Visites dG St-Joseph, St-Ple et St-Jean- BaptistP
Le vénérable fondateur quitte Qu'Appelle le dimanche soir, 28 septembre, retourne en voiture à la station et, remontant dans son palais ambulant, est de retour à Saint-Boniface le lundi, 29, après une absence de onze jours.
Quelques jours après, il écrit au Eme P. Fabre: "J'arrive des Montagnes Koeheuses, où j'ai eu l'avantage de rencontrer Mgr Grandin, qui, entre autres choses, m'a appris la convocation officielle du chapitre général pour le 31 juillet 1885 (1). " Nous verrons le chapitre différé de deux ans. " Ces jours derniers, poursuit-il, j'étais au lac Qu'Appelle, belle et importante mission. Le E. P. Lebret, qui y est supérieur, se chargerait volontiers d'y conduire un noviciat, s'il vous était possible d'en ouvrir un on cet endroit. Il pense que le seul fait d'avoir un noviciat dans une mission au milieu des sauvages attirerait des vocations. Si vous ne voyez pas d'inconvénients à faire la tentative, je vous prie de nous donner les permissions et les directions nécessaires (2)." L'ouverture du noviciat dans l'Ouest ne se fera qu'après la mort du prélat .et en un autre endroit.
Quelques jours après, il fait cadeau d'un chou de 25 livres poussé dans les jardins de l'archevêché à un visiteur étranger, M. Barbeau, venu de France dans l'Ouest en vue d'y établir une succursale du Crédit Foncier, dont il était gérant. Ce cadeau émerveilla lieaucoup le visiteur, qui n'avait pas rencontré des choux de ce poids dans les vieux pays (3).
Monseigneur se rend, lo lundi 20 octobre, à Emerson par la voie ferrée, et y est reçu à 11 heures du soir, par les Eév. MM. Fillion et Jutras, par MM. Têtu, Benoit, etc.
Le mercredi 22, il se rend à Saint-Pie, y baptise le cliof des sauvages sauteux établi sur la réserve de la lîivière-aux-Eoseaux, y confirme le frère de ce chef et 25 autres pei-sonnes, et y reçoit
(1) Sainl-Romface, 1er ocfohrc 1884.
(2) Ibid.
(3) Les clioux de 20 livres ne sont pas rares au ÎNInnitnba. Les (^ lèves (le l'Ecole iinhistrielle de Qu'Appelle ont envoyé un chou de lil livres à une exposition de Montréal.
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONrFACK 451
l'engagoment pris devant lui par les principaux habitants de ne point Ijoire de liqueurs enivrantes et d'en empêcher par tous les moyens l'abus si funeste (1).
De Saint-Pie il va le même jour à Saint-Joseph au milieu des premiers flocons de neige de l'année, et y confirme en arrivant 13 personnes, puis à Saint-Jean-Baptiste, où le lendemain, 23 octobre, il en confirme 38 (2). Partout il bénit Dieu de la prospérité qu'il se plaît à répandre sur ces paroisses encore si récentes.
Il revient en voiture à Morris, où, en attendant le passage du train, il visite le bel élévateur construit à la station par la compagnie Ogilvie et pouvant contenir 50 mille minots de grain. Quelques instants après il était de retour à Saint-Boniface (3).
Le 19 octobre, au moment où Mgr Taché allait visiter les 15. Fausse trois paroisses que nous venons de nommer, les journaux de journaux. Winnipeg jDublièrent un télégramme arrivé de Montréal et annonçant qu'à Eome le nom de l'Archevêque de Saint-Boniface était mis en avant pour le siège de Montréal. Les protestantô de Winnipeg s'émurent; le lendemain, quelques curieux traversèrent la rivière Eouge et vinrent demander une audience à l'Archevêque pour le sonder. '' Pour parler franchement, leur répondit-il, j'attache plus d'importance au voyage que je vais faire ce soir à Emerson, Saint-Pie, Saint-Joseph et Saint-Jean- Baptiste pour administrer le sacrement de confirmation, qu'à cette dépêche. .Laissez-moi vous dire que je vins dans ce pays alors que je n'étais âgé que de 21 ans et que j'y vins avec la détermination d'y demeurer quoi qu'il pût. survenir. Aujourd'hui que j'ai dévoué tant d'années de mon labeur de missionnaire à ce pays de mon adoption, je n'ai pas le moindre désir de partir, mais veux au contraire y finir mes jours (4). "
(1) Lo Manitoha, n° du 23 octobre 1884. — Rcrjh'.re dos confirmations à l'archevêché.
(2) Ibid.
(.3) Ihkl.
(4) Le Marntoha, n° du 23 octobre 1884.
iôl VIE DE MGU TACHÉ, O. M. I.,
Le Times, journal protestant de Winnipeg, après avoir reproduit cette entrevue, ajoutait : '" Il est vrai de dire qu'aucun archevêque n'est plus estimé et aimé par ses ouailles que ne l'est ]Mgr l'archevêque de Saint-Boniface. Les succès obtenus par l'Eglise catholique dans le Xord-Ouest sont dus à son zèle. Et maintenant qu'il a fait de si grandes choses, c'est le désir et l'espoir des catholiques, comme aussi des protestants, que notre généreux Archevêque ne nous soit pas enlevé pour aller continuer ailleurs ses travaux (1)."
16. Quelques Le 10 novembre, il assiste aux funérailles de George Laautres faits.
Eivière, son filleul, élève du collège de Saint-Boniface, noyé dans
la rivière Rouge, chante l'absoute, bénit la fosse et fait les dernières prières sur cet adolescent que pleura tout Saint-Boniface (2).
Deux jours après, il se rend à Brandon pour visiter le couvent et son école, et en revient le lendemain (3).
Le dimanche IG novembre, à 3 heures de l'après-midi, il bénit à la cathédrale, pour la nouvelle paroisse Saint-Joachim de la Broquerie, Une cloche dont sont parrains les principaux citoyens de S^int-Boniface, M. et Mme Girard, M. et Mme Bernier, etc. " L'assistance est très nombreuse et la cérémonie des plus imposantes. " Il fait un discours " très éloquent " sur l'emploi sacré des cloches (4).
17. Le 33e an- Lc 23 noveml)re de cette année-là ramenait le 33e anniverae répisco- saire de sa consécration épiscopale. " Une séance avait été présionnat. parée " au Pensionnat en l'honneur de l'Archevêque. " Monseigneur assistait entouré des prêtres de sa maison, des prêtres du collège, de l'élite de la société de cette ville et de plusieurs personnages marquants de Winnipeg. . . Ces fêtes, préparées par les élèves pour un motif de reconnaissance, revêtent toujours un cachet de délicatesse remarquable; cependant il faut dire que
(Il Cit('' par le Muiiiloha, lhi<l.
(2) IhùL
{?,) Ibid.
(4) Le Manitohu, n'^ du 20 novembre ISS4.
celle-ci a eu quelque chose de particulièrement touchant et qui a vivement impressionné tous les assistants. Une ancienne élève, Mlle Lilian Prest, jeune fille de 16 ans, avait conçu et réalisé la pensée de peindre, en grand, sur toile, le portrait de Madame Taché, afin de causer à Sa Grandeur la plus agréable comme la plus touchante surprise en lui offrant le portrait de sa vénérée mère. La vue subite de ce tableau, représentant une personne si chère à son cœur, a tellement surpris et impressionné l'illustre prélat qu'il n'a pu retenir ses larmes et n'a répondu que par des paroles entrecoupées de soupirs à l'adresse que Mlle Blanche DeLorimier lui a présentée au nom de ses compages (1). "
Le lundi 16 décembre, Mgr part de Saint-Boniface dans sa is. visue au
' ° ^ Fort
voiture le jour même ou le temps, 3 us qu alors assez doux, se met Alexandre, au froid, et se rend, à Selkirk, où il confirme 24 personnes. Le lendemain, à 6 heures du matin, il remonte en voiture et 12 heures après, arrive à Fort-Alexandre, après un trajet de 60 milles Les Pères Madore et Marcoux avaient été fort inquiets toute la journée à cause de l'intensité du froid; en voyant arriver leur bien-aimé pasteur, ils éprouvent autant de joie (ju'ils avaient eu d'inquiétude.
" Le mercredi, il fit une tempête épouvantable au Fort-Alexandre, tempête soulevée par un terrible vent du nord, et le thermomètre marqua 38" au-dessous de zéro. Les personnes préparées pour la confirmation se rendirent néanmoins à l'église oii 38 d'entre elles reçurent ce sacrement. D'après le programme, les enfants de l'école devaient, l'après-midi, donner une représentation et étaler tout leur savoir-faire. 'Mgr voyant le temps affreux qu'il faisait et le danger pour quelques-uns de ces enfants, pria les parents de ne point les laisser venir, aimant mieux se priver de la satisfaction d'une séance pleine d'intérêt que de s'exposer à avoir à déplorer quelque accident. " Le prélat vit avec bonlieur les heureux progrès de la mission. " Quarante enfants fréquentent l'école et la population est assidue à ses devoirs religieux, "
(1) Le Manitoha, w'^ du 27 novembre 1884.
Le jeudi, le prélat se remit en route pour revenir à Selkirk La tempête était calmée; mais le froid était aussi vif. Le long du trajet, Mgr s'arrêta à l'école-chapelle de Piguis, " au l'attendait toute une population de bons sauvages chrétiens, dont 25 furent confirmé?. "' Le P. Tissier avait joint ses efforts à ceux du P. AUard pour donner une retraite aux sauvages et les préparer à la visite du premier pasteur.
"dansk's prt- ^^ë^ ^^ rendit le vendredi à l'école de la Rivière aux Morts, deY^°'^ administra le sacrement de confirmation à 19 sauvages, examina les enfants de l'école et les encouragea. Puis il reprit le chemin de Saint-Boniface, où il arriva le même jour à 9 heures du soir, après avoir parcouru environ 180 milles par un froid rigoureux, heureux d'avoir fait un voyage qui '" lui rappelait les heureux jours de sa vie de missionnaire parmi les sauvages. " M. Cherrier, conclut le narrateur dont nous avons suivi le récit, l'avait accompagné jusqu'à Selkirk. Le reste du trajet, Sa Grandeur n'eut pour compagnon qu'un bon et fidèle sauvage qu'il a à son service plus ou moins depuis 23 ans et qui a pour nom Joe Pal-o (1). "
]\rgr visite deux fois en quinze jours Saint-Xorbert, ou plutôt son vénérable curé, M. Eitchot, le 28 décembre 1884 et le 3 janvier 1885. Chaque fois, il assiste à un office solennel, la première fois aux vêpres et la seconde fois au salut du Saint-Sacrement, et chaque fois il prêche avec une onction pénétrante (2). Le samedi 11 janvier 1885, il se rend à Saint-François-Xavier,
^Norbo'rff^t'à ^^®^ ^^- Forticr, 3^ prêche deux fois le dimanche, à la grand'xaviTr"'''''^' messe et aux vêpres. Le lundi, il visite l'école des Sœurs Grises, tenue dans un nouveau et beau local, et constate avec joie " la bonne tenue, l'assiduité et les progrès des élèves. " Il rentre le même jour à Saint-Boniface et assiste le soir à une réunion d'un comité du Conseil de l'Université.
2. visite ft Le mardi, il se remet en route pour Sainte- Agathe, s'arrête, le
Ste-Agatbo. ' ^ .
long du chemin, à l'école de Saint-Xorbert Xo 2, "pour assister
(1) Le Manitoba, n° du 24 déc. 18S4. — Registre des confirmations.
(2) Pnd.. n"' du 81 décembre 1SS4 et du 8 janvier 1885.
à l'examen semestriel, "' et y "' admire les succès des en-fants dans les différentes branches, en particulier dans l'écriture qui y atteint une perfection remarquable. "
Une belle é»-lise de 80 pieds de long et un presbytère venaient d'être construits à Sainte-Agathe par son dévoué curé, M. Samoisette. L'Archevêque bénit l'église le mercredi 1-i janvier, à 9 heures du matin, par un des froids les plus rigoureux de l'hiver, en présence des Pères Maisonneuve et Ouellette, de ]\OI. Eitehot et Jolys, et d'un grand, concours de fidèles, plusieurs venus des paroisses voisines ; M. Jolys avait amené de Saint-Pierre tout le chœur de ses chantres; mais M. Samoisette, d'une santé toujours* débile, se trouva plus mal ce jour-là et ne put même assister à la cérémonie. Mgr prêcha à la messe. Puis il franchit en voiture les 24 milles qui séparent Sainte- Agathe de Saint- Boniface, et termina cette journée laborieuse par un dîner chez le Lieutenant-Gouverneur, à l'hôtel du gouvernement (1).
Le samedi de la semaine suivante, 24 janvier, il monte en voi- 3. visite a ture avec le P. Maisonneuve pour se rendre à Sainte- Anne, à rette'et a 30 milles de Saint-Boniface. M. Dnfresne, curé de X.-D. de Lorette, vient à sa rencontre avec une dizaine de ses paroissiens, jusqu'aux limites de sa paroisse. L'Archevêque s'arrête à son presbytère pour dîner. L^ne conversation pleine de gaieté s'engage. " On parla du temps passé et on constata que quelquesuns de ceux qui étaient là et qui sont grands-pères aujourd'hui, n'étaient que de tout petits enfants à l'arrivée du P. Taché dans le pays. "
Après le dîner, le prélat se remit en marche. Le froid était piquant, mais les chemins très beaux. " Monseigneur, voulant peut-être maintenir sa réputation de prompt voyageur, arriva à Sainte- Anne plus tôt qu'on ne l'attendait: ce qui dérangea un peu le programme de la réception, qui dut se borner à la sonnerie des cloches et à de généreuses accolades. "
Monseigneur donna la confirmation le lendemain à 16 personnes (2), prêcha dans cette circonstance, prêcha de nouveau à
(1) Le Manitoha, n° du 15 janvier 1S85.
(2) Registre des confirmation?.
Ste-Anne.
456 VJE DE MGK TACHÉ, 0. M. I..
la grand'niesse et une troisième fois à vêpres. En voyant l'af • fluence du peuple toute la journée, on n'aurait pas soupçonné l'intensité du froid.
Le lendemain, Monseigneur visite l'école des Sœurs Grises, constate l'inscription au journal de 123 enfants, dont 16 pensionnaires. Il demande s'il y en a " parmi les 80 externes présents " qui n'aient jamais manqué à l'école; "17 levèrent la main bien que quelques-uns de ces enfants demeurassent à plus d'un mille et que depuis un mois nous eussions un froid polaire. " Il les félicite. Puis, lui qui trouvait toujours tant de joie à entendre les enfants, il voulut faire partager son plaisir à son compagnon, le P. Maisonneuve, sourd depuis longtemps. Il invite les enfants à crier assez fort pour se faire entendre de lui; les premières tentatives n'ont pas de succès; Monseigneur les exhorte à ne pas se décourager: tous ensemble crient à tue-tête: " Un grand congé, mon Père, s'il vous plaît. " Le Père se mit à rire : il avait compris, demanda le congé à l'Archevêque qui l'accorda joyeusement à cette jeunesse, " parce qu'elle avait fait entendre les sourds. "
Puis l'Archevêque se remit en marche pour Saint -Bonif ace. s'arrêta de nouveau au presbytère de M. Dufresne, et arriva à Saint-Boniface à 3 heures de l'après-midi, après avoir fait 30 milles par un froid de 36° au-dessous de zéro et un vent du nord violent qui lui soufflait au visage (1).
Le 17 mars 1885, les catholiques de Winnipeg se réunissent à l'église Sainte-Marie pour célébrer une messe solennelle en l'honneur de leur grand patron, saint Patrice. Mgr Taché vient prendre part à leur fête, et parle en anglais sur l'Irlande et sur son grand saint : " La Verte Erin a été l'île des saints, la perle des mers et l'admiration du monde, parce qu'elle a eu 'dans saint Patrice l'apôtre de la charité. "
Pendant le carême, l'Archevêque donne, avec le P. Fortier, deux retraites à la cathédrale, une retraite pour les femmes,
(1) Le .Vaiiitoh'i, n° du 29 janvier 1885.
puis une retraite pour les hommes: le P. Fortier donne le sermon de l'avant-midi et Monseigneur celui de l'après-midi.
M. Kitehot avait fait don à son église d'un riche autel en 4. BenMiotion marbre de Carrare. C'était le premier autel i'ixe qui existait autoifixeae entre le lac Supérieur et les Montagnes Kocheuses. Mgr Taché cèse. voulut qu'il fût aussi le premier, des anciens Pays d'en Haut, à recevoir les honneurs de la consécration. Il le consacra solennellement, avec toutes les cérémonies du Pontifical, le dimanche 15 mars. Cette cérémonie, la première de ce genre dans l'Ouest canadien, attira un grand concours de peuple, non seulement de Saint-Norbert, mais de Saint-Boniface et des paroisses voisines. Monseigneur fit un discours touchant sur la vénération due aux temples de Dieu, aux saints autels et à tout ce qui est consacré par les prières liturgiques (1).
Le 25 avril, accompagné du P. Maisonneuve, il se rend par le 5. visue au chemin de fer, au Portage-du-Eat. Le P. Baudoin, mission- Rat. naire du Portage et la plupart des catholiques de l'endroit, le reçoivent à la station.
Le lendemain — c'était le dimanche, — il officie pontificalement à la grand'messe, et y prêche d'abord en anglais, ensuite en français. " C'était la fête du Patronage de saint Joseph : Sa Grandeur, après avoir lu l'Evangile de la messe du jour, parle des vertus du gTand saint et de la iDuissance de son intercession, démontrant d'une manière bien claire que celui qui a choisi de passer pendant trente ans pour le fils de Joseph, ne peut manquer d'écouter favorablement la prière de celui qu'il a choisi pour son protecteur et son gardien. "
A l'issue de la messe, on lui présente une adresse 1° pour le remercier de sa visite, 2° pour lui exprimer l'affection singulière que tous les catholiques du Portage ont pour leur dévoué missionnaire, et 3* ]Dour solliciter la fondation d'un couvent de Sœurs enseignantes.
A 3 heures et 1 •>, on se réunit de nouveau à l'église pour la cérémonie de la confirmation. " Monseigneur prêche de nou-
(l) Le Manitoha, \\° du 19 mars 1885.
458 VIE DE MGll ÏACIIÉ, O. M. I.,
veau en anglais; il lit une seconde fois l'Evangile du jour qui a trait à la descente du Saint-Esprit sur le Sauveur en forme de colombe; puis il commente le texte sacré en l'appliquant au sacrement de confîrniation, démontre tout d'abord et bien clairement que la conlirniation est un véritable sacrement, en explique les cérémonies et en donne le sens mystique, énumère les sept dons du Saint-Esprit, en en donnant aussi une explication qui frappa ses auditeurs parmi lesquels se trouvaient im grand nombre de personnes étrangères à nos croyances et pour lesquelles ces développements étaient une révélation. "' Seize personnes reçurent ensuite le sacrement (1).
Une troisième fois, à 7 heures 14 ^^-^ soir, la cloche convie les fidèles à l'église pour le chant des vêpres et la bénédiction du Saint-Sacrement. Après cette cérémonie. Monseigneur invite les chantres à monter au presbytère, et là il les félicite de leur zèle et de leur habileté à chanter les louanges de Dieu. Ces éloges sont mérités, observe le narrateur, car " le chœur du P. Baudin fait honneur et à lui et à la place (2). ''
'^rVv ?'î ''^ Nous venons de voir Mgr Taché visiter presque toutes ses pa-
Rf^mr "^ roisses et ses missions. C'est que sa santé est un peu meilleure
'ce'dfsrr*'^ qu'elle ne l'a été les années précédent-es. C'est aussi qu'étant mieux, il a un ardent désir de revoir la France et d'aller à Home. Le pieux prélat n'est pas retourné dans la Ville éternelle depuis qu'il a été rappelé du concile par l'amour de son peuple pour pacifier les troubles de la Eivière-Eouge. Il n'a pas revu depuis cette époque cette Franco qui lui est si chère et d'où lui viennent tant de secours pour son œuvre d'évangélisation, le supérieur et les principaux- membres de sa famille religieuse. En 1873, il devait se rendre en Europe pour le chapitre général ; mais la maladie est survenue, r'em])êchant de traverser la mer. Depuis lors, son désir de "voir Pierre," de voir ceux qui dirigent la Coijgrégation des Oblats, n'a cessé de croître. Il dé-
(1) Registre des confirmation!^.
{2) Le Maiiiloha, i\^ du 30 avril ]885.
sire aller en France, aller à Eome pour trouver les lumières ex; les consolations dont il a besoin dans sa charge pénible; il le désire aussi pour porter au Chef de toute l'Eglise le tribut de lumières que lui doit chacun des membres du sénat de l'Eglise universelle, pour donner à son ordre le concours auquel il a droit de la part de tous ceux qui participent à son gouvernement.
En 1885, une occasion propice semble inviter l'Archevêque ^^^^ç^a'^^J^e" de Saint-Boniface à accomplir ce doux pèlerinage de la Franco luû'feMsss!'^ et de la Ville éternelle : le chapitre a été convoqué à Autun pour le 31 juillet 1885. Le prélat se prépare à traverser la mer.
Le Rme P. Fabre lui écrit pendant l'été de 1884 pour l'inviter au chapitre d'une façon pressante. " Vous êtes bien bon, répond le prélat, d'insister pour que j'aille au chapitre. Quoique les voyages me soient devenus bien pénibles, je ne prévois pas d'obstacles qui m'empêchent de me procurer la consolation de vous voir, ainsi que nos Pères réunis en chapitre (1). "
Le Supérieur o-énéral renouvelle ses instances. " Vous voulez s- Préparation
J^ " au Toj-age
bien me dire, répond-il encore, que ma présence au chapitre gé- d'outre-mer. néral vous sera agréable. C'est une raison de plus de faire tout en mon pouvoir pour ne pas être privé de l'avantage de vous voir et d'assister à cette réunion à la' fois si importante et si consolante. A moins donc d'impossibilité que je ne puis prévoir, je serai à Autun pour la fin de juillet (2). "
Durant tout l'hiver, le dévot serviteur du Saint-Siège et de sa Congrégation entretient la douce pensée de voir la France et Eome l'été suivant. Il écrit à Mgr Grandin le 27 décembre: "Je suis bien, et j'espère que ce bien continuera de façon que je pourrai faire le voyage d'Europe avec vous l'été prochain (3) "; et le 30 janvier: "Ditesmoi quand vous pensez partir pour le chapitre général. Je veux partir, moi, un peu de bonne heure, afin de revenir aussitôt qu'il sera terminé. Je suis bien mieux que je n'ai été depuis
(1) Saint-Boniface, 2 octobre 1884. — Archives de la Maison générale
(2) Saint-Boniface, 5 décembre 1883. — Ibid.
(3) Saint-Boniface, 27 décembre 1884. — Archivée de l'évêché de Saint- Albert.
plusieurs années, et, si mon état continue, je serai capable de l'aire le voyage d'Europe, quoique je le redoute beaucoup (1). " Deux mois plus tard, il prend les dernières dispositions pour le voyage ; elles témoignent de sa charité pour les siens et de son amour pour l'Eglise ; nous devons les mentionner, citons ses propres paroles. " Je suis bien décidé, écrit-il au Eme P. Fabre, à me donner la consolation de vous revoir et d'assister à notre chapitre général. A cette occasion, je viens, avec une naïveté d en f ant, vous faire une double demande : " 1** celle " d'emmener avec moi en Europe le E. P. Maisonneuve, qui est dans le pays depuis bientôt 37 ans, celui qui a été le plus longtemps dans un de nos vicariats sans en sortir, sourd et privé de bien des petites jouissances qui ne sont pas refusées aux autres, respecté, je dirais, vénéré non seulement par nos Pères, mais aussi par tout le clergé séculier ... 2* Ma seconde demande est celle-ci. Eendu en France, je devrai aller jusqu'à Eome : je suis tenu de faire mon pèlerinage ad limina. Il est possible qu'une fois à Eome, il me faille parler des difficultés religieuses de la province ecclésiastique de Québec. J'aurais besoin, dans l'intérêt de l'Eglise, d'un compagnon prudent, discret et au courant des questions, pour m'aider, si l'occasion s'en présente, à renseigner le Saint-Siège et la Propagande. Ce compagnon, je vous le demande dans la personne du E. P. Antoine. Mes infirmités me rendent la marche bien difficile; j'aurais besoin de quelqu'un qui à la sagesse joignît l'agilité que les ans m'ont ravie. Toutes les qualités requises dans un compagnon, en pareille circonstance, se trouvent réunies dans le P. Antoine à un degré éminent (2)." 4. Ajourne- Mais Ic chapitre se trouve ajourné à raison des circonstances
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chapitre gé- périllcuscs que la persécution de la troisième république française fait à l'état religieux. Puis survient la révolte des métis et des sauvages, dont nous allons parler, ensuite de nouvelles maladies. L'Archevêque ajourne à des temps plus propices son voyage en Europe.
(1) Sain t-Bonif ace, ZQ janvier 1885. — Ihvl.
(2) iSaint-Boniface, 22 février 18S5. — Archives de la Maison générale.