Lettre au même, 7 nov. 1879.

(3) En 1880, le 10 mar^; tombait un mercredi ; le dimanche précédent était donc le 7 mars.

(4j Lettre au R. P. Aubert, Saint-Boniface, 10 mars 1880. — Archives de la Maison générale des Oblats.

(5) Le Métis, n° du 3 avril 1879.

Le grand nombre des arrivants sont j^rotestants. " Il est arrivé GOO imniigrants d'Ontario à Saint-Boniface dimanche dernier, raconte le Métis le 3 avril; il en était arrivé 200 la veille; deiDuis lundi il en arrive de 100 à 150 par jour." " Dire que les neuf dixièmes de ceux qui arrivent sont protestants ! observe Mgr Taché dans la lettre que nous citions plus haut. jSTous sommes déjà noyés, et si la chose continue, nous ne flotterons pas de sitôt (1)." "N^ous sommes débordés de toutes parts i)ar des étrangers à notre foi, dit-il à Mgr Grandin, que Dieu veille sur nous (2) !" "L'élément anglais s'empare du pays, (3) " écrit-il au P. Lacombe. " Le paj's se remplit, et nous n'y sommes presque pour rien (4)."

" On est loin de 1873, s'écrie tristement le rédacteur de la feuille française de la province, et il est interdit aux Français de Manitoba de songer, comme alors, à tenir la direction des affaires. . . Il ne peut plus y avoir de premier ministre français à Manitoba . . . L'élément français, qui formait la moitié de la population il y a six ans, n'en forme plus qu'un quart ou un cinquième. . . Il est réduit présentement à ne compter que sur 0 ou G sièges dans une chambre de 2-1 membres (5)." Bien plus, — c'est la remarque de Mgr Taché, — " être catholique devient un crime atroce aux yeux et au cœur de certains immaculés qui jouent le plus grand rôle dans la province (6)." Plusieurs le craignent, " l'émigration qui afflue d'Ontario, d'Angleterre et des Etats-Unis, vers l'Ouest, achèvera Ijientôt de noj^er le groupe français, pourtant si compact et si habilement affermi par le grand citoyen, apôtre et homme d'Etat à la fois, qui en •est l'âme, comme il est le vrai fondateur de cette province (7)."

(1) Lettre (lu 10 mars 1S80.

(2) Saint-Boniface, 20 mara 1880.

(3) Ilochelaga, 15 août 1879. — Collection du K. P. Laoomlje.

(4) Saint- Boni face, 13 avril 1880.

(5 Le Métif>, n° du 22 novembre 1879.

i/i) Lettre au P. Laconibo, Saint-Boniface, 13 avril 1880. — Collection du R. P. fiacombe.

(7) Le Métifi, \\° du 22 novembre 1879.

ARCIIKVKQUE DE SAIXT-BOXIFACE 38:i

Xon, l'œuvre de Mgr Taché ne saurait périr.

A l'heure actuelle, le grand Archevêque n'a pas de plus grande préoccupation que de faire venir au ^lanitoba des colons catholiques pour sauver la race française devant le flot de l'immigration protestante; car, dit-il à Mgr Grandin, "si nous avions tant soit peu d'émigration, nous pourrions tenir notre position (1). " Il encourage l'avocat Lalime, le Dr Whiteford, qui parcourent sans cesse les Etats-Unis cherchant des colons pour le Manitoba. Il envoie de nouveau le P. Lacombe, il envoi'j M. Doucet, économe du collège, pour organiser, s'il est possible, dans la province de Québec un courant régulier d'immigration vers le Manitoba. Il les recommande lui-même par des lettres chaleureuses aux évêques d\\ Bas-Canada. " Sans le secours de l'épiscopat, écrit-il à Mgr Laflèche, il (M. Doucet) ne fera rien; mais avec votre assistance, il pourra beaucoup. Faites prier dans ce but, ajoute-t-il : si Dieu est pour nous, qui sera contre nous (2)?''

Il remercie les évêques des Trois-Rivières et de Eimouski de travailler à lui envoyer des colons. " Il est encore temps, dit-il, d'empêcher notre destruction. C'est pourquoi votre lettre et le projet de Mgr Langevin m'ont été singulièrement agréables, parce que, je le répète, ils ravivent mes espérances. Je vous conjure donc, bien cher seigneiir et ami, de vous souvenir de Manitoba, et d'aider à une organisation qui aurait pour but de nous procurer des colons catholiques, non pas catholiques de nom, mais catholiques de cœur (3). "

Car Mgr Taché établissait peu de confiance dans des immigrants " comme ceux qui vinrent de Paris " en 1872, jouisseurs et socialistes, n'apportant guère que des vices au Xouveau Monde (4).

(1) Lettre du '20 mars 1S80.

(2) SaintBoniface, 2?, janricr 1880. — Archives de l'cvêvjhé des Trois- Rivières.

(3) lIAd.

(4) Ibid.

Plusieurs n'aimaient pas voir les catholiques de la province de Québec partir pour le Manitoba, alors qu'il y avait dans la province elle-même de Québec de si vastes régions à défricher. Mgr Taché combat souvent ces vues étroites par des considérations d'ordre général. " Je n'ai pas d'inquiétude pour la province de Québec, que je crois à l'abri de toute absorption par les étrangers, dit-il à son ami des Trois-Eivières. Je n'en puis pas dire autant de Manitoba. . . Les forêts de la province de Québec, cher ami, ne vous échapperont pas, mais nos vastes prairies nous échappent. Et à moins que la province de Québec ne vienne à notre secours par une forte et vigoureuse immigration, le champ où vous avez travaillé vous-même avec tant d'ardeur pendant de nombreuses années, va cesser d'être le domaine de la famille franco-canadienne. Je regrette de le dire, on n'y a pas songé assez en Bas-Canada, et lorsqu'on pouvait fortifier tous les droits de la province de Québec par l'établissement d'une province sœur à Manitoba, on a laissé cette dernière se peupler d'un élément hostile (1)."

Cependant, quoique la population catholique augmente moins rapidement que la population protestante, elle va croissant sans interruption. Elle croît avec le développement du pays tout entier. Elle croît par les naissances, relativement plus nombreuses dans son sein que dans la race adverse. Elle croît aussi par l'immigration. Chaque année, surtout au printemps, de généreux colons arrivent des Etats-Unis, de la province de Québec, et même de l'Europe. M. Lalime amène, au mois d'avril 1878, 423 colons (2). Les arrivants ne sont pas toujours très nombreux, mais la qualité remplace souvent la quantité: tel M. T.-A. Bernier, arrivé le 17 avril 1880, ancien élève de Saint- Hyacinthe, avocat distingué do la ])rovince de Québec, qui se livre d'abord avec succès, à Sainte-Agathe, au noble travail de l'agriculture, l'art dos arts dans l'Ouest canadien, vient ensuite,

(1) Sfijnl-Bon}f(ifr,2o janvier 1880. — Archives do l'évêclié dos Trois- Rivièrc'S.

(2) Le Métis, ii« du ''■"> avril 1878.

ARCHEVÊQUE DE SAIXT-BOXIFACE 385

à la demande de Mgr Taché, remplir avec autant do talent que de dévouement, la charge de Surintendant des Ecoles catholiques, plus tard nommé sénateur de la Puissance; M. L.-A. Prud'homme, arrivé le 28 mai suivant, avocat distingué aussi, écrivain poétique et sympathique, homme de bonnes œu\Tes, qui a fourni dans sa patrie d'adoption une longue carrière de juge; MM. Dansereau, 0. Robert, Provost de Saint- Marc.

A Saint-Bonif ace, " la nouvelle station du chemin de fer est st-iîoniface. tout à fait à notre porte, écrit le prélat à sou ancien compagnon de la Eivière-Eouge, à deux arpents de l'archevêché, sur l'anciemie t-errc du vieux Caïen (1) ... La station principale, dite Saint-Boniface Junction, est à l'est de la rivière la Seine, tout près de l'ancienne résidence des Messieurs Xolin. Le pont, qui est en construction, se fait un peu plus lias que l'ancienne taaison de Bruneau ( 2 ) . . . "

Nous allons parler d'une autre ligne alors en construction, la ligne du Canadien Pacifique. En 1880, on travaillait activement aux terrassements entre Selkirk et le lac Supérieur, ainsi qu'à l'ouest de Winnipeg. " Le P. Allard arrive à l'instant, 1 heure p. m., écrit Monseigneur le 10 mars 1880; il est parti hier du Portage du Eat, à 10 heures, a fait 36 milles en diligence, passé la nuit confortablement dans la maison de l'un des contracteurs du chemin de fer, et est venu ce matin de 100 milles en chemin de fer. Vous voyez que les temps sont changés. Le chemin de fer se continue à l'ouest de la Eivière- Eouge, et à l'automne, nous irons à 200 milles vers Mgr Grandin par voie ferrée (3). Autre signe des temps, ajoute-t-il; le vote du sénat " de France, " hostile à l'article 7 de la loi Ferry et donné à Paris avant-hier, était hier matin sur nos journaux : En un mot, nous somn^es comme les autres pays (4) . . . Vous

(1) Lettre au P. Aubert, Saint-Boniface, 10 iwirs 18S0. — Archives de la Maison générale des Oblals.

(2) Lettre au même, Saint- Boni f are, IH août 1880. (3; Lettre précédente du 10 mars 1880.

(4) Ibid.

3b6 VIE DE MGR TACHÉ, O. M. I.,

ne vous reconnaîtriez pas si vous veniez nous voir (1) . . . Les Pères Maisonneuve et Tissot sont toujours avec moi; nous sommes les vieux du vieux régime et passablement étrangers aux choses du temps (3)."

Ces brusques transformations d'un pays amènent souvent une diminution de la piété et des bonnes mœurs. 11 n'en était point ainsi pour Saint-Boniface : le peuple demeurait admirable de foi et de vertu chrétienne, très attaché à la religion, entourant son Archevêque de vénération, de confiance et d'amour, bien digne de former l'église mère et maîtresse de la religion catliolique dans les anciens Pays d'en Haut.

sto-Marie. j)q igGQ à 1874, l'uniquc église de Winnipeg était la chapelle

de l'Académie Sainte-Marie. De 1874 à 1880, l'église de Winnipeg était le haut de la maison des Pères oblats. En 1880, on commença la construction d'une église distincte et en pierre avec la modique somme de $1670 réunie l'hiver précédent par le P. Lavoio au mo3'en d'un bazar de charité (3). La première pierre de l'église est bénite et posée par Mgr Taché le dimanche 15 août, fête de l'Assomption. " L'église de nos Pères à Winnipeg est commencée, écrit-il le 12 août; ils en ont bien besoin; mais il faut faire une dette, c'est-à-dire modifier les principes de notre administration. ])rincipes suivis strictement jusqu'à ce jour (4)."

L'église fut achevée, du moins quant aux constructions principales, l'année suivante et solenuellciiioiit bénite, ainsi que noiis le dirons, par ^Igr Taché le dimanche 4 septembre 1881, en présence de Mgr Lynch, archevêque de Toronto, de beaucoup de prêtres et de noinhroux fidèles (5).

Arrivée (1rs Un Pèrc oblat, le P. r'aliill faisnit flopnis trois ans la classe

M H Ile il Winiilpig.

(1) Lctlrodii ]?> août 1880.

(2) Lettre du lo mars 1880.

(3) Le Métifi, n° du 5 janvier 1880.

(4) Lettre au P. Anbert, Saint- Boni fncc, 12 anùt ISSO. — Arcliivcs de la Maison générale des Olilats.

(5) ÏJ& Méti!<, n" dn S se|)teiiibio 1881.

aux petits garçons. En 1880, lo mercredi 25 août, trois Frères de la congrégation de ]\[arie arrivèrent à Winnipeg pour le remplacer. " Ces Frères ont bonne tournure, écrit j\rgr Taché trois jour.? après à son ami de Saint-x^ll)ert, et donnent bon espoir qu'ils réussiront (1)." Ils ont en effet réussi et ont fait de leur école de Sainte-Marie un de leurs plus florissants établissements.

Vers le inême temps, les Sœurs des Saints ISToms de Jésus et de Marie construisirent un couvent et des écoles plus vastes, qui fussent en rapport avec le développement de la ville et de toute la province.

Le 26 avril 1872, Sir Georges E. Cartier avait présenté aux uissimis du p chambres de la Puissance la loi qui décrétait l'établissement dansies' d'une ligne gigantesque destinée à unir les deux mers à travers du c.p.r. le territoire canadien et apjDelée depuis le chemin de fer Canadien Pacifique, C. P. E.

Le Gouvernement canadien commença lui-même les travaux trois ans après ; au printemps de 1875, après six ans, 650 milles seulement avaient été construits; à l'automne de 1880, il en restait à faire près de 3.000 milles. Afin que les travaux fussent conduits avec plus de rapidité, le Parlement, par une loi du mois de février 1881, confia l'achèvement de la voie à une Compagnie, à laquelle il accorda une subvention de 25.000.000 de piastres et de 25.000.000 d'acres de terre, le long de la voie, avec exemption de taxes pendant vingt ans. Cette Compagnie, depuis célèbre dans le monde entier, sous le nom de Compagnie du Canadien Pacifique, poussa activement les travaux sur un grand nombre de points à la fois.

Avant même l'établissement de la Compagnie, beaucoup de travailleurs étaient occupés à la construction de la grande voie entre le lac Supérieur et Saint-Boniface. Les travaux furent poussés i^lus activement encore après la création de la Compagnie. On compta, en 1880, 1881, 1882, jusqu'à 1500 ouvriers, divisés par groupes de 30, -40 et môme 60. Les catholiques

(1) Lettre à Mgr Grandin, Saint-Boniface, 28 août 1880. — Arcliives de la Maison générale des Oblats.

388 VIE DE MGR TACIIÉ^ O. ]\r. I.,

émigrés au Manitoba se rendaient en grand noiiil)re dans les chantiers de la nouvelle ligne pour y gagner de beaux salaires, ordinairement une piastre et demie par jour: ce fut, pendant plusieurs années, le seul moyen offert aux colons catholiques du Manitoba de se procurer un peu d'argent : aussi ils ont gardé au gouvernement ([ui avait décrété et commencé la ligne et à la Compagnie qui on a exécuté la prinfi])al(' partie, une reconnaissance qui persévère encore. Le tiers des ouvriers en général étaient canadiens-français. " Les deux autres tiers étaient composés d'Irlandais, d'Anglais, d'Ecossais, d'Islandais et de Danois. La moitié de ce personnel était catholiqiie, et, daus le nombre, plusieurs officiers et contracteurs (1)."

Mgr Taché avait déjà envoyé à ces ouvriervS catholiques, les années précédentes, plusieurs missionnaiix>s, le P. Allard le premier, puis les Pères Baudin et àMarcoux. Il envo3'a en 1S80, le lî. P. Laconibe. Celui-ci partit de Sainte-Marie le 2 novembre et passa seize mois dans les chantiers de la voie en construction, prodiguant son ministère aux ouvriers, ainsi qu'aux sauvages qui fréquentaient les chantiers pour y vendre les produits de la chasse et de la pêche.

" Je m'installai, dit-il, au Portage du liai, dans une maison inachevée, où je devais trouver mon domicile et me faire une chapelle, .le me mis immédiatement à l'œuvre après avoir étudié mon ])laii d'ajjostolat de façon à être utile tout à la fois aux blancs et aux |iauvrcs sauvages disséminés sur la ligne des travaux (2).""

Sa première mission l'ut sur la Pivière do l'Aigle, à GT milles du Portage du Pat. '' C'est le soir d'ordinaire que s'ouvrent les exercices, et c'est la nuit que le missionnaire se livre au saint ministère, la journée étant omployce par les travailleurs à leur rude labeur. Lo sou])or tonniné. los plats et ustensiles enlevés

(1) Lettre du R. P. Lacombe à M<:r Taché, Portnr/e du Rat (Keewatln) 2ô avril 1881. — Dans les Missions de la Cong. dt'.s Missionnaires Ohlaf^ de M. /., t. XX, p. ;',00.

«t mis cil ordre, les catholiques se rangent dans la hutte construite avec d'énormes pièces de bois; on commence par le chant de cantiques français et anglais: U71 Dieu vient se faire entendre, Travaillez à votre saint, Esprit-Saint, puis le missionnaire prêche, alternativement en français et en anglais. Ensuite les confessions commencent; une couverture jetée en travers de la hutte sépare le prêtre des fidèles et leur forme dans un coin une sorte de confessionnal. C'est le moment des conversions et des miracles de la grâce. Vers 11 heures etr quelquefois plus tard, le missionnaire, roulé dans une couverture, prend un peu de repos. A -4 heures et Yz du matin, lever et disposition de la chapelle pour le saint sacrifice. A 5 heures, to.ut est prêt. Messe, action de grâces, déjeuner. A 7 heures, les ouvriers partent au travail (1)."

Pendant seize mois, le grand missionnaire Oblat continua sans interruption ses héroïques travaux, avec les fatigues les plus rudes, mais avec d'admirables fruits de salut (2). '"'Lorsque, dans un temps peu éloigné, écrivait-il, les beaux chars Pullman de l'Amérique rouleront sur la voie, les touristes qui les rempliront admireront ces vastes tranchées ouvertes dans la ceinture des rochers, ces ponts élevés sur des cours d'eau profonds^ ces remblais magnifiques, sans se douter des difficultés inouïes qu'il aura fallu vaincre et des pertes d'hommes qui en auront été la conséquence inévitalDle (3)." Les voyageurs penseront moins encore aux rudes labeurs que le missionnaire Oblat s'imposait pour relever ces malheureux serfs de la civilisation vers les régions de l'esprit, en purifiant leurs consciences si souvent souillées par la pratique. du blasphème, .de l'ivrognerie et de tant d'autres vices, et en les réconciliant avec eux-mêmes et avec leur Dieu. Mgr Taché, lui, comprenait cette œuvre de paix et de salut et félicita plusieurs fois le missionnaire de son généreux dévouement.

(1) Voir la lettre citée, Dans les Missions , i^p. 300-301.

(2) Jbid., pp. 2<)8 309.

(3) Ihid.

"Je suis heureux d'apprendre, lui écrit-il le 5 janvier 1881, que votre santé gagne aux rudes labeurs du genre de ministère qui vous est confié. Comme vous avez pu vous en convaincre, c'est un service important que celui qui est rendu à cette population de travailleurs. Je me réjouis avec vous du succès qu'a eu votre ministère (1). " Finaa'i^n «le Xous avous VU Ics quatic premiers colons s'établir dans la Montagne de Pembina, au mois d'août 1877. L'hiver fut très doux ; Olivier Lafrenière laboura son champ la veille de Noël (2).

Dès le printemps suivant, huit autres colons arrivaient avec leurs familles, Edouard Labossière père et Ed. Labossière fils, Bruneau Charbonneau, Louis Poulin, Herménégilde Bessette, Jacques Sanderson et François Langlois. D'autres suivirent bientôt après, J.-B. Martin, Eusèbe Hébert, etc. Il y eut bientôt cinquante familles réunies dans cette solitude séculaire. Mgr Taché érigea la paroisse le 23 avril 1879. Comme l'établissement dés premiers colons à la Montagne de Pembina avait eu lieu vers le temps où Léon XIII était monté sur la chaire de saint Pierre, l'Archevêque de Saint-Boniface voulut placer la nouvelle paroisse sous le patronage de saint Léon le Grand, patron principal du nouveau Pontife, et lui donna le nom même du grand docteur de l'Eglise: c'était inscrire, d'une certaine manière, dans le nom de la colonie, la date de son établissement. La nouvelle mission ou paroisse de Saint-Léon comprenait toute la Montagne de Pembina.

Mgr de Saint-Boniface fit d'abord visiter la nouvelle paroisse, comme toutes les autres qui commençaient, par un prêtre de son entourage, le P. Aloysius Glndu, 0. J\I. L, le P. Lavoic, 0. jM. L,

(1) <Jll(ui-a,b j'iinu r 1881. — Collection du li. 1'. Laconilie.

(2) Le Métis, m'' du 10 janvier 1S7S. — " Pas ile neige encore ; le temps doux paraît voiilnir cunlinner." Lo Méfn>, n^ dn 17 janvier 1878. — " l'as de wvv^Q ni froid ciicore... Tout le inonde rst eiinuyt' de la monotonie (lu doux temps. Chacun soupire après rnio bonne tempête de neige et un |)etit froid de L'5 ou 30 degrés an-dessous de zéro." Le Métis, n° du 14 février 1879.

■2,- Vni. |i. non.

Eglise-presbytère de Saiut-Léoii (Maii.).

Eglise de Saint-Alphonse (ilan.).

-h ^ M. Saint-Pierre. Il y établit, dès le 8 septembre 1879, le Rév. M. Théo])ald Bitsche, missionnaire du Précieux Sang (1). Le nouveau curé, originaire de l'Alsace, attira à Saint-Léon un certain nombre de familles allemandes. On en compta jusqu'à une quarantaine dans les années qui suivirent son arrivée. En 1880, il fit l)âtir une église-presbytère en legs, de 20 x 40; le haut servait au culte, le bas était la demeure du missionnaire. Le premier enfant y fut baptisé le 28 mai de cette année, Théobald- Léon Labossière. Le Rév. M. Fillion y prêcha, au mois de décembre de la même année, avec beaucoup de succès, la première retraite donnée à Saint-Léon, depuis l'établissement de la paroisse, La colonie fut, dès ses origines, très prospère. Il y eut, en 1880, 19 baptêmes. Un beau village se forma rapidement (2), réunissant 27 maisons et 300 habitants. Il y avait 3 magasins, 3 hôtels, 1 moulin à faire du gru d'avoine, 1 casseur, 2 forges, 2 étables publiques, 1 échoppe de sellier. M. A. Messner donna à l'église une belle cloche qui fut ameuée d'Emerson en voiture.

Les paroisses de la Rivière-Rouge recevaient de nouveaux dé- Dcveioppomeut veloppements. f■o\^^''os?.^'lf

Mgr Taché envoie le Rév. M. Charbonneau résider à Saint- -le st-rie Joseph dans l'automne de 1879. Mais le digne prêtre tombe malade à la suite des violences dont il est l'objet de la part d'orangistes au presbytère même de Saint- Jean-Baptiste ; il se rend dans la province de Québec pour recevoir les traitements dont il a besoin; les médecins ne lui permettent pas de revenir dans l'Ouest: il prodigue depuis lors à un autre troupeau les riches trésors de son dévouement sacertotal. M. Fillion reprend momentanément le service de Saint-Joseph et le cède de nouveau, au mois de mai 1880, au Rév. M. Pelletier, prêtre d'humilité et de charité, qui va consacrer treize ans de sa vie à cette heureuse paroisse.

(1) Le Rf^v Bitsclie reçut ses pouvoirs le 8 septembre et arriva à baint-Leon le 11.

(2) Le premier villagre de Saint-Léon était situé an bord sud du lac où

les premiers colons s'étaient arrêtés. Il n'existe plus. Un autre village ■ s est tonne auprès de l'église, au bord ouest du même lac

Fondation définitive do St-Plerre.

Obsorvatkms.

Saint-Pie reçoit jusqu'en 1880 les soins de l'infatigable M. Marcil, curé de Saint-Pie et d'Emerson. Le nouveau pasteur bâtit, à Saint-Pie, l'année même de son arrivée, un presbytère, qui existe encore. L'incendie détruit l'église bâtie par M. Fillion M. Marcil en construit une nouvelle, qui a été plus tard démolie et transportée à Letellier, nouveau centre de la paroisse de Saint-Pie. Il bâtit aussi une école, qui existe encore à sa première place. En 1880, il élève à Emerson une église dédiée au Sacré-Cœur, que Mgr Taché bénit le 28 juillet de cette même année.

Saint-Pierre avait reçu ses premiers colons en 1872. M. Fillion y avait commencé le service divin en 1875. Après son départ pour Saint-Jean-Baptiste, M, Samoisette, curé de Sainte-Agatlie venait y dire la messe de temps en temps. Une première chapelle y fut commencée en 1876, achevée et bénite par Mgr Taché en 1877; c'est le magasin actuel de M. Eacicot. Le bas servait d'église; le haut n'avait pas d'emploi; le missionnaire dans ses visites, logeait chez un habitant. Il y avait en 1880, 4G familles. L'Archevêque leur donna, au mois de mai de cette année, un curé résidant dans la personne du Eév. M. Jolys, originaire du Morbihan, à la foi et à l'énergie bretonne.

M. Jolvs transforma la chapelle en presb5^tère et l)âtit une nouvelle église de 32 x 40. Mgr Taché la bénit avec une grande solennité le 17 août (1). Quatre ans après, cette seconde église, devenue insuffisante, est vendue $3,000 et est remplacée par une autre plus spacieuse de 85 pieds par 45. L'initiative et l'activité du dévoué curé de Saint-Pierre ont fait d'année en année de cette paroisse l'une des plus florissantes de l'archidiocèse de Saint-Boniface.

C'est par la paroisse que le Canada catholique et français s'est formé et a grandi. " En elle se sont élaborées les forces vives de cette nation pleine d'avenir. Par elle, les Canadiens sont de-

(1) Voir le Méti.", n^ du 19 août 1S89.

DfiixiciiiK r-lise de Saiiil-riHni- .Inhx, M:

Eglise de 8aiiite-Agatlie, Man.

L'instance quo-

venus un peuple puissant (1). " Dans les anciens Pays d'en Haut, comme dans la province de Québec^ " la population catholique se groupe sans bruit, bâtit des églises, élève des maisons d'éducation, organise sur de fortes bases l'enseignement, appelle des congrégations d'instituteurs et d'institutrices et met le dernier sceau à sa prise du sol par son organisation en paroisses (2)."

L'évêque est au sein de l'humanité, l'Adam nouveau, d'où " procède l'Eve nouvelle, c'est-à-dire l'Eglise particulière. Toutes \lTusr%lces Eglises nouvelles, qui naissent autour de l'Eglise de Saint- soTucitude" Boniface,sont appelées à l'être par l'opération principale du Pon- Kgiisës?'^' *''* tife qui siège à Saiut-Boniface. Le Pontife de Saint-Boniface les enfante toutes à Dieu et à l'Eglise universelle en vertu-même de la grâce de son épiscopat par une continuelle et tendre charité. Chaque Eglise peut lui dire ce que lui disait l'Eglise de Saint- Pierre au jour de la bénédiction de sa chapelle : " Il y a quelques semaines, nous ne formions qu'une simple agglomération de cultivateurs, aujourd'hui nous formons une Eglise : c'est à Votre Grandeur que nous le devons (3)." Les Eglises, peintes par le Prophète Isaïe sous la figure d'épouses, lui dirent : "ISTous mangerons notre pain et nous nous revêtirons nous-mêmes, mais enlevez-nous l'opprobre de la stérilité: que votre nom soit invoqué sur nous (-i).''

L'Archevêque de Saint-Boniface prépare la naissance de chaque paroisse par son active sollicitude. Dès qu'un groupe de colons est réuni quelque part, prononçant sur eux "une parole efficace," il ordonne à " l'agglomération des cultivateurs de devenir une Eglise. Il leur envoie d'abord chaque mois " ou chaque semaine quelqu'un des prêtres qui demeurent avec lui et qui composent comme son grand séminaire permanent; puis.

(1) Nos paroisses, article du Métis, 19 août 1880.

(2) Ihid.

(3) Adresse de M. Martin Jérôme à Mgr Taclié, au nom des habitants de Saint- Pierre, 17 aotit 1880. — Le Métis, n° du 19 août 1880.

(4) Is., V, 1-2.

894 vu: DK MGU TACILÉ, O. M. I.,

quand la i^opulation est suffisamment nombreuse, il y établit un prêtre qui n'y porte plus seulement de temps en temps son action, mais qui le supplée d'une manière continuelle.

Toutes ces Eglises, formées ou en formation, il les visite très souvent pour leur porter l'opération toute-puissante de son sacerdoce principal. Les prêtres de leur côté viennent le voir plus souvent encore à Saint-Boniface. Son palais est le rendezvous continuel de chacun d'eux. Tous vivent si intimement avec l'évêque, qu'ils ne semblent composer qu'une communauté avec lui: c'est comme une communauté qui a la charge de toutes les Eglises, ou, si l'on veut, c'est l'évêque qui les régit toutes par des prêtres qui vivent dans son intimité.

Lorsqu'il les visite dans le^ paroisses ou quand il est vu par eux à Saint-Boniface, il prend connaissance des moindres détails de chaque Eglise, concernant le pasteur et le troupeau, au spirituel et au temporel: il s'enquiert des anciens colons et des nouveaux arrivés, des baptêmes et des mariages, des bâtiments anciens et nouveaux, religieux ou profanes, quelque petits qu'ils soient, des ressources de l'église et du missionnaire: il s'intéresse à savoir comment le prêtre vit, s'il a une terre, s'il cultive un jardin, s'il a un ou plusieurs chevaux, s'il a ou non d'autres animaux. Il sait se renseigner sur tout, il sait tout voir, non à la manière d'un administrateur qui a ses procédés techniques, mais comme un père qui, aimant son enfant et la famille de celui-ci, qui est sa propre famille, voit tout parce cpi'il s'intéresse à tout, voit tout sans presque le vouloir et s'en douter, parce qu'il a un cœur débordant d'amour, parce que les sollicitudes, les peines et les joies des siens, leurs succès et leurs mécomptes le trouvent toujours vivement et spontanément sensible. "Je suis souvent allé trouver ce père avec la tristesse dans l'âme, raconte le Eév, M. Fillion, je suis toujours revenu à ma paroisse le cœur remis et alerte. " Y a-t-il eu, au XIXe siècle, sur le continent d'Amérique ou dans le monde entier, un évêque qui, autant que Mgr Taché, ait porté toutes ses Eglises et tous ses prêtres dans son cœur et ait été mêlé intimement h leur vie quotidienne?

liquos.

AKCIIKVÊQUE DE SA1NT-130NIFACE 395

Dans les années que nous venons de passer en revue, l'Arche- visito du oio vêque de Saint-Boniface, malgré le mauvais état de sa santé, visite souvent ses paroisses et ses missions. En 1880, pendant l'été, il va bénir quatre églises nouvelles, à Winnipeg, à Saint- Pie, à Emerson, à Saint-Pierre.

Du 7 au 11 février 1878, il visite la Baiè-Saint-Paul, prêche, à la fin du même mois, une retraite à Saint-Vital.

Le 26 aoiit 1878, il confirme 33 enfants à Sainte-Anne, dans la nouvelle église construite cette année-là même par le Eév. M. Griroux.

Avec le P. Antoine, il visite Saint-Laurent du lac Manitol:)a en octobre 1880 (1).

Sans cesse Mgr Taché cherche des ouvriers évangéliques poU' d mniHic les Eglises qu'il a déjà enfantées, pour celles qu'il désire appeler évang à la vie. Il en demande aux évêques de la généreuse province de Québec; il en demande aux supérieurs des Oblats.

Au commencement de 1880 il prie le R. P. Lacombe, qui travaille à recruter des colons dans l'Est, de lui obtenir quelques missionnaires. " Les missions sauvages du P. Allard, lui dit-il, comprennent : le Portage du Rat, le Lac des Oarps, le lac des Roses, trois points sur la ligne même du Canadien Pacifique, puis le fort Francis à 75 milles d'un point de cette même voie ferrée, et le lac Seul, aussi à 75 milles d'un autre point, tandis qu'en partant de Fort Alexandre il y a hiiit longues journées de marche pour le lac Seul et encore plus pour le fort Francis (2).^' Les autres missionnaires sont presque aussi surchargés.

Le P. Antoine, provincial du Canada, accorde aux instances du P. Lacomhe, le P. Dupont. L'Archevêque éprouve comme un transport de joie à l'annonce d'un nouveau missionnaire. " Embrassez le P. Antoine en pincette, lui répond-il, et remerciez-le cordialement de me donner le P. Dupont. " Il ajoute avec sa jovialité ordinaire, en faisant allusion aux préoccupations universelles du moment pour la construction d'un

(1) Le Méti.^, n'' dn 14 octobre 1880.

(2) Saint-Boniface, 23 février 1889. — Collection du E. P. Lacombe.

pont entre Saint-Boniface et Winnipeg : " Il y a si longtemps qu'on parle du pont à Saint-Boniface que ce sera une vraie fête à l'arrivée Dupont. Le pauvre P. Allard surtout en sera tout joyeux (1). " Sollicitude Mais il est une classe de fidèles pour lesquels le prélat a des

pour les

métis. tendresses spéciales, ce sont les métis. Un certain nombre d'entre

eux habitent encore dans son diocèse; mais le plus grand nom- • bre se sont retirés dans le Nord-Ouest, abandonnant l'ancienne colonie d'Assiniboia aux immigrants d'origine européenne qui y affluent de toutes parts. L'Archevêque les suit avec un cœur palpitant d'émotion; il connaît les défiances et les amcrtiunes laissées en eux par les délais et le refus de l'amnistie, les regrets qui les agitent, le mécontentement croissant qui les soulève contre les nouveaux maîtres du sol; il craint que leur misère ne les pousse à des résolutions fâcheuses; il avertit les gouvernants, les presse de leur montrer de l'intérêt, de leur rendre moins dure l'expropriation dont les fraj^pe l'envahissement de ce qu'on appelle la civilisation.

Nous ne voulons pas entrer dans le détail des démarches du bon pasteur en faveur de ses enfants déshérités: il -y aurait là une étude qui révélerait tout ce qu'il y avait de bonté et de magnanimité dans ses affections; mais ce récit serait long et, pour beaucoup de lecteurs, monotone et fastidieux. ÎSTous nous contenterons d'analyser la lettre qu'il écrivit en faveur des métis du jSTord-Ouest le 3 février 1879, au colonel Dennis, alors sousministre de l'Intérieur à Ottawa. On y verra l'ardente charité du grand Arclievêque pour les métis et les hautes vues qu'il mettait devant les yeux du gouvernement: faut-il que les hommes publics aient donné alors si peu d'attention à des conseils si sages ?

Mgr Taché examine 1° l'importance de la question des métis dans le Nord-Ouest; 2'' ce que l'on devrait éviter en parlant des métis; 3° l'octroi de terres; 4° l'aide qui devrait être donné à

(1) Saint-Boniface, 19 avril 1880.

AlîCIlEVÊQUK DE SA I NT-I!ON' [FACE 397

l'agriculture; 5" les écoles en général; G" les écoles industrielles; 7" le règlement immédiat de la question des métis.

1° L'auteur établit les points suivants: les métis du Nord- Ouest ont droit à être traités d'une manière favorable; jusqu'ici aucune mesure n'a été prise en leur faveur, et il en résulte un mécontentement considérable parmi eux ; si " la formidable question sauvage " ne s'est pas encore élevée, c'est que les métis ont toujours été pour le gouvernement; mais si le mécontentement les range avec les sauvages contre la Puissance, la paix est gravement compromise et la colonisation du pays peut devenir impossible.

2° Il est important d'éviter de froisser les métis en les comparant aux sauvages dans les documents publics ou dans les relations sociales : car ils n'ont des sauvages " ni les goûts, ni les habitudes, ni les instincts. " Les métis sont extrêmement sensibles: ils ressentent pavement les injustices et les injures; or sans cesse ils ont à subir des humiliations, non seulement dans les journaux, mais encore dans les documents officiels ou semiofficiels. " En conséquence, je me permettrai de suggérer l'importance qu'il y a de donner aux documents j^ublics ou aux instructions des officiers une empreinte de courtoisie, et d'y apprécier les services rendus par les métis, an lieu de les faire voir sous un mauvais jour. "

3<* L'Archevêque donne un plan complet pour l'octroi des ierres. a) Il y a actuellement au Xord-Ouest, dit-il, environ 1200 familles métisses. Que le gouvernement leur accorde 12 réserves dans des endroits choisis par eux-mêmes;

" b) Chaque réserve sera donnée à 100 familles et contiendra au moins 12 milles carrés de bonne terre, c'est-à-dire 4 town- ■ships ;

" c) Chaque métis, homme, femme ou enfant, devrait recevoir deux certificats non négociables de 80 acres chacun;

" d) Les dites terres ne pourraient pas être vendues ni hypothéquées et ne devraient pas être sujettes aux impôts au moins avant la 3e génération ; " je dis au moins, parce que je suis for-

tement porté à croire qu'il est beaucoup à souhaiter que ce* terres soient inaliénables ...

Mgr Taché donne sur tous ces points beaucoup d'explicationsqui révèlent un sens pratique extrêmement remarquable. Là. surtout, pourquoi les hommes publics n'ont-ils pas suivi ses conseils et dans le Manitoba et dans les Territoires?

4° Il faut aider l'agriculture chez les métis. "Mai? je ne puis pas encore dire qu'il soit utile de leur acheter des instruments d'agriculture et de leur procurer du grain de semence. Il faut d'abord faire des investigations judicieuses. " Le gouvernement devrait nommer deux inspecteurs ou plus, " d'une " haute respectabilité ", " de la même croyance ", métis ou amis reconnus des métis, " qui " vivraient avec les habitants et feraient connaître leurs besoins au gouvernement. " " La coopération judicieuse de ces officiers et celle des missionnaires assureraient au gouvernement la meilleure source d'informations relativement aux besoins actiftls et le moyen d'y faire face. '"'

5° " Si le système de division des terres que je propose est adopté, il faudra une école pour cinquante familles. . . Confiez aux missionnaires la tâche de bâtir les maisons d'école et le choix des instituteurs : le gouvernement ne peut pas redouter l'action ou l'influence d'hommes qui ont consacré leur vie à un but unique, le bien des métis.

fi" L'Archevêque ne conseille pas l'établissement d'écoles industrielles pour les garçons, car d'une part elles ne leur sont pa^ nécessaires, " les métis sont en effet adroits, ingénieux, ouvrier? habiles : ce qui leur manque, ce n'est pas la théorie de l'agriculture, mais la pratique ; " d'autre part, " les jeunes gens ne s^^ plieraient pas longtemps à ce 'système d'éducation. "

Mais il en conseille fortement l'établissement pour les filles: " les femmes élevées dans les plaines n'ont aucune notion des travaux nécessaires dans la maison d'un cultivateur, et le laboureur ne peut pas exploiter sa terre avec profit si sa femme ne sait pas utiliser les ressources de la ferme pour les usages domestiques. "

AlîCllKViaiUH DE SAINT-BOXIFACE 399

7° " Il est désirable que cette question soit réglée sans autre délai. La législation à ce sujet devrait être passée pendant la prochaine session du parlement. Immédiatement après, on devrait nommer des inspecteurs . . . Des arpenteurs devraient être envoyés l'été prochain ])onr fixer au moins les grandes lignes des réserves ..."

Les gouvernants reconnaissaient volontiers la sagesse de ces conseils; mais ils ne prirent aucune résolution pour les mettre •en pratique. Hélas ! Bientôt les métis, de plus en plus mécontents, rccourrent aux armes.

CilAriTKE XLV.

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