CHAPITRE LVII
LA SUPPEESSION DES ÉCOLES SÉPAEÉES ET DE l'uSAGE OFFICIEL DE LA LANGUE FRANÇAISE
" Depuis 70 ans, écrivait Mgr Taché dans un ouvrage que ^ nous citerons souvent, le pays possédait des écoles confessionnelles; ces écoles avaient coûté bien du travail, des préoccupations et des sacrifices. Mais aucune volonté humaine adverse ne les avait entravées; au contraire tous les Pouvoirs Publics avaient été unanimes à en reconnaître l'utilité et à les aider plus ou moins. Le fondateur de la colonie d'Assiniboïa ; l'Honorable Compagnie de la Baie d'Hudson; les Gouverneurs nommés par elle; le Conseil Colonial; les Gouverneurs nommés par la Couronne ; les i\.utorités Impériales et Fédérales ; six Parlements de Manitoba sous quatre Gouverneurs préposés à la direction de la Province: tous sans exception, pendant près de trois quarts de siècle, avaient encouragé des écoles où la foi des enfants n'était point exposée aux dangers de l'indifférence et de la séduction (1)."
Semblablement, l'usage officiel de la langue française avait en sa faveur une pratique constante de 70 ans et la sanction des lois publiques les plus expresses.
Les écoles confessionnelles et l'usage officiel de la langue française se trouvaient garantis aux catholiques français du Manitoba par la constitution même de la Puissance, qui a pour fondement l'égalité civile et politique des deux races, des deux religions et des deux langues. Ils leur étaient plus expressément encore garantis par Y Acte do Manitoba, dont nous avons raconté l'origine et la nature. Celui-ci en effet, dans sa clause XXII, déclare que le Parlement local "ne pourra dans ses lois
.es écolO'S catholiques de Manitoba et l'usage officiel de la langue française.
(1) Une page de l'histoire des écoles de Manitoba, p. 60.
préjudicier à aucun droit ou privilège conféré lors de l'union, par la loi ou par la coutume, à aucune classe particulière de personnes dans la Province, relativement aux écoles séparées;" et dans sa clause XXIII, il stipule que " l'usage de la langue française et de la langue anglaise sera facultatif dans les débats de? chambres. '" ainsi que " dans toute plaidoirie ou pièce de procédure, par devant les tribunaux ou émananit des tribunaux ;" mais que les actes de la législature, " la rédaction des archives, procès-verbaux et journaux respectifs des chambres " seront rédigés obligatoirement dans les deux langues.
L'existence des écoles confessionnelles et l'usage officiel de la langue française étaient les principaux articles de la Liste des Droits portée à Ottawa en 1870 par les Délégués de la Rivière- Eouge, ceux qu'ils avaient demandés avant tout autres dans les négociations, qui leur avaient été le plus solennellement stipulés dans la rédaction de l'Acte de Manitoba.
Aussi la plupart des catholiques de la province ne croyaient pas qu'il fût possible de porter atteinte à l'usage officiel de la langue française et moins encore aux écoles séparées: c'eût été d'après eux, le renversement même de la constitution jusque dans ses bases. De leur côté, les ennemis mêmes les plus fanatiques de la race française avouèrent souvent que dans le Manitoba les écoles séparées ne pouvaient être abolies. C'est ce que reconnaissait dans les termes les plus formels le Glohe de Toronto lui-même en 1876 (1).
^'ife'moc^f'^^ '* Cependant, " l'immigration catholique, depuis vingt ans, n'avait point répondu aux désirs de l'âme catholique et française de Mgr Taché ni à ses efforts;" graduellement la race protestante s'emparait du pays, obtenait en sa faveur " un énorme déplacement de l'équilibre ancien, " et conquérait " la formidable puissance du nombre." "Depuis des années et des années, ^Igr Taché
(1) Voir les articles du Glohe dans le Métif du 16 novembre et du 7 décembre 1S76.
contemplait avec anxiété cette marée montante dont les flots agités ne pouvaient apporter ni le calme ni la paix (1) ; " il avait dit souvent à ses intimes que la tempête finirait par éclater. La voici.
A l'oriffine, la Province de Manitoba ne fut pas divisée entre Promesses du
, Ti ' r V -1 1 P'i''^' libéral
Conservateurs et iweraux. Mais peu a peu, ces deux grands en faveui
■^ -^ " ^ des écoles
partis du Canada s'j^ introduisirent. Pendant de longues années, séparées, le parti conservateur exerça le pouvoir. En 1888 pour la première fois, le parti libéral supplanta son puissant rival et arriva au timon des affaires dans la personne de Thon. Thomas Greenway.
On put croire d'abord que l'avènement du parti libéral à la tête de la province du Manitoba ne porterait pas atteinte à la liberté des catholiques. Car au Manitoba le parti libéral n'arriva au pouvoir en 1888 que par la promesse de laisser intact le régime des écoles séparées et l'usage officiel de la langue française- L'éi\''énenienit en effet qui décida de la chute du parti conservateur fut. comme le savent tous ceux qui connaissent un peu l'histoire des partis au Canada, l'élection de Saint-François- Xavier où Joseph Martin, l'un des principaux chefs du parti libéral, déclara solennellement à plusieurs reprises aux électeurs de Saint-François-Xavier " que l'intention des libéraux n'avait jamais été, comme on les en accusait, de combattre la langue ou les institutions des catholiques français (2) ;" il leur donna hautement, " au nom du parti lil)éral, la promesse formelle que si •ce parti venait au pouvoir, il respecterait les droits des catholiques à leurs écoles et les droits de la population française à l'usege de sa langue (3)."
Bien plus, M. Greenway, chef du nouveau cabinet, renouvela à l'Archevêque lui-même les promesses que Joseph Martin venait de faire aux électeurs de Saint-François-Xavier. Il se sen-
(1) L'hon. juge Prnd'lioiiiine, Cinq ans après.
(1) On peut voir les détails de cette campaçrne électorale et de l'eflet
des promesses libérales dans Mgr Taclié, Une page de l'instoire ^
pp. 62-G4.
(2) IhkL, p. 89.
642 \TE DE irciu TACHÉ, o. :m. 1.,
tait faible, et désirait fortifier son gouvernement en introduisant dans le ministère un membre catholique français. 11 se rendit à l'Archevêché et demanda à parler à Monseigneur. Le prélat, malade dans son lit, ne put le recevoir. Greenway expliqua alors au E. P. Allard, vicaire général, le motif de sa visite, annonça qu'il désirait obtenir de Mgr Taché la permission de faire entrer dans son ministère un membre canadien français et s'engageait, si l'Archevêque voulait y consentir, " à garantir sous son gouvernement, le maintien et la condition de ce qui existait alors au sujet 1° des écoles catholiques séparées, 2^ de l'usage officiel de la langue française, 3<* des divisions électorales françaises. "
" Sa Grandeur, rapporte le P. Allard, exprima sa satisfaction et me donna instruction d'assurer à l'hon. Thomas Greenway qu'il ne mettrait aucun obstacle à son administration et que je pourrais lui dire que Sa Grandeur n'aurait aucune objection à ce que M. Prendergast fît partie du nouveau cabinet comme représentant français et Sa Grandeur me chargea spécialement d'exprimer à M. Greenway la satisfaction que lui donnaient les assurances et les promesses faites à moi par le dit M. Greenway. "
Le chef du gouvernement avait offert de venir recevoir la réponse de Sa Grandeur le lendemain à l'Archevêché même; le P. Allard lui dit qu'il la lui porterait plutôt à Winnipeg, dans l'office de M. Alloway, banquier, dont ^I. Greenway s'était fait accompagner. Le lendemain en efl'et, le P. Allard traversa la Rivière-Eouge, se rendit à l'office de ^I. Alloway et y trouva l'hon. Greenway. "Je lui coininuniquai, dit-il, le message de Sa Grandeur. (|ui fut donné toi que relaté plus haut, et M. Greenway m'exprima alors sa satisfaction personnelle pour le dit message et pour l'attitude de Sa Grandeur, et m'assura alors que tout serait fidrlcinent observé entre son gouvernement et Sa Grandeur ; et alors, encore, et en termes spécifiques, il renouvela les assurances que : V les écoles séparées catholiques ; 2" l'usage officiel de la langue française; 3" le nombre des divisions élec-
ARCHKVÊQUE DE SAINT-BONIFACE (i4;i
torales françaises, no seraient pas dérangés pendant son adiiiinistration (1). ''
Les eliei's libéraux étaient-ils sincères quand ils faisaient ces cee promessi-s
^ ■ . ^ . étalont-ollo»
solennelles promesses aux électeurs de Saint-François-Xavier et «incôrcs? surtout au vénérable chef de la minorité catholique et française ? Ceux qui connaissent le mieux ces chefs, pensent que Joseph Martin mentait effrontément dans les assemblées électorales de Saint-François-Xavier, mais que Thon. Greenway désirait et espérait ne point toucher aux institutions chrères à la minorité de la province. Il semble en eiïet bien probable que le chef du gouvernement lil^éraï n'avait aucun penchant à se faire persécuteur : il se jeta dans la guerre contre la race française par la crainte d'être supplanté par un plus fanatique, ne se décidant à frapper les innocents que pour ne pas perdre le pouvoir.
Mais, — nous voudrions pouvoir taire cette déloyauté dans un chef d'Etat,— M. Greenway eut plus tard l'impudeur de nier devant l'assemblée législative du Manitoba les promesses qu'il avait faites à Mgr Taché. L'Archevêque dut prier le R. P. Allard et M. Alloway de les certifier dans des déclarations solennelles. Le P. Allard, clans une déclaration faite devant un officier public, raconta tous les détails de la double entrevue qu'il avait eue avec Greenway au palais archiépiscopal et dans l'office de M. Alloway. M. Alloway, par une déclaration semblable, certifia la déclaration du P. Allard (2). Cec deux déclarations, à raison du caractère de leurs auteurs, défient toute critique. Aussi M. Greenway n'entreprit pas de les contester et avoua par son silence qu'il avait voulu en imposer au parlement et au pays.
Nous ne raconterons pas le détail des agissements et des me- Poignantes in-
J^ <=' quiétudes
sures qui servirent de préparation à la grande iniquité, la su- ^Iq^^lf*^^^' rexcitation du fanatisme de race, la coalition de tous les ennemis ^*||*f^^"^^ de la minorité catholique et française, les torrents d'injures et ^**^'^^^de calomnies déversées sur les écoles séparées du Manitoba, le
(1) Mgr Tacht', Une j)age de rhîMoirc , pp. 61-67.
(2) On peut les lire tout au long dans l'ouvrage de Mgr Taché, Une page de l'his^toire , pp. 55-67.
nu
Le grand couvent de Loearno.
remaniement des circonscriptions électorales, les nouvelles élections générales, la retraite de M. Prendergast. Il était manifeste qu'il s'agissait d'une bataille décisive, dont le contrecoup devait avoir des effets immenses non seulement dans la province, mais dans le Canada tout entier.
Xous mentionnerons cependant deux ou trois circonstances, soit à cause de leur importance, soit à cause de l'intervention de l'Archevêque de Saint-Boniface.
Un grand convent de la franc-maçonnerie tenu dans le Tessin en 1877 avait décidé de combattre la religion catholique au Canada, " cette Jésuitière de l'Amérique du iSTord, " jusqu'alors '■' demeurée en dehors des idées modernes, " ou de la révolution. Depuis ce temps, les chefs de la guerre anti-chrétienne tournaient leur attention et leurs machinations contre " la foi " du Canada et son respect du prêtre, " célèbres dans le monde entier. " Les plus habiles voulaient frapper " les grands coups " dans l'Ouest, où ils trouvaient de puissants éléments gagnés d'avance à leurs entreprises. Ils obtenaient par là le triomphe général de leurs doctrines en procurant '* la revanche " de la défaite des Ontariens en 1870.
Dalton MacCarthy, que poussaient ses rancunes personnelles i'mage'de"" autant que le fanatisme sectaire, arrive dans le Manitoba au la Prairie. ^Qurs de 1889, ne respirant que le feu et le sang contre les catholiques. Il se rend d'abord au Portage de la Prairie, d'où Boulton était parti autrefois pour une expédition qui avait abouti à l'exécution de Scott, et là il énonce le programme à exécuter, mais il l'énonce sur un ton confidentiel, pour inculquer à tous que le programme doit être exécuté résolument sans doute, mais avec habileté, avec ruse même. '•' Entre nous, ditil, et avec l'entente que les journaux doivent se taire sur ce que je vais dire: les catholiques français de Québec ont réussi à obtenir un bill en faveur de la restitution des biens des Jésuites. Or le plan est bien arrêté, les catholiques français veulent s'emparer de ce pays de l'Ouest et en faire un pays exclusivement catholique et français. Attention! Ils sont déjà bien forts î Voyez comme ils ont triomphé à Ottawa. Organisons-nous pour
Lie programme de Dalton
ARCHEVÊQUE DE SAIXT-liONIFACE G-i5
nous défendre. A tout prix, il faut renverser le système des écoles séparées qui favorise les catholiques. Nous commencerons par Manitoba; puis nous irons dans Ontario, et enfin nous finirons par Québec. Mais surtout gardez le secret, car si Québec connaissait ce mouvement, il s'agiterait et nous empêcherait peut-être de réussir. "
C'était la franc-maçonnerie elle-même qui parlait par la bouche de l'orateur du Portage de la Prairie. Elle faisait très habilement appel au fanatisme et aux haines de race; elle allait par ce moyen tourner une fraction importante de la population contre la minorité catholique, en même temps qu'elle ferait servir les hommes publics à ses desseins par l'amour du pouvoir ou l'appât de l'argent (1).
Mais il appartenait à Joseph Martin, ''le grand faiseur de pro- Discours de
'• ^ o • i. -n • V • 1 ' • • i 1 - Joseph Mar-
messes ' a Saint- J^ rançois-Xavier, devenu ministre du gouverne- tin.
T . . Une singu-
ment libéral, d'annoncer en public la prochaine sécularisation nère asserdes écoles du Manitoba. Il le fit dans un discours retentissant, vorateur. débité à Winnipeg au commencement du mois d'août 1889.
A l'appui de la révolution qu'il annonçait, il invoqua la législation anglaise, déclarant que, " dans la constitution britannique, l'Eglise et l'Etat étaient entièrement séparés. "
Certes, une semblable assertion paraît dépasser les limites pos- ^'^^^'^^j^g^^^fre sibles de l'ignorance. Et cependant, remarque Mgr Taché, étrange as- " accueillie par un savoir égal à celui qui l'avait inspirée, elle |oût*\'g89^ menaçait de produire une profonde impression (2)."
Les libéraux s'en allaient répétant de toutes parts que les théories des catholiques sur l'éducation sont " des reliques du
(1) L'iion. Gilliert ^McMicken, dans un mémoire lu devant la Société historique de "Winnipejx, ne rraitriiit pas d'accuser de déloyauté la conduitede la population française d;ins les événements de 1S71. ]\fgr Taché vengea Thonneur de son peuple pardes articles publiés dans un journal anglais do Winnipeg, le Manitolm Frre T'resi^. " Nous pouvons nous estimer heureux, nous, catholiques de Manitoba, disait le rédacteur de la feuille française de la province, de ce (pie notre vénérable et vénéré archevêque se soit chargé lui-même de confondie nos accusateurs." — Le Manitoba, n° du 13 décembre 1S8S.
(2) ]SIgr Taclié, Une j^ojje de VliiHoire. , p. 94.
moyen âge, bonnes pour un peuple qui vit sous la férule des prêtres; que ces idées sont arriérées,, et en désaccord avec l'esprit du temps, anti-britanniques et indignes d'un peuple anglais. *'
C'est pourquoi Mgr de Saint-Bonifa<?e voulut réfuter Joseph Martin. Il le fit dans une étude qu'il livra au public sous forme' d'une lettre adressée au Manitoha Free Press le 10 août 1889.
Une Commission royale avait été nommée dans la Grande Bretagne, le 15 janvier 188G, " pour étudier le fonctionnement des lois sur l'éducation élémentaire en Angleterre et au Pays de Galles; " elle avait publié le résultat de ses recherches dans neuf volumes in-4" d'environ 5.000 pages. " Le rapport de cette commission est la réfutation la plus complète possible des avancés de ceux qui disent que les écoles telles que demandées par les catholiques, sont contraires à l'esprit des institutions britanniques, à la pratique suivie en Angleterre et aux convictions du peuple anglais. Les conclusions principales de la Commission sont à peu près ce qu'elles auraient été si la rédaction en avait été conhéo à un comité de théologiens catholiques (1).'*
Toute la lettre de Monseigneur n'était qu'une série de citations empruntées au travail de cette Commission. On prétendait que les principes catholiques sur les écoles et l'instruction étaient anti-britanniques: il faisait défiler les hommes les plus graves de l'Angleterre qui exaltaient et recommandaient l'instruction et les écoles telles que les veulent les catholiques.
Les partisans de la neutralité scolaire ne s'attendaient point à cette réfutation : ils ouvrirent de grands yeux, se regardèrent les uns les autres avec stupéfaction et se turent: pas un seul n'entreprit de répondre un seul mot à l'Archevêque de Saint- Boniface.
Réponse de Nous disons quc les adversaires se turent. Oui, ils se turent,
à d'autres c'est-à-dire ils cessèrent de prétendre que le régime des écoles confessionnelles était contraire aux lois et à la pratique de l'Angleterre ; mais ils se mirent à répéter de plus belle que les écoles
(1) Ce sont les paroles de Mgr Taclié au comniencement de la lettre du 10 août 1889.
attaques.
AHCIIKVKQI-E DE SAIXT-BON IFACE 047
catholiques étaient inférieures, que Tinstruction qui y était donnée n'était pas pratique. Ils accusèrent la section catholique du Bureau, d'insouciance, d'impéritie.
Les écoles catholiques inférieures ! c'est ce que répètent dans le monde entier les ennemis de l'Eglise, et dans le monde entier les écoles catholiques l'emportent sur les autres dans les" concours et les examens publics, même devant des jurys hostiles. C'est ainsi que nous avons vu les écoles catholiques du Manitoba attirer l'attention et recevoir les éloges les plus éclatants à l'Exposition scolaire de Londres.
L'Archevêque répondit à cet autre genre d'attaques dans une seconde lettre au Manitoba Free Press, en date du 21 août 1889. Nous allons prendre le résumé d'un de ses principaux arguments dans un autre ouvrage du prélat. " Pour toute réponse " à ces assertions calomnieuses, dit-il dans une Page de l'histoire ■des écoles de Manitoba, '' je livre à l'examen des hommes qui s'entendent en éducation élémentaire, le programme prescrit et suivi dans les écoles catholiques de Manitoba, afin qu'ils puissent juger de l'injustice du reproche qui leur est adressé.
" pro(;rammp: d'EWseigxement.
" 1^ Instruction religieuse dans la langue de l'enfant.
" 2° Lecture, "\
" 3° Epellation, I t. <• • ^ i •
il ,= /. • ^ 1 ,- En trançais et en anglais.
4 (Traniniaire et analj'se, ^ °
" 5° Composition, I
" 6° Calligraphie.
" 7 Dessin linéaire.
" 8° Calcul, arithmétique, mesurage, algèbre.
" 9° Tenue des livres en partie sinij^le et double.
" 10° Géographie de toutes les parties du monde.
" 11° Histoire sainte, Histoire du Canada, d'Angleterre et de France.
" 12° Bonne tenue, politesse et bienséance.
" 13° ^Musique vocale. ,-' ""~ ■„t'.,",'
" 14" Connaissances utiles, à partir des plus rudimentaires jusqu'au.K
ments de physique, chimie, agriculture et astronomie
" 15" Pour les filles : économie domestique, couture, broderie, etc., etc.
" Ce programme et les développements qu'il comporte étaient imprimés et mis entre les mains les instituteurs, des commissaires et des inspecteurs. Je ne dis pas qu'il était suivi en
entier dans les petites localités ou dans les écoles les plus élémentaires; mais il l'était dans les écoles plus nombreuses et plus régulièrement fréquentées; pour toutes, il était l'objectif vers lequel tous devaient tendre. Je n'hésite pas à dire que ce programme >est assez complet pour des écoles élémentaires; il ne faut' pas une grande expérience pour se convaincre qu'il est peut-être un peu trop chargé, surtout à cause des deux langues (1). "
Il eût été facile aux adversaires, s'ils avaient été de bonne foi, de discuter la réponse de l'Archevêque, de reconnaître leurs exagérations sur des points manifestes, de les maintenir sur d'autres plus obscurs, s'ils ne trouvaient pas les explications suffisantes. Mais non : ils ne cherchaient pas la lumière : ils voulaient seulement émouvoir l'opinion : personne ne se risqua dans une polémique avec l'Archevêque de Saint-Boniface, mais tous gardèrent leur haine contre les écoles catholiques et leur volonté arrêtée de les supprimer à tout prix.
Voyage dans Bientôt après, le prélat se rendit à Ottawa, ainsi que nous l'a-
ies provinces
de l'est. VOUS racouté, pour assister aux fêtes du mois d'octobre. D'Ottawa il alla à Québec, puis à ]\Iontréal, où il séjourna plus longtemps. " Je n'ai pas besoiriPtle dire, racontait-il plus tard, que j'avais nos écoles dans la tête, comme je les avais dans le cœur. Je vis quelques ministres à Ottawa, je vis beaucoup d'amis partout. Tous ceux que je rencontrai se montrèrent sympathiques ; seulement, " le temps n'était pas arrivé de se prononcer, disait- " on ; qui sait ? des conseils plus sages pourraient peut-être pré- " valoir, et, dans tous les cas, chacun ferait son devoir ; vos " droits sont trop clairement définis par la constitution pour " qu'il y ait un doute final sur le triomphe de votre cause. "
" Ces quelques mots, poursuit l'Archevêque, sont le résumé fidèle de ce qui me fut dit par des hommes de positions et d'o- ]>ininn> l)icn différentes. Ces paroles augmentèrent mes appréhensions, au point qu'à Montréal et à Québec je m'en voulais de juger si sévèrement l'indifférence apparente que je croyais re-
(1) Une page , pp. ^""-81.
marquer dans des personnes sur l'appui desquelles j'avais cru pourvoir compter (1). "
Lorsque Sa (îrandeur revint dans son diocèse, le 21 novembre, '><>'""iisti-a-
^ ' ' tioiis de la
la population catholique, française et anglaise se porta à sa des- â^/rofo"?" cente du train; une trentaine de voitures escortèrent le carosse vo.Jùe!'^'^''' de l'Archevêque, de la station à son palais; deux adresses chaleureuses lui furent lues, l'une par M. Prendergast, au nom de la population de .langue française et l'autre par M. Brophy au nom de celle de langue anglaise, pour lui témoigner les ardentes sympathies de tous dans la cause des écoles catholiques. " L'unanimité de nos réclamations, disait le premier, démontre l'unité de nos convictions; un même attachement aux privilèges menacés, une même foi dans ces principes immuables auxquels nous demandons la vie et le bonheur. " " !N"ous ne faisons qu'un avec vous, disait le second, sur toutes les questions qui ont trait à la foi et à la morale, et sur tout ce qui a rapport à nos droits et privilèges comme citoyens catlioliques. "
Joseph. Martin avait dit à plusieurs reprises que les catholiques du Manitoba, soit anglais, soit français, étaient avec lui pour la suppression des écoles séparées. Les uns et les autres tinrent à protester, dans cette circonstance solennelle, contre " la monstrueuse calomnie " du néfaste sectaire, et dire à leur Père, en face du Canada tout entier, qu'il pouvait compter sur eux " et que, dans toutes les familles, les plus petits enfants eux-mêmes se joignaient à leurs parents pour prier. " Ces protestations étaient bien sincères (1). L'Archevêque versa des larmes en voyant que le cœur de son peuple battait si bien à l'unisson du sien.
Monseigneur était persuadé que, du côté de la terre, le rem- Mômoire de part le plus fort des écoles catholiques, était VActe de Manitoba, sm-iespro-
^ '^ . . , 1 messes d»
contrat stipulé entre la population de la Eivière-Eouge et la isto. Confédération canadienne, loi statuée par les autorités Fédérales
(1) Une page , pp. 95-96.
' (2) Voir les deux adresses si expressives dans le Manitoha, n^ du 21 novembre 18S9.
VIi; DK MGR TACHE, O. M. I.,
et Impériales. Le 22 décembre, il publia, dans le Manitoba Free Press, un mémoire pour expliquer la clause de l'Acte de i\Ianitol)a qui concernait les écoles catholiques et françaises, en rappelant les négociations qui avaient eu lieu à Ottawa entre les délégués et le gouvernement et les assurances qui avaient été données au sujet des éc-oles confessionelles et de l'usage de la langue française (1). Ces assertions soulevèrent quelques dénégations. Le prélat les confirma dans une lettre à M. Taylor, publiée le 12 janvier 1890 (2) et dans une autre à M. Hay, publiée le 24 du même mois (3). '• Malheureusement, remarque Mgr Taché, je n'avais pas alors les pièces officielles, que je me suis procurées depuis; on nia mes assertions, quelque vraies qu'elles fussent; on était trop près du dénouement fatal pour peruiettre l'effet qu'aurait dû avoir la connaissance exacte des négociations d'Ottawa. On nia des choses consignées dans le* annales parlementaires, d'autres discutées et décidées dans des conventions publiques: on nia tout ce que pouvait être favorable à nos écoles. On voulait consommer une iniquité, on s'appuya sur des assertions fausses et mensongères (4)." '^'^[pî-éi'at?"* Devant ce déchaînement du fanatisme, l'Archevêque éprouve les plus poignantes inquiétudes poiir ses chères écoles et sa chère langue française. Toutes les lettres qu'il écrit exhalent les tristesses et les angoisses de son âme. Il dit à son peuple: " Faisons violence au ciel afin qu'il déjoue les tentatives faites pour nous priver de nos droits (5)." Il écrit à tous ceux qui s'intéressent aux catholiques du Manitoba : " Priez et faites prier pour nos écoles catholiques et françaises qu'on veut nous ravir (6)." Son espoir principal est dans le Seigneur.
(1) Ce mémoire a t'té traduit et reproduit dans le Manitoba, n'^ du 22 janvier ISOO.
(2) Traduite et i)ubliée dans le Manitolxi, u^ du l'2 janvier 1S90.
(3) Traduite et publiée dans le Manitnha, n'=' du 29 janvier 1890.
(4) jVIgr Taché, Une page p. 90.
(5) Dans le Manitoba, n° du 29 janvier 1S90.
(6) T-ettre au R. P. Snullier, Montréal, 24 novembre \S^d ; Lettre au B. P. Boi<?ram^, maître des novices, .SVri//< Boniface, 11 déc. 1889, etc.
ARciiKVKi^ri: m: sai.\ i-1}»»mfack <i51
Il relit la coiistitutiou du Canada et l'Acte de Manitoba pour chercher à se rassurer; il regarde du côté d'Ottawa et vers l'An- . gleterre (1) ; mais il n'arrive pas à calmer ses appréhensions. " Il est évident, écrit-il à son confident de Saint-Albert lo 27 novembre 1889, que nos ennemis veulent frapper un grand coup. Je ne sais pas ce que Dieu nous réserve; mais nous sommes bien affaiblis, et nous aurions besoin d'être si forts. Courage pourtant et disons : Ave sancta crux (3).!"
La population catholique partageait les alarmes de son chef, '^gîjti" p* ^es Le 28 octobre 1889, les habitants de Saint-Boniface se réuni- catholiques, rent en assemblée publique sur la convocation de leur maire, M. Marion; MM. Prendergast, Girard, Prud'homme, La Eivière, Dr Lambert, H. Béliveau firent des motions et des discours énergiques pour le maintien de la constitution et des lois d'éducation, contre les entreprises méditées par le nouveau gouvernement (3). Des assemblées semblables se réunirent à Saint-Xorbert, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Joachim de la Broquerie, Xotre-Dame de Lorette, Saint-Laurent, Sainte- Anne, Sainte- Agathe, Saint-Alphonse, Mariapolis, et dans presque tous les centres catholiques (4).
De toutes parts •" on sigTia des pétitions, cjue l'on adressa à la Législature;" mais, remarque Mgr Taché, elles ne firent aucun effet, pas même de porter nos ennemis à mettre des formes moins odieuses ou un semblant de convenance dans la conduite .arbitraire que l'on allait tenir (5)."
" Xe toulant rien avoir à me reprocher, poursuit le prélat, je ^ Mg^Taché demandai une entrevue à l'honorable M. Greenway. Il me reçut jiforeen"' et appela deux de ses collègues ; j'étais accompagné de M. l'abbé Cloutier. Je ne voulus pas rappeler au Premier Ministre les promesses qu'il m'avait fait transmettre par mon vicaire géné-
(1) Lettre à Mgr Grandin, Saint-Boniface, 8 février 1890, etc.
(2) Saint-Boniface, 27 nor. 1889. — Archives de l'évêché de Saint-Albert.
(3) Voir 1q Manitoha, n" du 31 octobre 1889.
(4) Jbid., n°' des 7 nov., 14 nov., 21 nov., 28 nov.,4 déc, 11 déc. 1889, etc., etc.
(5) Une pacje , p. 96.
rai, deux ans auparavant; j'avais promis le secret, je ne voulus . pas le violer devant trois témoins. Je parlai de tout le reste. Sans être physionomiste, je pouvais lire sur la figure de mon interlocuteur : '"' Vous avez raison, mais je ne le ferai pas. " Il fit pourtant quelque chose. Abusant de la délicatesse avec laquelle je l'avais traité, en ne lui infligeant pas la confusion qu'il aurait éprouvée si je lui avais rappelé ses promesses, il nia plus tard les promesses elles-mêmes, si bien qu'il fallut avoir recours aux déclarations solennelles des deux témoins pour détruire ses négations (1)." Spoliation des Enfin la sombre tragédie commence à se iouer au mois de fé-
écoles ca- '-' "
thoiianes. yrier 1890.
Dès le mois de juillet précédent, les écoles catholiques avaient été dépouillées de leurs fonds de réserves. Citons encore I^Igr Taché. " Une histoire bien ancienne, dit-il, et que l'on enseigne ordinairement dans les écoles confessionnelles, même dans celles des juifs, nous dit : " Le riche avait des brebis et des bœufs en "très grand nombre; mais le pauvre n'avait absolument rîen, "hors une brebis très petite. Un étranger étant venu chez le " riche, il enleva la brebis de l'homme pauvre pour apprêter un " mets à l'homme qui était venu chez lui. " Comme l'histoire se répète, voici ce qui arriva. Le gouvernement de Manitoba avait des centaines de mille, des millions de piastres. A côté de lui et sous lui, se trouvait la section catholique du Bureau d'Education qui, à force d'économies et même de sacrifices, s'était fait un fonds de réserve, conformément à la loi qui disait, à l'article 90 : " Chaque section du Bureau pourra réserver pour " des cas imprévus une somme qui n'exeédera pas le dix pour " cent de la part de son appropriation. " Le 12 juillet 1889, l'hon. Secrétaire d'Etat écrivit à M. T.-A. Bernier, surintendant des écoles catholiques, pour demander la remise du fonds de réserve (2)." Il fallut obéir: les fonds de réserve furent remis au gouvernement le 22 juillet. " La justice la plus élémentaire
(1) Ibid., pp. 96 97.
(2) Une page , p. 72.
ARCHEVEQUE DE SAIXT-BOXIEACE 053
voulait que ces fonds fussent einplovés au bénéfice des écoles catholiques auxquelles ils appartenaient. La section catholique •du Bureau d'Education fit des instances pour que cet argent fût distribué aux écoles; on ne tint aucun compte de ses justes réclamations: la somme fut versée dans les fonds consolidés de la Province. Le Trésorier provincial la comptait comme une des économies opérées par l'administration. C'était purement et simplement une spoliation illégale et une flagrante injustice (1)."
Mgr Taché protesta contre cette iniquité dans une lettre que nous avons déjà citée, adressée au Frec Press de Winnipeg le 21 août 1889."
Mais ce n'était que " le commencement des douleurs. "
" La brebis du pauvre était tondue, il ne restait plus qu'à l'é- ^Yofs'^de "*^^ forger et à la servir en pâture aux étrangers venus dans le ^^^^' pays. "
Le Parlement de la province se réunit le 30 janvier 1890. '^' Le 13 février, le Procureur G-énéral, " Joseph Martin, celuilà même, répétons-le, qui avait fait les promesses dans la campagne électorale de Saint-François-Xavier, "introduisit une double mesure : un Mil concernant le département de l'éducation et un hill pour les écoles publiques. Les deux projets de loi conienaient collectivement 227 clauses " ou articles, " dont 171 avaient été empruntées aux Statuts Eefondus d'Ontario, 31 autres étaient des reliques des anciens actes d'écoles de Manitoba; les 25 autres étaient d'un cru nouveau. Il fallait relier ■ensemble tous ces éléments divers. Il ne faut donc pas s'étonner si la taille et la couture de toutes ces pièces hétérogènes ont né- -cessité de nombreuses reprises et racommodages. La deuxième lecture de ces actes importants avait été fixée au 13 février, mais elle ne fut demandée à la chambre que le 4 mars.
(1) Ihid., p. 73.
Ce vol inique vient enfin d'être réparé après vingt-quatre ans, par le gouveinenient du Manitoba. On sait en effet que c'est pour réparer •«le son mieux cette injustice que le gouvernement Roblin a construit, l'année 1903, une école normale catiiolique à Saint-Boniface.
654 vu: UE muu taché, o. m. i.,
" C'est alors que comrûencèrent les débats. Dès le principe, il fut facile de constater que le gouvernement avait enchaîné la volonté de ses partisans; les 5 Ministres et leurs 20 fidèles appuis formèrent, tout le temps et pour tous les votes, une phalange que rien ne put mouvoir ni émouvoir, pendant huit jours et plusieurs nuits.
" Les représentants catholiques, qui n'étaient que six, avaient eu le malheur, après les élections, de se diviser en trois camps : au moment du danger, ils oublièrent ces divisions et se réunirent dans un effort commun. MM. Gelley, Jérôme, Lagimodière, Marion multiplièrent leurs assauts par des amendements nombreux, ils tentèrent en vain de faire une impression quelconque sur leurs amis ou adversaires politiques d'autrefois; toujours on leur répondit par un vote do 25. M. Alphonse Martin s'attaqua aux chefs, il le fit avec une persistance et une vigueur incroyables, subissant lui-même des déceptions d'autant plus cruelles qu'il avait autrefois donné le plus chaleureux appui à ceux qui le forçaient maintenant de les combattre. M. Prendergast s'éleva à la hauteur de la situation, servi qu'il était par des connaissances littéraires, historiques, politiques et sociales, d'un ordre supérieur. Eien ne manqua à la défense des catholiques. Les 5 membres protestants de l'opposition les aidèrent en se jetant avec eux dans le plus fort de la mêlée; mais le nombre, cette massue des régimes eonstitutionnol?. écrasa toute> les résistances.
" Pendant cette lutte, l'enceinte parlementaire retentit de l'écho des tristes assertions qui avaient été publiées avant la session. Plusieurs membres de l'assemblée prouvèrent qu'ils auraient eu besoin de refaire leur éducation. Vn ministre du cabinet ne craignit pas d'affirmer qu'il savait d'un ami résidant à Montréal et bien renseigné, que les députés de la Province de Québecne siégeaient dans leur législature pratir|uemont que pour donner force de loi aux édits du Pape. Le parquet et les galeries en entendirent de toutes les sortes. Non seulement les catboliques furent attaqués et vilipendés, on s'y attendait: mais une chose qui surprit, ce fut de voir un vieux gris se faire a])plaudir par
AlKlli:\ Ki^lK DH SAIXT-BONIFACE 655
la plialan<,a^ du gouvernement, loi-squ'il ^Jrononça des paroles insultantes à l'adresse des honorables McKenzie, Blake et Mills, parce qu'on invoquait les idées de ces chefs respectés du parti libéral, et que cette manière de voir n'était pas d'accord avec les sentiments qui doininaicnt en ce moment.
" Le 13, M. Prendergast parla pendant trois heures. Xon seulement il fit le meilleur discours de la session, mais il le fit aidmirable à tous les points de vue. Tout fut inutile, les discours, la raison et la justice ne firent pas plus d'effet que les pétitions noml)reuses adressées à l'assemblée législative. La seconde lecture du bill fi;t décidée par un vote de 25 contre 11, et la mesure fut référée au comité général.
" L'examen du comité révéla toute l'imperfection de la rédaction de la loi projetée. Le comité s'arrêta à 193 amendements ; on fit de plus 142 autres corrections, on retrancha 27 sections. Des amendements ou des modifications ne prouvent pas qu'on a fait une loi parfaite ou défectueuse; mais un projet de loi qui. . du consentement de ses promoteurs, suivit |)lus de oO() changements ou corrections prouve qu'il a été préparé avec une négligence et un décousu plus qu'ordinaire (1). " Au fond, les auteurs de la nouvelle loi n'étaient bien fixés que sur un point, la suppression des écoles catholiques.
"Les centaines de modifications dont j'ai parlé furent adoptées. La troisième lecture donna lieu à de nouveaux débats ; un nouvel amendement fut repoussé par l'implacalde vote de 25 contre 11, et la loi fut définitivement votée le 19 mars (2). "
La constitution du Canada comme l'Acte de ^Manitoba suppression
de l'usage
garantisisaiient aux catlioliqiies leurs écoles confeLSisionnelles Jâ'ugue ''^ et l'usage oftieiel de la languie française. Les fanatiques sup- française.
(1) Uvepage , pp. 83-85.
(2) Ibid., p. 87.
Les 25 étaient MM. Campbell (Souris), Campbell (Winiiipeg^ Colcloufi;h, Crawford. Dickson, Graliam, Greenway, Harrower, Heltle, Jackson, Jones Lawrence, McKenzie, McLean, McMilîan, Joseph Martin, Mickle. Morton, Sifton, Smart, Smith, Thomson (Emerson), Thompson (Norfolk), Winkler, Young, tous libéraux protestants.
Les 11 étaient ; MM. Thomas Gelley, Martin Jérôme, Lagimodière, T. A Martin, Prendergast, libéraux catholiques ; Roger Marion, conservateur catholique; Gillies, Norquay, OMalky, Roblin, Wood, conservateurs protestants.
primaient les écoles catholiques, ils ne pouvaient laisser subsister les droits de la langue française.
" Le 18 mars, le Procureur général '", Joseph Martin, '' introduisit une mesure qui se lit comme suit : " Nonobstant tout sta- '• tut ou loi contraire, la langue anglaise sera seule en usage dans- " les registres et les journaux de la Chambre d'assemblée de la " province de Manitoba, aussi dans les plaidoyers et procédés " dans ou venant d'une cour de la province de Manitoba. Les " actes de la législature de hi province de Manitoba ne devront '•' être imprimés et publiés que dans la langnie anglaise (1). "
La bataille recommença au sein du parlement: les défenseursdes écoles catholiques mirent la même ardeur à défendre les droits de la langue française; mais la même massue des 25 votants contre 11 écrasa toutes les résistances: "le 22 mars, la troisième lecture était votée par les 25 " libéraux protestants, gale des " Il v avait encorc un point sur lequel la population et les-
quatre fêtes ,,,,. . ^
catholiques, ecolcs catholiqucs pouvaient être atteintes, on se donna bien garde de le négliger. Dans l'Archidiocèse de Saint-Boniface il y a six fêtes d'obligation, Xoël, la Circoncision, l'Epiphanie. l'Ascension, la Toussaint et l'Immaculée Conception. Ces six jours sont fêtes légales d'après les Statuts de la Puissance; ils l'étaient aussi d'après les Statuts de Manitoba, mais c'était trop (2).
L-e 18 mars, de suite après avoir introduit un projet de loi contre l'usage de la langue française, le Procureur général en introduisit uii autre pour retrancher du nombre des fêtes légale* la Circoncision, l'Epiphanie, l'Ascension, la Toussaint et l'Immaculée Conception.
Dès lors, " supposons que nous sommes au jour de TEpiphanie ou do l'Ascension: la cloche de l'église sonne pour l'office divin, la cloche de l'école sonne pour la classe, que vont faire les instituteurs et les élèves catholiques? S'ils vont à l'église, ils înanquent la classe et sont passibles des inconvénients qu'en-
(l ) Une paye , p. 87
(2) Ibid., p. SS.
traîne cette infraction aux règlements scolaires. S'ils vont à Fécole, ils doivent avoir de justes scrupules de conscience, puisqu'ils enfreignent une loi de leur religion et manquent par là à une obligation importante. Tout cela ne signifie peut-être rien pour nos frères séparés qui nous diront : " L'école avant tout " ; mais la chose signifie beaucoup pour la conscience catholique qui répond : " La religion avant tout, " et : " Il est plus juste d'obéir à Dieu qu'aux hommes (1). " Avec l'ancienne législation, les protestants demeuraient libres, s'ils le voulaient, de ne pas observer ces fêtes; mais les catholiques se trouvaient capables de les garder sans souffrir. L'existence légale de ces fêtes catholiques ne lésait point la liberté des protestants, tandis que leur suppression porte atteinte à celle des catholiques (2). "
Au Canada, lorsqu'une loi a été votée par le parlement de la sollicitations province, elle est présentée à la sanction du lieutenant-gouver- Têqueetdes
r ' i ■ o catholiques
neur. Celui-ci a le choix entre trois alternatives: sanctionner auprès du
lieutenant-
la loi, refuser la sanction, " réserver le bill pour la signification gouverneur. du bon plaisir du Gouverneur général. "
Mgr Taché alla trouver le lieutenant-gouverneur, l'hon. M. Schultz, afin de le prier de refuser la sanction ou au moins do réserver les bills " pour la signification du bon plaisir du Gouverneur. " Il lui représenta vivement tout ce que les nouvelles lois avaient d'inconstitutionnel, comme de naturellement injuste, et le pressa de prévenir les malheurs qui résultent toujours de lois iniques et arbitraires, en usant des pouvoirs que la constitution lui donnait.
Quelques années auparavant, une loi avait déjà été votée par l'assemblée législative pour supprimer l'usage officiel de la langue française; le lieutenant-gouverneur d'alors, M. Cauchon , avait réservé le bill. Mgr Taché rappela ces faits à Thon. ^I. Schultz et l'engagea à traiter de la même manière, hi même tentative, ainsi que l'autre bill qui supprimait les écoles séparées. " Je sais, lui dit-il, que l'honorable M. Cauchon s'est toujoufs félicité d'avoir tenu cette conduite et qu'il n'a jamais eu à s'en
(1) Une page , pp. 88 89.
Sanction donnCo aux bills persf'puteurs par le lleutenant-gouvorneur.
repentir; ainsi en sera-t-il pour vous, si vous voulez bien marcher sur les traces de votre digne prédécesseur. "'
Sur les conseils de Mgr Taché, les six membres français de l'assemblée législative présentèrent au lieutenant-gouverneur deux mémoires, tous les deux rédigés par le plus distingué d'entre eux, M. Prendergast. l'un contre l'abolition de l'usage de la langue française, l'autre au suiet des écoles. Le premier fut remis au premier chef de la province le 27 mars, le second le 28. Les deux documents n'eurent aucun effet; le lieutenant-gouverneur n'en donna communication au Secrétaire d'Etat que le 31 mars, jour même de la clôture de la session.
"Jusqu'au dernier moment, raconte Mgr Taché, nous avons nourri l'espoir que les bills seraient réservés. C'est la sanction elle-même qui dissipa cette illusion, et la déception fut d'autant plus cruelle que le lieutenant-gouverneur réserva deux autres bills qui venaient d'être passés dans la même session. Ces derniers actes avaient trait tous deux aux arrérages de taxes; évidemment leur importance et leur inconstitutionnalité étaient loin de l'emporter sur celles des actes d'écoles ou de l'acte proscrivant l'usage officiel de la langue française. Son Honneur fut le premier à faire l'application de ce dernier acte, qu'il venait de sanctionner: pour la première fois depuis la création de la province, le discours du trône ne fut pas lu en français. L'œuvre de destruction était consommée, en autant du moins que la législature de Manitoba est concernée. Les auteurs de ce crime politique et constitutionnel purent se dire: "Tout est gagné, hors l'honneur, hors l'honneur pour ceux qui venaient d'agir, qui venaient do violer les promesses et les assurances les plus positives (1). "
(1) Utiepage , pp. 98-99.
CHAPITEE LVIII