‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-BonifaceChapitre 34 sur 81 · Le désaveu · texte numérisé non relu

Le désaveu

1ère requête de la section catholique du Bureau d'Education.

" Comme nos pères dans la foi, vous prierez pour ceux qui nous persécutent; vous vous montrerez patients et soumis; mais comme eux aussi, vous serez prêts à souffrir pour votre religion et vous vous imposerez tous les sacrifices nécessaires pour continuer d'assurer à vos enfants les bienfaits d'une éducation chrétienne (1). "

Cette remarquable Instruction, la première après la publication des détestables lois de 1890, traçait en traits lumineux la ligne de conduite que devaient suivre les parents chrétiens: après quatorze ans, elle demeure encore un phare brillant cpi indique aux navigateurs le grand écueil à éviter pour échapper au naufrage et arriver au port.

Que faire? avait dit l'Archevêque. Ne pas envo3'^er les enfants aux nouvelles écoles, avait-il répondu. Mais il y avait quelqu'autre chose à faire; ^lonseigneiir l'avait déjà onmmencé, c'était de faire remédier aux lois néfastes en les faisant annuler.

Pour cela hi constitution en vigueur au Canada présentait trois remèdes : 1° le désaveu de la loi ; 2" le recours aux tribunaux: '^^ l'appel au Gouverneur général en Conseil.

"' Le 7 avril, les membres de la section catholique du Bureau d'Education se réunirent en assemblée et adressèrent de suite une pétition au Gouverneur général en Conseil (2)." Après avoir rappelé le régime scolaire qui avait été en usage dans la colonie d'Assiniboia, les garanties données par l'Acte de Manitoba aux écoles catholiques, la législation qui depuis en avait été la constante application, le document concluait par la prière suivante: " La section catholique du Buroau d'Education dan^; et pour la province de Manitoba prie très respectueusement et très ardemment Son Excellence le Gouverneur général de désavouer le? actes passés, pour toute fin et objet. "

La pétition était signée par l'Archevêque de Saint-Boniface, président de la section catholique et par T.-A. Bernier, surintendant.

(2) MurTiiclH-

Une ]>a(jt! , p 99.

" Le 14 avril, riioii. J.-E.-P. Prendergast remettait à l'hon. secrétaire d'Etat une pétition signée par 8 membres de la loyale opposition de Sa Majesté, dans le parlement de Manitoba, se plaignant des actes passés pour abolir l'ancien système d'éducation et le remplacer par un système nouveau qui privait les catholiques de leurs droits acquis et garantis. Les pétitionnaires affirmaient que pour des raisons, longuement développées dans l'appendice D attaché à leur pétition, ils regardaient ces actes comme ultra vires, " c'est-à-dire inconstitutionnels, " et ils priaient Son Excellence de vouloir bien prendre telle action et accorder tel soulagement et remède que Son Excellence trouverait convenable et jujste (1)."

Mgr Taché avait été envoyé en 1870 par le Gouverneur gé- 26 requête de neral, lord Lisgar, a la colonie de langue française de la Eiviere- seul. Rouge pour la pacifier. En lui donnant cette mission, lord Lisgar l'avait assuré " qu'il n'agissait pas seulement comme Gouverneur général, mais bien comme honoré par Sa Majesté d'une mission spéciale ad hoc. " Or l'Evêque de Saint-Boniface avait réussi dans son œuvre de pacification en transmettant à la population de la Eivière-Eouge ces assurances données de si haut et en lui promettant sjîécialement le libre usage de la langue française et le maintient de ses écoles. Mgr Taché crut qu'il était " de son devoir et de son droit '' de rappeler ces événements et ces promesses à lord Stanley, quatrième successeur de lord Lisgar. Il lui adressa, le 12 avril, un mémoire pour lui rappeler les promesses faites non seulement au nom du Canada, mais encore au nom de la Reine. Ce mémoire, " accompagné de quatre pièces justificatives, se terminait par une prière adressée non au Gouverneur général en Conseil, mais bien au représentant de la Reine, dans l'espoir que Son Excellence pourrait peut-être donner " à la minorité catholique française " un secours spécial, à raison des promesses spéciales qui avaient été faites " au prélat " et à la population, au nom de la Reine et du Gouvernement impérial. " Je prie donc très respectueusement

(1) Une page....... , p 99.

UTlJ VIE DE MGJi TACHÉ, O. M. I.,

et très ardemment A'otre Excellence comme le représentant de notre bien aimée Reine, concluait-il, de faire telle démarche qui, dans votre sagesse, vous paraîtra le meilleur remède contre les maux ci-dessus mentionnés et ceux que les nouvelles lois préparent dans cette partie des domaines de Sa Majesté (1). " 3e requête de Mffr Laflèclie avait touiours eu les plus étroites relations avec

Mgr Laflècho. » «• ^

les anciens Pays d'en Haut, où il avait été un des missionnaires les plus influents et avait failli devenir le successeur de Mgr Provenclior. 11 était raiiii particulier du secrétaire d'Etat pour les provinces. Il lui adressa une requête pour lui demander de s'intéresser à la minorité persécutée du ^Manitoba et à employer toute son influence pour le redressement de ses griefs. ^^tout;"f'e*^ îs- ^fais il convenait que tous les Evêques du Canada ee levasdîen.' "^^"^ ^^"^ pour demander justice en faveur des catholiques du Manitoba. C'était un Evoque de Québec, Mgr Plessis, dont la juridiction s'étendait d'un océan à l'autre, qui, en 1818 avait envoyé les premiers missionnaires à la Eivière-Eouge, en leur ordonnant de " fixer leur demeure près du Fort Douglass, d'y construire une église, une maison, une école, " " de s'attacher avec un soin particulier à l'éducation chrétienne des enfants et d'étal)lir à cet effet des écoles et des cathéchismes dans toutes les bourgades qu'ils auraient occasion de visiter. " Lord Sherbrooke, alors Gouverneur du Canada, avait donné des lettres de recommandation aux prêtres catholiques qui s'en allaient fonder (les missions et des écoles à la Eivière-Eouge, enjoignant '' à tous les sujets de Sa Majesté, non seulement de permettre aux dits missionnaires de passer sans obstacles ou molestations, mais aussi de leur rendre tous les l)ons offices et leur prêter assistance et protection toutes les fois qu'ils le trouveraient nécessaire pour procéder dans l'exercice de leurs saintes fonctions. "

" L'iiii])ulsi()n venue de la vieille métropole, avait été féconde en heureux résultats ; de nombreuses écoles s'étaient élevées dans les plaint; et les forêts de l'Ouest. Pendant 72 ans, le senti-

(1) Uvepogc pp. 99-100,

ment i-athuli(iiK' avait été res^pei-té, au point (jne toutes les autorités civiles avaient accueilli favorablement et aidé ces écoles. Aj^rès 73 ans d'une coutume si constante et si utile, une dis})osition hostile venait de se manifester. " Le gouvernement Greenway, rompant brusquement avec la tradition suivie jusqu'alors par tous les pouvoirs publics , avait le premier commencé " un système d'obstacles et de moîestations. " Mgr Taché eut la pensée de réunir dans '' une protestation énergique " " tous ceux dont la juridiction épiscopale couvrait collectivement l'immense territoire canadien qui était autrefois soumis à Mgr Plessis seul, premier organisateur des écoles de la Eivière-Eouge ; " Il rédigea une pétition et alla dans les provinces de l'Est la présenter lui-même aux héritiers de Mgr Plessis et les prier de la signer avec lui pour demander au successeur de lord Sherbrooke d'écarter " les obstacles et les moîestations contraires aux assurances données au nom de Sa Majesté à la population de Manitoba et qui seraient le résultat d'une législation qui imposerait à une partie considérable des loyaux sujets de Sa ^lajesté la conviction qu'on a manqué à la bonne foi publique. "

Le cardinal Taschereau, archevêque de Québec et principal héritier de Mgr Plessis, signa la requête avec le plus grand empressement. Sept autres archevêques et 20 évêques apposèrent leurs signatures à la suite de celle du cardinal. " Ces voix émues et suppliantes de tout l'épiscopat canadien, s'élevant d'Halifax à Vancouver, frappèrent enseml)le à la porte du Gouverneur général, à celle du Conseil Exécutif et aux portes du Parlement canadien pour demander d'apporter un remède à une législation pernicieuse et cela de la manière la plus efficace et la plus juste (1). "

De ces quatre requêtes, une était rédigée par Mgr Taché, trois portaient sa signature, et la quatrième était faite, sur ses conseils, par son intime ami des Trois-Bivières.

(1) Unepoge , p. lOfi.

Une cinquième pétition fut signée par quatre mille et quelques cents catholiques de la province et adressée au Gouverneur général en Conseil pour demander la réparation des injustices commises à leur égard.

Obstacles an La première des cinq pétitions que nous venons d'énumérer

^' ilmê™'"'^"' t^eii^andait expressément le désaveu, les quatre autres, moins précises, sollicitaient en général un remède juste et convenable. Plus tard, on a accusé les catholiques du Manitoba et spécialement leur chef, l'Archevêque de Saint-Boniface, de ne pas avoir insisté avec plus de précision et d'énergie pour la demande du désaveu.

" Au Manitoba, écrit Mgr Taché, tant parmi les libéraux que parmi les conservateurs, le désaveu était la plus impopulaire des mesures (1). " Car, l'année précédente, le gouvernement fédéral avait désavoué, en faveur de la Compagnie du Pacifique Canadien, une loi faite par le Parlement de Manitoba pour autoriser et subventionner la construction d'un chemin de fer dans la vallée de la Eivière-Eouge ; or la population de la province avait élevé des protestations qui ressemblaient à un soulèvement; le cheminée fer s'était construit malgré le désaveu et le gouvernement de la Puissance, pour arrêter les effets du mécontentement populaire et prévenir peut-être l'effusion du sang, avait dû se résigner à une entente. Ces faits étaient tout récents. "-Sur la question des écoles, conclut Mgr Taché, on redoutait l'agitation que le désaveu pouvait créer " de nouveau (2). " La minorité catholique du Manitoba, ajoute M. Prendergast, a pu avoir tort de ne pas réclamer " plus énergiquement " le désaveu; mais la loyauté m'oblige à dire qu'elle serait mal venue de se plaindre aujourd'hui. I^in d'y voir le salut, tous les députés de la minorité, tant au fédéral qu'au local, tant libéraux que conservateurs (et mon opinion n'a pas changé depuis), ont été unanimes à y voir une source de difficultés insurmontables,

(1) Une page , p. 103.

(2) JbnI.

ARCIIEVKQUE DE SAI XT-IJONIFACE (i79

dont la cause des écoles pourrait se trouver irrévocablement compromise (1)."

Le désaveu fut rendu plus difficile encore et comme impos- 2. La motion sible par la motion Blake et le vote unanime qui en fut la suite. Les nouvelles lois scolaires étaient arrivées à Ottawa le 11 avril 1890; la requête de la section catholique du Bureau d'Education, demandant le désaveu de ces lois, y était parvenue presque en même temps. Or quinze jours après, le 29 avril, le chef du parti libéral ou de l'opposition, Edward Blake, secondé par son lieutenant, Wilfrid Laurier, " se leva aux Communes pour proposer la résolution suivante : " Que, dans les occasions solen- " nelles, quand il s'agit du désaveu d'une législation scolaire ou " de l'appel contre cette législation, l'Exécutif ne procède pas "sans avoir soumis à un haut tribunal judiciaire les questions " importantes de loi ou de fait, de manière à ce que les parties " intéressées puissent être représentées et que l'Exécutif puisse " obtenir des informations pour sa gouverne. "

" Je suis convaincu, observe Mgr Taché à la décharge de l'auteur de cette motion, que ce n'était pas pour ajouter une difficulté de plus à la solution des questions qui venaient de surgir, non plus que pour atténuer en faveur de Sir John-A. Mac- Donald ", chef du parti conservateur et Premier Ministre, " l'immense responsabilité que les événements imposaient à son gouvernement (3)."

Mais la motion venait à point pour tirer le chef du gouvernement fédéral de la difficulté si considérable de rendre justice à une minorité contre une majorité puissante; elle le tirait de cette difficulté par une proposition qui paraissait n'avoir en vue que de mettre sous la sauvegarde des tribunaux les intérêts de tous les partis. " Je ne sais pas ce qu'a pensé le gouvernement, observe Mgr Taché, mais il a fort bien pu se dire : " Blake et l'upposition nous tirent d'un fameux embarras ; cette résolution ne pourra pas prendre forme de loi d'ici à douze mois; le

(1) Discours du 25 novembre 1893.

(2) Une jKtge ,p. 101.

moment fixé par la constitution sera expiré, nous n'aurons pas à nous occuper du désaveu: ceci nous accommode d'autant mieux que les droits des catholiques sont si clairs qu'ils ne peuvent pas être sacrifiés (1). '"'

" Je ne sais pas non plus ce que pensait l'opposition, poursuit Fhistorien, mais je vois d'ici son chef promener avec complaisance un regard intelligent sur ses partisans et leur dire en silence: ''Quelle belle affaire! si les élec-tions nous mènent au " pouvoir avant un an — les élections fédérales allaient avoir lieu " au commencement de l'année suivante et les libéraux se flat- " taient alors de l'espérance de triompher, — nous n'aurons pas " à nous occuper de ce terrible désaveu, et ce désaveu, vous savez, "serait mon cauchemar (2)." Car, au Canada comme ailleurs, la grande préoccupation des gouvernements n'est pas toujours le souci de la justice, mais c'est souvent l'ambition du pouvoir.

Sir John McDonald, au lieu de combattre la proposition du chef de l'opposition, le félicita et le remercia. Toute la chambre, conservateurs et libéraux, par un vote unanime, votèrent la motion Blake et la convertirent en loi. " Les questions importantes de droit ou de fait, — ce sont les termes de la loi, — touchant la législation provinciale ou la juridiction d'appel, relativement aux questions d'éducation, conférée au Gouverneur général en Conseil par l'Acte de l'Amérique Britannique du Xord, 1867, ou par tout autre acte ou toute autre loi. . . pourront être soumises par le Gouverneur en Conseil à la Cour suprême, pour auditioîi ou examen, et sur ce, la Cour les entendra et les examinera. "

" Qu'ont pensé ceux qui ont voté cette loi là sans rien dire ? Je n'en sais rien, dit tristement Mgr Taché. Mais je sais bien ce que j'ai pensé, moi, ce que j'ai souffert, en apprenant que nos pétitions demandant le désaveu étaient, quinze jours après leur

(1) Une page , p. 103.

(2) IhuL

ARCIIHVÊQUK DE SAINT-BON IFACE 681

arrivée à Ottawa, paralysées par le vutt' uiianiiiie d<'s l'oiiiinunes du Canada (1). "' Car le désaveu devait se faire dans l'année qui suivait la promulgation de la loi ; il était bien difficile, en une année, de soumettre les lois persécutrices et les pétitions des catholiques à la Cour suprême, et d'en obtenir les décisions nécessaires, au milieu des partis qui se surveillaient avec malveillance et ne cherchaient qu'à se supplanter mutuellement.

Les passions politiques gâtent tout dans le gouvernement par- s. a utres cir-

. constances

lementaire. Nul ne désirait plus le désaveu que Mgr Taché, «if-favo-

^ ^ ^ ^ rables.

parce que nul n'en comprenait mieux l'utilité. Or se trouvant à Ottawa et à Montréal au commencement de l'année 1891, il ne put profiter de son séjour pour le demander avec insistance comme il l'aurait voulu. Car les partis étaient aux aguets pour abuser des démarches de l'Archevêque contre leurs adversaires politiques.

Dans Fintimité, Mgr Taché se plaignait souvent de ceux qui gouvernaient à Ottawa. " Les lois les plus odieuses et les plus inconstitutionnelles, écrivait-il le 5 mai 1890 à son ami des Trois-Eivières, ont été passées contre nous, et à Ottawa on n'a pas Fair de s'en occuper ni de désirer y porter remède (2)." " La Province de Québec, disait-il encore, paraît se soucier bien peu de nous; quand tous les avant-postes auront été saisis par l'ennemi, viendra le tour de la vieille forteresse (3)." Mais il avait un soin extrême d'éviter en public des paroles ou une attitude dont les ennemis du gouvernement auraient abusé pour le supplanter. Il dut pour cela s'interdire en faveur du désaveu une insistance dont le parti adverse se serait servi contre son rival à Ottawa; ce parti adverse ne venait-il pas de supprimer les écoles catholiques au Manitoba ?

Lors donc que certains hommes politiques reprochèrent à Mgr Taché sa réserve dans la demande du désaveu; il lui fut

(1) Unepage p. 103.

i;2) Saint-Boniface, 5 mai 1890. — Archives de l'évêché des Trois- Eivière?.

(3) IMd.

facile de justifier sa conduite. " Qu'on en finisse donc avec ces accusations et ces insinuations déloyales et injustes, réponditil. Evidemment, ce n'est pas le désaveu des lois d'écoles de Manitoba que voulaient ceux qui me font des reproches. Il n'est pas même nécessaire d'être bien rusé pour lire entre les lignes écrites à ce sujet. Voici tout simplement ce que l'on voulait: on était en pleines élections et elles étaient chaudement contestées : si seulement l'Archevêque voulait aider l'opposition ; si par exemple, il reprochait au gouvernement des trahisons, s'il urgeait le désaveu per fas et nef as, s'il faisait de l'agitation : le résultat se manifesterait dans les iirnes électorales. Il faudrait si peu de chose pour opérer un mouvement de bascule dans la balance politique (1). "

Toutes les circonstances semlilaient ainsi se réunir contre le désaveu: l'Archevêque ne pouvait le réclamer avec l'insistance qui eût été désirable ; le parlement le rendait presque impossible par une loi nouvelle. Et cependant, dit le prélat, " il n'est point de situation assez complètement désespérée pour qu'un rayon d'espérance ne luise pas à l'imagination de celui qui souffre: aussi et malgré tout, j'avais espéré contre toute espérance et j'éprouvai une cruelle déception quand la décision du Conseil Privé m'imposa la conviction qu'il ne pouvait plus y avoir d'espoir pour le désaveu : le gouvernement l'avait refusé (2). " ^^8ecoïui"re . Avant même que le désaveu eût été refusé, on avait essayé du 1. Procès Bar- douxièmc uioven que la constitution offrait aux persécutés connlpegf" '"' tre les lois néfastes, le recours aux tribunaux, "privilège bien commun, observe le grand historien que nous nous- plaisons >i suivre, mais hélas! ])ien souvent incertain et bien fécond en déceptions (3). "

Les lois de 1890 abrogeaient les commissions scolaires catholiques dans les districts ruraux, mais ne les supprimaient poin: dans les centres urbains. Aussi " la commission scolaire cathc-

(1) Une page ,p. 104.

(2) Jbid., p. 105.

(3) Ihhl.

ARCHEVÊQUE DE SAIXT-BOXIFACE 688

lique de Winnipeg n'aurait point dû disparaître: " c'est ce qui a été ultérieurement reconnu par le gouvernement persécuteur lui-même. Mais Joseph Martin, dans sa haine fanatique contre la religion catholique et la race française, donna aux lois une interprétation exagérée: il décida que la commission scolaire catholique de Winnipeg avait cessé d'exister, et que le conseil municipal de la ville devait en conséquence prélever les taxes scolaires sur tous les contribuables indifféremment, catholiques ou protestants, au profit des nouvelles écoles publiques. Le conseil municipal de Winnipeg obéit avec empressement et édicta des règlements qui ordonnaient la levée des taxes sur les catholiques comme sur les protestants, au profit des écoles exclusivement fréquentées par les enfants protestants. Ces règlements étaient expressément contraires à l'Acte de Manitoba qui, dans son article 22, enlève au parlement de la province le droit de faire des lois préjudiciant aux écoles séparées; ils étaient même contraires, sinon à l'esjDrit, du moins au texte des lois de 1890. Un éminent catholique de Winnipeg, M. J.-K. Barrett, intenta un procès à la cité de Winnipeg, demandant aux tribunaux d'annuler les règlements par lesquels on l'avait forcé de payer ses taxes aux écoles protestantes, tandis que les écoles catholiques, dont il était commissaire, ne recevaient rien. Le but premier du procès était d'obtenir pour les catholiques l'exemption des taxes scolaires à l'égard des nouvelles écoles, ce qui leur permettrait de réserver leurs fonds pour subventionner des écoles de leur choix, et leur donnerait d'échapper indirectement aux effets de la nouvelle législation. '" Le but iiltérieur était d'obtenir un jugement contre la constitutionnalité des actes d'écoles de 1890, en montrant qu'elles sont une violation de la première sous-clause de la clause 22 de l'Acte de Manitoba (1). "

" On a beaucoup reproché à la minorité catholique de Manitoba et à moi-même, proteste Mgr Taché, d'avoir laissé intenter ce procès. Pourtant mon attitude a étç tellement passive que Je n'ai appris la chose que quand tout était réglé et que les avocats

(1) Une page , p. 107.

684 VIE DE ilGK TACHÉ, 0. M. l.,

de l'applicant avaient été choisis. Ce procès est le fait du gouvernement d'Ottawa qui s'est déterminé à ce mode de procédure de suite après l'adoption de la résolution Blake. Le i^rocès Barrett n'est donc pas mon fait. Plus que cela, certaines circonstances qui ont peut-être causé l'issue fatale de ce procès, ne se seraient pas produites si le procès avait été sous ma direction. Je ne comprends pas la persistance que l'on met à reprocher ce procès à la minorité catholique, lorsque le premier ministre, " Sir John Thompson, " dans l'assemblée tenue à Montréal le 12 septembre dernier 1893, a dit en toute lettre: "Je suis prêt " à le reconnaître, comme je l'ai déjà admis en parlement, la "cause fut portée devant les tribunaux par le gouvernement, " afin d'avoir une décision qui réglât l'affaire définitivement par " les moyens judiciaires (1). " 1ère phase du I,e procès f ut loug ct sc déroula successivement devant les

procès Bar- '- ...

rett. tribunaux de la province, de la Puissance et de l'Empire.

La cause vint d'abord, en première instance, devant la Cour du Banc de la Reine, à Winnipeg. Celle-ci, par un de ses juges, M. Killam, anglais et protestant, rendit le 24 novembre 1890, un jugement défavorable à M. Barrett.

2e phase. Le plaignant en rappela devant la même Cour, qui siégea et

jugea, en seconde instance, le 2 février 1891, par se? trois autres juges, MM. Ta3dor et Bain, anglais et protestants, et M. Dubuc, catholique et canadien français. " Les juges Taylor et Bain, en rendant leurs jugements, tinrent les audite;iirs en suspens; l'auditoire, peu nombreux, crut tout d'abord que la décision allait être en faveur de M. Barrett, lorsqu'en définitive ce fut tout le contraire qui fut exprimé. Le juge Dubuc rendit une décision l)ien différente de ses honorables collègues. L'organe du gouvernement local a cru poun^oir dire que le juge Dubuc n'avait été inspiré que par ses sentiments catholiques. Ce genre d'argument peut se rétorquer avec avantage; mais il est d'autant plus inutile et plus injuste que tout homme de loi peut se convaincre du mérite relatif des jugements rendus par les quatre juges du Banc de la Eeine. Il est certain que le juge Dubuc était dans une position bien plus avantageuse que ses collègues,

pour apprécier l'injustice de la loi qui était soumise à leur examen. Il s'était trouvé à Ottawa en 1870 ; il vint de là à Manitoba, où il fut membre de l'Assemblée législative et même du <?abinet provincial, pendant les premières années de l'existence ■de la province, pendant précisément que l'on donnait pratiquement les premières interprétations de l'Acte de Manitoba (1). "

Les deux premiers procès, conduits au chef-lieu de la province, aboutissaient à la condam.nation de M. Barrett. Il était difficile d'avoir une autre décision du haut tribunal de Winnipeg.

" Le gouvernement avait décidé de poursuivre la cause de tri- se phase, bunal en tribunal (3)." Aussi M. Barrett en api^ela à la cour d'appel de tout le Canada, la Cour Suprême d'Ottawa. "La cause fut plaidée les 27 et 28 mai; le jugement fut rendu le ■28 octobre. Les honorables juges Sir W.-.T. Eitchie, Strong, Fournier, Taschereau et Patterson rendirent une décision unanime et favorable à M. Barrett (3)." Les deux jugements précédents " furent mis de côté et renversés ; les règlements de la cité de "Winnipeg furent annulés et la cité de Winnipeg condamnée à tous les frais. Cette décision ne surprit personne, tout le monde l'attendait (4)."

Les amis de la justice se réjouirent de toutes parts et envoyèrent de chaleureuses félicitations à l'Archevêque de Saint- Boniface. " Joignons de nouvelles supplications à nos action'^ de grâces, répond-il à l'un d'eux le 4 novembre; car tout n'est pas fini, le diable vit encore, et, dans sa malice, préparé de nouveaux moyens pour tenter de perdre les âmes de nos chers enfants (5)>'

Et en effet, "les amis du ofouvernement de ^lanitoba mirent t^ai'i"<ïe°*=

~ L« procès

d'a1)ord leur imagination à contribution pour trouver un moven îi?p'}"^^-

(1) Une page pp. 107-108.

(2) Ihùl.

(3) Ibid.

(41 Ibid.

(ô) Lettre à M. Primeau, curé de Bouclierville, Saint -Bov if ace, 4 novembre 1891.

d'affaiblir la cause des catholiques. C'est alors qu'on imagina le procès Logan versus Winnipeg. "''

Alexandre Logan déclara sous serment qu'il avait toujours appartenu à l'église anglicane; qu'au temps de l'union, il y avait à WinnijDeg une école confessionnelle de l'Eglise anglicane ; que cette école avait été maintenue après l'union et l'était encore sous une forme modifiée ; qu'il n'approuvait pas la manière dont les exercices religieux étaient conduits d'après les lois de 1890; que ces lois l'obligeant à payer des taxes pour le soutien des écoles qui ne sont pas sou5 le contrôle de l'Eglise anglicane, préjudiciaient à ses droits. Il demandait en conséquence, en vertu de la sentence rendue par la Cour Suprême d'Ottawa en faveur de M. Barrett, à être déchargé, comme celui-ci, de l'obligation de payer des taxes pour l'entretien des écoles publiques.

L'évêque anglican de la Terre de Rupert consentit à appuyer les déclarations et les réclamations de Logan. Il déclara luimême sous serment que s'il s'était rallié à la section protestante lors de la première loi scolaire de 1871, il avait toujours trouvé' que l'instruction religieuse donnée dans les écoles n'était passuffisamment conforme aux vues des évêques et du clergé de l'Eglise établie d'Angleterre, et que si des écoles séparées devaient être accordées à un groupe quelconque de chrétiens, l'Eglise anglicane en réclamait de telles pour elle-même.

Les avocats du gouvernement tirèrent bruyamment les conclusions de ces réclamations anglicanes: si les anglicans ont droit, comme les catholiques, à des écoles séparées, pourquoi les presbytériens, pourquoi les méthodistes, pourquoi les autres sectes n'y auraient-elles pas droit? Mais alors comment conserver des écoles publiques dans la province? Quelle autorité même peut encore demeurer au gouvernement en matière d'éducation? Xe serait-ce uas un désarroi universel?

On savait bien que toutes les sectes protestantes, y compris les anglicans, avaient toujours formé une section unique en face de la section catholique. Mais pour la circonstance, on affectait de l'ignorer et on s'en allait répétant que si les tribunaux rétablissaient les écoles séparées catholiques, ou, ce qui était à peu

près réquivalcnt, exonéraient les catholiques des taxes prélevées pour les écoles publiques, les anglicans d'abord, toutes les autres sectes ensuite allaient réclamer les mêmes privilèges chacune pour elle-même. '* C'était, comme le dit Mgr Taché, une rouerie d'avocats inventée pour produire quelque effet préjudiciable à la cause Barrett. C'est là tout ce qu'on voulait; les auteurs de cette invention ne tinrent aucun compte de l'immense ridicule dont ils couvraient le Lord Bishop of Rupert's land, aux yeux de ceux qui connaissaient l'attitude prise par Sa Seigneurie à l'article des écoles de Manitoba, tant sous les anciennes lois que sous les nouvelles. Les juges crurent devoir donner une décision conforme à celle que venaient de rendre les cinq juges de la Cour Suprême; le gouvernement de Manitoba, qui en réalité était à la fois appUcant et répondant, perdit et gagna la cause de Logan contre Winnipeg. C'était un embarras de plus et c'est tout ce qu'on voulait (1). "

Le procès que nous venons de mentionner est un incident dans la lutte plutôt qu'une de ses phases. Xotons un autre incident qui est de cette même époque.

Au cours de la session du parlement provincial, dans le mois un autre in-

^ ^ eident:

de mars, le Premier Ministre du Manitoba, l'hon. Thomas La négation

' (le Greenway

Greenway, est accusé par un député d'avoir promis en 1888 à ^fj^^j^g^i^;. Mgr Taché 1° de ne pas abolir les écoles séparées, 2*' de conser- fiievêque. ver les deux langues, 3* de ne pas diminuer le nomljre des représentants français au parlement local.

Le Premier Ministre nie audacieusement en chambre qu'il ait jamais fait à l'Archevêque Taché aucune promesse de ce genre.

L'accusation étonna Mgr Taché, car jamais il n'avait parlé cà personne des promesses du chef du gouvernement libéral, pas même à ses plus intimes amis; le P. Allard, qui avait servi d'in-

(1) Il faut dire, à la louange du lord Bii^hopqne, dans nu article publié dans le Free Press de Winnipetr sons son inspiration, il (iésavoua ensuite le procès Logan et déclina toute participation à ce procès. Celte seconde déclaration indiquait dans le chef de l'Eglise anglicane de l'honnêteté et de la droiture.

(1) Une page ...., p. 108.

termédiaire entre le Premier ministre et l'Archevêque, avait gardé, lui aussi, un inviolable secret, La révélation était venue de l'autre parti.

Mais ce qui l'étonna bien plus, ce fut la négation du Ministre, I.e mensonge est toujours odieux; mais il est surtout odieux quand il tombe de ceux qui sont à la tête d'un Etat.

La cause de la vérité autant que les intérêts de la religion ne permettaient pas à l'Archevêque de se taire. Il écrivit à l'hon. Greenway une lettre publique (1). " J'ai lu l'autre jour, lui dit-il, dans les deux journaux quotidiens de Winnipeg, que vous aviez nié en chambre avoir jamais fait aucune promesse à l'Archevêque Taché au sujet des écoles catholiques. Je fus d'abord étonné, mais j'attendis que le fait fût confirmé par certaines personnes qui avaient entendu votre discours. J'en ai vu plusieurs et toutes ont été unanimes à me déclarer que vous aviez fait cette négation. Appuyé sur ces témoignages je ne puis douter davantage et je demande permission de donner ma version des faits dont il s'agit. "

Le prélat raconte minutieusement les faits tels que nous les avons rapportés ailleurs. Puis il tire plusieurs conclusions.

1** "Le P. Allard vous a promis le secret on son nom et au mien. Xous avons été fidèles à notre engagement . . .

2" " Ces promesses, vous les a-voz faites en 1888, violées en 1890 et vous les niez en 1892. Même d'après les lois les plus strictes de l'honneur, je me considère maintenant dégagé de toute obligation de garder le silence.

3° " Après avoir scellé mes lèvres par la promesse du secret, vous avez blessé le peuple confié à mes soins spirituels dans une matière qui m'est plus chère que la vie. Vous avez troublé la paix et l'harmonie entre diverses sections de la population de ]Manitoba. Vous avez soulevé un cri qui n'est que l'écho des plus mauvaises passions. Vous avez créé tant de difficultés au

(1) Sa iv.tBonif<ice, mnrch ?>rfî. 1S92.

Publié en aiiirlais dans le /'Vr^' /'(V'.>(.t, dft Winuipeir, on fiançais dans le Manitoha, n" du 30 mars 1892.

sujet de rédueatii)ii, ijue nombre d'enfants sont menacés d'être privés de ce bienfait. A'ous harassez et embarrassez les catholiques, en leur enlevant leur argent et l'appliquant à l'éducation des autres ..."

Quelques jours après la publication de cette lettre, deux députés du parlement, M. A.-F. Martin et M. Eoblin firent une motion pour demander la nomination d'une commission chargée de faire une enquête sur les promesses faites par Thon. Greenway à Mgr Taché. L'hon. Greenway ne voulait point s'exposer aux révélations d'une telle commission et aux conclusions qui s'en dégageraient. Il combattit la motion. La chambre, dont la majorité lui était acquise, se rangea à son avis par un vote de 22 contre 12.

Le P. Allard et M. Alloway, dans des déclarationG solennelles faites devant un officier public, le 1er avril 1892, donnèrent au public le récit circonstancié des promesses faites par l'hon. Greenway et des entrevues où elles avaient été faites (1).

Qui a menti, ou l'Archevêque, ou le Ministre?

Certes, le beau rôle dans les luttes de race, en 1892 et en 1890, comme en 18T0 et en 1875, n'est pas du côté des gouvernants.

Revenons au cours du grand procès.

Il y avait dans l'Empire britannique un tribunal supérieur à ^®p^rocè1.^° la Cour Suprême d'Ottawa, le Conseil Privé d'Angleterre. La coSsITfpri^ cité de Winnipeg en appela à ce dernier tribunal. terre^'^^^^'

Le Conseil Privé avait montré au XIXe siècle beaucoup d'impartialité pour les catholiques des colonies. Aussi l'Archevêque et les catholiques du Manitoba avaient plus de confiance encore en lui que dans la Cour Suprême du Canada. " Xotre cause n'est pas gagnée encore, disait le prélat; mais nous avons toute confiance dans l'équité de nos juges; nous avons contre nous une possitilité plutôt qu'une prohahilité (2)." Mais "une con-

(1) Voir ces déclarations dans Uae page d'histoire, p. 65-67, dans le Manitoba, n^ du 6 avril 1892, etc.

(2) Paroles dites par Mgr Taché lui-mêir'e à l'auteur de cette histoire.

Immense tristesse de l'Archevêque.

fiance par trop grande plaça le procès dans une position défavorable (1).','

Le 30 juillet 1892, le Conseil Privé se prononça par son Comité judiciaire, pour la ville de Winnipeg et obligea M. Barrett à payer les taxes pour l'entretien des nouvelles écoles.

" Ce jugement, raconte Mgr Taché, fut une surprise pour tout le monde, pour ceux en faveur desquels il était prononcé comme pour tous les autres. Cette surprise peut être diminuée par une étude sérieuse de la manière dont la cause a été plaidée. Il n'y a que des hommes versés dans l'étude de la loi et du droit qui puissent faire cette étude avec profit ; la chose leur est facile puisque tout le plaidoyer a été publié et se trouve dans un rapport partiel de la session de 1893 (2)."

La sentence du Conseil Privé fut une surprise pour Mgr Taché comme pour tout le monde. En le surprenant, elle renouvela en lui l'immense douleur que lui avait causée le vote des lois néfastes; elle lui en apporta peut-être une plus poignante encore. Laissons un des amis de Job nous raconter la première visite qu'il fit à ce nouveau patriarche de la douleur après la triste nouvelle.

" C'était, dit Thon, juge Prud'homme, au lendemain d'un grand jour de deuil pour la population catholique de Manitoba. Xous venions d'apprendre que le Conseil Privé avait donné gain de cause à nos adversaires en maintenant les lois qui bannissaient l'enseignement religieux de nos écoles. Frappés au cœur par ce coup de foudre d'autant plus cruel qu'il était inattendu, il nous semblait que le ciel était d'airain pour nous et nous étions presque tentés de nous livrer à des pensées de désespérance. Nous nous demandions avec une vive inquiétude comment le valeureux champion de nos libertés scolaires, dont la santé était déjà si profondément atteinte, pourrait résister à une si rude épreuve au soir de sa carrière épiscopale. La pensée de la peine du grand Archevêque augmentait notre douleur et la rendait encore

(1) Une page , p. 109.

(2) Ihùl.

plus intense. Xoiis groupant quelques amis intimes, confidents de ses pensées et de ses angoisses, nous nous rendîmes auprès de Sa Grandeur, pour répandre un peu de baume, si nous le pouvions, sur la plaie sanglante de son âme. D'ordinaire Mgr Taché accueillait les siens avec une gaieté débordante, j'allais dire même, bruyante. Cette exubérance extérieure n'était que la manifestation toute spontanée de la tendre affection qu'il portait à tous ceux qui faisaient partie de son troupeau et du plaisir qu'il éprouvait à s'épancher avec les siens, dans les charmes d'une conversation intime. Ce jour-là, Sa Grandeur nous reçut sans un sourire, sans prononcer un mot. A demi penché sur le bras de son fauteuil, tenant dans sa main droite un chapelet qu'il était en train d'égrener, les yeux inondés des larmes qui tombaient abondantes sur ses joues décolorées, Mgr Taché, atterré par la fatale nouvelle, était abîmé dans une immense douleur. La vue de ce grand prélat de l'Ouest, à l'âme si virile, pleurant et sanglotant en voyant le souffle des mauvaises passions détruire l'œuvre de toute sa vie, est demeurée dans ma mémoire comme un des souvenirs les plus poignants dont j'aie jamais été témoin. Je croj^ais voir Charlemagne pleurant devant les premières barques normandes qui annonçaient de longues désolations pour son vaste empire; ou Job en butte, par la permission divine, aux coups de Satan, et poussé par " la véhé- 'Tuence de la douleur " à maudire le jour de sa naissance ; ou mieux, le divin Agonisant du Jardin des Olives, suant le sang et l'eau devant le cailice de sa douloureuse Passion et disait à son Père : " Mon Père, que ce calice s'éloigne de moi ; cependant, que votre volonté soit faite et non pas la mienne (1). "

Les anges s'approchaient du divin Patient et le fortifiaient dans son agonie; les enfants et les amis du disciple l'entourent aussi aux sombres heures de sa passion pour le consoler et le soutenir en face de l'épreuve.

Honneur à ces anges visibles, MM. Prud'homme, Dubuc, Bernier, Girard! Gloire à la grande victime des lois maudites de 1890 !

(1) Notes sur Mgr Taché comniuniquees par ihon. Juge Prud homnie à l'auteur.

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