L EVEQUE PACIFICATEUR
Pie IX avait convoqué tous ses frères dans l'épiscopat pour le Dép;irt(!e 8 décembre 1869, afin d'examiner avec eux les remèdes propres pouriec-onà guérir les plaies de l'Eglise et des sociétés modernes. Sept Vatican, cent cinquante-quatre évoques, venus de toutes les parties du monde, se trouvèrent rendus à Bome pour la date indiquée.
Mgr Taché quitte le Canada le 16 octobre. Il fait la traversée en "un peu moins de dix jours" avec onze évêques, entre autres Mgr Guignes (1), Mgr Farrell (2), Mgr de Goisbriand (3). " Dieu nous a accordé un si beau passage, écrit-il, que tout le monde s'ac^^orde à y avoir du prodige (4)," Il n'est malade que le premier jour.
Le 26 octobre, il débarque à Brest. A peine à terre, il pense à '"^Ara^^^in^^'" ces missionnaires du Nord-Ouest qui ne reçoivent des nouvelles que deux fois par année; il se hâte d'écrire à son cher Coadjuteur, dans l'espérance que sa lettre pourra encore lui parvenir par " l'express d'hiver. " " En Canada, lui dit-il, je n'ai pas pu me procurer un seul sujet, pas un oblat, pas un prêtre; c'est désolant. Pour de l'argent, la pénurie est presque aussi complète; aussi je vous assure que mes inquiétudes sont bien vives. Puis les nouvelles de la Rivière-Eouge me parlaient troubles, mécontentements, sauterelles . . . Au train que vont les choses, il est probable que nous sommes à la veille de combinaisons nouvelles. On parle sérieusement d'un chemin de fer par la Saskatchewan. Dans tous les cas, prenez possession d'autant de terre que vous pourrez dans les différentes localités. Poussez votre peuple à cette mesure: que les pauvres métis se saisissent
(1) Evêque d'Ottawa.
(2) Evêque de Trenton.
(3) Evêque de Burlington.
(4) Lettre à Mgr Grandin, 26 octobre 18G9. — Archives de l'évêclié de Saint- Albert.
Occupations de l'Kvéquiavant le concile.
du pays, autrenient il leur faudra le laisser, et où iraient-ils? Notre cher gouvernement du Canada veut aller au pas de charge; je crois qu'il se prépare bien des mécomptes. . . Je n'ai absolument aucune donnée sur le concile. Je voudrais bien retourner chez nous pour la fin de mai (1). "
Mgr Taché vient de dire à son Coadjuteur qu'il a inutilement cherché au Canada des ressources d'hommes et d'argent pour ses missions et qu'il n"a '" aucune donnée " sur le concile. Il arrive précisément en Europe un mois et demi avant la réunion des grandes assises de l'épiscopat, afin de chercher quelques secours, afin d'étudier l'état des esprits et les questions qui vont être soumises à la sainte assemblée.
Il denumde avec instance des missionnaires au Supérieur général des Oblats. Celui-ci ne peut lui en donner autant qu'il voudrait ; mais il lui eu ])i'()mot. Il mendie des secours aux Conseils (le la l'ropaiiation de la Foi, de la Sainte-Enfance, des Œuvres apostoliques; ses démarches ont d'heureux résultats.
Ce ([iii r(>(-cu])e ])lus encore c'est de se rendre compte de l'œuvre qui s'impose au concile et à laquelle il doit participer. Sa science est bientôt parfaite à cet égard. L'Europe toute entière est occupée du concile; les journaux en parlent tous les jours et dans toutes leurs colonnes; les hommes d'Etat s'en émeuvent; les évêques se consultent. Mgr Taché voit un grand nombre de prélats et de personnes ecclésiastiques; il prend connaissance des polémiques; il constate les différents courants d'opinions. Il a bientôt démêlé l'action du Saint-Esprit et celle de l'esprit des ténèbres et entrevu l'œuvre prochaine du concile.
Il signe, l'un des premiers, l'adresse de félicitation préparée par une élite de prélats pour remercier Pie IX d'avoir convoqué un concile œcuménique malgré l'incertitude des temps, dans un admirable élan de foi. (2).
(1) I.elirc à .M;^r (jraiuliii, 20 orinh Saint- .Albert.
1S()9. — Arcliives do. Tt-vèclié de
(2) " lAhdli (jrntiildldrii iili I l.'^dfiii ephco/tis SS. l'alri ohlati, in fjvn dcHaravt (jwintdm nilii heUlunn iitiuhrit }i<ihiV(ii voncilii nnnliuK."
Aj)U({ Acl'i ft Dccrda Sncrorum Coiic. l'eccntiorinn. Collictio Lacench, P. lOiS.
ARCHEVÊQUE DE SAI \T-li()X I FACE 27
Le eom-ilo du Vatican s'ouvre le 8 (loceiiibre 18G9. Pie IX séjour a Romo. avait placé sous la protection de la Vierge Immaculée toutes sion. les grandes œuvres de son pontificat; il voulait mettre la plus extraordinaire de toutes sous le patronage du mystère qui lui était si cher: de là le choix de la fête de l'Immaculée Conception pour le jour de la première session. Mgr Taché, si dévot au mystère de l'Immaculée Conception, éprouva une grande joie à commencer dans les grâces de cette fête, ces solennelles assises qui s'annonçaient comme aussi importantes que celles de Trente.
Dans cette première session, après la messe célébrée par le cardinal Patrizzi, le grand Pape reçoit l'obédience des cardinaux, et adresse une allocution touchante, où il exprime sa joie du spectacle qu'il a sous les yeux, expose les motifs qui lui ont fait convoquer le concile, met les travaux des Pères sous la protection de la Vierge Immaculée, et invoque les lumières du Saint- « Esprit, pour qu'ils soient " régulièrement commencés, heureusement poursuivis et salutairement terminés. "
La seconde session a lieu le G janvier, fête de l'Epiphanie. En ce jour où la gentilité a été appelée à la foi. Pic IX fait profession de la foi catholique selon le symbole de Pie IV; tous les évêques font à sa suite la même profession de foi; Mgr Taché est heureux d'affirmer sa foi avec tous ses frères de l'univers entier.
Il y a une erreur, issue de l'hérésie protestante, répandue de ^""g'^^pg® toutes parts depuis un siècle, qui rejette tout surnaturel, mé- tro°n*anJ^"" connaît la révélation, nie Jésus-Christ, coml)at l'Eglise et toutes ffaiiism™.^" ses institutions, "travaille à exclure la religion chrétienne des mœurs et de la vie des peuples. " On appelle cette erreur le rationalisme ou le naturalisme, le libéralisme, la révolution ; elle se donne avec emphase les noms d'idées modernes, de pri^icipes de 89, de révolution, de progrès. Cette doctrine nouvelle domine la plupart des Etats, gouverne la politique, règne dans les parlements, est enseignée dans les Universités et les écoles publiques, compte un grand nombre d'apôtres et des multitudes de disciples. D'innombrables catholiques, séduits par elle, ont
VIE DE .M(;k tache, o. m. i..
perdu la foi; d'autres, en très grand nombre, à la tête desquels se distingue l'école de l'allemand Hermès, sans aller à ses négations extrêmes, confondent la raison et la foi, la nature et la grâce et admettent des doctrines qui corrompent toute l'économie des mystères chrétiens.
Les évêques de toute la terre sont unanimes à vouloir la condamnation du rationalisme ou du naturalisme; tous aussi, ou à peu près tous, entendent condamner l'hermésianisme et les systèmes qui s'y rattachent. Mgr Taché voit avec transport cette unanimité qui va frapper l'hydre moderne et toutes ses têtes de mille anathèmes.
Opposition (le ;Mais avant l'explosion de la révolution française, avant l'apfi^finuiondê P^rition même du protestantisme, depuis six siècles environ, il iit'^'^ponu- s'est élevé dans l'Eglise une erreur qui prétend restreindre la '^"^'''' souveraine autorité du Pontife romain. Cette erreur a eu des
phases redoutables, surtout celles qui ont été marquées par les scandales du conciliahulc de Baie, par la Pragmatique sanction de Bourges et la Déclaration de 1683. Depuis soixante ans, un admirable mouvement du Saint-Esprit réunit les évêques et toutes les Eglises à rEglfso mère et maîtresse. Mais voici que tout à coup, quelques mois souloiiicnt avant la réunion du concile, certains hommes inquiets ont élevé la voix contre la définition do l'infaillibilité pontificale. Aussitôt tous ceux qui étaient entachés de quelque erreur, se sont réunis autour de ces chefs pour leur faire écho: cette opposition est devenue comme une vaste clameur qui remplit l'univers : des publicistes, des prêtres, un certain nombre d'évêques, et à la tête de ceux-ci, un prélat qui a conquis auprès de ses contemporains un grand renom par ses luttes vaillantes et peut-être aussi par des compromis malheureux, déclarent à son de trompette que la définition de l'infaillibilité est inopportune. Devant cette tempête déchaînée subitement contre la suprême puissance du Pape, Mgr Taché n'hésite pas un instant : il juge que les adversaires de la Papauté, n déclarant inopportiune la définition du magistère infaillible du Chef de l'Eglise, l'ont rendue nécessaire, et il se range avec simplicité, mais avec une dévotion ardente, parmi ceux qui veu-
ARCIIKVKQT'E T)K SA IXT-BONIFACE 29
lent le resplendissement de la suprême autorité du Pontifo ''"^3*^,'^^^'''°' romain. Nous le trouvons parmi les trois cent soixante et neuf 7^^''^ *","
•i t nivaux (11»
Pères qui signèrent et présentèrent au mois de janvier la de- f""<"'i«mande de définir " le magistère infaillible du Pontife romain (1). "
Pendant que l'Evêque de Saint-Boniface prenait part aux travaux du Concile, de douloureux événements s'accomplissaient dans son diocèse et menaçaient son peviple de la ruine.
Xous avons rapporté l'arrivée de l'hon. McDougall à la f ron- Troiii)ies deii» tière de la colonie d'Assiniboia avec une escorte et des munitions de guerre, l'émoi des métis français, l'assemblée de Saint-Vital et la nomination du Conseil Xational avec L. Eiel comme secrétaire. Le 19 octobre 1869, aussitôt après la nomination du Conseil Xational, " des courriers furent envovés à l'hon. McDougall ri-m:or actt-
' • ^ (iu Conseil
pour le prier de ne pas pénétrer dans le pays " sans une entente National, préalable entre le Canada et les habitants (2).
Ce même jour, par une coïncidence purement fortuite, le Con- l>9 doux derseil d'AssiniI)oia tint au Fort Garry une assemblée dans le but séances dn
'' conse.l «lA*-
" de rédiger une adresse de bienvenue à l'hon. William McDou- sinihoia. gall, le nouveau Gouverneur du Territoire du Xord-Ouest, et de prendre les mesures nécessaires pour la lui présenter à son arrivée. " Ce sont les expressions du procès-verbal de la séance. Et en effet l'Evêque anglican de la Terre de Eupert avait préparé à l'avance un projet d'adresse; ce projet fut examiné et adopté par l'assemblée (3).
Mais bientôt les Conseillers d'Assiniboia apprirent la tenue de l'assemblée de Saint- Vital et la résistance que les métis se préparaient à opposer à l'entrée de l'hon. W. McDougall. Ils
(1) Postulaiurn pro dognvitica definitione infaUihilis magisterii Romani Pontificis (28 jan. 1870).
Apud Âcta et Décréta Sacrorum ConcUiorum receniiorum Collectio Lac encis, p. 925, c.
(2) Témoignages du Rêv. M. Ritchot devant le Comité du Nord-Ouest, p. 68.
(3) Cette adresse .«e trouve intégralement dans le registre des délibérations du Conseil d'Assiniboia, séance du 19 octobre 1869. — Archive? du gouvernement provincial de Manitoba, à Winnipeg.
se réunirent de nouveau le 25 octobre. C'est la dernière réunion mentionnée dans le registre du Conseil. ^I. John Black, qui présidait l'assemblée en l'absence du Gouverneur, alors malade, rappela qu'à la dernière séance " une adresse avait été préparée pour être présentée à Thon. W. McDougall, à son arrivée prochaine dans la colonie; que le Conseil, en préparant cette adresse, avait cru refléter les sentiments de bienvenue et de loyauté de la colonie en général ; . . . mais qu'il regrettait maintenant id'avoir à déclarer qu'il n'en était pas ainsi, et qu'une nombreuse section de la population française semblait mue par un tout autre esprit. . . et avait organisé des corps armés pour arrêter le Gouverneur McDougall sur la route entre Fort-Garry et Pembina et s'opposer à son entrée dans la colonie. " Le Conseil avait été convoqué, concluait le président, pour aviser à ce qu'il était opportun de faire.
T^' Conseil fut d'avis qn'il fallait tâcher d'amener les métis : français à " abandonner leurs dangereux projets de résistance. " MM. Bruce et Kiel, " que l'on savait occuper une position importante dans le parti hostile à M. McDougall, " avaient été mandés à l'assemblée . Ils furent introduits, et le Conseil les interrogea " sur les motifs et les intentions du parti qu'ils représentaient. " Louis Riel " répondit en substance, que son parti était parfaitement satisfait du gouvernement de la Compagnie de la Baie d'Hudson et n'en voulait pas d'autre; qu'il s'opposait à tout gouvernement venant du Canada, sans que le pays eût été consulté sur le sujet; qu'il n'admettrait jamais aucun gouverneur, nommé par une autre autorité que la Compagnie de la Baie d'Hudson, à moins que des délégués ne fussent au préalable envoyés, avec lesquels seraient négociés les termes et conditions de la reconnaissance de ses pouvoirs; que les métis étaient illettrés et à demi civilisés, et sentaient qu'avec la venue d'une forte immigration, ils seraient probablement chassés d'un pays qu'ils réclamaient comme leur propriété; qu'ils étaient, sous un certain rapport, pauvres et peu nombreux, et que c'était justement la raison pour laquelle ils craignaient tant d'être trai-
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tés coiiinu' s'ils ctaiont encore moins importants (prils ne l'étaient en réalité; que hnir existence ou du moins leurs désirs avaient été tout à fait méconnus; que si jMcDougall se rendait une fois ici, la population ])arlant Tanalais le laisserait probablement s'installer comme gouverneur et qu'il serait alors notre "maître et notre roi," t-omiiic il dit, et qu'ils avaient en conséquence l'intention de le faire retourner sur ses pas; qu'ils croyaient agir ainsi, non seulement })our leur propre avantage, mais dans l'intérêt de toute la colonie; qu'ils ne croyaient pas violer aucune loi, mais défendre seulement leur propre liberté; qu'ils ne s'attendaient pas à rencontrer de l'opposition dans leurs concitoj^ens anglais et qu'ils désiraient les voir se joindre à eux pour assurer leurs droits communs; qu'ils pourraient être combattus par un certain " parti canadien " dans le pays, mais qu'ils étaient prêts à lui faire face ; qu'en tout cas, ils étaient bien déterminés à empêcber ^ï. McDougall de pénétrer dans la colonie (1). "
Le Conseil employa divers arguments en vue de faire revenir M. Eiel et les métis français sur leur détermination; mais ce fut en vain. " M. Eiel refusa d'adopter les vues du Conseil et persista à déclarer qu'il était déterminé à s'opposer à l'entrée de M. McDougall dans la colonie. "
" M. Eiel et M. Bruce se retirèrent, et le Conseil se mit à discuter l'opportunité d'appeler sous les armes une force armée, afin d'aller à la rencontre de ]\I. jMcDougall et de le protéger. Mais on remarqua que les troupes devraient surtout être levées parmi la population parlant anglais et qu'il en résulterait une collision entre deux sections de peuple qui, quoique ayant vécu jusqu'alors ensemble en bonne harmonie, diffèrent au point de vue de la race, du langage, de la religion et des coutumes, en sorte qu'un commencement d'hostilités entre elles aurait pour effet de les entraîner, ainsi que les sauvages des alentours, dans
(1) Procès-verbal de la spanï-e du 25 octobre 1869. C'est, nous l'avons remarqué, le dernier procès- verlial que l'on trouve dans le rej^istre des assemblées du Conseil d'Assiniboia.
32 VIE DE MGR TACnÉ, 0. M. 1.,
: une lutte opiniâtre et sanglante. Le Conseil en vint à la conj clusion que, sans l'aide de troupes régulières, il ne serait pas justifiable, dans les circonstances, de tenter une entreprise aussi funeste pour le pays (1).'"' Il se borna à décider qu'on enverrait plusieurs métis français, " qui n'étaient pas impliqués dans ce mouvement hostile à M. McDougall, " notamment MM. Dease et Goulet " au camp du parti qui doit s'opposer à l'entrée du gouverneur McDougall pour engager ceux qui y étaient " à se disperser d'une manière paisible (2). " (Lettre Je iboii. ;^j;ai3 l'hou. McTavisli avait plus de confiance dans l'influence
McTavlsli an -l
B6V. M. lîit- j^^ vénérable curé de Saint-Xorbert que dans celle de tout autre. Le lendemain de la séance que nous venons de rapporter, il écrivit au Rév. M. Eitchot pour lui faire connaître les résolutions de cette assemblée et le prier de se servir de son influence sur les métis français pour les faire renoncer au dessein " d'arrêter de ^^m'.'L'i'gersa ^o^cc M. McDougall sur la voie publique (3)." McDougall. Mais OU aurait pu arrêter " le cours d'un fleuve (4) " plus aisément que le soulèvement des métis contre l'envahissement ) du Canada. Le Rév. M. Eitchot connaissait " par la renommée publique " les réunions des métis et leurs résolutions ; il eut des pourparlers avec eux ; mais, dit-il, " je vis que c'était une affaire très sérieuse et je décidai de ne rien faire qui pût compromettre mon influence sur eux, " afin " de les retenir au moins dans les bornes de la modération. " " Ce n'est pas le temps de me défendre à ce sujet, ajoutait-il à l'adresse de ceux qui blâmaient sa conduite; mais si je n'eusse pas été présent, ils s'en serait suivi des conséquences beaucoup plus graves que celles qui ont eu lieu (5)."
(\) Pi'ocès verbal do la séance du 25 octolire 1869.
(2) Ihid.
(3) Fort Gitrry, 20 cctohre. 1869. Cette lettre est reprodtiiîc dans les dépo.«itions des témoins devant le Comité <Ia Nord-Oiust, n" 85, p. 100.
(4) Née coneris contra iclumfluvii. Erci.. IV, Îî2.
(5) Têmoigii(i(/cs du Eér. M. Rltcholderuntlc Comité du Xord Ouest, p. 09.
Nous avons dit que le 19 octobre, aussitôt après l'assemblée de Saint-Vital, les métis envoyèrent deux délégués à l'hon. Mc- Dougall pour lui signifier la dél'ensc d'entrer dans la colonie sans une entente préalable. TiC représentant du Canada reçut les messagers d'une façon ti'ès liautaine. ne leur réjjondit que par des injures et des menaces et leur annonça (ju'il allait se mettre en route pour établir sa résidence à Fort-Garr}-.
Mais dès le 21 octobre, les métis s'étaient réunis au nombre L-incidcnt de d'environ quarante, à un deuii-mille de l'église de Saint-Xorbert, auprès du confluent de la rivière Sale, sur le chemin qui unit Fort-Garry à Pembina, au lieu dit la traverse de la rivière Sale. Ils pouvaient en cet endroit commander la route qui arrive de Pembina et se trouvaient protégés par le confluent des deux rivières et par un petit bois qui borde les deux côtés du chemin (1). Ils élevèrent en cet endroit, avec quelques perches de tremble, une barrière qui interceptait la voie publique. En même temps une troupe d'environ vingt cavaliers, parmi lesquels était ordinairement Eiel, surveillait la route en avant de la barrière (2).
M. McDougall avait amené avec lui tout un personnel qui devait composer son administration, notamment J.-A.-X. Provencher et le capitaine Cameron. Le premier avait été choisi à cause de sa parenté avec le premier Evoque de la Eivière- Eouge; il remplissait auprès de l'hon. McDougall les fonctions de secrétaire. Il pensa qu'en sa qualité de Canadien-Français, de catholique et de parent de Mgr Provencher, il serait bien accueilli par les métis. Il arrive à Saint-Xorbert le 31 octobre. Les gens de Eiel l'arrêtent à la barrière, le conduisent au pres-\ bytère, mais en même temps lui défendent d'aller plus loin. Il a beau insister pour avoir la liberté de se rendre à Saint-Boniface, et y voir une tante, religieuse chez les Sœurs Grises, les métis sont inexoral)les. Le lendemain, 1er novembre, dans l'après-midi. Eiel le fait repartir pour Pemliina sous la conduite
(1) Témoignages du Rér. M. Rltchot et de W. Coimn dcravt le Comité du Nord-Ouest. ÂffidavH de Wallon Hymav, ibid, n'' 82, p. 127.
(2) Affidavit cité.
î^4 VIE 1)1-: MGR TACHÉ, 0. M. I.,
d'une escorte. Le Père lîitchot lui fait l'honneur de l'aecompa^rner jusqu'à la barrière.
Au moment même où le cortège arrive en cet endroit, une voiture, traînée par deux superbes coursiers, venait du côté opposé. C'était le capitaine Cameron qui se rendait, par l'ordre de M. McDougall, au Fort-Garry. 11 tenait lui-même les guides. En voyant la barrière et les gardes, son visage se contracte; pourtant il ne se déconcerte pas: il lance contre elle ses chevaux, • pensant qu'ils emporteront aisément les perches de tremble qui la composent. ^Fais deux des gardes sautent à la bride des coursiers et les arrêtent. Cameron s'emjiorte, se dresse dans sa voiture et, étendant la nuiin contre la barrière, prononce avec emphase cette apostrophe devenue légendaire: "Enleveznioi cette satanée barrière!" Au li<'u d'obéir à l'injonction, les gardes retournent les chevaux et la voiture. Cameron s'adresse à M. Ritchot et entreprend de parlementer; mais c'est en vain : les métis déjà troj) provoquées, ne lui en laissent pas le tom])s, ils donnent un cnup de fouet aux chevaux, rpii reprennent la direeiti<^»u de Penibina. Sur les ordres de Riel, l'escorte accompagne l<i voiture de Cameron, tout en reconduisant Provencher. Le Rév. M. F. X. Kavannagh, curé de St François- Xavier, occupé tout près de là à remplir une mission de paix au- ( près d'un petit camp de métis tentés de se tourner contre Riel, assistait en témoin bien ]iacifique à la scène de la harrière, où l'heureuse influence du prêtre a empêché de graves complications, et peut-être mêm.e l'effusion du sang. .saiBio du F.rt- "Je parti canadien,'' qui s'était constamment montré hos-
Garry ci do ' ' '
tout, s les tiic ai^ gouvernement de la Compagnie de la Baie d'Hudson,
mnrchan- ^ r o
tn»mi?."lr^^ avait parlé plusieurs fois, depuis l'envoi de McDougall à la Ri- .T iiov.in .i.-. v;^,j.(..j^oyg(i^ f]Q s'emparer du Fort-Garry et d'y installer le nouveau maître du pays. C'était pour aller au fort que le capitaine Cameron s'était mis en marche de Peml)ina. " Le fort, depuis le départ des troupes, ne servait (|U(' de place d'affaire. " Un gardien s^y tenait la nuit; mais "'il n'y avait pas de sentinelle durant le jour (1). "
(l) Ténioigvagfmle A.-G-li. liannulyne (levant le Comilé'ln N.-O., p. I2ri.
2,' Vol. ,,. .",.;.
Fort ilarrv .-n |s7l
Ancienne porte «le Fort Garry, Winnipeg
AKCIIKV^ÊQUE DK SA INT-IJONI FACK 85
Les dires "du parti eauadieu " et la déiiiarehe de (!ameron donnèrent à Kiel et aux métis la pensée de s'emparer les premiers du Fort-CJarrv. Ils exéeutèrent leur résolution le 2 novembre. Ce jour-là, ils entrèrent dans le fort, se saisirent de toutes les marehandises (jui s'y trouvaient et y installèrent le Conseil National.
"Le 6 novembre, un avis l'ut envoyé j)ar le parti français, signé par Eiel, denumdant à la i)0})ulation anglaise d'envoyer des délégués de chacun des cantons pour se réunir avec ses propres délégués (1). ''
• Le 16 novembre, "Louis Eiel et 11 autres délégués représen- conventioû iiu tants des paroisses de langue française", Thomas Bunn et "11 délégués des paroisses anglaises," s'assemblèrent au Fort Garry, sur la convocation de L. Eiel. " Cette assemblée eut pour résultat de rédiger et d'adopter unanimement la première Liste des Droits, qui devait être présentée au gouverneur McDougall. Il fut proposé qu'une députation composée de 2 délégués anglais et de 2 délégués français présenterait la Liste des Droits au gou- \ verneur McDougall et lui demanderait s'il pouvait, en vertu de sa commission, leur promettre que la Liste des Droits serait ga- , rantie à la population. " Mais la partie anglaise de la population refusa de nommer des délégués, en objectant que cette présentation était inutile, parce que McDougall ne pourrait pas accorder ce qui était demandé dans cette Liste. " L'ent>ente unanime qui se manifesta au sujet de la Liste des Droits contribua à calmer l'agitation (2)."
La convention siégea deux jours, le IG et le 17, et s'ajourna proclamations