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L'ami secourt son ami

Négociations pour rétablissemont des Ecoles Industrielles.

Xous avons vu le Lieutenant-Gouverneur des Territoires, par ressentiment d'un échec électoral, s'opposer à l'établissement de l'Ecole Industrielle de Qu'Appelle. L'Archevêque avait entrepris d'abord de vaincre cette opposition par des procédés gracieux. Il lui rendit une visite à Eégina; mais le représentant de la Eeine lui répondit froidement que l'Ecole serait aussi bien placée à Eégina ou à Indian Head qu'à Qu'Appelle. L'Archevêque acheta deux chevreuils d'un métis pour la somme de $50, et les lui envoya en présent. Comme le Lieutenant-Gouverneur prétendait qu'il n'y avait point de terrain disponible à Qu'Appelle pour y établir une école industrielle, Mgr Taché acheta un vaste emplacement à ses frais et en fit don au gouvernement. Mais toutes ces avances n'avaient point réussi à faire cesser l'opposition. L'Archevêque s'adressa donc au Premier Ministre du Canada, Sir John-A. McDonald et obtint de lui, en dépit d« l'opposition du Lieutenant-Gouverneur do Eégina, que l'Ecole fût placée près de la mission de Qu'Appelle, sur le terrain dont il avait fait don au gouvernement.

. Ordination Le dimanche, 10 février 1884, il conféra l'ordre de la prêtrise

sacerdotale

p^ dans l'église de l'Assomption, en présence du E. P. Souiller, du

P. Antoine et du P. Lacombe et devant une foule immense, au P, Magnan, enfant de cette paroisse, élève du collège de l'Assomption, qui depuis est devenu un des héros des missions de Saint-Boniface.

Quelques jours auparavant, le 31 janvier, les professeurs et les élèves du collège d'Ottawa lui avaient fait une brillante ovation. " Et voilà, lui dit M. Eodolphe Lemieux, chargé de le complimenter, que la civilisation, dans sa marche mystérieuse vers l'occident, est parvenue là-bas jusqu'à vous. Ce grand flux de la race humaine est monté jusqu'aux prairies du Xord-Ouest, non pas comme un torrent destructeur, mais, nous devons l'espérer, comme les paisibles débordements du Xil antique, pour déposer sur cette nouvelle terre de Gessen les sédiments plantureux du christianisme et du véritable progrès. Le burin ds l'histoire ici-bas et les registres éternels là-haut attestent que le zèle apostoliqiie de Votre Grâce a contribué pour une très

ARCIIEVEQrK DE SA I N'I-IÎOX I FACK

ché t de ses suffragants nu gouvernement anglais contre la spoliation projetée (le la rropagande.

large part à ouvrir te pays et y a dès r()ri<iin(' répandu la se mence de la Bonne Nouvelle (1). "'

Le 29 janvier 1884, la cour de cassation établie à Eoine par 4. Appel de

, . , Mgrïacl]

le gouvernement usurpateur rendit un jugement qui tendait a considérer la Propagande comme ''■ une institution ecclésiastique particulière et locale, " diminuait ses biens et les mettait en danger par leur conversion forcée en '' sécurités ou rentes du gouvernement italien. "

Mgr Smeulders, Délégué du Saint-Siège au Canada, sur les instructions de la Propagande et du Saint-Père, fit part à Mgr Tacbé, pendant son séjour en Amérique, de ces nouveaux attentats des usurpateurs et le pria d'écrire aussitôt au gouvernement d'Angleterre au nom de tous les évêques de sa province, dont les sentiments à cet égard étaient bien connus..

Mgr Taché adressa, le 26 avril 1884, en son nom et au nom des cinq évêques de sa province, une lettre au Premier Ministre d'Angleterre, M. Gladstone, pour se plaindre de la décision de la cour de cassation italienne, lui représenter que " l'œuvre des missions est puissamment aidée dans toute la province ecclésiastique de Saint-Bonif ace par la Propagande ; " que les biens de cette institution " sont employés pour une part notable, au bénéfice de sujets anglais dans les différentes parties du monde ; ^' que la mesure sanctionnée par la cour de cassation n'est qu'une confiscation dissimulée et porte préjudice aux sujets de la Couronne d'Angleterre.

" Ces considérations, conclut le prélat, nous ont déterminés, mes vénérables collègues et moi, à vous prier, vous le glorieux chef du gouvernement anglais, de vouloir bien protester contre l'action du gouvernement italien vis-à-vis de la Propagande (2)."

Le Premier Ministre répondit à Mgr Taché, par une lettre autographe, que le gouvernement de Sa Majesté la Peine d'Angleterre avait déjà donné des ordres à son ambassadeur à Pome

(1) VEiendard, ieuûi, 7 février 18S4.

(2) (opie dans les archives do l'archevêché de Saint-Boiiiface et dans celles de Saint-Albert.

pour intervenir auprès du gouvernement italien et protéger les biens de la Propagande (1).

5. Conseils 4 Quoique absent de son diocèse, il suivait dans les plus grands

din. détails toutes les paroisses, tous ses prêtres, tous ses mission-

naires; il veillait même à tous les intérêts du Xord-Ouest, et se tenait en relation assidue avec ses suffragants. Mgr Grandin le consulta au commencement de 1884, comme il le faisait souvent, sur plusieurs affaires importantes. L'Archevêque lui répond avec sa précision habituelle.

a) Contre sa L'évêquc dc Saint- Albert venait de passer, une fois de plus,

J par les épreuves de la maladie et. avait eu, cette fois, la pensée de donner sa démission. " Xon, cher seigneur, lui répond l'Archevêque de Saint-Boniface, vous avez une expérience qui supplée à l'activité, et un nouveau venu serait peut-être liors de combat avant d'avoir appris ce qu'il y a à faire. Prenez votre position avec calme et confiez au bon Dieu, avec vos souffrances, ce que vous ne pouvez faire. " Mais d'autre part, " ne vous

, fatiguez pas sans une nécessité absolue, et puisque le bon Dieu vous veut malade, il vous veut aussi vous reposant (2)."

b) Sur le vin Autrefois Ics missioimaires du Xord-Ouest ne payaient aucun droit à personne pour leur vin de messe; depuis le transfert du pays au Canada, ils trouvaient bien onéreux les droits de douane.

Mgr Grandin s'en plaint à son métroix>litain et lui demade s'il n'y aurait pas moyen d'en obtenir l'exemption ou si l'on ne pourrait pas fabriquer le vin de messe avec du raisin sec. " Ce que vous appelez la surtaxe sur le vin, lui répond l'Archevêque, n'est pas autre chose que la douane qui se paie où à Montréal où nous l'achetons, ou à Winnipeg, mais qui ne se paie qu'à une des deux places. Je ne crois pas qu'on puisse obtenir d'en être exempt; j'ai tant travaillé à cette fin que je pense avoir épuisé

toutes les chances du succès. Reste la recette d'importer des raisins secs et d'en fabriquer du vin : je suis à étudier le procédé

de messe.

(1) .Arcliives de rurrl'.evèclié de Siiiiit-Boiiifaco, de l'évOtdiô de Saint- Albert, etc.

(2) Montréal, 7 féfrirr 1SS4. — .Arcliives de l'évêclié de Saint-AHiert.

AECIIKVÊQUE DE SA I Xl'-IÎOXl FACE 4Î}Î)

avec le V. I.aeoiiibo ; à vous <3g décider si cette liqueur peut être employée dans le saint sacrifice (1)." Le Sain.t-Siège consulté par les évêques du Nord- Ouest répondit que le vin fait avec deà raisins secs^ pourvu qu'il y eût cinq livres de raisin pour un gallon d'eau, pouvait validement et licitement être employé dans les saints mystères. Les missionnaires se mirent dès lors à fabriquer le vin de messe avec des raisins secs. L'industrieux F. Boisramé sut pousser dès l'origine les procédés de fabrication à une grande perfection.

Une loi sur l'éducation était alors à l'étude du gouvernement c) sur les lois

° . (l'éducation.

du X ord-Ouest. "Le bill sur les écoles, écrit Mgr Taché, a besoin d'être bien suivi. Je vous prie de m'en envoyer à Saint-Bonif ace une copie ; car c'est là une matière de la plus haute importance. Voyez votre juge Eouleau, et mettez-le bien en garde contre les dangers d'une législation libérale en apparence, mais susceptible d'une interprétation hostile (2)."

Mgr Taché part de Montréal le lundi 24 mars et arrive à "s^Bonifa^ce. Saint-Boniface le vendredi 28 mars au soir, mettant " 23 heures œuvres pasde plus" au retour qu'à l'aller (3). toraes.

Le dimanche suivant, il parle à son peuple avec ces effusions i- Retour a

' ^ . . . St-Bomface.

de cœur que les longues absences rendaient plus vives. " Si quelque chose peut dédommager ses enfants d'une séparation qui leur a paru bien longue, écrivait le lendemain un de ses auditeurs, c'est de constater que Mgr revient au milieu d'eux avec une santé un peu meilleure qu'à son départ. Puisse cette santé si précieuse se conserver longtemps pour la gloire de l'Eglise à laquelle il l'a consacrée, et pour le bien de ses enfants, au bonheur desquels il se dévoue si généreusement (4) !"

Le mardi suivant. 1 avril, il Ijaptise au Pénitencier onze sau- 2. Baptême de

11 sauvages.

Tages 'qui y étaient renfermés depuis un an pour cause de vol.

(Il Ibid.

(2) Ibid.

(3) Lettre au R. P. Soiillier, Saint-Boniface, 5 avrillSS4. — Archives de la Maison générale des Oblats. — Registre des confirmations à l'arvchevêché.

(4) Le Maniloba, n° du 27 mars 1SS4.

Ces Indiens eurent le bonheur d'apprendre à connaître, dans leur lon.srue détention, avec les missionnaires catholiques, la religion qu'ils prêchent. Après leur baptême, ils furent renvoyée à leurs réserves, quittes envers la justice humaine comme envers la justice divine (1).

3. Visites a Deux jours après, le 3 avril, il visite Saint-Xorbert et v con-

St-Norbert, ^ / \

st-François- firme 87 personnes (2).

Xavier, etc. "« r V /

Etablissement n euvoic le R. M. Guav à Saint-Joachim de la Broquerie

d un prêtre •' ^

Broquerie ^^ pour choisir l'emplaccment de l'église, construire celle-ci et résider dans cette nouvelle paroisse, désormais définitivement fondée.

Le 12 juin, il confirme 18 élèves au Pensionnat, le 14 juin^ 14 enfants à FAcadéiiiic Sainte-Mario (3).

Le 16 juin, il administre le sacrement de confirmation à Saint-François-Xavier (4).

4. Discours a la La fête nationale de saint Jean-Baptiste se célèbre avec une

fête de St- ^

Jean-Bap- grande pompe, le 24 juin à Saint-Boniface. L'Archevêque fait, à Adresse de la grandc'mcssc, un discoui-s tout vibrant de sa foi à l'Eglise ec

M. Prendcr- o ? O

gast. (^[g gon dévouement à la nationalité française; ce discours est le-

principal événement de la fête. M. James Prendergast lui présente une adresse, qui lui va au cœur, parce qu'elle retrace, en traits lumineux, la mission des évêques et des prêtres du Canada. Citons-en deux ou trois passages qui la résument toute entière. "Un de nos hommes politiques de cette province a écrit que, de môme que les évêques firent la France chrétienne et monarchique, de même le clergé canadien fit le Canada catholique et français. En effet, l'action bienfaisante du clergé est le fait dominant qui éclate à chaque pas de notre histoire. Partout où il y a eu lutte, partout où il y a eu progrès, partout où a surgi une pensée qui marquait véritablement un pas vers l'avenir, nous voyons le nom d'un évêque illustre ou d'un apôtre, prêchant avec-

(1) Le M<initùba, n'^ du 3 avril 1884.

(2) Ibid.

(3) Registre de l'arclievêolié.

(4) Le Munitoba, n° du 19 juin 1884.

ARCHEVÊQUE DE SAIXT-JJUXIFACE 441

sagesse ou parlant avec simplicité^ illuminant les esprits ou gagnant les cœurs, et montrant dans tous les cas pour notre liberté, pour nos institutions et même notre prospérité matérielle, cette sollicitude, ce soin jaloux qui ne sont pas incompatibles, conséquemment, avec l'administration des choses spirituelles... Ah ! il ne fut pas au pouvoir de nos prêtres que nous ne succombions pas ; mais ce fut au moins leur œuvre de nous rendre plus grands que nos infortunes ; et après nos écrasantes défaites, lorsque nous nous relevâmes tout meurtris du champ de bataille, il s'est trouvé que nous n'avions rien perdu de nos traditions et de notre foi, et lorsque nous élevâmes la voix pour protester contre la rigueur des traités et défeifSre ces libertés chères qu'on voulait nous ravir, ce fut encore dans cette belle langue de France qu'on n'avait pu nous faire oublier et que nous voulons parler toujours ... Et cependant, cette voix de nos prêtres, à la fois pacifique et patriotique, nous apprit à reconnaître nos vainqueurs, mais fièrement et sans rien abdiquer de notre dignité et de nos croyances; nous inspira ce sentiment inviolable de fidélité qui fit que, nous partageant nous-mêmes, nous avons donné loyalement et sans arrière-pensée notre bras à l'Angleterre et réservé nos cœurs à la France. . .

"Une plus belle histoire n'existe pas; mais nous avons eu cet honneur qu'elle s'est reproduite d'une manière identique sur un autre théâtre avec les mêmes héros, sur lesquels plane la même auréole de gloire et de sacrifice. La procession de la croix descendue du Calvaire, avait parcouru l'Europe et traversé l'Océan pour aborder au Canada. Stationnaire un moment, la voici qui se met en marche de nouveau et bientôt elle s'avança dans les prairies mornes du Xord-Ouest. Ce que la vieille province doit à son clergé, nous le devons, nous. Monseigneur, aux soins paternels de Votre Grandeur et de vos dévoués missionnaires, et ce que nous vous devons, nous comprenons que vous ne nous l'avez acquis qu'en sacrifiant les charmes de la famille et de la patrie, qu'au prix du travail le plus opiniâtre, des efforts les plus persistants, des déceptions les plus vives et des priva-

tions les plus dures, souffertes et éprouvées dans les angoisses d'un isolement absolu (1). " 6. Bénédiction La fête de saint Jean-Baptiste fut célébrée avec le même éclat

de rC'plise '^

Bapu/te*° à Saint-lSTorbert, à Sainte-Agathe, à Saint-Pierre, au Portage du Eat, à Saint-Jean-Baptiste.

A Saint-Jean-Baptiste, on venait de construire, à grands frais, une église magnifique. La bénédiction en fut fixée à la fête même du grand patron de la paroisse et de la nationalité canadienne. Mgr Taché s'y rendit et bénit le nouveau temple au milieu d'un concours prodigieux ; puis il prononça un discours qui causa autant d'émotion à ses auditeurs qu'il en avait lui-même. MM. Prendergast, La Eivière, Girard, A. Beaubien, Martin, les Eév. M]\I. Fillion, Cherrier, prononcèrent des discours qui furent chaleureusement applaudis. Une adresse présentée à l'Archevêque par M. A. Beaubien, résuma les sentiments qui remplissaient tous les cœurs. " Les eaux de la mer Rouge furent autrefois témoins du législateur Moïse frappant leurs éléments et sauvant la vérité du naufrage en conduisant les Hébreux dans la terre promise. A quatre mille ans de distance, les eaux de la rivière Rouge sont témoins de l'arche de l'alliance de la nouvelle loi oii nos législateurs sacrés, frappant eux aussi les éléments de la mer du temps, rejettent l'erreur et sauvent la vérité, en conduisant vers la patrie éternelle les enfants de cette grande nation qui a reçu, dans la personne de Clovis, la mission de propager la foi catholique dans le monde et de porter le flambeau du christianisme à travers les siècles jusqu'à la fin des temps, jusqu'à l'entrée suprême dans la véritable terre promise. Heureux serons-nous, si, fidèles aux traditions de nos pères, nous comprenons toujours notre mission, en élevant dans ces immenses pays de l'Ouest, comme eux sur les bords du Saint- Laurent, des temples au Dieu de l'Eucharistie (2)."

Le 25 juin, en se rendant à la fête dont nous venons de parler, Mgr Tadié visite Emerson et y confirme 12 personnes (3)

(1) Le Manitoha, n° du 20 juin 18Si.

(2) Le Mnnitoba, n" du 3 juillet 1884.

(3) Registre des confirmations à l'archevêché de -SaintBoniface.

En 1883, le P. Lacombe, pendant un séjour qu'il fit à Mont- ^Vhomme'qui réal eut la pensée de faire faire la statue de l'Archevêque do mort.''''^ Saint-Bonif ace ; il voulait par là honorer un ])rélat qui avait rendu les plus grands services à l'Eglise et à son pays; il désirait aussi donner une satisfaction aux amis et aux admirateurs du prélat; il avait enfin Tintention de provoquer des aumônes pour les missions du Xord-Ouest.

Il " délivra " son idée — c'était son expression, — à quelques amis qui l'accueillirent avec enthousiasme. Il s'ouvrit de son dessein à Mgv Taché et le j^ria de commander même quelques statues ''■ d'un homme qui n'était pas mort. " Mgr de Saint- Bonif ace sourit à une proposition qui lui révélait " l'affection d'un grand cœur " et le pria de lui envoyer 12 exemplaires.

Cette commande était faite le 14 avril 1883 (1). Mais plus de quinze mois s'écoulèrent avant l'arrivée des statues à Saint- Boniface. " Les statues d'homme vivant, écrit l'Archevêque le 11 juin 1884, sont longtemps à voyager. Aussi les miennes ne sont pas encore arrivées. Je vous en donnerai des nouvelles quand nous leur aurons donné le premier bonjour (2). " Il écrit de nouveau le 5 juillet suivant : " Les statues sont arrivées et tout le monde les admire beaucoup. On dit que c'est la perfection du genre, si bien que je n'en ai donné à personne, mais que l'on achète celles qui sont venues en les payant $11 pour me faire rentrer dans mes fonds. L'emballage est de $1.00 chaque et le transport de $3.00, ce qui me laisse $7.00 par statue, c'est-àdire ce que j'ai déboursé; car il ne convient pas que je paie, moi, pour la statue d'un homme qui n'est pas mort ! J'ai pourtant payé pour celle que j'ai prise, mais c'est tout. Donc, grand merci pour la bonne pensée que vous avez eue et qui ne coûte à chacun que son propre exemplaire (1). "

Le prélat écrit à son ami dans une autre lettre : " La statue de l'homme qui n'est pas mort ne parle pas. C'est peut-être un

(1 ) Lettre de Mgr Taché au R.P. Lacombe, Saint-Boniface, 14 avril 1883.

(2) Lettre au R. P. Lacombe, 'Saini Boniface, 11 juin 1884.

(3) Saint- Bonifo ce, 5 juillet 1884. — Collection du R. P. Lacombe.

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avantage : la pauvre statue n'aura pas à se repentir d'avoir trop parlé : consolation refusée à tant d'autres. Hélas ! Pourquoi faut-il qu'il y ait si peu de statues muettes ? Vous avez bien fait d'on faire faire une (1). "

Régiîfaf J^^gr Taché visite deux fois Eégina au cours de l'été, et se

rend, l'automne, à Calgary et aux ]\Iontagnes Eoclieuses. Ces visites et ce voyage se font dans des conditions qui méritent une mention.

Toute une pléiade d'hommes politiques et d'hommes d'affaires étaient occupés, depuis 14 ans, et tout spécialement depuis l'entreprise du Canadien Pacifique à " ouvrir à la civilisation " — c'est le langage convenu, — les anciens Pays d'en Haut, à y jeter la race japhétique et à y créer une " nation moderne. " Ces hommes avouaient volontiers que le plus grand pionnier de la civilisation au Xord-Ouest était Mgr Taché, et ils l'entouraient d'une admiration qui les honore.

Un de ces hommes, le Directeur môme du Canadien Pacifique voulut témoigner son estime à l'Archevêque en mettant à sa disposition un wagon-palais. '' ^I. Van Home, écrit Mgr Taché au P. Lacombe, m'a envoyé une passe de l'Orient à l'Occident. Dans sa visite ici, il a dit à M. Egan ", agent général de la Compagnie dans l'Ouest, " de me donner son char, en sorte que vous pouvez m'attendre avant l'automne (2)." Les Annales de la mission de Calgary, mentionnant, au 17 juillet 1884, la future visite du métropolitain, font cette remarque : " L'octroi d'un beau char est bien dû à Mgr de Saint-Boniface, qui a tant fait pour ce pays et qui l'a parcouru en tout sens à pied, en raquettes, à cheval ; il a bien gagné son billet de passage. "

L'Archevêque part de Saint-Boniface le lundi 14 juillet. II est accompagné du P. Lebret, fondateur et premier curé de la paroisse de l'Immaculée Conception, qui se rendait à la mission de Qu'Appelle, dont il venait d'être nommé supérieur. Le Eév.

(1) Saint-Boniface, 6 mai 1S84. — IhirJ.

(2) Sain t- Boni f ace, b juillet 1884. — Collection du K. P. Lacombe.

AliCIIEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE " 445

M. Larche, curé de Kégina, venait de construire une jolie petite église dans cette ville; l'Archevêque devait la bénir le 20. Mais, la trouvant inachevée, il préféra en renvoyer la bénédiction à trois semaines plus tard. Il rendit une visite au lieutenant-gouverneur des Territoires, M. Dewdeney, et aux membres du Conseil du N"ord-Ouest, alors réunis en assemblée législative (1).

Une seconde fois, le 2 août, le prélat se remet er; route dans le palais ambulant mis à sa disposition. M. Dewdeney lui donne l'hospitalité à l'hôtel du gouvernement. Le lendemain, à 10 heures, Mgr bénit l'église devant les catholiques de Eégina, un certain nombre de catholiques venus de Saint-Boniface, devant le lieutenant-gouverneur et beaucoup de protestants. Le E. P. Hudon, provincial des Jésuites, diante la messe et le P. Lor}', recteur du collège de Saint-Boniface, prêche après l'évangile sur l'unité de la foi catholique.

A 3 heures de l'après-midi, l'église se remplit de nouveau. Mgr Taché exj)rime sa reconnaissance envers le curé et les habitants de Eégina pour avoir élevé un si beau temple à la gloire de Dieu. " Quelle n'est pas notre joie, dit-il, de voir au milieu de cette immense prairie un clocher catholique, et au haut de ce clocher, la croix dominanti triomphalement ce vaste territoire, et rappelant à tous le grand mystère de la Eédemption et leur prêchant la foi, l'espérance et la charité ! " Il bénit ensuite une cloche.

Entre ces deux visites à Eégina, Mgr va à Saint-Paul, as- 7. voyage a

o ' t^ > St-Paul.

sister à l'anniversaire du sacre de Mgr G-race, évêque de cette ville, vénérable vieillard pour lequel l'Archevêque de Saint-Boniface avait une grande estime. Parti de Saint-Boniface le mardi 22 juillet, il était de retour dans sa ville épiscopale le samedi suivant, 26.

Du 4 au 9 août, il voit ses prêtres et les autres ecclésiastiques s- ^^'^^raite du tréunis, au nombre de 25, pour la retraite. Le dernier jour, il

(1) Le Manitoha, n^ du 24 juillet 1864.

ordonne prêtre le Rév. M. Canipeau. bientôt après nommé curé de Saint-Alphonse.

«.Lettre de Quelques jours après la retraite du clergé, il recevait de Bay-

routh, en Syrie, une lettre fort curieuse : " Nous avons lu, dans le journal protestant arabe, la Revue Hebdomadaire, lui écrivait le R. P. S. Ghanem, S. J. directeur du journal catholique Le Bachir, que trente prêtres papistes dans le Canada ont récemment déserté l'Eglise de Rome pour suivre la doctrine évangélique. Nous leur avons répondu dans notre journal que cette nouvelle à sensation nous paraissait inventée pour faire pièce aux catholiques dans notre pays de Syrie . . . L'expérience nous force à une juste défiance sur les bruits que font circuler les jsrédicants américains et les journaux qui leur servent d'organe. Maintes fois, ils ont publié aux Etats-Unis, des nouvelles du même genre sur les conversions opérées par leurs coreligionnaires en Syrie; ces prétendues conversions n'existaient que dans les colonnes de leurs journaux. "

Mgr Taché publia cette lettre dans le journal de Saint-Boniface et répondit à l'auteur que l'apostasie des 30 prêtres canadiens était une calomnie de l'hérésie.

Mgr Taché administra le sacrement de confirmation dans a cathédrale le 15 août, fête de l'Assomption, à 1-1 personnes; dans l'église Sainte-Marie le 17, solennité de la même fête, à 32»; dans l'église de l'Immaculée Conception, dont le Rév. M. Cherrier venait d'être nommé curé, le 24 août, à 12 (1).

Le 27 août, un cyclone épouvantable s'abattit sur Saint- Charles, rasant les chemintMîs, emportant les toits, renversant les maisons. L'église fut détruite par l'ouragan. L'Archevêque se rendit le dimanche suivant à Saint-Charles, et encouragea les habitants. " Nous espérons, écrivait l'un des témoins, que les sages avis de Sa Grandeur seront suivis à la lettre et qu'avant l'hiver nous aurons encore une petite église à Saint-Charles (2)."

Le 7 septembre, il visite une mission qui lui fut toujours bien

(1) lîéçjiftire des confirmations à l'arohevêelié de Saint-Boniface.

(2) Le Manitoha, n* du 4 septembre 1884.

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