LA FIEVEE DES AFFAIRES OU LE BOOM
Les pays nouveaux sont tantôt dépréciés au-dessous de leur Le boom, valeur, tantôt appréciés au-dessus de leur mérite. L'estime exagérée survient souvent à l'iniproviste à la suite de quelques circonstances heureuses, et prend quelquefois des proportions extraordinaires: ce n'est plus alors un mouvement raisonnable, mais ime sorte de fièvre, un toom, comme parlent les Anglais.
La province de Manitoba, depuis sa création, est constamment en progrès. Mais, de la fin de 1880 aux premiers mois de 1882, elle est le théâtre d'une activité prodigieuse. On la vante dans tout le Canada et même dans le monde entier, comme un pays féerique, où il suffit d'aller pour être à l'aise, de faire quoi que ce soit pour devenir riche. De toutes parts les émigrants arrivent en multitude. " Il est venu 9655 émigrants pendant le mois cle mars, " écrit Mgr Taché le 9 avril 1882 (1). Tous les arrivants trouvent aussitôt \\n travail abondant et rémunérateur à 2, 3, 4 piastres par jour. L'or paraît ruisseler dans le pays. Les grands négociants d'Ontario, de New-York, de Londres,
(U Lettre au Rév. M. Primeau, curé de Boucherville.
veulent avoir des entrepôts à Winnipeg et y bâtissent à grands frais de somptueux magasins. Les banques des pays étrangers ouvrent des succursales à Winnipeg. Un terrain acheté 2 fois sa valeur le matin est revendu 10 fois plus le soir. De toutes parts, ce sont des maisons en construction. C'est une fièvre universelle d'entreprises et de spéculations. Cette fièvre, fait bien extraordinaire, dure 18 mois.
" La spéculation sur les biens fonds, écrit le Métis le 12 avril 1881, fait rage en ce moment à Winnipeg. La fièvre règne partout, et tous les jours on nous apprend les prix exorbitants payés pour tel ou tel morceau de terre dont un sauvage n'aurait pas voulu, il y a onze ans, pour y dresser sa tente. Et les prix montent toujours. Un de nos amis de Montréal, qui voulait ouvrir un magasin de nouveautés, n'a pu trouver de local dans la partie centrale de la ville et il songe à s'en retourner. Les lov'ers ont atteint des prix falnileux, et malgré les cent et quelques maisons ou magasins en voie de construction, les propriétaires continuent de- tenir la dragée haute. " "Ici rien de nouveau, écrit Mgr Taché le 28 mai 1881, si ce n'est le mouvement extraordinaire d'immigration et la valeur que prennent les terrains... Le pays subit une transformation générale (1)." Il écrit quelques mois plus tard: "Le pays se développe d'une manière vraiment étonnante (2)." "La grande question du jour c'est le prix des terres : c'est incroyable les spéculations des terrains (3)." "La fièvre de la spéculation sur les terrains ne diminue pas, dit le Métis dans son numéro du 19 mai 1881 ; la moitié des bureaux de Winnipeg sont devenus des Eeal Estatc Agencies, et il se vend tous les soirs assez de lots de ville à l'encan pour bâtir trois villes comme Montréal. ^ '^wuo^'^""'" Cette fièvre publique aida l'œuvre de Dieu do plusieurs manières. Elle permit à ]\Igr Taché de trouver plus facilement,
(H Lettre A Alirr (irandin, Sinnl-Bomfnce, 2S viai ISSl. — Archives do l'évêelK'' (loSiuiit-.\ll)ert.
(2) Lettre au Riue I'. Fabro, SahU-Bonif(ur,rt décemhre 18SL
(3) Lettre à M^t (îramlin, Saint- Bunifxce, 3 décembre 188L
ainsi (juo nous l'avons rapporté, l'argent qui lui était nécessaire pour achever son collège. Il en avait fait l'extérieur en 1880; il en fit l'intérieur en 1881. Les travaux reprirent au mois de janvier; ils se poursuivirent à peu près tout l'été. A la fin des vacances, au comniencenient de septembre, la maison était prête : elle reçut pour la première fois dans sa vaste enceinte la Jeunesse studieuse pour laquelle elle avait été construite.
Le distingué directeur du collège, M. Despatis mourut avant M"i-t tie m. l'achèvement des bâtiments, le 9 juin 1881. Cette perte fut très sensible à Mgr Taché, comme à tout le clergé et à la population de Saint -Boniface. " J'ai la douleur, écrit l'Archevêque à Mgr Laflèche le jour même, de vous apprendre la mort de mon si bon, si excellent ami, M. Forget Despatis. Votre Grandeur a si bien apprécié le mérite de ce prêtre distingué que je n'ai pas besoin de vous dire quelle perte je fais. Sa mort est une terrible épreuve pour l'institution à laquelle il avait donné une direction si sage et si éclairée. Priez pour lui et pour moi (1) ! "
Les membres de la corporation du collège, se réunissant le jour même des funérailles, " considèrent comme une consolation au milieu de leur deuil, de pouvoir offrir le témoignage le plus sincère de leur haute estime et vive reconnaissance à la mémoire du regretté défunt pour tous les éminents services qu'il a rendus au collège de Saint-Boniface durant les trois années qu'il en a eu la direction immédiate ... ; de garder le précieux souvenir des éminentes qualités de l'esprit et du cœur, de la profonde érudition et des vertus vraiment chrétiennes et sacerdotales qui lui ont gagné l'estime et la sincère affection de tous ceux qui ont eu l'avantage de le connaître et de l'approcher (2)." Toute la ville de Saint-Boniface voulut porter le deuil du pieux et
(1) Saint-Boniface, 9 juin 1881. — Archives do l't'vêché dos Trois- Rivières.
(2) Registre den (Jêlihérations du Collège, assemblée du lo juin 1881.
Rév\ André-AngiiisHn Foriiet Despatis est né à Terreboniie, le ."0 novembre 188Ô : fait ses étuiles an petit Séminaire de Montréal ; prend l'iiabit ecclésiastique, mais ne peut recevoir les ordres à cause de ses attaques d'épilcpsie ; en=eiprue avec distinction iiendantprès de dix ans au petit séminaire de INIontréal ; s'enrôle un des premiers parmi les
Nomination du RéT.
savant prêtre en s'interdisant les réjouissances de la fête nationale des Canadiens-Français; cette année-là en effet, la fête de saint Jean-Baptiste ne se célébra que dans les églises (1). Quelques jours après, Mgr Taché confia la direction de son ft'ia^di'rect'ion '^^^^^ collègc à uu prêtre aussi distingué que M. Forget Despatis, ducoiiège. |g -j^^^^ -^ Cherrier, depuis trois ans curé de la cathédrale. ^r. Cherrier demeura à la tête du collège pendant 3 ans, jusqu'en 1884 (2).
Au mois de septembre, un élève brillant du collège, Arthur Hébert mourut. Le prélat assista à ses funérailles et voulut faire ral)soute; il pleura comme la veuve de Xaïm, cet adolescent, " jeune homme de grands talents, " qui avait eu " tous les succès désirables dans ses études et qui finissait cette année-là «a philosophie (3)." Il nous semble bien touchant de voir un Archevêque s'intéresser si vivement à tous les élèves qui grandissent à l'ombre de sa cathédrale et répandre des larmes sur la tombe de l'un d'eux comme sur celle du directeur auquel il les avait confiés.
Mort d'un élève du collège.
zoiuives; après l'entrée des Pit'inontais à Rome par la brèche de la Porte Pie, fait le pèlerina.L'e de la Terre Sainte; reprend l'enseijrnement au petit si-iniiiaire de Montréal; est amené an Manitoba par le Rév. M. George Di'gas en 1871, est f-ecréiaire de Mgr ïaclié de 1871 à 1878 ; n'ayant pins en d'attaqne depuis t^on arrivée dans l'Onest, reçoit la tonsnrejle 7 juin 1873, les ordres moindres le 2 février 1874, le sousdia(;nnat le 4 avril, et le diaconat le Ilî septembre de la même année, est ordonné prêtre le 13 janvier 1875, est nommé directeur du collège le 1er sepiendire 1878. 'Pons cen.v qui l'ont conim en ont fait et en font encore nn éloge sans restriction.
(1) Le Métif<, n" du 30 juin 1881.
(2) l^e personnel du collège comprenait, pour l'année scolaire 1880- 1881 : MM. Despatis, directeur; (^uevillon, Dnfresne. J. Doucet, prêtres; G. Gloutier, diacre; René, sousdiacie; Brouillard, Bourassa, N. Jutras, acolvtes; Morin, ecclésiastique. — Jicolitlri' dcx délibértitiomt, assemblée du 30 août 18S0.
Pour l'année scohiire 1SS1-1SS2 : MM. Clierrier, diiocteur et préfet des études; .1. Doucet, économe; Qnevillon, Dnfresne, G. Cloiuicr. prêtres; Mftrean et René, diacres; Juiriis, sons-diacre; Joseph Meicier, Barrette,
Mélodie, Brouillard, ncolytes; B-'rubé et Morin, ecclés. — Jiffjistrc ,
assemblée du 30 août ISSl.
(3) Lettre de Mgr Taché à Mgr Grandin, Salnt-Bornfacc, 12 !<f)>t. 1881, — Archives de révê(dié de Saint-Albeit.
AECIIEVÊQUE DE SAIXT-BOXIFACE 405
Dans les premiers jours d'août, alors que les yeux étaient ^'^j*^ '^^ '""'' encore mouillés des larmes causées par la mort de ^l. Forget i^o'""'^- Despatis, et " les murailles encore toutes humides " par suite de leur récente construction, Sir J.-G.-H. Douglass, marquis de Lorne, gouverneur du Canada, vint visiter le collège. Mgr Taché lui présenta une adresse. " Lorsque les vastes régions que nous habitons, lui dit -il, étaient encore inconnues au monde et qu'on ne pouvait y pénétrer qu'au prix des plus grandes difficultés, les découvreurs français, en compagnie de leurs missionnaires, sont venus planter ici, à côté de la croix, l'étendard de leur souverain. La souveraineté de cette vaste portion de notre hémisphère est passée de la France, qui ne s'en occupait pas astsez, à la Couronne d'Angleterre, qui lui porte un bien vif intérêt. la soumission à l'autorité n'a pas été altérée par ce changement. . . Formés à l'école du respect religieux que nous inspire l'autorité légitime, habitués à voir en Dieu la source première de cette autorité, il nous est facile et doux de considérer Sa Majesté comme le Vice-gérant du Très-Haut lui-même dans le gouvernement temporel de l'immense empire soumis à son sceptre (1). "
C'était dire bien délicatement au premier officier de l'Angleterre : " liCs missionnaires catholiques, pour continuer l'œuvre des premiers découvreurs, propager leur religion et parler leur langue, attendent de l'Angleterre liberté et protection, mais lui promettent en retour une loyale soumission : " demande et proniesse qui résument les sentiments de ^Igr Taché et de tous les évêques de langue française au Canada.
Le marquis de Lorne comprit l'Archevêque et lui répondit en l'assurant de son désir de voir la race française se développer dans rOuest canadien. "^'De nombreux Canadiens, dit-il, quittent la province de Québec pour se diriger vers le sud; ils abandonnent la vie saine des champs et le bonheur de vivre avec leurs compatriotes pour la vie malsaine des manufactures sur la terre étrangère. Un certain nombre d'entre eux songent à rentrer au pays après des années d'absence. Il leur serait incomparable-
(1) Registre de la corporation, assemblée du 2 août 1881.
ment plus avantageux, à tous, de se diriger vers les plaines du Xord-Ouest canadien, où la fertilité du sol leur assurerait un avenir facile. . . Je me compte volontiers au premier rang de ceux qui se plaisent à reconnaître le prix du jDrécieux élément fourni à notre population par la race gauloise (1)." l'ayement de Le Collège était bâti : mais Mgr Taché se trouvait char-
gé d'une dette de $51.000 ou plus de 250 mille francs. Il s'était bien résigné d'avance à une dette importante; mais quand il se trouva aux prises avec ce redoutable ennemi, dont il avait toujours eu une singulière horreur, il éprouva d'étranges inquiétudes. " ]Mgr de Montréal, écrivait-il à son ami de Saint- Albert, a une dette de $758.854.95 : c'est un avantage que tout le monde n'envie pas (2)." Sa dette n'était pas si élevée, mais elle suffisait à lui donner des tristesses et des alarmes, jusqu'à lui enlever le sommeil.
" La fièvre publique " ou '' le boom " fut la planche de salut que la miséricordieuse Providence lui envoya.
Un jour Mme Mathilde Lynch, de Winnipeg, et John Walker, de London, vinrent lui demander de leur vendre les lots 72 et 73 dont il avait, le lecteur s'en souvient, doté autrefois le collège. Les lots de ville avaient alors une très haute valeur. L'Archevêque demanda 80 mille dollars, soit 400 mille francs. Le-^ spéculateurs acceptèrent les conditions, payèrent comptant 60 mille dollars ou 300 mille francs et promirent de donner le reste dans quelque temps, engageant, selon la coutume du pays, les lots acquis eux-mêmes en garantie du dei-nier payement.
Avec l'argent reçu, le prélat se libéra de la grosse dette. Plus tard, quand " la fièvre publique " eut passé, les acquéreurs aimèrent mieux abandonner les lots que d'achever de les payer : le collège rentra en possession de son terrain, remportant de sa cession momentanée la libération de la dette contractée pour sa construction. " Une des grandes consolations de notre vie, dira plus tard l'Archevêque en parlant à son peuple, a été de pouvoir
(1) Jlc'jiMre de la corporation — Le Métu, w'^ du 11 août Î881.
(2) Lottro à Jlfir Grandi n, Snlnt-lUunûir. ,-[2 m>irK 1S80. — Arcliives do évêché de Saint-Albert.
Le pensionnat (plus tanl liospiee Taclu^). bâti en 1S81. — Rdes f<œurs Grises i\v Montival |Saiiit-r,-iiif;,c.-l.
Académie Sainte-Marie (Winnipeg). — Rdes Sœurs de Jésus-Marie, de Montréal.
ARCIlKVKtJUK 1>I'^ SAINT-BUNIFAUE 407
continuer et déveloi)per l'œuvre de nos écoles. Il vous serait difficile de comprendre tout le bonheur que nous a procuré l'agrandissement du collège de Saint-Boni face. Nous avons dans cet établissement diocésain, un foyer dont l'éclat est «déjà, depuis longtemps, aussi vif que pur et avantageux. Dieu a été si bon pour vous que les nobles édifices dans lesquels vos enfants peuvent recevoir une haute éducation à Saint-Boniface, ne vous ont rien coûté. Le tout est le résultat d'une de ces surprises que les délicates attentions de la Providence ménagent quelquefois, dans les circonstances où l'on a le moins lieu de les attendre (1).''
Les spéculateurs de " la grande fièvre " permirent à l'Arche- ^X PonsU)nvêque d'élever un autre édifice pour l'éducation des jeunes fil- ""'• les. " ]Sros Sœurs, écrit-il à Mgr Grandin le 1er juillet 1882, ont vendu des terres pour un montant qui leur permet d'élever "un pensionnat qui va leur coûter une trentaine de mille piastres (2)."
" Le Pensionnat " des Sœurs de la Charité, — c'est ain^i qu'on appela le nouveau bâtiment, — fut construit de 1881 à 1883, entre la cathédrale et le Couvent, en briques. Il est à quatre étages (3). Il a 100 pieds de long, 50 de large et 38 de haut jusqu'au toit. " Monseigneur lui-même en fut l'architecte et il en surveilla les travaux avec un dévouement inaltérable, se donnant la fatigue, malgré ses infirmités, de monter aux échafauds pour juger du travail dans les plus minutieux détails et s'assurer si tout était bien fait (4)."
Le nouvel édifice fut béni le 3 août 1883 par Mgr Taché et ouvert aux jeunes filles pour la rentrée de cette année-là. La maison construite en 1866 et qui avait servi de pensionnat jusqu'à 1883, fut transportée en arrière de la maison vicariale et devint la demeure des orphelines.
Le beau Pensionnat bâti par Mgr Taché de 1881 à 1883, a
(1) Mandement de Mgr l'arelievêqne de Saint-Bonifate, p. 4.
(2) Archives de l'évèché de Saint-Albert.
(3) Dans le style canadien, où ie rez-de-cliaus-ée compte pour le premier étage.
(4) Notes recueillies par les Sœurs Grises de la Otronir^ue de leur couvent.
été pendant plus de 15 ans le principal établissement d'éducation supérieure j^our les -jeunes filles, spécialement pour celles de langue française : Mgr Taché l'aimait à l'égal de son cher Collège; "il l'entoura toujours d'une affection privilégiée et le favorisa de son haut patronage. " Les succès et les diplôme:* qui en honorèrent les études lui causaient une joyeuse satisfaction et semblaient lui être une douce compensation pour les sacrifices qu'il s'imposait en faveur de l'éducation (1)," objet constant de ses plus vives sollicitudes.
Cette maison a pris, après la mort de son fondateur et en mémoire de lui, le nom d'Académie Taché. Puis, plus tard, par l'effet de l'humilité des Sœurs Grises et de leur répugnance à tenir de brillants pensionnats, malgré les regrets de l'Archevêque de Saint-Boniface et de tout le clergé, elle a cessé d'être une maison d'éducation et est devenue, sous le nom d'Hospice Taché, un des principaux asiles de la province pour les orphelines, les enfants trouvés et les pauvres.
Construction Xon seulcmcnt Mgr Taché pouvait payer son collège et bâtir
du clochi-r '=' x i j o
dr \e '^""'^ ^^^ beau pensionnat pour les jeunes personnes, mais il avait " de quoi faire poser un clocher sur sa cathédrale et lui faire quelques autres améliorations indispensables (2)." Il acheta une grande croix à Montréal. Elle arriva à Saint-Boniface 1& 24 juin 1882 et fut placée au sommet du clocher le 3 juillet suivant. " Cette croix est bien belle, écrit l'Archevêque au curé de Boucherville, et du goût de tout le monde (3)." L'archevêque Ccs coustructions importantes, quoique modestes, les ressour-
ou la lécV-iide CCS, à la vérité extraordinaires, mais relativement restreintes,
dorée de •
1881. qui les avaient rendues possibles, valurent à 1 Archevêque de
Saint-Boniface la réputation d'être millionnaire.
N'avait-il pas de vastes terrains et toute " une seigneurie ? '^ Ne pouvait-il pas vendre ces grands domaines comme il venait
(1) Notes recueillies par les Scmirs Grises de la clironique de leur Couvent.
(2) Lettre à Mgr Gramlin, Sniul-Bonifacr, 1er juillet 1882. — Arcliives de l'évêclié de Saint-Albert.
(3) Saiiit-Bo'inface, A juillet 1884. — Archives de l'archevêché de Saint- Boniface
d'en vendre des parcelles et se faire d'immenses trésors? On se mit à parler dans la province le Québec " des richesses de l'Archevêque de Saint-Boniface." Cette réputation traversa les mers, grâce même à un dévouement peu prudent de quelques amis. Mgr Laflèche parla à Paris des perspectives brillantes qui s'ouvraient pour son ami de Saint-Boniface. Mgr Lynch, archevêque de Toronto, vanta aux directeurs même de l'Œuvre de la Propagation de la Foi, les millions qu'avait ou qu'allait avoir son collègue de l'Ouest. Ainsi s'établit en Amérique et en Europe, la " Légende dorée " de l'Archevêque de Saint-Boniface. Depuis lors jusqu'à sa mort, Mgr Taché reçut de tous côtés des lettres sollicitant des secours i>écuniaires, dons ou prêts, 50, 100, 200 mille piastres.
Ces effets de la Légende dorée touchaient au comique; ce qui ne l'était pas, c'est que le Conseil de la Propagation de la Foi, croyant l'Archevêque de Saint-Boniface millionnaire, lui donna avis que désormais il ne recevrait plus rien. " Des zélés, dit tristement le prélat à son ami de Saint- Albert, ont écrit que je suis millionnaire, et ces messieurs, sans s'informer, ont cru au rapport et me retranchent mon allocation (1). " Sans doute, " je me trouve soulagé, débarrassé du souci et de la ■dépense du collège, réjoui de voir mon église se terminer et un beau pensionnat s'élever : c'est beaucoup ; mais c'est bien loin do ce que l'on dit (2). "
L'allocation ne fut pas supprimée, mais elle fut restreinte. Mgr Taché avait reçu en 1878, 40 mille francs, en 1879, 35, en 1880, 37, en 1881, 35 ; il reçut en 1882 et en 1883, 24 mille, en 1884, 25, en 1885, 17 et en 1886, 15. Encore n'obtint-il ces allocations réduites qu'à force de démarches et di'ineta.nces, multipliant les lettres et usant de bienveillants intercesseurs. " On m'a dit riche ! . . . écrivait-il tristement au Eme P. Fabre. J'ai démontré la fausseté de ces cancans . . . Ceux qui me disent
(1) Saint-Boniface, 'i juillet 18S4. — Archives de l'archevêché de Saint- Boniface. *
(2) Ibid.
riche se trompent ou trompent les autres. Que Dieu leur pardonne le mal qu'ils m'ont fait (1) ! "'
Parmi les nombreuses lettres écrites par Mgr Taché à la suite de la réputation de richesse qu'on lui fit, et pour en réparer autant que possible les funestes effets, nous en trouvons une qui jette un grand jour sur l'administration temporelle du prélat et sur la situation financière de son diocèse. Le lecteur nous saura gré, croyons-nous, d'en citer la plus grande partie.
" Je ne possède absolument rien personnellement, dit-il au Supérieur général des Oblats (2) . . .
" 1° La corporation archiépiscopale possède les capitaux suivants, placés dans la province de Québec:
a] Placements divers à Québec §18,898
b] Prêté à sir Donakl-A. Smith 10,198
c] Prêté à la Fabrique de Belœil 12,000
d] Comptes courants dans les banques 1,950
Total des sommes .... 43,650
appartenant à la corporation archiépiscopale (3).
'*Cet actif, en capitaux placés, se diminue d'un passif de $14.955.00, total dos sommes dues à divers créanciers et ne laisse comme actif réel que la somme de $28.695.00.
" Ce capital, d'un peu plus de 143.000 francs a sans douta son importance et voici sa provenance.
" Au début de mon administration, je n'ai trouvé ni actif ni passif^ mais bien table rase. J'ai cru de mon devoir de songer à fonder une mense épiscopale; et, pour y arriver, j'ai pris la résolution de ne jamais dépenser les legs qui pouvaient être faits à mon diocèse. J'ai été fidèle à cette résolution, même lors de l'incendie de 1860, qui nous avait laissés sans demeure, sans
(1) Saint- Bonif ace, Q février 1888. — Archives de la Maison générale-
(2) Saint- Bnniface, 30 novembre 1890.
(3) Eu 1S95, le snccps^eur de Mgr Taclié, ^Ifzr Langevin, a dû retirer flans la totalilé lo prt't fait à sir Donal<i-A. Smith, maintenant lord ytrathrona, le j)rèt ;\ la fabriqne de Bel(eil, et la phis LM-amle partie des placements faits à (inêbec,,et cela ponr payer le^s eni|)rnnts faits par Mgr TachT' ; en sorte qn'il ne restait plus qu'nn capital bien minime à l'actif de la "corporation ardiiépiscojiale" eu i89G.
église et même sans vêtements. Ces legs faits au diocèse depuis 1853 donnent la somme de $20,390.00; sur les intérêts de ces sommes, j'ai économisé $8.305.00. De là l'actif réel indiqué plus haut, $28.695.00.
" 2" A l'intérieur du diocèse, je me suis aussi préoccupé de son avenir, persuadé que c'était mon devoir et l'intention de l'Eglise. Des terrains avaient été donnés, d'autres ont été acquis. Une partie de ces terrains est encore possédée, l'autre a été vendue. L'argent réalisé par la vente de ces terrains a tout été dépensé, et c'est ce qui nous a permis de faire quelqu-3 chose dans le diocèse. Je dis l'argent réalisé, car il est encore des sommes dues qui donnent un revenu annuel, lequel, pour le dernier exercice, a atteint le chiffre de près de $200.00.
" 3° Les allocations de la Propagation de la Foi, de la Sainte Enfance et des Ecoles du ISTord-Ouest vont toujours entièrement aux missions pauvres. Xon seulement l'évêque n'en économise rien, mais depuis plus de 20 ans, il n'en a pas pris un centime pour lui ou pour sa maison ou pour son église.
'' Voici les recettes à ma disposition :
a] Intérêts sur les legs placés daus Québec 7.300 fr.
h'] Rentes-sur des immeubles à Maiiitoba 10,000 "
(•] Allocations de la Propagation de la Foi 15,000 "
(l] " de la Sainte-Enfance 0,000 "
e] " des Ecoles du Xord-Ouest 2,750 "
40,050 fr.
" C'est là l'immense fortune, ce sont les prétendus millions de l'archevêque de Saint-Boniface, conclut le prélat. Je n'ai point besoin d'ajouter que ces 40.000 francs sont dépensés. Chaque exercice laisse un déficit considérahle, qui se comble de temps en temps par la vente des terrains (1)."
Mgr Taché montrait, dans la gestion des affaires temporelles et dans tout le détail de sa comptabilité, cette hauteur de vue et cette générosité de cœur qu'il avait dans tout le reste de sa conduite. Il protesta vivement contre la réputation de millionnaire qui lui avait été faite, parce qu'elle était fausse et lui en- Ci) Saint- Boni fa ce, 30 novembre 1890.
Commencementa d'une Ecole Normale catholique.
L'Ecole Xormale.
levait le pain de ses enfants; il sollicita avec instance la continuation dos aumônes de la France catholique, parce qu'il ne pouvait sans elles poursuivre les gestes de Dieu pur 1rs Fnincs dans les vastes régions où il avait la charge l'établir le règne de Jésus- Christ.
Les épreuves de '^'l'Archevêque luillioimaire '' nous ont conduit à plusieurs années en avant. Revenons à l'époque de "la grande fièvre. "
Après la construction du Pensionnat, Mgr Taché voulut lui annexer une Ecole normale, telle que la comportaient les faibles ressources dont disposait la province.
" La Section du Bureau qui représente les catholiques, — ce sont les paroles mêmes du prélat dans une lettre à l'évêque de.s Trois-Rivières, — a le droit par la loi le prélever sur les fonds publics, mis à sa disposition, une somme n'excédant pas $7.000 par année pour une école normale de filles ou de garçons en rapport avec le collège ou le couvent de Saint-Boniface. ISTous autorisant de ce privilège, nous avons au couvent quatre jeunes filles, dont nous payons la pension et qui se forment à l'enseignement tout en poursuivant leurs études. Après une année de cette préparation, ces jeunes personnes doivent être en état de prendre un (lijilûine de 2e classe pour renseignement et après une seconde année, elle se présentent aux examens pour un diplôme de Ire classe. C'est assez vous dire qu'elles ne sont admises à cette école normale que quand déjà elles sont avancées dans leurs études . . . Cette écolo normale ne coûte que 200 piastres pour chaque élève ayant fait toutes les études nécessaires à notre enseignement, et il n'y a aucune dépense accessoire ou faux frais. Les Sœurs acceptent le soin de ces jeunes filles, pourvu qu'elles soient pensionnaires chez elles et soumises au règlement spécial fait pour elles (1). "
N'eus avons entendu plus haut le Surintendant des écoles catholiques déclarer que les meilleures institutrices de la province,
(1) Lettre do M<.rr Tacli6 à Mgr LaflcTlio, 24 oelohrr 1885.
* ARCHEVÊQUE DE SAINT-BON I l'ACi: 413
étaient les Sœurs et les élèves qu'elles avaient formées. L'organisation de Féeole normale assurait la formation de bonnes maîtresses en plaçant les jeunes filles destinées à l'enseignement comme élèves du Pensionnat des Sœurs Grises.
L'arrivée des colons et le mouvement des affaires avaient pour Développement
dos D3"
effet de donner de plus en plus la prépondérance à l'élément roisscs. protestant. " Il est malheureusement trop vrai, écrit Mgr de Saint-Boniface à l'évêque de Saint-Albert, qu'un juste sujet d'inquiétude c'est la rapidité avec laquelle le pays se peuple d'ennemis de notre sainte foi et la position numériquement inférieure qui nous est faite (1)." Mais, ajoute-t-il, " la grande consolation c'est que Dieu dirige ou au moins permet ce qui se fait. Xous n'avons pas certes la prétention de substituer notre sagesse à celle du Tout-Puissant, et si Dieu veut bien endurer ce qui se passe, pourquoi ne l'endurerions-nous pas, en faisant notre possible pour améliorer la situation (2) ? "
Grâce à ses efforts et aux efforts de tous les hommes de cœur qui se dévouaient, sous ses ordres, à l'avancement du royaume de Dieu dans l'Ouest canadien, les paroisses catholiques et toutes les œuvres catholiques sui'. aient un développement régulier.
La ville de Winnipeg croissait en étendue comme en nombre : Fondation de
, , . . la paroisse
la population catholique ausrmentait. «Je l'imma-
^ ^ 1 & cuieeCon-
Le 15 septembre 1880, Mgr Taché, " entouré de son clergé, ception. en présence d^un grand nombre de catholiques et aussi de protestants, bénissait la première pierre de l'église catholique de la ville de Winnipeg. Les travaux commencèrent aussitôt et furent conduits avec activité (3)." Un an après, Winnipeg possédait une belle église catholique en pierre.
"Au mois de septembre 1881, tout était prêt pour la béné- bénédiction dt diction de cet édifice religieux ... La cérémonie avait été fixée ÎJ^rie à
'^ Winnipeg^
(1) Lettre à Mgr Grundin, Saint-Boniface, 23 aoat 1881. — Archives del'évêché de Saint-Albert.
(2) Ibid.
(3) Missions de la Cong. des Missionnaires Obîatsde M.I., t. XX, p. 310'.
par Mgr Taché au 4 septembre; Mgr de Toronto fut invité à prononcer le discours de circonstance; un temps splendide favorisa la fête. Après le chant de l'Evangile, Mgr Lynch, archevêque de Toronto, parut en chaire et prononça en anglais un fort beau discours. Après l'office, Mgr Taché adressa quelques paroles aux paroissiens pour les féliciter de leur générosité et de leur foi (1)."
Bientôt après, il fallut créer une nouvelle paroisse à Winni-
Mgr Taché fit bâtir en 1882, à ses propres frais, dans le voisinage de l'ancien fort Douglas, où les premiers missionnaires, MM. Provencher et Dumoulin, avaient débarqué et dit d'abord la messe, une église sous le vocable de l'Immaculée Conception.
Ce fut le P. Lebret qui présida aux constructions. L'Archevêque bénit l'église le 8 décembre 1882. Il y installa lui-même le P. Lebret comme curé le 4 mars 1883 et y fit ouvrir l'école. " Vous avez besoin, dit-il aux habitants, d'un établissement où vos enfants puissent venir puiser une éducation chrétienne catholique et je vous ai donné celui-ci en même temps qu'un prêtre, et tout ce que je vous demande en retour c'est de remplir vos devoirs envers Dieu, d'entendre la messe et d'écouter la parole divine, et d'envoyer aussi vos enfants à l'école pour y recevoir cette éducation solide qui les rendra capables de remplir honorablement la vocation qu'ils auront à suivre (2)."
La construction existe encore; elle sert aujourd'hui de couvent et d'école aux Sœurs des Saints îfoms de Jésus-Marie. Un petit presbytère y fut ajouté bientôt; il existe, toujours avec le même emploi.
Après ce démembrement, Sainte-Marie continua d'augmenter en nombre et en importance, repart du p. Mais elle perdit bientôt son vaillant curé. Le P. Lacombe pour rou.'sf. avait été attaché à l'église Sainte-Marie dès les débuts de la paroisse; il avait mis au service de cette église les riches dons de
(1) Missions de la Cong. des Missionnaires Oblais de }f. T., t. XX, p. 310.
(2) Le Manitoba, n"" du 24 janvier 1884.
•-'e V,il. — !.. 414
Première église (aujourd'hui école) et presbytère de l'Immaculée Conception, Winiiipey
Deuxième église de l'Immaculée Coueeiitioii, Winnij.f-.,' (Is'.Ki).
ARCHEVÊQUK I)K SAINT-BOiXIFACE 415
sa nature apostolique, tout en les prodiguant en même temps en faveur d'autres œuvres. Xous avons parlé de ses travaux pour la colonisation, pour l'évangélisation des ouvriers du Canadien Pacifique; nous aurions pu parler de son intervention dans la négociation des traités avec les sauvages et de Ijoaucoup d'autres œuvres.
Mais le P. Lacombe gardait toujours une prédilection pour se dévouer aux enfants du désert, pfus malheureux que les autres. Mgr Grandin ambitionnait ses services pour les sauvages de son diocèse. En 1881, il fit de grandes instances auprès de 'Mgr Taché pour que le P. Lacombe lui fût accordé. L'Archevêque de Saint-Bonif ace lui répondit : " Ce cher Père désire aller chez vous, chez les sauvages ... Si l'état de sa santé ne m'avait pas retenu, je l'aurais employé chez les sauvages, comme vous voulez l'y employer. J'en ai besoin comme vous en avez besoin, mais pas pour les mêmes raisons. J'ai bien des âmes qui se perdent faute de missionnaires, comme vous en avez vousmême. J'ai très peu de missionnaires. En un mot, mes responsabilités comme évêque ne me permettent pas d'éloigner moimême un sujet qui fait le bien, et, quoique le Ijien fait chez vous me réjouisse le cœur, vous comprenez que ce bien n'est pas l'accomplissement de mon premie'r devoir de pasteur. Ceci posé, nous avons un supérieur commun : il a seul l'autorité de faire ce que vous me demandez. S'il le fait, je n'aurai qu'à me soumettre, et sans être déchargé de la responsabilité de travailler au salut des âmes qui me sont confiées, je serai exempt de la responsabilité d'avoir renoncé aux services d'un sujet précieux. Ce n'est donc pas à moi qu'il faut demander le P. Lacombe, mais bien au Supérieur général. . . Ecrivez-lui toutes vos raisons, faites-lui connaître toute la situation et je vous promets d'accepter sa décision sans plainte et sans murmuré (1). "
;Moins de trois mois après, le Eme P. Fabre permettait que le P. Lacombe passât dans le diocèse de Saint-Albert, à la condi-
(l) Lettre à Mo:r Grandin, Saint-Bonifare, 12 septembre 18S1. — Archives de l'évêclié de Saint- Albert.
Passage dt-s Pères LC-gal Pineau et Cocbin A 5t-Bonlface.
tion que le P. Antoine, Provincial du Canada, donnât à ^Igr Taché un autre oblat pour le remplacer (1).
Le P. Lacombe quitta Saint-Boniface le 15 mai 1883, pour aller recommencer dans l'Ouest comme une nouvelle carrière apostolique, toute pleine d'héroïques travaux et de succès glorieux. " Je ne mentionnerai pas davantage, écrit le prélat a Mgr Grandin, l'inconvénient, extrêmement grave qui résulta pour moi de ce départ (2)." Ce départ lui fut d'autant plu5 pénible que le Provincial du Canada se déclara incapable non seulement d'envoyer à l'archevêque de Saint-Bonifacc un ]nissionnaire recommandable par ses services antérieurs, mais même un religieux orné du sacerdoce. " Le bon Père xintoine, écrit Mgr Taché au Eme P. Fabre, parle de remplacer le P. Lacombe par un jeune homme qui n'est pas encore ordonné prêtre: c'est assez dire que la partie n'est pas égale (3)." Et il écrit au P. Antoine lui-même : " Vous n'avez personne à m'envoyer pour le moment; puis, après une ordination, vous aurez peut-être un nouvel ordonné à me donner pour remplacer : moJi premier conseiller, mon admomieur, mon grand vicaire, un missionnaire qui parle quatre langues, qui a trente ans d'expérience. Avouez, mon cher, que ce n'est pas généreux. . . Si j'étais à portée de vous embrasser en pincette, je vous assure que je vous pincerais fort (4)." Le P. Lebret vint remplacer le P.Lacombe.
Mgr de Saint- Albert venait de recevoir le P. Lacombe de Saint-Boniface; auparavant, il avait reçu de France un précieux renfort.
De nos jours, comme aux origines de l'Eglise, la persécution sème les apôtres dans le monde. Au mois de mai 1881, quatre oblats français passèrent à Saint-Bonifaeo. en route pour les missions du Xord-Ouest, où les poussaient les fameux décrets
(1) Lettre de M^t Taché à Mgr Grandin, Saint Boniface, 3 déc. 1881. <2) Saint-Bonifacc, S avril 1882, (3) Saint- Boniface, décembre 1881.
{4) Saint-Boniface, 10 novembre 1881.
d'expulsion autant que leur amour du salut des âmes, les Pères Légal, Cocliin, Pineau, etc. (1).
Ils séjournèrent 15 jours à Saiut-Bonifaee, du 7 au 23 mai. MgT Taché accueillait toujours avec une joie sensible ses frères en religion; cette fois, il leur témoigna plus de sympathie encore; n'avait-il pas devant lui des hommes marqués du signe du salut et de l'apostolat? De leur côté, ces apôtres lui parurent dignes de leur grande vocation. Il parle d'eux avec beaucoup d'éloge dans plusieurs de ses lettres. " Le P. Légal, écrit-il le 28 mai à l'Evêque de Saint-Albert, est en route depuis une semaine avec ses compagnons : ils ont fait ici la meilleure impression, et je serai bien désappointé si ces religieux ne vous don-
(1) Le R. P. Légal est né à Saint-Jean de Boisseau, dans le diocèse de Vannes, a fait ses études classiques, philosophiques et tliéologiques à Nantes, a i-eçu tous les ordres dans cette ville des mains du vénérable Mgr Fournier. Ordonné prêtre le 29 juin 1874, il es-t maître d'études au petit séminaire de Nantes, professeur de mathématiques quatre ans dans le même établissemant. Il entre au noviciat de Nancy le 19 août 1879, jia.'se en Amérique en juillet 1880, continue le noviciat à Lachine et y fait son oblation le 24 septembre suivant. Parti pour Saint-Alljert en mai 1881. il y arrive à la tîn d'août, après un voyage de 97 jours. Envoyé dans le sud du diocèse de Saint-Albert pour les missions des Pieds-Noirs, il organise en 1886 la mission des Piéganes, en 1889 la mission des Gens du Sang, à 20 milles de la première, est nommé supérieur de tout le district pied-noir en 1894, est préconisé évêque de Pogla et coadjuteur de Mgr Grandin le 29 mars 1897, et lui succède le 3 juin 1902, cligne de succéder à un saint, véritablement homme de Dieu.
Le R. P. Louis Cochin, né à Sommepv, diocèse de Châlons-sur-Marne, le 8 décembre 1859, fait ses études au petit et au grand séminaire de sa ville natale, entre au noviciat des Oblati* le 1er février 1879, fait son oblation perpétuelle à Otta^va le 17 février 1881, est ordonné sous-diacre le 19 inars 1882. diacre le samedi saint 1882, et prêtre le 1er mai de la même année, par I\Igr Grandin, à Saint-Albert, est envoyé ensuite à la mission de Sainte-Angèle, puis, en 1H90, à Saiut-Albert, et ensuite au lac Maskeg, où il est aujourd'hui (1904).
Le R. P.Victor-Antoine Pineau, né à Arapogné, diocèse de Laval, le 23 avril 1847, termine ses études théologiques à Saint-Albert, reçoit la tonsure et les ordres moindres le 28 février 1885, le sous-diaconat le jour suivant, le diaconat le 19 mars, et la prêtrise le 25 mars de la même année ; il commence son noviciat à Saint-Albert le 18 mars 1880, fait ses vœux perpétuels le jour de Pâques, 10 avril 1887, est envoyé le 24 septembre 1888 au district de Saint-Laurent, sur la Saskatchewan, est attaché à la mission de Duck Lake, puis à celle de Battleford, de nouveau en 1897 à celle de Duck Lake, où il est encore (1904).
Arrivée de quelques ecclésiastiques séculiers.
Visite des paroisses.
nent pas satisfaction (1).'' Ils ont en effet consolé et soutenu par leurs travaux la vieillesse du grand évêque du ^s'ord-Ouest^ et l'un d'eux même a été jugé digne par Dieu et par l'Eglise de porter sa houlette pastorale.
Xe pouvant obtenir des Oblats pour son diocèse, Mgr Taché se tournait vers les évêques de la province le Québec et leur demandait des ecclésiastiques séculiers.
Il reçoit le 25 août 1881 M. Joseph -Antoine Messier, né à Longueuil en 1857, qui est quatre ans professeur de belleslettres au collège, devient ensuite secrétaire du prélat, vicaire,, puis curé à la cathédrale et est honoré de la confiance la plus entière et de l'intimité du vénérable vieillard (2). Il reçoit, au mois de février 1S82, ^I. Joseph Campeau, d'abord professeur au collège, ensuite fondateur de Saint-Alphonse et de !Mariapolis, plus tard curé de Saint- Joseph et de Saint-Eustache (3).
Xous connaissons depuis longtemps le zèle de Mgr Taché pour la visite de ses paroisses et de ses missions.
Le 23 mars 1881, il confirme 16 personnes à la mission d& Piguis; le 9 juillet, 19 à N.-D. de Lorette; le lendemain, 60 à Sainte-Anne des Chênes; le 24 juillet, 53 à Saint-François- Xavier: \<' Ifr octobre, Il dans l'église de Saint-Vital ( A^ ."
(] ) Lettre à Mjrr (iraiuliii, Saint- Boni/ace, 28 mai 1879. — Archives de l'évêclié lie Saint- Albert.
(2) M ^lei^sior fut ordonné par Mgr Taché sons-diacre le 7 jnin 1882^ diacre le 1er octobre LSS2 et prêtre le 19 mai 1883. fl fut secrétaire de Sa Graniieur et vicaire de la calliédrale de JSSô à 18S9, cnré de hi cathédrale de fSS9 à 1899, et est .anjnurd'liui aumônier de l'hôpital; prêtre aussi lmnd>le que distin<rué, qui jouit de la béatitude promise à ceux qui .<;ont doux, " la pos.session de la terre," c'e.*t-à-ùiio l'affection de tous ceux qui le connai.«sent.
{3) Né le 15 mars 18.=iS, sons-diacre en 1883, diacre et prêtre en 1884, réside à Saint-.Mphonse de 1885 à 1895, y bâtit la première é;r!ise en 1885, con.«t mit la première église de Mariapolis en 1S!I4. est transféré en 1895 à Saint-Jospph, où il bâtit un nouveau presbytère et termine l'éjilise, est envoyé en 19;i2 îi Saint Eiistache, où il construit une église en brique et un l»ean couvent.
(4) Rcgi-^tre den confirimitiona à l'archevêché de Saint-Bon iface. Ce reu'istre <lute précisément de cette a;mée-Ià, ISSl. .Aussi, c'est la première fois que no'.is le citon.*.
Le 5 juin 1881, il confirme en outre 15 élèves au Collège de Saint-Boniface ; le 9 juin, IG à rx\cadéniie Sainte-Marie ; le 16 juin, 31 au Pensionnat des Sœurs à Saint-Bonifàce (1).
Cette année-là l'archevêque confirme 291 personnes (2).
Mgr Taché eut la douleur, cette même année, de perdre son Mort de Louis
° ' ' ^ , Tache,
frère Louis, mort à Saint-Hyacinthe le 1er avril. " Doue JS^^'*^''" de talents remarquables, Louis Taché avait exercé la profession de notaire. Ses connaissances légales et son jugement sûr faisaient rechercher ses conseils, et sa droiture d'esprit unie à une grande bienveillance sut prévenir bien des procès et régler paisiblement bien des difficultés... Il avait occupé successivement les importantes fonctions de percepteur du revenu de l'Intérieur et de shérif, et rempli les charges qui lui furent confiées avec une parfaite honnêteté et beaucoup d'intelligence. A plusieurs reprises il refusa la candidature que lui offrirent les conservateurs de Saint-Hyacinthe. Les pauvres perdent en lui un protecteur qui ne leur refusa jamais l'aumône (3).''
Cette perte fut très sensible à Mgr Taché, d'autant plus que le défunt laissait une nombreuse famille dans un état voisin de la gêne. Plein de charité pour les siens, il demanda à son Supérieur la jîermission faire en leur faveur l'abandon de son patrimoine de famille. '' J'ai bien des raisons, écrit-il au Eme P. Fabre, de me consoler de la mort" de mon frère, "puisqu'il était fervent chrétien et qu'il a reçu toutes les consolations et tous les secours de notre sainte religion. Mais ce cher frère laisse une veuve et 6 orphelins. Comme tant d'autres honnêtes gens, mon frère a occupé des emplois importants sans faire fortune. Je suis même très surpris d'apprendre qu'il laisse à ses enfants et à sa femme moins qu'il avait reçu lui-même de la famille. Quatre des enfants n'ont pas terminé leur éducation, en sorte qu'en définitive c'est une famille dans la gêne. A la mort de
(1 ) Ri'glfttre de.t confirmations, ih/'d.
(2) Ibid.
(3) Le Courrier de Saint-Hyavintlie
ma mère, il me revenait un liéritage qui est resté entre les mains de mon frère: aujourd'hui sa famille ne peut pas me le donner sans les plus pénibles conséquences pour elle: je vous prie de me permettre de le leur laisser et aussi de disix)ser de ce qui doit m'échoir de la succession de mon oncle de La Broquerie. " Le Eme P. Fabre donna à l'Archevêque l'approbation qu'il désirait.
En 1881, pendant le mois de mars, ]\Igr Taché se trouva souffrant. " Il y a aujourd'hui quatre semaines que je suis de retour, écrit-il à Mgr Clrandin le 28 mars, et j'ai toujours été indisposé: c'est avec difficulté que j'écris: le mal de reins me rend la chose pénible (1). "
Mais le reste de l'année il fut assez bien. Le 3 déceml)re, il écrivait même à son ami de Saint-Albert : " Ma santé est passable, meilleure qu'elle n'a été depuis plusieurs années (2). "
Le mieux ne se soutint pas. Au printemps suivant, il fut longtemps malade. " Depuis mon retour d'Ottawa, écrit-il la 8 avril à Mgr Grandin, j'ai toujours été malade. Hier, Vendredi Saint, je n'ai pas pu aller à l'église, et aujourd'hui je ne puis écrire que difficilement (3). " Il fut mieux le reste de l'année.
(1) Saint-Boniface, 28 mors 1881. — Archives de l'évêché (^e Saint- Albert.
(2) Sabit-Bomface, 3 décembre 1881.
(3j Sairit-Boi)iface,8 avril 1882.
CliAi'lTIiE XLVI
APRÈS LA GRANDE riÈYRE OU LE '' BOOM." 1882-1884
"La spéc-iilation des terrains, écrit Mgr Taché au milieu de Le cmc. 1882, est tombée, tombée: mars Ta gelée et avril l'a noyée (1). "
La fièvre avec ses crises violentes, ne fait qu'affaiblir la santé : le '' boom, " en activant le progrès d'une façon exagérée, amena un triste recul dans la prospérité du pays. La plupart des spéculateurs, au lieu d'obtenir les grands profits espérés, se trouvèrent embarrassés dans les dettes. Les terrains, estimés pendant plusieurs mois bien au-dessus de leur valeur, demeurèrent dépréciés et grevés d'hypothèques. On vit, à Winnipeg, pendant plus de quinze ans, des fondations élevées de quelques pieds au-dessus du sol et provoquant la parole de l'Ecriture Sainte : " Qum hic homo cœpît œdificare et non potuit consummare (2)." De mauvaises récoltes survinrent et augmentèrent la misère générale. On avait nagé dans l'or, c'est à peine si on parvenait à manger du pain. " L'argent, écrivait Mgr Ta-ché au printemps de 1882, est ici d'une rareté fabuleuse. J'ai été accueilli par une procession de gens qui venaient demander de l'argent et je suis moi-même dans le plus grand embarras (3). ^''Le pays, écrivait-il de nouveau deux ans après, est dans un grand état de pauvreté. C'est incroyable que la gêne pécuniaire que subissent les plus riches. Ce n'est que faillites et embarras de tous genres (4)."
Cependant la province continua, même a a sein de cette crise. Développement
T 1 • 11 ' des pa-
a se développer, quoiqu'avec plus de lenteur. Chaque année, roisses.
(l^ Lettre au Rév. M. Prinieau, curé de 'Bonc]iervï\\e, Sahit-Bordface, -i juillet ISSl.
(2) " Cet homme a commencé à bâtir et n'a pu achever." Luc, XIV, 30-
(3) Lettre au R. P. Lacombe, Suinf-Boniface, 188?. — Collection du R. P. Lacombe.
(4) Lettre à Mgr Grandin, Sai ni-Bonif ace, 30 janvier 1885. — Archives de l'évêché de Saint-Albert.
Erection de St-AIpboDso.
Commencements de St-Joachim de la Broquerle.
Constructions d'éRlIsfs iV St-Norbert.
etc.
de nouveaux immigrants arrivaient; les naissances dépassaient de beaucoup les décès; de nouvelles lignes de chemins de fer étaient construites; de vastes défrichements étendaient les espaces cultivés.
Le recensement officiel portait à 2.015 le nombre des habitants dans la ville de Saint-Boniface (1). Il y avait à Saint- Léon 35 baptêmes en 1883. La paroisse de l'Immaculée- Conception comptait 77 familles en 1884, un an après son démembrement de la paroisse de Sainte-Marie. Partout, c'était le même progrès dans l'accroissement de la population catholique.
Les colons multipliaient leurs établissements dans la Montagne de Pembina. Mgr Taché démembra la paroisse de Saint- Léon et en détacha Saint-Alphonse au cours de l'année 1883. La nouvelle paroisse fut bientôt confiée au Rév. M. Campeau, qui y construisit, dès la première année, dans un site des plus pittoresques, une belle église de 30 x 50 et un petit presbytère. L'église, augmentée depuis d'un sanctuaire et d'un transept, sert toujours au culte; le presbytère, remplacé plus tard par un plus spacieux, est aujourd'hui une grainerie.
La Broquerie ou Saint-Joachim reçoit d'année en année, des colons catholiques: en 1880, F. Bisson, Narcisse Pelletier, Lanthier, 0. Lambert, Vaillancourt ; en 1881, Timothée Rocan, S. Boutin, P. N'ormandeau et F.-X. Nomiandeau; en 1882, H.- Therrien, 0. Therrien, P.-A. Saint-Laurent, J. Emond, F. Gosselin, E. Goulet, P. Charretier, S. Jolicœur, J. Hébert, A: Dubois, M. Pierson; en 1883, J. Boisjoli, etc., venus la plupart d'Ontario ou de Québec, quelques-uns d'Europe. ISTous verrons en 1884, Mgr Taché donner à ces colons un prêtre dans la personne du Rév. M. Guay.
M. Ritchot bâtit, à ses frais, avec des biens de famille, en 1883, une magnifique église en briques, avec une voûte à pan- Ci) Le Manitohn, n* du 24 janvier 1884.
(2) Ibid., n° du 10 janvier 1884. La paroisse de Saint-Léon avait eu depuis son origine, 115 naissances contre 20 décès, «oit un e.Kcédent de 95 naissances en 4 ans.
neaiix dorés, un entablement orné de fleurs de lis et de grandes peintures. " Mgr Taché la bénit au mois d'octobre. "Si notre paroisse, écrit l'un des habitants de Saint-Norbert, est maintenant dotée de l'une des plus belles églises de notre diocèse, c'est bien à l'énergie, aux sacrifices et au dévouement de notre pasteur que nous le devons (1). ^'
En 1884, de belles églises sont construites à Saint-Jean- Baptiste, à Saint-Pierre, à Eégina, à la station de Qu'Appelle. Un grand nombre d'autres reçoivent des accroissements ou des embellissements considérables, celles de Saint-Charles, de N.-D. de Lorette.
Le 2 août 1883, trois Sœurs de la Charité, les Sœurs Lapointe, Fondations de
' j i. ' couvents.
O'Brien et Lagarde partirent de Saint-Boniface pour aller fonder un couvent et tenir l'école à Sainte-Anne des Chênes. Elles s'installèrent dans l'ancienne maison bâtie par Snow pour être le noyau de sa fameuse Redpath. La ville ne s'était pas formée ; pour la commodité des immigrants, la maison avait été transportée à Sainte- Anne même ; après la construction du Canadien Pacifique et l'abandon de la route Dawson, le gouvernement l'avait cédée aux Sœurs Grises de Saint-Boniface. Cette maison subsiste encore, unique vestige ou pierre d'attente de la grande cité de Snow (3).
Au mois de septembre, cinq Fidèles Compagnes de Jésus arrivent de France et établissent un couvent à Brandon. Mgr Taché va les visiter le 8 novembre, leur prodigue ses encouragements et ses bénédictions et a la joie de compter 37 élèves dans leur école (3)."
Les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie établissent, en 1883, à Winnipeg, dans la paroisse de l'Immaculée Conception, une seconde école, qui compte, dès le début, près de 75 élèves. L'Archevêque, toujours si dévoué à l'éducation de l'enfance, visite l'école et bénit les maîtresses et les élèves le 13 novembre.
(1) Le Manitoba, n* du 18 octobre 1883.
(2) Voir les Cloches de Saint-Boniface.
(3) Le Manitoba, n* du 15 novembre 1883.
^'^"îufhfn"'^" Les missionnaires catholiques avaient ouvert dans la plupart fondau.m tles missions ovi ils demeuraient, des écoles pour instruire les industri'/iio enfants sauvages, les former à la vie chrétienne et même, dans pelle" ' " la mesure du possible, aux usages de la civilisation.
Mais l'exiguïté des ressources dont ils disposaient ne leur perpermettait pas de donner à ces écoles les développements qu'ils auraient voulu. Mgr Grand in et son vicaire général, le R. P. Lacombo conçurent les premiers le dessein de s'adresser au gouvernement pour lui demander la création d'écoles sauvages qui seraient entretenues sur les fonds publics et demeureraient, s'il le fallait, sous un certain contrôle de l'Etat, surtout pour le temporel, mais seraient mises sous la direction spirituelle des missionnaires et de leurs dévouées auxiliaires, les religieuses.
Ces vues furent accueillies avec empressement i^ar Mgr Taché et trouvèrent de chaudes adhésions dans les hommes publics. Pendant son séjour dans les provinces de l'Est au commencement de 1883, Monseigneur de Saint-Boniface négocia avec le gouvernement d'Ottawa la création des premières écoles industrielles; c'est le nom qu'on donna à ces sortes d'établissements. Le gouvernement vota des fonds pour trois écoles industrielles, à Qu'Appelle, à Battleford, et à Calgary.
L'Archevêque fit les préparatifs pour l'établissement de la première, dans la pittoresque vallée de Qu'Appelle, auprès de la mission de Qu'Appelle, qui lui rappelait de si doux souvenirs et pour laquelle il avait une spéciale prédilection. Il annonce au P. Lacoml)e que les travaux de construction vont commencer au mois de mai (1).
Mais les passions électorales interviennent et soulèvent des difficultés inattendues. Le Lieutenant-Gouverneur des Territoires recommande chaudement un candidat de son choix aux Pèrop de Qu'Appelle ; ceux-ci, se renfermant dans la prudente réserve qui est de tradition chez les missionnaires catholiques, refusent de se mêler d'élections. L'homme du pouvoir est très
(l) Suint- Bonif are, 14 (/?•;•// 1883. — Collection du R. P. Lacoinbe.
Vol. - ,,. )•.(.
Eglise (le Saint-Norbert (Maiiitoba).
ARCHETÊQUE DE SAINT-BOXIFACE 425
mécontent do voir son candidat échouer, s'en prend aux Pères, et, pour les punir, entreprend de faire placer l'Ecole à Eégina ou à Indian Ilead. Ses efforts, nous le verrons, ne réussirent point à priver Qu'Appelle de l'école industrielle, mais eurent cependant pour elfet d'en retarder la construction d'une année.
Qu'Appelle était, à cette époque, le point de départ des cara- '^"aîo^rie'''^^
... . . , . . • 1 -\T 1 point (le dê-
vanes qui portaient aux missions et aux missionnaires du JN ord- part dos
cûrîivïincs
Ouest les vivres et les effets, comme naguère Saint-Boniface. du n.-o.
La ligne du Canadien Pacifique venait d'être ouverte jusqu'à Qu'Appelle ; les effets des missions étaient envoyés jusqu'à cette station par la voie ferrée; de là, les charrettes les transportaient aux diverses missions du ISTord. Les bateaux, il est vrai, sillonnaient les eaux de la Siskatchiwan ; mais cette voie était plus coûteuse, et, qui le croirait? moins rapide. Mgr Taché, avec son sens éminemment pratique, conseilla à Mgr Grandin, qui revenait d'Europe en 1883 avec un nombreux convoi de voyageurs et de marchandises, de prendre la voie de Qu'Aj^pelle et des charrettes. ^" Les bateaux, lui écrivait-il, ne sont 2Das la meilleure voie: par les bateaux, vous serez rendu bien plus tard, peut-être pas avant la mi- juillet. Puis, si vous êtes nombreux, ce sera plus cher : c'est 50 cents par repas pour chacun et vous pouvez être un mois en route. Il me semble que le P. André peut vous envoyer des voitures" des bords de la Siskatchiwan"ou le P.Hugonnard vous en trouvera à Qu'Appelle, qui ne coûteront pas aussi cher que le bateau. Vous partez d'ici le matin et en organisant bien la chose et télégraphiant, le lendemain au soir vous pouvez être campé en haut des côtes du lac Qu'Appelle, et huit jours plus tard, sur les bords de la Siskatchiwan. La seule chose nécessaire c'est de savoir à l'avance le nombre et le sexe des voyageurs, ainsi que le poids de vos bagages. En partant d'ici le 1er juin, vous êtes certain d'être rendu le 15 du même mois à Prince-Albert. En partant d'ici le 20 mai, vous arriveriez avant la saison des mouches; mais lej semailles ne permettraient pas aussi facilement de trouver des
Fondation de 4 autres écoles sauvages.
L'Œuvre des Ecoles du N.-O.
voitures, tandis qu'en partant un peu plus tard cette difficulté est moindre (1). "
L'année oii Mgr Taché négociait l'établissement de l'Ecole industrielle de Qu'Appelle, il fondait quatre autres écoles sauvages, dans diverses réserves de son diocèse (2) et encourageait partout leur établissement. " De bonnes écoles, écrivait-il au P. Camper, voilà le moyen de procurer à nos pauvres sauvages la connaissance de Dieu et de la religion. Encourageons ces écoles de tout notre pouvoir, et puisque le gouvernement en fait les frais, nous ne saurions trop les multiplier. Exhortez toujours les sauvages à y envoyer leurs enfants (3)."
Nous avons vu Mgr Grandin travailler déjà plusieurs fois à établir une Œuvre des Ecoles du Nord-Ouest en faveur des enfants sauvages. Pendant son dernier voyage à Eome, il obtint pour elle du Pape Léon XIII des bénédictions spéciales et des indulgences. Fort de l'appui du Pontife suprême, il présenta son projet, " à l'archevôquo de Québec et à ses suffragants, lors de son retour d'Europe et leur parla de la nécessité de travailler à l'évangélisation des sauvages par les écoles. Mais, malgré ses instances, il ne put obtenir l'établissement d'une Œuvre dei Ecoles du Nord-Ouest semblable à celle des Ecoles d'Orient. Par contre, grâce à l'appui surtout de ]\Igr Laflèche et de Mgr Dubamel, l'archevêque de Québec et tous les évêques du Canada firent un mandement collectif en 1883 pour ordonner des quêtes dans toutes les paroisses en faveur de l'Œuvre des écoles sauvages le jour même de la Pentecôte. ^' Je ne m'étonne pas de l'impression que vous a faite Mgr Grandin, écrit Mgr de Saint - Boniface à l'évêque d'Ottawa. Ce digne prélat a bien mérité de Dieu et des hommes, et je prie pour le succès de ses pieux désirs. Les évêques de la province de Québec n'ont pas fait plai-
(1) Lettre ilu S janvier 1883. — Archives de Saint- Albert.
(2) Lettre à 'M<:r Grandin , Saint- Boni far,-, lô novembre 1883.— Arcliives de l'évéché de Saint-Albert.
(3) Saint Bonifaec, 17 avril 1884. — Collection du R. P. Camper.
sir seulement à lui en faisant quelque chose pour les enfants du Nord-Ouest (1)."
La province de Québec est célèbre dans le monde entier par sa foi et sa charité. Les quêtes pour les écoles sauvages furent fructueuses. " Je reçois ce matin, écrit Mgr Taché à Féveque de Saint- Albert le 15 novembre 1883, une belle lettre de Québec, contenant le produit des quêtes de cette province pour les écoles sauvages. Il est vrai que cest la première année, mais le résultat est magnifique, il s'est monté à $2.648,39. Les évêques ont résolu de donner un quart à chacun de nous trois," l'archevêque de Saint-Boniface, Tévêque de Saint- Albert et le vicaire apostolique d'Athabaska-MacKenzie, "et l'autre quart aux évêques de Québec qui ont des sauvages, en sorte que nous avons chacun ^1.662 et quelques centins (2)."
L'année suivante, des quêtes semblables furent faites à la même époque: elles fournirent à chacun des trois évêques près de mille piastres (3). " Cette œuvre est d'un grand secours, s'écrie avec actions de gTâces Mgr Taché, et j'ai la consolation d'avoir dans mon archidiocèse onze écoles exclusivement pour les enfants sauvages (4)." Mgr Taché prescrivit une quête dans toutes les églises de son diocèse pour les écoles sauvages ; elle se fit au jour de la fête de l'Immaculée Conception de l'année 1884 pour la première fois ; cette quête s'est continuée chaque année depuis, sans interruption.
Quelque chose était encore plus nécessaire aux paroisses et
kf ■ • >'± • ± ^ ^x Demandes do
S ressources pécuniaires, c étaient les apôtres, mis-
Le prélat se désole souvent d'avoir si peu de missionnaires.
Le P. Camper lui avait demandé un remplaçant pendant qu'il
irait visiter les sauvages éloignés. " Mais, mon cher, lui écrit-il
(1) Lettre à Mgr Duhamel, Saint-Boniface, 9 mars 1883. — Archives de l'archevêché d'Ottawa.
(2) Saint-Boniface, 15 novembre 1883. — Archives de l'évêché de Saint- Albert.
(3) Lettre à Mgr Grandin, Saint-Boniface , 24 décembre 1884.
(4) Ibid.
428 VIE DE MGR TACHÉ. O. ^r. I..
tristement, je ne puis pas vous remplacer par un tremble ou une épinette et vous savez que je n'ai personne (1). "
Dans une multitude de lettres, il demande des missionnaires au Supérieur Général des Oblats; il multiplie les instances; '.i apporte toutes sortes d'arguments; il ne se contente pas de supplier par lui-même, il emploie des intermédiaires.
" ^lalgré le désir d'atténuer vos peines plutôt que de les augmenter, lui écrit-il le 15 février 1883, malgré le désir de faire la part la plus large possible aux circonstances, il m'est impossible de ne pas ressentir ce qu'a de pénible pour moi le refus certain et continuel qui accueille mes demandes de sujets. Loin de ma pensée et de mon cœur d'être jaloux du bien qui se fait ailleurs; mais il est des réflexions qui s'imposent malgré la volonté de les repousser. Dans l'espace de quinze mois, j'ai accordé l'hospitalité à sept Oblats prêtres ou à la veille de le devenir et en route pour le diocèse de Saint-Albert. Six venaient de France, et moi je n'ai pu obtenir que sept Oblats depuis quinze ans et je n'en ai eu qu'un seul de France pendant ce laps de temps. Mon vicariat est le plus grand de la Congrégation; il est aussi étendu que ceux qui le sont le plus, et pourtant c'est celui où les Oblats sont le moins nomhreux. Pas un Père n'a ici perdu la vie, pas un n'y a abandonné la Congrégation depuis 37 ans que nous sommes ici : comment se fait-il que je ne puis obtenir personne (2) ?" Mais comme s'il craignait d'avoir fait de la peine à son Supérieur, il ajoute : " 0 mon Très Kévérend Père, je vous aime trop pour vouloir vous contrister. Aussi ne lisez pas dans ces lignes l'expression d'un reproche, mais bien au contraire et seulement un épanchement dont mon cœur a besoin. De grâce, envoyez-moi quelqu'un le plus tôt possible (3)."
"Je suis malade, écrit-il quelques mois plus tard, j'aurais besoin de n'être pas tenu de faire face à tout. Le P. P. Tissot ne
(1) Saint- Bnnijacf, 20 juin 1884. Collection du R. P. Camper.
(2) Saint-Boniface, \b février 1883. — Archives de la Maison générale des Oblîits.
(3) Ihid.
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sort plus de sa cliainbre où le retient l'asthme. Le E. P. Maisonneuve est plus sourd que jamais. Tous nos Pères sont seuls. On se plaint, on me jetto la pierre. On ne peut pas croire quv3 je n'obtiendrais pas de sujets si j'en demandais. Je garderais volontiers ma peine pour moi seul, si le bien n'en souffrait; pas (1)."
" Dimanche prochain, écrit-il le 28 février 1883 à Mgr Grandin, je vais bénir l'Immaculée Conception, seconde église de Winnipeg, et vais y placer le P. Lebret, en sorte que le P. Lavoie va rester seul à Sainte-Marie. Pourtant il y faut deux messes le dimanche. Puis, il y a la chapelle des Sœurs à desservir aussi, en sorte qu'entre deux Pères ils vont avoir trois églises. Si vous pouvez quelque chose, de grâce tâchez de m'obtenir un Père (8)."
Quelque temps après avoir écrit cette lettre, il reçoit Is P. Ouellette. ]\[ais cet envoi, tout en le réjouissant beaucoup, lui donne en quelque sorte un sentiment plus vif de son indigence. " Il me faudrait d'autres sujets, dit-il au Eme P. Fabre après l'avoir remercié, et votre indulgence me pardonnera de lui dire que j'éprouve un sentiment de jalousie toutes les fois que je lis un départ de missionnaire odiat pour l'étranger. Je répète qu'il ne m'est pas venu d"ol)lat de France depuis 1867, à l'exception du P. Hugonnard. Je ne puis que me demander : Qu'ai-je donc fait pour provoquer cette exclusion des faveurs delà famille (3) ?"
L'année suivante, il indique plusieurs Pères, spécialement propres pour Sainte-Marie, entre autres " le P. Langevin, qui parle bien l'anglais et a, dit-on, des talents pour représenter convenablement la Congrégation (4)."
(1) Lettre au Rine P. Fabre, Saint- Bonif ace, 12 mai 1SS3. — Archives de la Maison générale des Oblats.
(2) Saint-Boniface, 28 février 1883. — Archives de l'évêché de Saint- Albert.
(3) Sainf-Bonifuce 12 octobre 1SS3. — Jbid.
(4) Saint-Boniface, 17 novembre 1884. — Ibid.
Beaucoup de lettres de cette époque renferment des sollicitations semblables (1).
L'Archevêque adresse les mêmes appels au Provincial du Canada, mais sans obtenir plus de succès. '' Depuis 1875 que le P. Antoine est Provincial, écrit-il à ;\[gr Grandin, la province du Canada m'a donné et repris le P. Gladu et le P. Ferron. On m'a donné les Pères Dandurand, Dupont et le F. Madore et repris en place les Pères Le Flocb, Simonet et Joyce. De plus,. on m'a envoyé le P. ^Manoury, qui était entré prêtre au noviciat, et cela par nous et pour nous. En définitive, depuis 1873, la pro-s-ince de Canada n'a pas augmenté notre personnel d'un seul sujet et depuis 38 ans que nos missions de la Eivière-Eouge existent, la province du Canada ne nous a donné que 2 Pères, 2 scolastiques, 1 novice (moi-même) et 2 Frères convers, que Je vous ai donnés. J'ai envoyé au P. Antoine et au T. E. P. Général un tableau à cet effet et je crois que tous les deux seront surpris de voir le peu d'aide qui nous a été donné (2)."
Il se tourne vers les évêques de la généreuse province de Qué-
rrétreB"sé- ^^^' ^^ ^^^^^ ^'^^^ • Donnez-moi des prêtres. Il s'adresse aux prê-
cuiiiTB. .j.j.gg séculiers du Bas-Canada et leur dit : " Ce sont les prêtres
séculiers qui ont été les premiers à la peine à la Eivière-Eouge et
dans le Xord-Ouest : venez labourer le champ que vos devanciers
ont défriché. "
Et chaque année, quelques prêtres touchés de la grâce de Dieu, répondent à l'appel de l'Archevêque et viennent lui offrir leur ffénéreux concours.
Arrivée de
(1) Saint-Boniface, 12 mai 1S82, etc.
(2) Lettre à Mtrr Grandin, Saint-Bonifurr, 17 "'/•// 1SS3. — Arcliives de l'évêché de Saint-Alliei t.
Voici le rrsnnii'^ du tahleati en question :
Ont passH de la province du Canada à la rivière Ronge : les Pères Anbert, (1845\ Mestre (1858), Riclier (1859), Lavoie (1S7(I\ Baudin (1872), Dandurand (1875), Marcoux (1877), Gladu (1878), Dupont (1880); les Frères Taché (1845 , McCartliy (1877), Ferron (1877), Madore ( 1878).
Sont retournés ilo la rivière Rouge à la province du Canada: les Pères Anbert (1850), .Mestre (18()o), Richer (1870s LeFloch et Simonet (1877), Gladu (1879). Joyce (1882j; le Frère Ferron (1879). —Archives de la Maison générale des Oblats.
AErnEVKQrK i>i^ saint-boxtface 481
La plupart de ces ecclésiastiques passent quelque temps au collège, se livrant en même temps à l'enseignement et à l'étud'i des sciences sacrées; puis ils sont envoyés aux diverses paroisses de Farehidiocèse et en deviennent le plus souvent les héroïques fondateurs.
M. Cherrier, après 3 ans passés à la tête de Saint-Boniface Nominations
de prêtres
«t 3 ans à la tête du collège, remplace, le 1-i juillet 1884, à la tête sëcuUers. de l'Immaculée Conception, à Winnipeg, le E. P. Lebret, envoyé à la mission de Qu'Appelle, et y commence une nouvelle et féconde carrière où il va déployer pendant de longues années les plus éminentes qualités de l'esprit et "du cœur.
M. Azarie Dugas remplace M. Cherrier à la tête du collège •de Saint-Boniface.
Jusqu'alors, l'instruction primaire, comme l'instruction secondaire, s'était donnée au collège ;. mais en 1884, à cause de la multiplication des élèves, l'Archevêque conseille de séparer les deux enseignements. A partir de la rentrée des •écoles, le collège ne donne plus que l'enseignement secondaire; l'école primaire s'ouvre le 24 septembre dans le bloc Jean, sur la rue Dumoulin, avec ]\Iadame Jean pour directrice, avec Madame Gédéon Cinq-Mars, Mlles Létourneau et Hébert pour sous-maîtresses. Les commissaires allouent $950 à la directrice avec la condition qu'elle fournira le local et payera ses aides (1). Nous verrons bientôt l'école primaire de Saint-Boniface transportée dans l'ancien collège et prendre le nom d'Académie Provencher.
M. Dufresne est nommé curé de X.-D. de Lorette au mois d'octobre 1884.
En 1882, l'Archevêque visite Saint- Joseph le 11 juillet, Saint- visue|épisco- Jean-Baptiste le lendemain, IST.-D. de Lorette le 13 août, Saint- Pierre le 17 août, la mission de Qu'Appelle le 10 septemljre, la Portage du Eat le 12 octobre. Il confirme 35 personnes à Saint- Joseph. 3G à Saint-Jean-Baptiste, 35 à N.-D. de Tx)rette, 40 à Saint-Pierre, 40 au lac Qu'Appelle. 16 au Portage du Eat (2).
(1) Le Monitnba, n'^ du 25 septemlire 1884.
(2) Rrgistre tJex contirma lions, à l'archevêclié de Saint-Boniface.
En outre, cette année-là, il confirme 18 personnes à Sainte- Marie de Winnipeg le 23 avril, 15 élèves au collège de Saint- Bonifaee le 28 mai, 17 au Pensionnat le 16 juin, 34 personnes dans sa cathédrale le 20 août et 9 dans la chapelle de l'archevêché en différents temps (1).
Ive P. Lacombe confirme 11 personnes à Qu'Appelle (2).,
En 1882, 306 personnes reçoivent le sacrement des forts dans l'arehi diocèse (3).
En 1883, Mgr Taché confirme 37 personnes dans sa cathédrale le 14 juin et 36 le 19 août, 17 au collège le 21 juin, 22 à l'Académie Sainte-Marie le 1er juin. 1 à l'Hôpital le 11 septembre, 1 Sauteuse au couvent le 3 juillet. })lusieurs autres à diverses reprises dans sa chapelle privée (4).
Le 16 septembre il est à Sainte- Anne, donnant le sacrement de confirmation à 19 garçons et 21 filles (o).
Le 25 octobre, il est à Saint-Laurent, où il visite avec d'ineffables consolations, l'école tenue par le F. Mulvihill et fréquentée par 67 enfants (6). Il y confirme 86 personnes (7).
Durant cette année-là, 1883, il administre le sacrement de confirmation à 262 personnes, en 18 jours différents, dans 10 églises ou chapelles de son diocèse, visite do P. Le R. P. Souiller visita en 1883 les maisons et les missions
SoaUlcr.
des Oblats dans l'archidiocèse de Saint-Boniface et le ^ord- Ouest. Il arriva à Saint-Boniface le 1er juin avec le P. Tabaret, son compagnon (8) et y deiiioura plusieurs jours. Los entre-
(1) liigialrc des CQufirmationa.
(2) Ibid.
(3) Ihid.
(4) Ibkl.
(5) Rgi!>trei\e\a, paroisse cIr Saiiite-AniiP. Le regif^tre de l'iirchevêché porte à 42 le noinlire des confirmations.
(fi) Lo Manitoha, n» du 31 octobre 18S3.
(7 ) RajiKtre de l'archevêché.
(S) Lettre de Mirr Taché an K. P. Lacombe, Saint-Bonlfuce, 2 juin 1883. — Collection (hi K. P. Lacumbe.
tiens du saint religieux apportèrent de grandes consolations au cœur de l'Archevêque. " Je veux vous saluer avant votre départ d'Amérique pour l'Europe, lui écrit le prélat au moment où le visiteur va quitter le nouveaii monde. . . ^Icrci, mon bon Père, d'être venu; merci du hicn (pie vous nous avez fait. Priez pour que nous profitions des grâces que vous nous avez apportées (1).''
(1) Saint-Boniface, 5 avril 1884. — Ibid.