‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-BonifaceChapitre 26 sur 81 · LA SITUATION " APRÈS LA RÉVOLTE DE · texte numérisé non relu

LA SITUATION " APRÈS LA RÉVOLTE DE

L'insurrection fut définitivement vaincue à la bataille de Ba- fin des hostilités.

toche, les 11, 13, 13 mai. Eiel se livra à ses vainqueurs le 16 mai. Poundmaker posa les armés, par l'effet des démarches des missionnaires, le 20 du même mois et se rendit au général Middleton le 25, Gros-Ours fut saisi un peu plus tard, le 3 juillet. Eiel et quarante des principaux prisonniers furent conduits à Eégina.

L'Edise est mère. On le vit bien à la conduite de Mgr Taché, voyage de

° ° Mgr Taché

de Mgr Grandin et des missionnaires à l'égard des vaincus. cî^lal^^*"

L'Archevêque de Saint-Boniface se rendit au lac Croche, sur les confins de son diocèse pour féliciter les métis et les sauvages de ces régions d'avoir résisté aux sollicitations des meneurs et les encourager à suivre toujours les conseils de leurs missionnaires. Il était le 17 mai au lac Qu'Appelle et y confirmait 61 personnes, le 20 mai au lac Croche et y donnait la confirmation à 23 personnes (1).

Puis il voulut aller dans les provinces de l'Est pour conseiller au gouvernement de ne point se laisser entraîner dans une voie de dureté qui pouvait perpétuer le mécontentement des métis et des sauvages et préparer de nouveaux troubles. Il partit de Saint-Boniface dans les premiers jours de juin, et arriva à Ottawa le 8. Il fit des démarches auprès du gouvernement pour l'engager à pardonner aux vaincus, bien plus, à faire équitablement droit à leurs anciennes plaintes.

De son côté, Mgr Grandin, qui avait visité les métis de la Sas- '^'isite de Mgr

' c> ^ T. Grandin dans

kat^îhewan, l'année précédente, pour les détourner de l'insurrec- «>n diocèse. tion, les visita en 1885 pour les porter au repentir, les consoler et les soulager.

(Ij Registre des confirmations à l'archevêcbé de Saint-Boniface.

11 aurait voulu se mettre en route au milieu même des hostilités; mais l'évêché de Saint- Albert et tous les environs étaient pleins de familles réfugiées qui regardaient la présence de l'Evêque comme leur sauvegarde; le gouvernement redoutait que les métis de Saint-Albert et des environs ne s'unissent à Eiel, ce qui aurait amené infailliblement la révolte des métis et des sauvages de tout le Nord-Ouest et causé une conflagration universelle : il avait donc prié l'évêque de Saint- Albert, à plusieurs reprises, même après la bataille de Batoche et la soumission des rebelles, de ne pas quitter sa ville épiscopale avant que les esprits furent calmés.

Enfin, le 1er juin, après un service solennel chanté pour toutes les victimes de la guerre, il se met en marche pour ses missions de l'Est en passant par Calgar}^ Eégina et Qu'Appelle. Le 29, il arrive à Batoche, et voit avec une profonde émotion les maisons brûlées et les champs en friche. Il visite Saint- Antoine, où il trouve le P. Moulin blessé par une balle pendant la guerre, Saint-Laurent, Prince-Albert, le Lac aux Canards. Il fait faire à tous ceux qui ont trempé dans l'insurrection et dans les erreurs de Eiel une rétractation et une amende honorable par une formule de foi qu'il a composée. 11 rédige une requête au gouvernement en faveur des pauvres métis et la fait signer de tous ceux qui ont souffert do la rébellion, notamment d'un généreux capitaine qui a eu la jambe fracassée dans une rencontre et donne sa signature avec un empressement digne de son âme magnanime. 11 demeure au principal théâtre de la révolte jusqu'au 13 juillet, prêchant, confessant, priant, pleurant (1).

Il se rend ensuite à Battleford, pour nsiter les missions de cette région; mais deux télégrammes le rappellent à Saint- Albert, où il rentre le 24 juillet, après avoir versé, dit un témoin, presque autant de larmes qu'il coule d'eau dans la Saskatchewan. " Que de larmes il a répandues ! dit un autre. Mais aussi quel bien nous a fait sa paternelle charité ! Los faibles

(1) Journal de Mgr Grandin, du lor juin au 13 juillet 1885.

se sont relevés, et, nous en avons tons la confiance, cette épreuve va tourner à la plus grande gloire du Seigneur qui Ta pemiise (1). "

Le 1er août, il se met de nouveau en route sur le bateau de la. Compagnie, descend au Fort Pitt, visite le Lac d'Ognon, le Lac à la Grenouille, la mission de Saint-Kaphaël, verse des larmes abondantes sur les tombes des Pères Marchand et Fafard et dans les lieux où ils ont été massacrés et constate tristement que partout presque tout est détruit (2).

Xous avons laissé M^t Taché à Ottawa, employant sa haute -N>''g'Jciation3

*= ' i -J (le Mgr Ta-

influence auprès du gouvernement en faveur des métis de ^^^ ^ ottal'Ouest; ses démarches ne sauvèrent point Eiel, mais elles contribuèrent à amener une série de mesures réparatrices qui exercèrent par la suite une grande influence pour l'entière pacification du Xord- Ouest.

Le jour même de son arrivée à Ottawa, le 8 juin, Mgr Bourget oiaison fumourut à l'âge de 85 ans, 7 mois et 9 jours, en sa résidence de sigr Bourget. Saint-Janvier, Sault-au-Eécollet. Le jeudi suivant, 11 juin, ses restes et ceux de Mgr Lartigue, son prédécesseur et le premier évêque de Montréal, furent transférés dans l'église cathédrale, sur un parcours de 7 milles, au milieu d'un concours comme on en avait peut-être jamais vu à Montréal. Xous avons vu les tendres relations qui avaient uni Mgr Taché à Mgr Bourget. On demanda à l'Archevêque de Saint-Boniface de vouloir bien fairir l'oraison funèbre de son père et de son ami le samedi suivant. 11 se prêta volontiers à ces pieux désirs. Le 13 juin, il fit l'oraison funèbre du saint prélat, insigne bienfaiteur de Saint-Boniface et des missions du Xord-Ouest, dans l'église de Notre-Dame, devant les cercueils des deux premiers évêques de Montréal; en présence de dix évêques, de 500 prêtres et d'une foule immense '• délwrdant le temple de tous côtés (3)." MgT Taché, écrivait

(1) Lettre du P. Fourinont à MM. les Directeurs de l'Œuvre, de la Propagation de la Foi. — Annales , t. LYII, p. 381.

(2) Journal de Mgr Grandin, du 1er an 19 août.

Voir le R. P. Jonquet, Mgr Grandin, 0. M. I , eh. XIX.

(3) Cette oraison fnnèlire est imprimée dans les Mixaions de la Congrégation des Ohlats, t. XXIY, pp. 60-83.

Eetour a St- Bonlface.

Visite û St- Frs-Xavler.

Voyage de Mgr Taché dans l'Ouest.

un témoin, a su trouver des inspirations, des élans sublimes, des accents majestueux, dignes de sa grande âme. Le front ceint de Tauréole de l'apôtre-missionnaire, combien profondément sa voix vibrante d'émotion n'a-t-elle pas remué tous les cœurs. A peine ses premières paroles avaient-elles réussi à se faire jour à travers ses sanglots, que déjà toute l'assistance fondait en larmes. Quel spectacle ! et qui pourrait jamais oublier les accents de douloureuse admiration et de filiale reconnaissance avec lesquels ce prince de l'Egflise est venu payer à son bicn-aimé père dans l'ordre de la religion, à son auguste frère dans l'épiscopat, le plus bel hommage qu'il ait été donné à un cœur généreux de concevoir et à une bouche canadienne d'exprimer? (1). "

Mgr Taché allait confier cette année-là même son cher collège de Saint-Boniface à la vénérable Compagnie de Jésus, ainsi que nous le dirons plus loin. Les négociations de cette grave affaire avaient été commencées une année auparavant; il les termina et reprit le chemin de Saint-Boniface, où il arriva le 12 juillet.

Quinze jours après, le 26 juillet, il visite Saint-François- Xavier, dont les nombreux métis demeuraient agités par les événements de la Saskatchewan, leur parle le langage de la foi et de la piété et confirme 65 personnes (2).

Il désirait beaucoup voir Mgr Grandin pour le consoler, se consoler lui-même avec lui par de mutuels et intimas entretiens, après les amères tristesses que les troubles de l'été leur avaient apportées. Il lui donna un rendez-vous dans l'Ouest : mais par suite des lenteurs de la poste en ces pays, il ne réussit pas à rencontrer celui qu'il désirait si vivement voir.

" Vos voyages et les miens, lui écrit-il le 14 août, nous empêchent de nous atteindre. Vos lettres ont mis du temps à m'atteindre et ma réponse ne va pas vite. . . Hélas! cher ami, que dire à la suite des malheurs et des inaux de tous genres qui

(Ij VKlendiird..

(2) Regintre des confirmations.

viennent de fondre sur votre diocèse? Vous savez que votre œuvre est la mienne; que du moins elle m'est trop chère pour me trouver indifférent. C'est l'œuvre de Dieu. Hélas ! Que de ruines occasionnées par un fou. Cher seigneur, je comprends ce que votre cœur a souffert et ce qu'il continue à souffrir. . . Mais le sang des martyrs n'a pas perdu de sa fécondité et j'espère qu'il n'aura pas coulé en vain. Que de prières se font par tout le monde en votre faveur et celle de vos missions. Tout cela ne peut manquer d'attirer sur votre œuvre les bénédictions du ciel. Courage donc, cher ami. Ce ne serait pas la première foi? que Dieu tirerait le bien du mal et que sa puissance éclaterait au moment où tout semble désespéré. "

Cette année-là, il y avait beaucoup d'agitation partout oii de- Autres visites, meuraient des métis ou des sauvages. Xous l'avons vu visiter déjà Qu'Appelle et Saint-François-Xavier. Le 26 juillet, il se rend aux Islets de Bois (St-Daniel), que dessert depuis de longues années le vénérable M. Kavanagh, curé cle Saint-François- Xavier, parle aux métis de cette région le langage de la modération et de la paix et y confirme 49 personnes (1)

Le 19 août, il est à Saint-Pie et y adminivstre la confirmation à 5 personnes.

Les anciens élèves du collège de Montréal devaient tenir cette Dtuxième année-là un grand conventum le 8 et le 9 septembre. Mgr Taché rÉst. est instamment prié de s'y rendre. Il se met en route le 3 septembre, en compagnie de l'hon. Juge Dubuc, assiste avec lui aux fêtes du célèbre collège, où se retrouvent des prélats, des ministres, des magistrats et une foule d'hommes distingués de tout le Canada. Il repart de Montréal le IG septembre.

Le 29 du même mois, il ordonne prêtre, au collège de Saint- Retour, ordina-

n -, T, y ^ tion, visite

Boniface, le P. Belliveau, aeadien, professeur du collège, auquel à ste-Anne. il avait donné le sous-diaconat et le diaconat quelques jours auparavant dans sa chapelle.

Il visite Sainte-Anne des Chênes le 7 octobre et y donne le sacrement des forts à 12 personnes.

(1) Registre des confirmations à l'archevêché de Saint- Boniface.

St-Boniface.

'"^^oTandfu^^"' De son côté, Mgr Grandin rentre à Saint -Albert le 19 août, sans avoir vu Mgr Taché, repart le 7 septembre pour visiter les missions du sud, au sein desquelles il demeure jusqu'au milieu d'octobre. Le 14 octobre, il part de Médecine Hat pour se rendre dans les provinces de l'Est.

Il arrive à Saint-Boniface le 15 octobre, décharge dans le cœur de son illustre ami son âme encore toute oppressée par les terribles secousses de cette année si triste, prêche, le dimanche 18, à la cathédrale et à Sainte-!Marie au milieu d'une indicible émotion de toute l'assistance, visite les prisonniers détenus au Pénitencier de la Montagne de Pierre et les console par ses larmes, visite la famille Eiel et pleure avec elle, va prier à Saint- Vital et à Saint-Xorbert les anges et les saints tutélaires de ses chers métis. Le 23 octobre, il s'achemine vers Ottawa et le Bas- Canada, où il va passer dix mois pour plaider la cause de ses pauvres métis auprès du gouvernement et parcourir en mendiant un grand nombre de paroisses dans les diocèses de Montréal, Saint-Hyacinthe, Xicolet, Trois-Eivières, Ott<awa et Québec.

visite du^Gou- Le 23 octobre même, le dernier jour que Mgr Grandin passait à Saint-Boniface, le Gouverneur du Canada, lord LansdowTie vient visiter l'Archevêque et Saint-Boniface. Mgr Taché lui lit ime adresse, oii il plaide en termes délicats la cause des métis et de la race française : " Dieu lui-même, lui dit-il, a voulu que nous soyons sujets anglais, mais il a voulu aussi que nous soyons d'origine française: c'est assez dire qu'il n'est pas à propos que ces titres se repoussent, mais qu'au contraire ils doivent s'harmoniser parfaitement ... La loyauté est pour nous un devoir. . . ^lais d'autre part, en hauts lieux, on voit sans inquiétude des sujets dévoués parler la langue dans laquelle ils ont appris à respecter, à obéir, à aimer. La langue de nos mères vous est trop connue pour que vous ne sachiez pas l'apprécier. C'est pourquoi Votre Excellence a bien voulu eu encourager l'étude et l'usage. Xous prenons la lil)erté de remercier Votre Excellence de ce qu'elle a dit à cet article dans des circonstances

TlTIlfOr.

ARCHEVÊQUE DE !SA IXT-BOXIFACE 483

solemielles . . . Nous apiDiécions l'honneur que Votre Excellence fait à tous les missionnaires de Manitoba et du Nord-Ouest en visitant aujourd'hui la demeure de leur archevêque, à Saint- Boniface, où s'est plantée la tente des premiers hommes qui ont consacré leur existence à procurer les lumières de la foi aux habitants de cette vaste portion des domaines de Sa Majesté; à Saint-Boniface, d'où sont partis tous ceux qui, obéissant à la puissante voix de l'abnégation, comme le vénérable prélat qui a Flionneur d'être à vos côtés, ont été ensevelir leur existence dans les solitudes et les forêts du Xord-Ouest, pour y prêcher la religion catholique (1). "

Quatre jours après, le mardi 27 octobre, il se met en route pour visite a

. . . Qu'Appelle.

visiter une seconde fois cette année-là sa chère mission de Qu'Appelle. Il arrive à la station de Qu'Appelle à 1 heure de la nuit; les hôtels sont tellement encombrés, qu'il a de la peine à y trouver un logement. ]\Ialgré la neige tombée en abondance les jours précédents, il arrive à la mission de Qu'Appelle, située à 24 milles de la station, le vendredi à midi.

" Il est bien aise de voir l'église terminée à l'intérieur et les dépendances de la mission '' considérablement augmentées ; il félicite le P. Leliret des constructions faites et l'encourage à mettre le couronnement à son œuvre en bâtissant une meilleure maison pour les missionnaires.

L'Ecole Industrielle, bâtie auprès de la mission, comprenait alors 3-i enfants sauvages, dont 28 garçons et 8 filles, confiés aux soins des Sœurs Grises, sous la direction du P. Hugonnard. Mgi' visite avec amour ces chers enfants, leur parle en sauvage, et prodigaie ses encouragements à leurs dignes maîtresses.

Il se remet en route le jeudi dans l'après-midi, voyage la nuit

suivante et arrive à Saint-Bonifaoe le vendredi, très fatigué (2).

On venait de construire un nouveau sanctuaire et une sacris- Messe pontificale à !?tetie dans l'ésrlise de Sainte-Marie. Mgr Taché, mal2:ré son état Marie, ler

. "- *- novembre.

de fatigue, voulut sanctifier le nouveau sanctuaire par une

(1) Le Manitoba, n° du 22 octolire 1R85.

(2) Le Maniloha n^ du 5 novembre 1885.

Visite a Brandon, etc.

Kxplosioa do fanatisme de race.

l'rocès et exécution de Klel 1885.

messe pontificale, le jour de la Toussaint. Le P. Drunimond fit, dans cette circonstance, un discours qui produisit une vive impression, et, à la fin de la cérémonie, l'Archevêque donna la bénédiction pontificale.

Le 11 novembre, 'Slgr est à Brandon, y administre le sacrement de confirmation à 14 personnes et visite l'école des Fidèles dus (1)."

La prudence la plus vulgaire conseillait de traiter avec clémence des hommes qui avaient été poussés à la révolte par des traitements immérités et de leur enlever le prétexte de nouveaux soulèvements en donnant satisfaction à leurs plaintes. " Le Canada serait dans l'erreur, écrivait Mgr Taché, s'il croyait que les sauvages du Xord-Ouest sont terrifiés et qu'ils ont une très haute idée de nos armements; c'est tout le contraire qui a lieu. Ce résultat doit étonner ; mais, quelque étonnant qu'il soit, il a ses dangers, et il est à propos qu'on le connaisse bien, pour éviter des surprises (2)." Et en effet, les hommes le? plus sensés du gouvernement étaient d'avis qu'on entrât dans une voie de clémence.

Mais il y a toujours eu au Canada depuis cent ans un parti de fanatiques qui, toutes les fois qu'ils ont trouvé l'occasion d'accabler les catholiques de langue française, l'ont saisie avidement. Xous les avons vus, après l'entrée du Manitoba dans la Confédération, s'opposer obstinément à la proclamation de l'amnistie promise. Après l'insurrection de 1885, ils réclament avec bruit le châtiment exemplaire des vaincus, principalement des chefs.

p]n effet, en dépit des coii.seils de la prudence, malgré les instances de Mgr Taché et de Mgr Grandin, Riel fut mis en accusation. Son procès commença le 20 juillet, à Régina, devant les juges Eichardson et Lejeune. Cinq experts sur six, appelés à se prononcer sur son état mental, le déclarèrent irresponsable.

(1) ItiicL, u° du 12 novpml)re 1S85. — Registre des confirmations.

(2) La nliuttion, 1S85.

Néanmoins il fut condamné à mort et fut pendu à Régina le 16 novembre 1885.

Mgr de Saint-Boniface apprend le jour même par le télégraphe l'exécution du malheureux chef métis. " De suite, il prie M. A. Dugas, curé de la cathédrale, d'aller porter la triste nouvelle à la famille Eiel, " " sa mère, sa femme, ises enfants, &es frères et ses sœurs, et de leur donneitoutes les consolations possibles dans ces tristes circonstances. " Le lendemain, le vénérable curé dit la messe à la chapelle de Saint-Yital et y communie " les dames Eiel et la famille ", qui demandent au Dieu mort sur un gibet la force et la consolation dans leur épreuve (1).

Les restes de Eiel furent rapportés de Eégina à Saint-Boni- """L^^^'èif^ ^^ face le mercredi 9 décembre sous la garde du Eév. M. Cloutier, et exposés à Saint-Yital, dans la demeure de Madame Eiel, le 10 et le 11. Ils furent transportés de nouveau à Saint-Boniface le samedi 12. " Le convoi avait une longueur de plus d'un mille et présentait un aspect imposant ; le cercueil fut porté par les compatriotes du défunt tout le long du chemin, sur un parcours de six milles. " Le service se fit à la cathédrale ; l'église était remplie comme aux grandes solennités : une foule de personnes étaient venues des paroisses voisines, ainsi que de la ville de Winnipeg. " Mgr l'Archevêque assistait au trône ; " la messe fut chantée par M. A. Dugas, assisté de MM. Cloutier et Messier, comme diacre et sous-diacre; M. Eitchot, le P. Lussier etc., étaient présents. " Après l'absoute, tout le monde se retira, le corps demeura dans la cathédrale et ne fut inhumé que dans l'après-midi (8)."

jSTuI ne troubla la cérémonie des funérailles, malgré des placards extrêmement violents affichés dans Winnipeg.

Cependant les esprits s'étaient singulièrement échauffés dans ^^||^?j*^?j°oV* tout le Canada au cours du procès de Eiel. La province de Que- «^es partis.

(1) Le Manitoba, n° du 18 novemljre 1885. (2j Le MaiiUoha,n° du 17 décembre 1885.

tion.

bec montrait de la sympathie pour les métis; la province d'Ontario témoignait de la haine: les antipathies de race se déchaînaient avec une véritable fureur: tous prenaient parti pour ou contre: c'était de toutes parts une incroyable agitation.

L'exécution du chef des métis eut sur les partis déchaînés l'effet de l'huile sur le feu. A Winnipeg, on pendit une seconde fois Riel en effigie ; dans plusieurs lieux de la province de Québec, on pendit au contraire de la même façon les auteurs ou les complices de sa mort. Le fanatisme de race se surexcitait de plus en plus : on pouvait craindre de nouveaux troubles. ^'"''La^sitifa- ^^g^ Taché crut qu'il devait élever la voix pour prêcher la modération et le bon sens à tous les partis, surtout aux ennemis des métis et de la race française : n'est-ce pas l'Eglise catholique qui est en ce monde la grande pacificatrice ? L'Archevêque de Saint- Boniface, si dévoué aux métis et qui cependant a hautement condamné leur prise d'armes, n'a-t-il pas le droit de porter des paroles de paix à ceux qui montrent tant de passion pour ou contre eux?

Une autre raison le poussait à intervenir. Il se trouvait attaqué et par les ennemis du gouvernement qui lui reprochaient d'être complice de la mort de Eiel et par certains amis du gouvernement qui l'accusaient, ainsi que ses missionnaires, d'avoir favorisé les révoltés et la révolte et par conséquent de manquer de loyauté à l'égard de l'Angleterre.

Mgr Taché se décida donc à parler sur la question qui continuait d'agiter le pays tout entier. Il le fit dans une brochure intitulée La Situation, publiée le 7 déceml)re 1885.

" Voici venir la fia de 1885, dit-il. Cette année a été grosse d'événements pour toute la Puissance du Canada et en particulier pour le Nord-Ouest Canadien. Les complications ont été si graves, les conséquences si multiples que malgré les nombreuses prières qui m'ont été faites avec instances, de faire part au public de mes idées, j'ai cru devoir garder le silence jusqu'à ce jour. A différentes reprises, des journaux ont prétendu me faire parler; mais leurs assertions n'ont jamais été autorisées, et par con-

séquent ne sont pas de moi. Ce silence, j'aurais peut-être continué à le garder, si mon nom n'avait pas été mêlé d'une manière aussi injuste que déloyale au débat qui a été provoqué par l'attitude prise récemment dans la Province de Québec. Malgré mon désir sincère de me tenir à l'écart des luttes et de l'agitation, je me vois forcé de dire ce que je pense, puisqu'on s'obstine à me prêter des idées que je n'ai jamais eues, des sentiments que je répudie (1). "

Après avoir protesté qu'il n'est point " homme de parti " et déclaré qu'il dira la vérité, quoiqu'il dût " froisser des susceptibilités et provoquer des colères, " il poursuit : " Depuis neuf mois, notre pays a éprouvé des chocs, des malheurs, des désastres qui ont eu un violent retentissement par tout le monde, puis, faut-il le dire? ce pays que nous aimons tant a couru d'autres dangers qui, pour n'être pas même soupçonnés par le plus grand nombre, n'en ont pas été moins réels ni moins épouvantables. Comme peuple, nous avons subi une humiliation profonde. Comme hommes, un cri d'horreur s'est échappé de nos poitrines, à l'aspect de cruels massacres. Comme citoyens, nous avons eu à déplorer la guerre civile, la guerre qui a porté le deuil et la désolation dans de nombreuses familles. Un sang généreux a coulé et avec lui des larmes abondantes. Puis l'échafaud s'est dressé pour faire ses victimes. Les cachots enferment des cito3^ens d'une grande honorabilité, des hommes dont la vie avait été sans reproche jusqu'à ce jour. Tous ces fléaux, tous ces maux qui semblaient impossibles il y a un an, ont eu lieu et il n'y en a pas un parmi nous qui n'ait eu sa part de souffrance au milieu de tous ces désartres (2)."

" De plus, je suis convaincu que tout ce qui s'est produit, peut se renouveler et s'augmenter de tout ce que j'ai craint dans le temps. Sous l'empire de cette conviction, je viens conjurer tous les hommes sérieux qui ont à cœur le bonheur et la pros-

(1) ia situation, p. 3.

(2) La situation, pp. 4 et 5.

périté de notre cher Canada, de réfléchir sur les causes qui ont amené nos malheurs (1)."

Il passe en revue les principales : l'incapacité ou le mauvais vouloir des employés, la misère et les spéculations des colons, la révolution faite par le transfert et ses conséquences dans la condition des métis et des sauvages, les emportements et les hallucinations de Eiel.

La guerre civile a été l'effet de ces causes diverses.

Quelle est la situation actuelle?

^ " Louis Eiel a été exécuté à Eégina le 16 novembre dernier. L'opinion publique s'est partagée sur ce dernier événement, et en se partageant elle s'est passionnée. En général la presse anglaise approuve cette triste exécution, tandis que la presse française la condamne, comme une cruauté inutile. " Des deux côtés, il y a des exceptions. La presse américaine est unanime ou à peu près à considérer cet acte de nos autorités comme une faute politique (2)."

Un certain parti prétend aujourd'hui que l'exécution de Eiel a été approuvée et même demandée par les évoques et les missionnairas de l'Ouest. Eien n'est plus faux. " Les deux seuls missionnaires qui ont été appelés en témoignage dans cette cause ", les Pères André et Fourmond " ont rendu témoignage dans le sens de la défense." On torture l'âme si généreusement aimante de Mgr Grandin en lui prêtant un rôle indigne de sa position et de son cœur.

" Pour moi, je regardais Eiel comme irresponsal)le . . . J'avais trop de raisons d'étudier dans ses moindres détails les dispositions et les actes de mon infortuné protégé pour pouvoir ne pas me rendre compte de ce qu'il était et de ce qui a pu le conduire à la voie déplorable qu'il a suivie. Il y a bien des années que je suis convaincu au-delà de la possibilité d'un doute, qu'à côté des brillantes qualités de l'esprit et du cœur, l'infortuné chef des métis étaient en proie à une mégalomanie et thcomanie qui

(1) Ibid.

(2) La i^ituntiov, p. 27.

seules peuvent expliquer tout ce qu'il a fait jusqu'au dernier moment (1). "

" Le gouvernement a laissé faire l'exécution, il en a donc la responsabilité (2). "

L'exécution a augmenté l'agitation parmi les deux fractions de la population, au sein de la race française et catholique, surtout dans la province de Québec, au sein de la race anglaise et protestante, surtout dans la province d'Ontario (3). Cette agitation est très dangeureuse.

" Les querelles de races et surtout de religion sont des instruments bien dangereux à manier, surtout dans un pays où des hommes d'origines et de croyances différentes sont en relations journalières.

A " nos compatriotes d'origine anglaise " je dirai " qu'ils agissent et écrivent souvent comme si nous n'étions pas capables de ressentir les affronts qu'on veut nous infliger (4). " Ils nous reprochent " notre origine française. " Or " cette origine est assez noble pour que ceux qui ne la partagent pas dussent la respecter. Nous pouvons nous consoler à la pensée que ceux qui nous vilipendent tant ne nous connaissent point. . . Forçons ceux mêmes qui ne parlent pas notre langue, (malheureusement pour eux et pour nous, ils sont trop nombreux), à étudier l'histoire du Canada, non seulement l'époque héroïque du Eégime Français, mais bien aussi l'époque postérieure à la conquête. Xotre histoire est toute enrichie de faits honorables pour nous ; aucun anglais de bon sens ne peut étudier cette histoire sans voir se dissiper au moins une partie des préjugés que lui et les siens caressent avec complaisance. "

Aux Canadiens-français nous recommandons la modération et la patience. " Soyons fidèles à notre histoire. On s'irrite de ce que non content d'avoir pendu Eiel en réalité, on a voulu avant

(1) La situation, p. 28.

(2) Ihid.

(3) Ihid., pp. 29 et 30.

(4) lUd^-ç,. 31.

490 VIE DE jrou TACHÉ, o. m. i.,

et après le pendre en effigie. Je ne chercherai pas à pallier cet acte indigne. J'ai eu bien honte, quand à Winnipeg on a fait passer le Lieutenant-Gouverneur et le général ]\Iiddleton sur un échafaud de fantaisie dressé à la place d'un arc de triomphe. Le regret éprouvé dans cette circonstance n'a pas diminué celui que j'ai ressenti, quand j'ai appris qu'en maints endroits de la Province de Québec, on avait dressé des échafauds et des bûchers pour y simuler l'exécution d'hommes publics dont on n'est pas obligé d'approuver les actes, mais auxquels on doit le resjîect que commandent les hautes positions qu'ils occupent (1). " " Encore une fois, recourez aux moyens constitutionnels tant que vous voudrez; mais n'imprimez pas à notre état social des commotions qui peuvent rendre la vie désagréable pour vous ou pour les autres (2). "

Enfin le vénérable Archevêque termine son écrit en conseillant comme une mesure de prudence ce qu'il avait réclamé autrefois comme un droit. " Avant de prendre congé de vous, ditil, encore un mot qui, bien sûr, ira à vos sympathies comme aux miennes. Sans doute qu'il ne nous est pas possible de rendre la vie aux morts, mais il nous est peut-être possible de rendre la liberté aux prisonniers. Demandons grâce pour tous les prisonniers politiques, demandons grâce pour tous les Métis que l'insurrection a conduits au pénitencier, à la prison ou à l'exil. Demandons grâce pour les pauvres sauvages qui ont pris part à ce mouvement insurrectionnel, sans tremper leurs mains dans le sang des victimes du meurtre ou de l'assassinat. Je crois pouvoir assurer que cet acte do clémence, au lieu de provoquer des divergences d'opinions, rencontrera l'assentiment des hommes raisonnables de toutes les nationalités et de toutes les croyances." Apprf-ciii lions La brochure de l'Archevêque de Saint-Boniface se répandit iirochnc. dans tout le Canada avec la rapidité de l'éclair et eut un immense retentissement. Les évêques, les prêtres, les publicistes.

(1) Ibid., pp. 33-34.

(2) Ibid., p. Si.

les députés, les sénateurs, les ministres eux-mêmes lui adressèrent des lettres de remerciement et de félicitation. Tous les journaux signalèrent, citèrent, commentèrent l'écrit, la plupart avec de grands éloges. C'est à peine si, au milieu de ce concert de louanges, on peut saisir, à l'extrême droite ou à l'extrême gauche, quelque chose qui ressemble à des réserves et à un blâme. Citons quelques journaux entre une multitude d'autres.

La Presse de Montréal : " La dignité de ce travail, les renseignements qu'il renferme, les avis précieux dont il est rempli, le recommandent à tous ceux qui s'intéressent au paj's; les gouvernants sont mis officiellement en demeure d'en faire leur profit. "

La Vérité de Québec : " En lisant ces pages émues, on comprend l'immense responsabilité de tous nos gouvernements qui depuis l'établissement de la confédération, ont fait si peu leur devoir envers ces enfants de la prairie et de la forêt . . . Ah ! Si nous n'avons pas eu de plus grands malheurs à déjjlorer, c'est grâce au dévouement, à la douceur, à la longanimité de Mgr Taché et de ses missionnaires. "

Le Courrier du Canada: "Au milieu de la confusion des dernières semaines, de l'effervescence universelle, l'illustre prélat n'a pu résister au désir d'ouvrir son âme à ses compatriotes. . . C'est l'apôtre et le citoyen qui parlent. . . "

IjC Journal des Trois-Rivières : " C'est un travail magnifique qui ne respire que l'amour de la vérité et de la justice, qui expose avec une douce et paternelle franchise les droits et les torts de chacun, distribue avec justice les responsabilités pour le passé et indique avec une charité toute apostolique les fautes qu'il faut réparer et les mesures à jjrendre pour prévenir la répétition d'aussi douloureux événements. "

Le Courrier de Saint-Hyacintlie: "Ce mémoire est tout un programme, et il faudra que ceux qui administreront la chose publique à l'avenir en adoptent les grandes lignes, s'ils ne veulent point échouer dans leur politique auprès des sauvages et plonger le pays dans des malheurs plus grands peut-être que ceux que nous avons soufferts. "

Le Franco-Canadien, de Saint-Jean: "Sa Grandeur expose la situation comme un apôtre et comme un patriote, sans passion, sans animosité, et sans amertune, quoique son cœur soit déchiré, mais aussi sans faiblesse et avec une "franchise et une netteté remarquables. "

Le Mail de Toronto : " L'opinion de Sa Grandeur l'Archevêque Taché sur toute la question relative au ISTord-Ouest est d'un grand poids pour tout homme impartial. Depuis longtemps c'est la figure la plus éminente de cette région, ... un homme remarquable par sa haute intelligence et son caractère . . . , qui parle des métis et des sauvages avec l'autorité " d'un homme qui, pendant quarante ans, a été considéré par eux comme un père. "

Le Manitoban de Winnipeg : '' Le manifeste de l'Archevêque Taché ne dément pas l'idée que ceux qui le connaissent depuis longtemps ont formée de son patriotisme. Fils dévoué de la Province de Québec, il a naturellement ses préjugés; ami dévoué des métis, il a leurs sympathies. Cependant, son amour de la vérité et son ardent patriotisme ont tout dominé. "

Le Gossip, de Montréal : " Les deux partis essaient de faire du capital politique de cette lettre de Sa Grandeur; mais ni les torys ni les libéraux n'y trouveront rien qui puisse leur être d'un grand avantage. C'est la justice et l'humanité seules qui ont dicté cet écrit, sans aucune considération " pour la politique ou les politiciens. "

Les Annales de l'Union catholique de l'Ile Maurice: "Au milieu du tumulte des partis, dominant avec une majesté sereine les cris de haine et les menaces de vengeance, la voix d'un Evêque s'est élevée. Et, bien que ce ne soit pas à nous qu'elle s'adresse, bien que la distance puisse en affaiblir l'écho, nous ne pouvons l'entendre sans émotion, tant la foi et le patriotisme s'y révèlent par des accents dont la simplicité touche au sublime. "

Le 22 décembre, l'auteur écrit à son confident des Trois-Eivières: " Merci de votre si bonne lettre du 12 courant, au sujet de ce que l'on appelle mon " Manifeste. " J'ai cru devoir faire et

publier ce travail, prévoyant bien qu'il ce serait pas du goût de tout le monde; mais je vous avoue que je ne m'attendais pas à un accueil aussi favorable que celui que je reçois. Il y a bien quelque voix extrêmes des deux côtés qui se plaignent que je n'ai pas été assez loin; mais, somme toute, on paraît content, et par suite, je le suis moi-même (1). "

La fin de Dieu dans tous ses ouvrages est le salut des âmes. Fruits de sa-

. lut parmi

Il remue le ciel et la terre, dit Bossuet, pour enfanter ses élus, les vaincu», et comme rien ne lui est cher que ces enfants de sa dilection éternelle, que ces membres inséparables de son Fils bien-aimé, rien ne lui coût-e pourvu qu'il les sauve (2)."

Les troubles de 1885 eurent pour résultat la conversion et la sanctification de ceux qui y prirent la part la plus active.

Eiel, au témoignage du P. André, qui le visita tous les jours pendant les trois mois de sa détention et Fassista dans le supplice, confessa ses fautes, abjura ses erreurs, pria pour ses ennemis et fit une mort digne de sa foi et de sa race (3).

" Hier, écrit l'Archevêque à Mgr Laflèche le 19 février 1886, j'ai été au Pénitencier baptiser Poundmaker et 28 sauvages, ses compagnons de captivité (4)."

Le premier qui fut baptisé fut Poundmaker ou Petokaonapewigin (celui qui est assis à la porte du parc) ; Mgr Taché voulut bien être son parrain, et Mlle Adèle Taché, sa marraine.

Un autre chef, Kapeyakewaskouan (celui qui n'a qu'une flèche) reçut ensuite le baptême, et eut pour parrain et pour marraine M. et Mme Girard. Les autres néophytes se nommaient Kakatorsin (l'Etoile), Oskâtâsk (la Carotte), Atirnwagow (la Queue de chien), iSTanijo (Deux par deux) etc (5).

(1) Saivt-Boniface, 22 décembre 1885. — Archives de l'évêché des Trois-Rivières.

(2) Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre.

^ (3) On peut voir les lettres du P. André à Mgr Taché pendant la détention de Riel. — Archives de l'archevêché de Saint-Boniface.

(4) Archives de l'évêché des Trois-Rivières.

(5) Le Manitoha, n* du 4 mars 1886.

Après la cérémonie du baptême. Monseigneur donna la confirmation à " 0 prisonniers, dont 2 sont des protestants convertis là; l'un est le fils d'un ministre et l'autre, Monlcman de Batoche (1)." Gros Ours ne fut pas baptisé ce jour-là, quoiqu'il eût mis beaucoup de zèle à s'instruire et qu'il fût décidé à embrasser la religion cbrétiemie; mais il demanda à différer un peu son baptême, pour que sa femme et ses enfants fussent baptisés avec lui. Il fut en effet baptisé un peu plus tard.

Sorti de prison et " rendu parmi les siens "', Poundmaker "édifia tout le monde par ses sentiments religieux (2)." " Grâce à h\i, écrivait le P. Cocliin à Mgr Taché, presque tous les enfants sont baptisés. "

La captivité de ces fiers enfants du désert permit à l'Eglise catholique de les aborder; en la voyant, ils la reconnurent pour une vraie mère, la mère des enfants de Dieu. Tous embrassèrent sa foi; plusieurs donnèrent, dès leur conversion, le spectacle de vertus liéroïques, qui firent l'admiration des missionnaires euxmêmes. "Un vieux chef sauvage, One Arow (Une flèche^ écrit Mgr Taché le 11 avril, baptisé au Pénitencier, en est sorti samedi malade. Je l'ai reçu ici dans la maison. Je l'ai confirmé,, il a fait sa première communion, et vraiment, c'est un grand sujet d'édification de voir ce vieux sauvage envisager la mort avec im calme et une satisfaction bien remarquable. Il ne regrette qu'une chose, ne pas voir les siens un instant, pour leur dire de prier et leur faire part du bonheur qu'il y a d'être chrétien (3)."

" Merci à toi. Grand Chef de la Prière, disait-il à Mgr Taché,, merci de m'avoir baptisé. Je ne crains pas de voir ma vie finir sur cette terre, car j'ai la confiance que Dieu me la prolongera dans sa demeure. J'aime à rester ici, parceque je suis avec les prêtres, et ils me donneront les secours de la religion jusqu'au dernier moment, et mon corps, au lieu d'être jeté dans la prai-

(1) Lettre du U» A'-vrier 187().

(2) Lettre de Mgr Taclié à Mgr Laflèche. {?>) Lettre de Mgr Taché à Mgr Laflèclie.

rie comme celui des infidèles, sera déposé dans la terre bénite avec celui des croyants j(l)."

Le bruit de la piété de ce néophyte sauvage se répandit dans le pays. Le lieutenant -gouverneur des territoires, M. Dewdeney, étant venu à A\'innip('g. voulut le voir. L'Archevêque l'accompagna auprès du vieux chef indien et lui servit d'interprète (2).

Mgr Taché avait été bien attristé par la révolte des métis et •des sauvages et par les maux que cette révolte leur avait attirés; il éprouva de douces consolations en voyant les fruits de salut ■que le malheur opéra parmi eux. Le jour du baptême des 29 prisonniers, il fut toute la journée rayonnant de joie. " Ce jour, disait-il, .est illustre entre tous dans les annales de la conversion des sauvages, car je ne pense pas que depuis que l'Evangile leur est annoncé^ un si grand nombre aient jamais reçu en un seul jour le baptême. "'

Pendant ce temps, le P. Lacombe travaillait avec ardeur à l'élargissement des prisonniers. "^'Tâchez d'obten^ir leur grâce, lui écrivait l'Archevêque le 16 février, et si pour arriver là, il faut tfaire des voyages, eh bien, faites-les au risque de vous fatiguer beaucoup (3)."

Quelques jours seulement après le baptême, le 4 mars, le généreux négociateur apporta d'Ottawa la grâce à Poundmaker •et à 5 autres sauvages, ainsi qu'à 5 métis : ils sortirent de prison le jour même. Gros Ours et trois autres sortirent de prison le 5 février 1887. Tous furent graciés les uns après les autres. Le gouvernement entra dans la voie de clémence que l'Archevêque de Saint-Boniface lui avait si éloquemment conseillée.

(1) Lettre de Mgr Taché à Mgr Laflèthe.

(2) ma.

(3) l^ettre au P. Lacombe, Saint-Boniface, 2ii février ISSO.

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