‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-BonifaceChapitre 39 sur 81 · PAECE QUE J'AVAIS DIT LA VERITE · texte numérisé non relu

PAECE QUE J'AVAIS DIT LA VERITE

Tous deux vivent aujourd'hui. Je répète ce que j'ai dit. Us ne me contrediront pas

" PAECE QUE JE EEPETE LA VEEITE. "

" L'argument suprême, qui fut donné à l'Archevêque de Saint-Boniface, est que Sir John McDonald serait battu si le désaveu était exercé. "

Mgr Taché se tut encore, et le député, toujours plus confiant en lui-même et dans sa conjecture, renouvela ses assertions, en les précisant davantage, dans un discours à la convention libérale tenue à Ottawa en juin 1893 : " Il fut alors convenu " entre Mgr Taché et M. Chapleau, dit-il, " que le Gouverneur ne désavouerait pas l'acte des Ecoles de Manitoba, parce que cela pourrait compromettre Sir John vis-à-vis de l'élément tory;. mais, après les élections, si les cours de justice, devant lesquelles la cause était alors pendante, décidaient contrairement aux intérêts de la minorité, le Gouvernement prendrait la cause en main. "

Le bourdonnement des mouches réveille quelquefois le lion. ^ yl^ç^^f ^^ Mgr Taché répondit à l'accusation du téméraire provocateur, "^^i"*par une lettre datée de.Saint-Boniface, 27 juin 1893. Cette réponse eut un immense retentissement au Canada (1).

" Je viens répondre, écrit-il, à votre interpellation, et vous dire en toute liberté qu'après vous être trompé vous-même, vous avez trompé vos auditeurs et vos lecteurs ... Je regrette d'avoir à vous informer qu'il n'y a pas un mot de vérité dans vos assertions. Je regrette de vous contredire et je regrette de répéter ma contradiction.

" 1* Ni M. Chapleau, ni qui que ce soit n'est entré en négociation avec moi, au nom du gouvernement fédéral, au sujet des Ecoles de Manitoba; et, veuillez bien le remarquer, mon affirmation est explicite : personne, ni directement, ni indirectement, ni par parole, ni par écrit, ni par télégraphe, ni par téléphone, n'a consommé, conduit ou même commencé avec moi des négociations au nom du gouvernement.

" 2* Les négociations dont vous parlez n'ayant jamais eu lieu, il n'a pas pu être, et il n'a pas été convenu entre le Gouvernement et moi que les autorités fédérales ne désavoueraient pas la loi de Manitoba; tout naturellement, il n'a pas pu être question non plus, dans ces négociations, du danger de compromettre Sir John McDonald vis-à-vis de l'élément tory, puisque, je le répète, aucune négociation, aucun compromis n'a eu lieu entre le Gouvernement et moi. . .

" 3** Comme je n'ai fait aucune concession ni compromis, je n'ai pu recevoir de promesses en retour de ce que je ne donnais pas. Mes espérances, sur cette question vitale, ne se sont jamais appuyées sur autre chose que sur la constitution du pays et le sentiment de justice, que j'espérais et espère encore voir prévaloir dans les conseils de la nation. . . "

Le membre du Parlement avait excusé l'Archevêque " devant les catholiques et devant l'histoire," par l'affaiblissement de sa santé et de ses facultés. " Le vieil Archevêque, disait-il, malade, fatigué, harassé, est facilement devenu la proie, la victime du Cabinet au nom duquel M. Chapleau s'adressait à lui.

(]) Voir cette réponse dans tous les journanx de l'époque.

Son excès de confiance a compromis une cause qui alors eût pu être gagnée (1). "

" Le moins que l'on puisse espérer, reprend jovialement l'Archevêque, c'est que les catholiques, que l'histoire prêteront une oreille favorable aux accents de pitié que vous leur adressez en ma faveur. Pauvre vieillard ! il a compromis une cause qui aurait pu être gagnée ! et cette cause c'est celle des écoles catholiques, qui lui tient plus au cœur que la vie même, plus que dix vies, s'il les avait; néanmoins, il ne faut pas le juger trop sévèrement. Le vieil Archevêque est malade, fatigué, harassé; comme qui dirait: Le pauvre vieux a l'intelligence obscurcie, le cœur détérioré, la volonté affaiblie. Pitié donc ! "

Puis, passant au ton sérieux, l'apologiste poursuit : " Eh bien, au risque de toucher encore une note discordante, j'ose affirmer que les catholiques, ceux qui connaissent la vérité des faits, que l'histoire, c'est-à-dire l'histoire véritable, me considéreront avec plus de vérité et de justice . . . Ma conscience, — et ce tribunal est pour moi de haute instance, — ma conscience. Dieu merci, ne me reproche pas ce dont vous m'accusez . . . Un demi-siècle de vie de missionaire a sans doute amoindri mes facultés sans pourtant les éteindre; refroidi mon cœur sans lé glacer; mais il laisse à ma volonté assez d'énergie, pour proclamer hautement que je n'ai jamais consenti et ne consentirai jamais à un compromis qui serait une bassesse, à des concessions qui seraient des faiblesses. Quoi ! à la veille de descendre dans la tombe, j'aurais la lâcheté de mentir à toute mon existence, cette existence consacrée toute entière à l'amour le plus vif, le plus désintéressé de ce pays et de ceux qui l'habitent. Il y aura bientôt 50 ans, j'ai eu assez d'énergie pour tout quitter en faveur des habitants du Xord-Ouest, et aujourd'hui j'aurais la pusillanimit-é, pour des considérations d'un ordre inférieur, de risquer le salut des âmes des enfants de cette population. iSTon, monsieur, ma volonté n'est pas affaiblie à ce point. Cette vo-

(1) Dans r-E/cc^CMr, n'' du 18 mai 1898.

lonté est encore assez énergique pour me permettre de vous dire: Il y a une calomnie véritable dans la manière dont vous avez parlé de moi; en honneur, vous êtes tenu à réparation, et la réparation que je vous demande, c'est de travailler franchement, ouvertement à faire prévaloir la cause de nos écoles ..."

Nous ne poursuivrons pas ces citations. D'autres diront si le député a répondu à l'appel que l'Archevêque vient de faire à sa générosité. Pour nous, nous dirons seulement que la mouche fit encore entendre pendant quelque temps des bourdonnements, mais pour montrer à tous qu'elle avait été étourdie par le rugissement du lion et se rejjeutait de sa témérité (1).

"Je puis vous assurer, écrivait quelques jours après le prélat à Mgr Lafièche, que, pour ce qui me concerne personnellement, je suis fort peu ému par les attaques des journaux ou des politiciens. Je m'afflige néanmoins de ce qui se dit et se fait, parce que j'y vois la preuve de mauvaises intentions, et, oe qui est encore plus alarmant, j'y vois la preuve que les mauvaises intentions sont accueillies avec trop de faveur et de considération par un grand nombre de nos chers compatriotes (2)."

Au mois de novembre 1892, Mgr Satolli, délégué du Saint- h-, Brochure de

> fs ' *= l'Arche- Siège aux Etats-Unis, publia 14 propositions concernant la 7|'^ons^tlnce question scolaire, telle qu'elle se présentait dans la grande ré- ^Ins^sls^ publique.' " Des hommes qui, en règle générale, ne trouvent fS*sujet ue rien de bon à dire en faveur de tout ce qui touche la religion et dee^ '*"* catholique," crurent découvrir dans ces propositions des conces-i. Lesiiprosions à l'esprit moderne en matière d'éducation, se mirent à Je Mgr

'■ ' Satolli.

louer avec emphase " les idées larges, libérales et démocratiques du Souverain Pontife ", telles qu'exposées par son digne et distingué Légat. Us en concluaient que cette doctrine nouvelle corrigeait ce qu'avaient eu " d'excessif " les décrets du Ille concile de Baltimore, tenu en 1884, et surtout " l'intransigeance "

(1) Mgr Taché eut une seconde réponse dans le Maniloha du 19 juillet 1893: elle confirmait la première et démasquait quelques nouveaux subterfuges.

12) Saint-Boni face , 26 août 1893. — Arclii ves de l'évêclié deSaint-Albert.

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