‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-BonifaceChapitre 4 sur 81 · I. T nian · texte numérisé non relu

I. T nian

tablir à la Eivière-Eouge l'autorité du Canada par l'écrr\sement des métis français, donna à un chef sauvage de la colonie, Joseph ]\Ionkman, la commission " d'inciter certaines tribus sau- Viiges à prendre paît à une guerre à mort contre les métis français de la Rivière-Kouge (1). " Il lui promettait 8 shellings sterling par jour. Cette commission était excessivement dangereuse, à cause des vieilles haines des Sauteux contre les métis et du caractère inconsidéré et violent des sauvages, et pouvait en quelques jours couvrir de ruines et de sang la colonie d'Assiniboia-(2).

Lorsque la résistance des colons d'Assiniboia fut connue à D.-ptci)e3de Ottawa et à Londres, les esprits s'émurent. vnie, 26 et

Le Comte Granville, Ministre des Colonies en Angleterre, avait adressé an Gouverneur Général du Canada, le 26 novembre un télégramme, et le 30 novembre, une dépêche, où, après avoir attribué les troubles aux arpentages et à l'envoi de l'hon. W. ^IcDougall, il avait prié le Gouvernement canadien " de prendre tout le soin possible pour expliquer le malentendu, pour s'assurer des désirs et se concilier le bon vouloir des colons de la Rivière-Rouge. " " La Reine, lui disait-il, compte que son Représentant sera toujours disposé... à redresser tous les griefs bien fondés (3)."

10 novembre.

( 1 ) Mémorandum de sir George-E. Cartier, Ottaim, 8 juin 1870. — Parmi les pièces de l'enquête du Comité du Xord-Ouest, n'^ 131, pp. 172-179.

(2) Sir George dit, dans le doeninent que nous venons de citer: "Cette commission est conçue dans des termes d'une nature si extraordinaire , qu'on a cru bon de ne pas la faire imprimer i^armi la Correspondance et Documents qui forment le Document A." Page 146.

(3) Voir ces documents dans l'Amnistie, pp. 7-8.

40 VIE DE MGR TACHÉ, 0. M. I.j

'"duG^m»"" I-'6 CTOUverneur Général, interprétant ces dépêches, lança, le c'âéc^mb^e"'' 6 décembre 1869, une proclamation à l'adresse des colons de la Rivière-Rouge, pour exhorter les mécontents à exposer leurs plaintes et les assurer qu'il leur serait donné satisfaction. " " Sa Slajesté, disait-il, me commande de vous dire qu'Elle sera toujours prête, par ma voix, comme son Représentant, à redresser tous griefs bien fondés, et qu'Elle m'a donné instruction d'écouter et considérer toutes plaintes qui pourront être faites ou désirs qui pourront m'être exprimés en ma qualité de Gouverneur Général . . . Par l'autorité de Sa Majesté, je vous assure donc que sous l'union avec le Canada, tous vos droits et privilèges civils et religieux seront respectés, vos propriétés vous seront garanties et que votre pays sera gouverné, comme par le passé, d'après les lois anglaises et dans l'esprit de la justice britannique. En outre, et par son autorité, je conjure et commande à ceux d'entre vous qui sont encore assemblés et ligués, au défi de la loi, de se disperser paisiblement et de regagner leurs foyers sous les peines de la loi en cas de désobéissance. Et je vous informe en dernier lieu que dans le cas de votre obéissance et dispersion immédiate et paisible, je donnerai ordre qu'il ne soit pris aucunes mesures légales contre aucun de ceux qui se trouvent impliqués dans ces malheureuses violations de la loi (1). '' Cette proclamation fut imprimée à Ottawa en français, en anglais et en cris; mais elle n'eut aucun effet à la Rivière- Rouge et y fut même presque entièrement inconnue jusqu'à l'arrivée de Mgr Taché.

Lorsqu'elle fut composée, on ne connaissait pas encore à Ottawa ni à Londres, les proclamations de l'hon. McDougall. Celles-ci y furent connues quelques jours plus tard et furent sévèrement blâmées par lord Granville et par le Gouvernement canadien, ^"hon^^jos. Le Gouvernement fédéral, par l'intermédiaire de l'hon. Joseph

"hon? "^ Howe, Secrétaire d'Etat pour les Provinces, écrit à M. Mc- 24*^d*é'c"em?re Dougall le 24 décembre 1869 : " Il ne fallait pas brusquer in-

(1) On peut lire le texte intégral de cette proclamation tians V Amnistie, pp. 9-10.

ARt'HKVÊQUK DH SA 1 NT-BON I KACE 41

tempestivemcnt, même sous la sanction de la loi, le recours à la force militaire. Mais comme l'organisation de cette force armée dans ces circonstances était un acte illégal, le Gouverneur Général et le Conseil ne sauraient vous déguiser le poids de la responsabilité qui pèse sur vous. La réception de votre dépêche du 6 courant, qui m'est parvenue le "■^3, avec les documents 3 A. 2 B, et 2 C, et la conduite tenue par le colonel Dennis telle que relatée dans ces documents, m'obligent à vous envoyer la présente sans délai, par un messager spécial. Je regrette d'avoir à vous informer que ce rapport n'a fait qu'augmenter les appréhensions du Gouverneur Général et de son Conseil. Il est vrai qu'il n'y avait pas encore eu effusion de sang jusqu'au 6, et que vous n'aviez pas encore réalisé votre intention d'occuper la palissade près de Pembina, avec une force armée; mais les démarches du colonel Dennis, telles que rapportées par lui-même, sont si extraordinaires et si condamnahles , que l'on ne saurait s'empêcher d'avoir de sérieuses inquiétudes pour vous voir confier votre autorité à un officier aussi imprudent . . . (1). "

Le reste de la lettre est sur le même ton.

Dès que lord Granville a connaissance des proclamations de Lettre de lord l'hon. McDous:all. il écrit au Gouverneur Général du Canada : Gouverneur

"^ Général, 26

Je regrette encore plus sérieusement la proclamation émanée janvier i869. par M. McDougall et la commission envoyée par lui au colonel Dennis. La proclamation porte que Sa Majesté a transféré la Terre de Eupert au Canada, ce qui n'a pas été fait; assume l'autorité de Lieutenant-Gouverneur, qui ne lui appartient pas légalement et tend à éteindre les pouvoir appartenant à M. Mc- Tavish, le seul Gouverneur légal du territoire. Une proclamation subséquente autorise le colonel Dennis à armer ses partisans, à attaquer, arrêter, désarmer et disperser des hommes armés troublant la paix publique, et assaillir, faire feu, enfoncer toute maison où ces hommes armés pourraient se trouver. Si le colonel Dennis avait agi en conséquence, les résultats les plus

(1) Lettre de l'hon. Joseph Howe, secrétaire d'Etat pour les provinces, à l'hon. William McDougall,' OUmva, 24 décembre 1869.

■ir'2 vu; i)K .\[(;h taché, o. m. i.,

désastreux auraient pu s'ensuivre. Dans l'état actuel des choses, le Gouverneur JMcTavish doit supposer son autorité éteinte, aucune autre ne lui ayant été substituée, et la découverte que les exposés faits dans la proclanuition ne sont pas fondés en fait, doit diminuer le poids de toute proclamation ultérieuse (1). " Comme Thon. ilcDougall avait été envoyé dans le pays par le Gouvernement canadien, le Ministre d'Angleterre ajoute: "Ces procédés ne rendent pas le Gouvernement de Sa Majesté moins désireux de rétablir la tranquillité sous l'autorité de la Puissance, mais ils ont certiiinement augmenté la responsabilité du Gouvernement canadien. '' Envoi do trois Les Ministrcs d'Ottawa désiraient réparer les fautes commises pariegou- (,[ assurcr la poinilation de la Eivière-Eouge de leurs bonnes

▼ornement ^ ^ o

f-anadicn. dlspositious. Ils lui dépêchèrent successivement trois commissaires, le Rév. j\I. Thibault, Vicaire général de l'Evêque de Saint-Boniface, estimé et aimé à la Rivière-Rouge, M. de SalabcMT}', qui y était avantageusement connu, et M. Dnnald-A. Smith, devenu depuis lord Strathcona. Celui-ci reçut une commission plus solennelle, sous le Grand Sceau du Canada.

Les trois commissaires avaient l'instruction de calmer les mécontents, en ])romettant pleine satisfaction à tous les intérêts. Mais ils avaient aussi le mandat de rétablir le gouvernement de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Or celle-ci était devenue très impoj)ulaire, " jiarce qu'ai)rès avoir vendu le peuple sans le consulter, " elle n'avait rien fait ])our le défendre contre les insolences et les mauvais traitements (les arpenteurs et <les autres ontariens; la population ne voulait jjlus, en aucune façon, retourner sous son gouvernement.

L<?s commissaires furent reçus avec respect par le Gouvernement Provisoire et les habitants; mais leur proposition de rétablir le gouvernement de la Compagnie ne fut prise en considération ni même sérieusement examinée par personne.

I^e Gouvernement canadien, qui ne s'était guère fait connaître

(1) Lettre du comte (iran ville nu Très lion. Jolin Yoniijr, Lnndrnt, 26 jnmier 1870.

AKCIIEVÊQUK DE SA IXT-BOM FACE 43

jusqu'alors à la Eivière-Kouge que par les fanatiques d'Outario, n'était pas plus populaire que la Compagnie de la Baie d'Hudson. 11 avait envoyé à un de ses commissaires M. Tliibault, 500 exemplaires de la proclamation du Gouverneur Général; mais l'autorité du Canada n'était reconnue par personne; les proclamations de Fhon. McDougall avaient rendu odieux jusqu'au nom même de proclamation; M. Thibault ne distribua pas un seul exemplaire de la proclamation du Gouverneur et ne crut pas même utile d'en parler (1).

Le Gouvernement Provisoire toutefois, ainsi que la plupart des habitants n'étaient pas opposés à l'entrée du pays dans la Confédération canadienne; mais ils entendaient que cette entrée fîlt l'objet d'une négociation entre la Confédération et la population de la Eivière-Eouge et que les droits de celle-ci lui fussent garantis contre les entreprises d'envahissements hostiles.

Cependant., sur l'initiative des commissaires du Gouverne- ï-'na convention

'■ . ■ siège au

ment canadien, particulièrement de M. Donald Smith et grâce fa°nvi^r"ê^' au concours de toutes les bonnes volontés, une grande assem- ^^^'^^ ^*^°blée ou convention, où tous les groupes de la population étaient représentés, se réunit vers la fin de janvier. Elle siégea pendant plusieurs jours consécutifs, malgré un froid intense. Ou fit diverses motions contre le Gouvernement Provisoire; mais L. Eiel les fit toutes échouer avec une habileté peu commune. A la fin, il proposa lui-même l'élection de 12 conseillers dans les centres anglais; ces 12 élus se réuniraient aux 12 conseillers français choisis auparavant et composeraient le Conseil du gouvernement et l'Assemblée législative du pays. Cette proposition fut acceptée.

" Le 10 février 1870, la convention termina " ainsi " ses opé- EUe conflrme

' -'■le gouverne-

rations en confirmant l'autorité du Gouvernement Provisoire ^f^g^'"''^^'

jusqu'à l'entrée en confédération (2)."

'I) Témoigvages de Mgr TacJié.

(2) Mgr Taché, Notes sur les diffimltês de la Rivière-Rouge fournies à rhon. Dorion, noremhre 187.S.

Pendant que la convention siégeait, les Anglais qui s'y trouvaient, voulurent connaître les sentiments de l'ancien Gouverneur ^î. McTavish et le consulter sur ce qu'il était opportun de faire. Quatre députés lui furent envoyés, J. Sutherland, •T. Fraser, A. Lépine et F.-X. Page. Ils se présentèrent à ^1. .Meïavish, et J. Sutherland lui demanda, au nom de la députation, " si le gouvernement d'Assiniboia existait encore. " Il répondit négativement. " Et vos pouvoirs, quels sont-ils? " répli<jua Sutherland. •" ISTe vous occupez plus de moi, répliqua M. McTavish ; je suis comme un homme mort. "' Sutherland lui demanda s'il ne serait pas opportun d'organiser un gouvernement provisoire. " Non seulement la chose est opportune, répliqua M. McTavish; mais de grâce, faites-le; car sans cela, nous n'avons pas de paix dans le pays (1). "

" Profondément pénétré de la situation, TEvêque anglican de la Terre de Eupert, et le clergé protestant en général, écrit M. Donald A. Smith dans le rapport qu'il a fait de sa commission à la Eivière-Rouge, conseillèrent fortement au peuple d'élire sans retard ses délégués au Gouvernement Provisoire

J'adoptai entièrement ce point de vue et l'Archidiacre McLean ayant bien voulu m'ofïrir de m'accompagner, nous visitâmes les différentes parties de la Colonie et nous constatâmes que dans diverses paroisses, la population, parfaitement loyale à la Couronne anglaise et très désireuse de s'unir au Canada, avait déjà choisi ses conseillers. Je leur expliquai à tous que le Conseil serait provisoire dans le sens strict du mot, ayant pour objet

(1) Procès A. Ivépine, dépositions «le F.-X. Page.

Mj^r Taclié dit de son côté : " Comme il n'existait pas d'autre gouvernement que le i)rovisoire, lors de l'organisation de celui-ci, M. McTavish cojise i II a ih le consolider pour maintenir Vordre." — Même procès, interrogatoirede Mgr Taché. — Les Ontariens répliquaient qu'alors M. McTavish était malade. " Il serait à souhaiter, répondit Mgr Taché dans le même interrogatoire, que ceux qui gouvernent la chose publique eussent la tête aussi solide que M. McTavish à celte éj^oque." Ibid.

AliCUKVÊQUK \)K ,SA 1 NT-BON IFACE 45

spécial (reireetuer le transfert du pays au Canada et en attendant, de gai-antir la sûreté (K's citoyens et de leurs ])ropriétés (1).''

Après l'accession des 13 délégués anglais aux 12 conseillers français, on voulut compléter l'organisation du (iouvernenient Provisoire. Kiel fut élu de nouveau, et confirmé Président par toutes les voix, moins une, par les délégués anglais aussi bien que par les délégués français. On nomma à l'unanimité ou la quasi-unanimité des voix A. Lépine, adjudant général, commandant en chef de la force militaire ; Elzéar Goulet, lieutenant général; Thomas Bunn, secrétaire du Gouvernement Provisoire; O'Donoghue, trésorier; John Bruce, commissaire des travaux publics; James Eoss, juge en chef; A.-G.-B. Bannatyne, qui était beau-frère de M. McTavish, maître des postes. Tous les groupes de la population étaient représentés dans le Gouvernement Provisoire, comme ils l'avaient été dans la convention (2).

Cette seconde origine du Gouvernement Provisoire prouve que Premier choix

■^ ^ ^ des délégués.

c'était un gouvernement parfaitement régulier. " Les repré- ^'^*.'',"J^* sentants de la Compagnie de la Baie d'Hudson " eux-mêmes, acceptèrent cet ordre de choses et le reconnurent (3)."

En effet, notons-le de nouveau, en nous servant des exprès- Légitimité du

■^ gouverne-

sions de Mgr Taché, " au commencement de 1870, il n'y a pas ™ent pro^iencore de province de Manitoba, ni de gouvernement dans les Territoires du Nord-Ouest; la Compagnie de la Baie d'Hudson s'est désistée de ses droits; le Canada ne possède rien et n'a absolument aucune juridiction dans ces vastes contrées. Le Gou-

(1) Voici le procès- verbal des résolutions passées à une assemblée publique de la paroisse de Saint-Clément, Rivière-Rouge, tenue dans la maison d'école de la i)aroisse, 22 février 1870:

Proposé, 1° par M. Bunn, secondé par M. Joseph Whiteway : que nous, les habitants de la paroisse de Saint-Clément, reconnaissons maintenant et nous déclarons par les présentes soumis à un gouvernement provisoire, qui est sur le point de se former sous la présidence de Louis Rid, avec un conseil composé de 24 membres, dont 12 seront anglais et 12 français. — Adopté

unanimement — Dans les Témoignages de Thomas Bunn devant le

Comité du Nord-Ouest, n" 75, p. 120.

(2) Dépositions du sénateur Sutherland, de Thomas Bunn, etc., dans le procès Lépine.

(3) Mgr Taché, Notes

4(j VIE DE MGK TACHÉ, 0. M. I.,

vernement Impérial consent à transférer le pays au Canada;" lllai^^ cette translation n'est pas encore faite. " La Rivièrelîoiige est à cette époque purement et simplement une possession britannique (1)." Aussi, selon la ri^aiciir du droit des gens comme du droit particulier de la population de la Eivière- Kouge, le Gouvernement Provisoire est un gouvernement h'gitime et If gai.

A peu près tout 11' iiHHiilc. ihuis xcnoiis de le dire, voulait runioii du pays au Canada ; nuiis un Ja voulait on sauvegardant bien les droits des anciens habitants; c'était une union qui devait se faire à certaines conditions, à des conditions qu"il fallait déterminer et ensuite négocier avec le gouvernement canadien. L'enseml)le de ces conditions, résultant de l'état général, où avait vécu le peuple de la Rivière-Eouge, étaient désignées dans le ]j;ays sens le nom général de Liste des Droits. Ces conditions avaient été discutées déjà dans dos assemblées particulières; la convention s'en était occupée: on avait peu à "peu élaboré u!io formule dont les grandes lignes rtcules étaient arrêtées, (pli dciiicui;iit, dans les détaiis, susceptible de niodifi- Ciitions nondii'eu^es ( i')

(1) Mémoire de Mijr Taché .'nir la fjiwitfion de.'* Ecoles, mars 1894, p. 31.

(2) "Outre phisienrs e-^ais inédits, mais quelquefois mentionnt's, écrivait M<rr Taclic eu ISTô, je conuain trois Lixti!^ de.': Droits (Bil/s of JUglits) rédiges pendant les troubles de la Rivicro-Rouge :

"1° J.a )>rcmièrr, rédigée au mois de novembre ISGD et transmise à i'hon. \V. McDougall par le colonel Dennis, le 2 di'cembre; cette liste se trouve dans les Donnm uis de la session de 1870, p. 79.

"2' lia seconde liste fut préparées par la convention, en janvier et février 1870, lélégrapliiée en substance par moi de Saint-Paul, et fournie ensuite in extenso au gouvernement d'Uttawa ; elle se trouve comni© apiiondice annexé au Rapport do l'iion. Donald-A.Smith dans les Documents de la session de \^10, pp. 12-10. Cette seconde liste n'a puiiit été remise aux délégués ni présentée par eux aux min stres canadiens. M. Ritchot, qui n'avait pas été membre de la convention, ne connaissait, pas cette seconde li.-te.

" ;^° Lu troi-iùme Liste des Droits est exclusivement l'œuvre de V Exécutif dii (jonre rncmenl provisoire. C'est précisément celle qui a été reuîise aux délégués le 22 mars et acceptée par eux comme base de-* négociations dont ils se (diargeaient. Cette liste est la ^eule que les délégués ont présfiitée à Ottawa, la seule dont ils avaient pressé l'acceptation." — Mgr Ta(dié, Encore l'amnistii', pp. iS-19.

Nous aurons à parler plus loin de cette dernière Liste des Droits.

ARCIIKVÊQUK I)K SA 1 \T-BO\IFACK 47

Le 12 février, le Président du Gouvernement Provisoii'c choisit les trois délégués qui devaient se rendre à Ottawa pour y porter la Liste des Droils et négocier l'entrée du pays dans la Ooniedération. Ces trois délégués étaient: le Rév. M. Ritcliot, curé de Saint-Xorbert, (pii avait toute la confiance des métis; c'était à lui propreuient ([uc le (iouvernement Provisoire et la population entendaient remettre la conduite des négociations; Alfred Scott, Anglais-Américain et le juge Jolni Blarl-. Anglais d'Angleterre, choisis l'un et l'autre à cause de leur nationalité, pour re})résentcr les autres groupes de la population et gagner les sympathies des peuples auxquels ils appartenaient.

" Tout semblait toucher, conclut Mgr Taché, à une solution Attaques des

' ^ ' ontanens

prompte et satisfaisante (1). " Mais voilà que le Dr Schultz '^^"^^^g. " remonte la rivière Rouge depuis son eml)ouchure., soulevant ™^°g' f"""^^' les sauvages swampés et les métis anglais contre le Gouvernement Provisoire (2). " D'un autre côté " le capitaine Boulton. A la tête d'une centaine d"hommes, descend du Portage de la Prairie, et, après des efforts pour grossir son parti, passe au T'ort Garry (3). *' C'était à 4 heures du matin, par uu froid intense. La troupe croyait passer inaperç-ue ; mais elle fut vue •du Fort. " L'exaspération fut au comble " et les hommes qui ■s'y^ trouvaient "'■ voulaient donner la chasse à ces nouveaux agresseurs; heureusement M. Riel et les autres chefs réussirent à calmer leurs hommes, assurant qu'ils ne consentiraient januiis à •être les premiers à faire couler le sang. Cette modération, observe Mgr Taché, est d'autant plus digne d'éloges que probablement pas un des hommes du capitaine Boulton n'aurait échappé (4)."

" La jonction des deux troupes se fait auprès de l'église écossaise, à Kildonan, à quatre milles environ du Fort Garry. Là

{\) Notée nur len trouble-'^ de la Rivière- Rouge.

(2) Mgr Taché, Lettre à M. Hdvve, secrétaire d'Ktat | our les [.roviiiccs, Haint-Boiiiface, 11 mars^ 1870.

(3) Ibkl.

(4) Ibi(K

48 VIE DE JlGlt TACUÉ, 0. M. 1.,

se trouvent réunies " plusieurs centaines d'iioiniiies (1).'' " Le projet des chefs, était, dit-on, de s'emparer de l'évêché et de la cathédrale de Saint-Boniface et, de là, d'attaquer Fort Garry (2).'' On comptait .sur le concours de quelques métis français, gagnés " au parti canadien, " qui devaient causer des dégâts sur les propriétés des soldats de lliel, et même assaillir leurs familles : on espérait forcer ceux-ci à se débander en les mettant dans la nécessité de secourir leurs proches.

Cependant un jeune métis français, du nom de Parisien, fut fait prisonnier; il parvint à s'échapper; on le poursuivit; dans sa fuite, il saisit le fusil d'un de ceux qui le cernaient, et tira sur un jeune Ecossais, du nom de Sutherland et le tua ; puis il se défendit lui-même avec une énergie extrême contre ceux qui le traquaient, fut fait prisonnier, accablé de coups et mutilé; laissé pour mort, il revint à lui, vécut encore quelques heures et mourut des suites de ses blessures.

Ces événements se passaient le 15 et le IG février 1870.

Les deux troupes dont nous avons parlé, s'étaient réunies à Kildonan, parce qu'elles comptaient sur le concours des Ecossais, qui avaient là leur centre. Mais " les Ecossais refusèrent de prendre part au iiiouveinont "" contre le Gouvernement Provisoire. Ce refus déconcerta Cjcux qui s'étaient réunis.

Un autre incident contribua à jeter parmi eux le désarroi. Une députation fut cluirgée d'aller intimer à l\iol d'avoir à se

(1) M;:r Taché, Lettre à M. Howc, seciûtaire d'Etat pour les provinces, Saint-Bonifacc, 11 mars 1870.

(2) Ihifh '•' M. Black vint me trouver, rapporte M^i" Taciié, et me raconta co (itii avait eu lieu A son presliytère. Les sreiis se rassemblèrent dans l'éiilise écossaise, dans Ib i^reshytère de M. Black et dans le voisina<!;e, et il y eut, ilans sa propre chambre, une consultation dans laquelle on proposa de venir s'emparer de mon palais et de ma cathédrale, de les fortifier et d'y braquer des canons, afin de comi)attre ceux qui étaient de l'autre côté de la rivière (à Fort Garry). Quelques personnes pourtant s'olijectèrent à ce plan, vu que la population française en général, se composant de cath<jli(]ues, (jonsidérait le i)alais et la cathédrale c>)niine choses sacrées, et «lue cela ne ferait que la provoquer et enjrn<rer ceux (jui n'avaient |ias encore jiris les aruies à se rallier au gouvernement provisoire. Cette idée en fin de compte fut tout à fait abandonnée." — Histoire et origine

désister; il répondit: "Je veux la paix, mais je suis prêt pour la guerre, et puisque vous la voulez, nous allons commencer de suite. "

La plupart de ceux qui s'étaient réunis n'étaient point venus pour se battre. Devant la fière attitude de Kiel, après le refus des Ecossais de combattre le Gouvernement Provisoire, ils se dispersèrent dans la soirée du 16.

Cette attaque eut pour effet de fortifier le Gouvernement Provisoire. '* A peu près tous les Français jusque-là opposés à ce gouvernement et qualifiés de rebelles, se rallièrent au parti. Les Ecossais et grand nombre d'autres en firent autant (l)-'

Le 17 février au matin, après l'avortement de l'entreprise, une condamnation partie des gens du Portage, ayant à leur tête le capitaine Boul- mefu'de'" ton, se mirent en route pour s'en retourner. Ils parurent en vue de Fort Garry, mais à une certaine distance dans la prairie. Trente cavaliers furent lancés sur eux, avec l'ordre de les faire prisonniers. Les gens du Portage posèrent les armes sans résistance et furent faits prisonniers au nombre de 48.

Eiel et les chefs croyaient un exemple nécessaire. Car, il- coudamnatiou

T . , . ."' , , p -i et exécution

regardaient, et avec raison, leur gouvernement comme partaite- de Thomas ment légitime; depuis trois mois, des attaques de toutes sortes avaient été sans cesse dirigées contre lui; les assaillants avaient toujours cru échapper à la vindicte en se rendant à discrétion, dès qu'ils étaient saisis. Il fallait montrer aux ennemis qu'il était désormais périlleux de se risquer à une attaque qui avait le caractère d'une sédition.

Le chef de l'expédition qui venait d'être dirigée du Portage de la Prairie contre le Gouvernement Provisoire, fut mis en jugement. Une cour martiale fut nommée; le capitaine Boulton fut amené devant elle, jugé et condamné à mort.

La nouvelle s'en répandit comme l'éclair. Aussitôt la plupart de ceux qui avaient quelque influence dans le pays, se mirent en devoir de venir solliciter la grâce de Boulton.

(1) Mgr Taclu', A'otes concernanl les troubles de la Rivière-Rouge

50 vu-; J)E MGK TACHÉ, O. M. I.,

Les premiers se présentèrent au Chef du Gouvernement Provisoire peu de temps après la condamnation, le samedi, à 8 heures du soir. Eiel leur répondit : " C'est inutile de me supplier : le condamné sera exécuté dans 6 heures. " A la suite de cette parole, le Eév. ]\r. Ritchot alla faire remarquer au Président que dans G heures on serait au (liiiianeho et qu'une exécution ne 2)ouvait avoir lieu ce jour-là. Sur cette observation. Rie! ajourna l'exécution au lundi. Mais, durant toute la journée du ilimaneho, ce fut au Fort (lai'rv un continuel défilé de supjjliants; les commissaires du Gouvernement canadien, les prêtres de l'Evêché, d'autres prêtres encore, la famille Sutherland ellemême, dont le fils avait été tué, se présentèrent tour à tour au Président (1). A la fin. Rie! céda et accorda la grâce que tant d'intercesseurs sollicitaient.

Mais il (Icincurait persuadé (jTi'un gouvernement se fait mépriser s'il ne punit pas des attaques aussi graves que. celle qui venait d'avoir lieu; plusieurs autres membres du Gouvernement Provisoire partageaient la même conviction. Les insolences et les violences d'un subalterne de Boulton vinrent leur fournir l'occasion de punir l'agression des gens du Portage.

Parmi les prisonniers se trouvait un nommé Thomas Scott, amené du Canada ]nu- Suow. (>t (|ui avait failli l'assassiner à la Pointe-(le-Chênes. iudividn mal é(|uilil)ré. excessivement violent. " Kn jjassant à \\'iniii|)rg dniis la nuit du K) au 14, Scott entra dans la maison d'un noinnié Coutu. jtai'cnt de Riel et chez lequel ctdui-ci aliail souvent; il s'infoi'iiia si le Président était là, dans l'intention de le tuer, disent le> uns, de le prendre en otage, disent les autres. Fait |iri>onnier "' le 17. " il exaspéra les autorités par son insolence, {'i)" fia])]) nit brutalement et injuriant ses gardiens, et conseillant à ses (•oin])agnons de prison à en faii-e autant. D'autre part, "dans une attaque précédente conii'e le Gouvernement Prf)visoire. il avait été pris les armes à la main et avait reçu son pai'don sous la condition, af-

(1) M;ir Taclié, l-cttro à M. IIowo, 11 uuir.s 1S70.

(2) Jhid.

AKCliKNÊQUE DE SAINT-liONlFACE 51

firmée^ dit-on, même par serment, qu'il no ]ironf1rait ])lu> les armes contre l'antorité alors reconnue (1).""

Pour tontes ces raisons, Scott fut traduit devant une cour martiale dont A. Lépine était le président. Plusionr- d(s iiieinbres élevèrent des objections contre une condainiiatidii à iiiorl : "Nous ne sommes pas lial)itués à tuer des lioiniiics, dir(!nt-ils, comme on court la vaclie dans la prairie. ''

Mais la majorité d'abord et ensuite tous ou prescpic tous opinèrent pour la mort (2) : car (jnc devient un gouvernement s'il omet totalement son devoir de justicier? La sentence fut rendue le 3 nuirs au soir. On prévoyait et on voulait prévenir les sollicitations ; un seul, le ]îév. Young, ministre métbodiste, eut le temps de venir trouver Eiel et d'intervenir en faveur du condamné ; mais ce fut en vain : dès le lendemain matin, 4 mars, Scott était fusillé.

Les Ontariens vont faire de l'exécution de Thomas Scott '' un assassinat ; " la population de la Eivière-Eouge y vit " un acte régulier d'un gouvernement régulier, " la plupart même, un exemple nécessaire pour intimider tous ceux qui soulevaient les sauvages et menaçaient les métis de l'extermination.

Pendant ce temps, Mgr Taché arrivait d'Europe. Mgr Tache

T ., -n. mandé de

Ln se rendant au concile, a Pans même, il avait lu une dé- Rome, jan-

' ' vier 1870.

pêche télégraphique " annonçant que des troubles avaient éclaté à la Eivière-Eouge. " " Ce sont, dit-il, les premières nouvelles que j'eus à ce sujet. " A Eoine, d'autres dépêches télégraphiques lui confirmèrent la même nouvelle, et quelques jours plus tard il reçut des lettres qui lui apprenaient que " McDougall avait été rencontré à la frontière et avait été repoussé. " " La semaine suivante, poursuit-il, j'eus d'autres nouvelles qui me

(1) Lettre de M. Cazeaii, vicaire généial do Québec, au Gouverneur général, 11 décembre 1874.

(2) Le conseil de guerre comprenait Janvier Ritcliot, André Nault, Elzéar Goulet, Eizéar Lajrimonière, J.-B. Léi)ine, .Toseph Delorme, Anibroise Lépine. Le secrétaire fut Joseph Nolin, .secrétaire privé de l'adjudant général Les témoins qui comparurent furent Riel, Joseph Delorme et Edward Tnrner.

mirent au courant des progrès du mouvement. Le jour de Xoël, Sa Grâce l'archevêque d'Halifax vint me trouver avec une lettre de Sir Edward Kenny, dans laquelle il disait à Sa Grâce qae des troubles s'étaient élevés à la Eivière-Eouge. On y exprimait aussi le regret de mon absence et le désir de m'y voir retourner. Je réjwndis à Sa Grâc-e que cela était impossible à cause de la réception que j'avais eue lors de mon passage à Ottawa. J'entendais dire que je ne voyais pas de quelle utilité je pourrais être, vu qu'on ne me donnerait probablement pas les moyens de pacifier le peuple. Deux jours plus tard, Sa Grandeur l'évêque Jean-B. Langevin, de Eimouski, me montra une lettre de son frère, l'honorable M. Langevin, mentionnant les difficultés de la Eivière-Eouge et exprimant le désir de me voir revenir. . . Je lui dis alors : "Votre frère connaît les raisons qui "m'empêchent de retourner." Sur cela, il me dit : "Consentiriez- "vous à retourner ? " " Oui, lui répondis-je, je consens à lelour- *'ner si le gouvernement me le demande et me donne les moyens "de régler la difficulté." Il me demanda alors la permission de télégraphier à son frère à cet effet, et j'y consentis (1). "

L'esprit et le cœur du prélat étaient à la Eivière-Eouge plus qu'à Eome. Il écrit le 4 janvier 1870 à Madaino Duga.«, de l'Isère : " Malgré l'immense consolation que je goûte au concile, je vous avoue qu'il me tarde de partir, parce que je suis inquiet de mon pauvre diocèse. Le peuple y est sous les armes et en état de guerre contre le Canada qui veut y entrer. Quoique cette prise d'armes, jusqu'à ce jour non sanglante, soit bien loin de revêtir le caractère horrible de certaines révolutions, elle ne laisse pas de m'inquiéter beaucoup et je partirai le plus tôt possible (2)/'

Ce jour ne se fit pas attendre.

(1) Ilixtoire et nririhie des trouhli s de lu Ririeri-Roneie mcordéefi sous la foi du serment par Mtjr Taché, ou TéraoUjnnqes de Mijr Taehé. derunt le Comité du Xord-Ouest, Cliainbredii comité, 17 ai-ril lt;74. — Dans le.s Journaux delà Chambre des Communes, appeiidii-e 6, p. J5.

(2i Rome, A janvier 1870. — Collection de Mme I)ugas,m'e de Boucherville.

AHCIIEVÊQUE J)E SAINT-BONIFACE 53

Lo 8 janvier, révoque de lîimouski apporta à "Mg^r Taché une dépêche télégraphique qu'il avait reçue de son frère. Elle était ainsi conçue: "Informez l'évêque Taché que le gouvernement du Canada accepte avec joie son ofTrc patriotique de se rendre à Fort Garry et demande son retour immédiat; ses frais de voyage seront connue do juste jiayés (1)."

Mgr do Saint-Boniface voulut consulter son métropolitain, l'archevêque de Quéhec. Mgr Baillargeon lui dit : " Après la manière dont on vous a traité, je comprends que vous puissiez ne point partir; mais si vous pouvez ouhlier l'affront que vous avez reçu, il n'y a aucun doute que vous ferez une honne action en vous rendant à la Rivière-Eouge. "

Mgr Taché répondit par le télégraphe au gouvernement d'Ottawa que " sur sa demande " il allait se mettre en route incessamment. " Le Souverain Pontife voulut bien " le " dispenser des règles ordinaires prescrites par le Concile lorsqu'un évêque devait s'absenter (2). Sa Sainteté voulut bien de plus " lui " accorder la faveur d'une audience privée." Le Pape le "bénit ainsi que la mission qu'il allait accomplir" et ajouta d'un ton ému : " Je bénis le peuple de la Rivière-Eouge, à la condition qu'il prête une oreille attentive à vos conseils et qu'il vive dans la paix et la charité (3)." Doux zouaves canadiens vinrent l'aider à faire ses malles et à les porter à la gare. " Je n'oublierai jamais, écrivait plus tard l'un d'eux, l'émotion de celui que je considérais alors comme le plus grand homme de mon pays : il pleurait à chaudes larmes, et nous pleurions avec lui. (4)."

Il partit de Eome le 12 janvier. Le grand prélat ne devait plus remettre les pieds dans la ville éternelle, d'où l'amour de

(1) Témo'njnages , n° 2, p. 4.

(2) C'est sans doute pour cela que dans les collections des Actes du Concile, par exemple, dans la ('ollectio Lacevcif:, on ne trouve pas le nom de Mgr Taché dans la liste des Pères qui obtinrent la permission, au sein des congrégations générales, de partir avant la lin du Concile.

(3) Témoignages , n" 3, p. 15.

(4) Dans le Rappel du Canada, n° du 24 avril 1 904.

son peuple rarrathait en ce moment, où il aurait aimé à poursuivre avec les évoques du monde entier la grande œuvre de salut " parmi les immenses espérances et les affreuses tempêtes^ que leurs travaux provoquaient (1)."

Il avait des affaires à traiter à Marseille, à L3-on, à Paris et à Londres; il leur consacra les heures du jour, voyagea la nuit,, s'embarqua précipitaiument et arriva à Portland le 2 février.

Là, il trouva une lettre de Sir George-E. Cartier. Le ministre, après l'avoir remercié d'avoir consenti à " aider le gouvernement du Canada pour apaiser le.-: troubles de la Rivière-Eouge,"^ ajoutait : " Nous vous attendons avec hâte à Ottawa aussitôt après votre débarquement à Portland. Xou? prions donc Votre Grandeur de vouloir bien, après avoir mis pied à terre, vous mettre en route direetoiiicnt pour la capitale. . . Comme de raison,, aussitôt que vous serez ici, Votre Grandeur sera mise au courant (le tout ce qui a eu lieu à la Rivière-Rougo et de l'état où en sont les choses (2)." Séjour de buit Mgr Taché se trouva lualade au sortir du bateau ; il dut de-

joiir.s à Ottawa, meurer plusieurs jours à Portland. Dès qu'il fut mieux, il se

mit on route. Sir George Cartier vint à sa rencontre à Montréal, et en l'abordant "lui dit avec sa franchise ordinaire: "Je suis heureux de vous voir, nous avons fait des fautes, vous devez, nous aider à les répirci- {'■))." I*i!i.> il raccninj'agna à Ottawa et l'introduisit immédiatement "au Conseil Privé, alors enséance. " C'était le 9 février. Le lendemain, conduit encore par Sir George, l'Kvêque de Saint-Boniface alla voir le Gouverneur Général.

Son Excellence "l'appela jjhisicur.-^ autres fois en audience privé?, soit seul, soit avec quiehiucs-nii-^ de ses conseillers (■^■)."'

(1) Lettre ti 'M<sv (îiiindiii. Suivi lioiiifure, 2 avril 1870 — Archives de l'évêclif^ (le Suiiit Alliert.

M<;r Taché ajoutait à son ami : " L'Kiirope est hieii mala'le. Iiorrihlemeiii iiialado. Que de sanva<;es plus sanvajres qno les nôtres ! "

(2) Celte lettre e.st intégraleinent reproduite 'laiis les Témoirinagcs de Mgr Taché devant le Comité du Nord-Oumt, m 1874, u^ 4, \>. Ki.

(.3) Mémoire de Mgr Taché xvr lu (lurstinu des< écolen, lSi)4, p. 27.

(4) Ibid.

AHCIlKVfiQUE DE SAINT-HONIFACE 55

L'EvCH|ue eut "' une entrevue avec tout le uiinistère el j)lusieurs avec les priiieipaux iiienil)re< (l),"" ^ii" 'Jolm-A. ^IcDonald, Sir George Cartier. Dion, llowe, .-eeri'taii-e d'Etat pour le? ])ro- Tineos. "Dans toutes les entrevues, dans toutes les eonversations. le Gouvernement oxprinux le désir que je nie rendisse à la lîivière-l^mue pour y pacifier la population; je ils allusion aux conséqueni t's qui pou\aient résuitt'r pour (pu'l(pies-uns de ceux (pii se trouvaient mêlés à ces troubles; mais on me répondit invariablement que le passé serait oublié;, et que si la population consentait seulement à entrer dans la Confédération, '" ])ersonne ne serait troul)lé à raison du passé (2).''

*' Tontes les conversations et les documents fournis à l'Evêque, instructions

données à

dit le prélat lui-même dans un autre écrit, étaient dans le même Mg.-T;iché

^ ' par le gou-

sens. On regrettait le passé, on protestait des dispositions les plna^^en"'^ plus bienveillantes pour l'avenir. Les métis n'avaient qu'à faire connaître leurs désirs par les délégués, et on ferait l'impossible pour les satisfaire (3)." Bien plus, "les frais de voyage des ■délégués, aller et retour, comme ceux de leur séjour à Ottawa, seront payés par le gouvernement canadien (4)." " Les métis n'avaient qu'à mettre bas les armes, et aucune poursuite ne serait intentée contre eux. La Proclamation du Gouverneur Général, ■qui n'avait point encore été publiée à la Eivière-Eouge, fut officiellement remise à Mgr Taché, comme preuve des intentions de Sa Majesté et pour qu'il en garantît l'assurance à son peuple. Tout fut dit et fait de façon à convaincre le prélat que s'il réussissait à calmer les esprits, on serait heureux d'oublier les faits malheureux qui avaient pu se produire avant son arrivée au Fort Garrv (5)."

(1) Mémoire de Mgr Taché sur la question des écoles, 189-1, p. 27.

(2) Témoignages , p. 16.

(3) Notfs sur les troubles de la Rivière-Rouge fournies à Vhon. A. Dorion, novembre 1S74.

(4) Lettre de sir Jolm-A. McDonald à Mgr Taché, 16 févrierlSlO. Cette iettre est reproduite dans Histoire et origine

(5) Notes

Lettre ontopraphe du Gouverneur Général à TEvêque.

"J'eus, tiil-i], quelques conversatious avec les ministres, relativement à la conduite tenue par M. ^IcDougall et le colonel Dennis, et leur conduite fut sévèrement critiquée par eux. On disait que la population avait de bonnes raisons de craindre l'action des autorités canadiennes, puisque les personnes employées par le gouvernement avaient agi d'une manière si peu sage et si inconsidérée . . . Des membres du Conseil Privé exprimèrent leur surprise que tout n'eût pas encore été mis à feu et à sang et attribuaient ce fait à la grande modération dont les métis avaient fait preuve (1). *'

" On me donna sans cesse l'assurance, dit-il encore, qu'une amnistie serait accordée, et que le gouvernement ne serait que trop heureux de la donner si le peuple voulait se soumettre . . . Je compris, d'après le ton de la conversation, que l'amnistie couvrirait tous les actes commis avant mon arrivée, pourvu que le peuple consentît à s'unir au Canada. Un des ministres. Sir George Cartier me dit : " Le gouvernement a commis plusieurs " erreurs, et nous ne devons pas être surpris si la population " de son côté en commet quelques-unes. Assurez-la que les dis- " positions du gouvernement à son égard sont telles qu'elle peut " se fier à nous ..." Sir John McDonald insista encore sur la nécessité d'informer la population das bonnes dispositions à son égard. Je lui dis alors : " Ceci est bien bon, mais des actes " blâmables ont été commis et il pourrait }' en avoir d'autres " encore avant mon arrivée : pourrai-je promettre une amnis- "tie?" Il me répondit: "Oui, vous pourrez la leur promet- "tre(2)."

Xous insistons sur ce point, car nous verrons les ministres oiildier leurs promesses ou chercher à les éluder.

Le séjour du prélat dans la capitale, les entrevues et les conversations se prolongèrent pendant 8 jours. " Quand on crut

(1) Témoignages de Mgr Taché devant le Comité du Nord-Ouesi, p. 18.

(2) Témoignagpft rendus par Mgr Taché sous la foi du serment de^'ant le Comité du Nord- Ouest, 1874. — Journaux de la Chambre des Communes, année 1874, appendice 0, p. 18.

AIU'IIKNEQUI': DK SAl N'I'-IJONIFACE 57

que j'étais au courant de toutes les circonstances de la situation^ poursuit TEvèquo, mon départ pour le Nord-Ouest l'ut fixé au 17 février, l.a veille de ce départ, j'eus l'honneur d'un long entretien avec le Gouverneur Général. Son Excellence me remit elle-même une lettre autographe (1) " qui résumait les vues et les promesses du Gouvernement.

En voici la traduction faite par ^Igr Taché hii-iiiéine :

" Ottawa, 16 février 1870.

" Mon cher Seigneur Evoque,

" Je désire vivement vous exprimer, avant votre départ, le sentiment profond de reconnaissance que je sens vous être dû pour avoir quitté votre séjour à Rome, abandonnant les grandes et intéressantes affaires dans lesquelles vous y étiez engagé pour entreprepdre, à cette saison rigoureuse, la longue traversée de l'Atlantique et un voyage prolongé à travers ce continent, dans le but de rendre service au Gouvernement de Sa Majesté, en acceptant une mission dans l'intérêt de la paix et de la civilisation.

" Lord Granville était désireux de profiter, dès le début, de votre concours si utile, et je me réjouis cordialement de ce que vous avez bien voulu l'accorder avec tant de promptitude et de générosité.

" Vous êtes pleinement au courant des vues de mon Gouvernement, et le Gouvernement Impérial, ainsi que je vous en i informé, désire ardemment voir le Territoire du Nord-Ouest faire partie de la Puissance à des conditions équitables.

" Je n'ai pas besoin de vous fournir des instructions pour vous guider, au delà de celles qui sont contenues dans le message télégraphique qui m'a été envoyé par Lord Granville de la part du Cabinet Britannique, dans la proclamation que j'ai rédigée en conformité à ce message et dans les lettres que j'ai adressées -u Gouverneur McTavish, à Votre Vicaire Général et à M. Smith.

(1) Mémoire de Mgr Taché sur la question des écoles du NordOuest, mars 1894, p. 27.

oS VIE DE MGK ÏACUÉ, 0. M. 1.,

"Dans cette dernière, j'écrivais: "Tous ceux qui auraient des plaintes à faire ou des désirs à exprimer sont invités à s'adresser à moi comme au représentant de Sa Majesté, et vous pouvez affirmer avec la plus entière confiance que le Gouvernement Impérial n'a pas l'intention d'agir autrement ni de permettre que d'autres agissent autrement que dans la ])onne foi la plus entière vis-à-vis des habitants du Xord-Ouest. Le peuple peut compter que le respect et l'attention seront étendus aux différentes croyances religieuses, que le titre à toute espèce de propriété sera soigneusement sauvegardé et que toutes les franchises qui ont subsisté ou que le peuple se montrera qualifié à exercer seront dûment continuées ou libéralement conférées.

" En déclarant le désir et la détermination du Cal)inet Britannique de Sa Majesté, vous pourrez en toute sûreté vous servir des termes de l'ancienne formule : Le droit prévaudra en toute circonstance.

" Je vous souhaite, mon cher Seigneur Evêque, un heureux voyage et le succès de votre bienveillante mission.

" Croyez-moi avec tout respect.

" Fidèlement vôtre,

(Signé): JOITX YQUXO (1)."

LePremiler Ministre, Sir J(iliii-.\. McDonald lui donna une autre lettre qui ron fermait des explications et des promesses analogues (2).

jMgr Taché partit d'Ottawa le 17 février, le jour mémo où Scott et ses compagnons étaient arrêtés. McrTachf- Arrivé à Saint-Paul, il eut connaissance de la Convention te-

waiwur Fort nuc au l''(>i't CJarrv et de la Liste des Droits, discutée dans la

Garry, 17 fé- ' t . .

vricr 1870. Convcution, (|ue reproduisait un journal de la ville.

(1) Cette lettre est reproduite dans le Mémoire de Mgr Tncliê sur la question des écoles du Xord-Ouest,mars 1894, pp. 27-28.

(2) On peut voir cette autre lettre dans les Témoignages de Mgr Taché devant le Comité du JSord-Ouest, n" 6, pp. 18-19.

Il adressa un télégramme à M. llowe jxmr lui demander s'il connaissait cette Liste des Droits. Sur sa réponse négative, il la lui envoya par le télégraphe, telle qu'elle était imprimée dans le journal. L'hon. Secrétaire d'Etat pour les provinces lui répondit par le télégramme suivant : " A l'Evêque Taché, Saint- Paul. Propositions en général satisfaisantes; que la délégation vienne régler ici les détails (1). "

Mgr de Saint-Boniface trouva à Saint-Norbert MM. George Dugas et Eaymond Giroux, le P. Eicher et d'autres qui étaient venus à sa rencontre. Lorsqu'il passa en vue du Fort Garry, les soldats de Eiel demandèrent à leur chef la permission d'aller recevoir la bénédiction de leur Evêque. Le Président le permit ; mais lui-même ne se dérangea pas et dit: "Ce n'est pas Mgr Taché qui passe, ce n'est pas l'Evêque de Saint-Boniface, c'est le Canada qui passe. " En effet l'Evêque venait avec une mission du Gouvernement Canadien; le Gouvernement Provisoire le voyait arriver avec défiance.

•'• Malgré toute la diligence possible, " le prélat n'avait " pu atteindre Fort Garry que le 9 mars^ cinq jours après l'exécution de Scott. "

Eiel mit une garde à la porte du palais épiscopal, avec l'ordre de laisser entrer et sortir librement Monseigneur et les membres du clergé, mais personne d'autre, sans une autorisation spéciale.

"A mon arrivée, dit l'Evêque, je crus devoir prendre des ren- lott.eà seignements avant d'agir et je consacrai deux jours à ce travail." MM. Thibault et de Salaberry logeaient à l'évêché; il eut avec eux de longs entretiens. Il profita de la liberté qu'il avait de sortir pour voir un grand nombre de personnes.

Il se convainquit bientôt que le gouvernement d'Ottawa, qui se croyait très bien renseigné, ne l'était que bien imparfaitement. Par exemple, on n'y avait " qu'une vague idée de la formation

(Ij Témoignagi s de Mgr Tuché devant le Comité du yord-Ouest, Chambre de comité. — Dans les Journaux de lu Chambre des Communes, t. VIII, appendice 0, p. 20.

d'un Gouvernement Provisoire ; " on ne paraissait pas y attacher d'importance. Or à la Eivière-Eouge, l'existence de ce gouvernement était le fait qui dominait tous les autres.

Le 11 mars, Mgr Taché écrivit à M. Howe une longue lettre pour faire connaître au gouvernement de la Puissance la situation générale de la Einère-Rouge. " C'est pour moi, lui dit-il, un pénible devoir de faire connaître à Son Excellence la position dans laquelle se trouve le pays. Ce qui m'étonne le plus, poursuit-il, c'est l'ignorance où j'étais moi-même de l'état véritable des choses pendant mon séjour à Ottawa. Le cœur saigne à la vue des maux qui pèsent sur notre peuple et dans l'appréhension des maux plus grands encore qui le menacent peut-être. Cette colonie, naguère si calme, si tranquille, est maintenant livrée à la désolation. Je regrette infiniment d'avoir à dire qu'à très peu d'exceptions près, tous ceux qui sont venus du Canada ont agi comme s'ils avaient eu à cœur non seulement de compromettre le gouvernement de la Puissance, mais bien de creuser un abîme dont il est impossible de sonder la profondeur (1). ''

'' Voici les faits :

" Un Gouvernement Provisoire est proclamé, reconnu non seulement par la section française de la population, mais bien encore par la colonie écossaise et le plus grand nombre, sinon la totalité des paroisses où on parle l'anglais; l'évêque anglican et son clergé ont aussi reconnu le gouvernement, qui est pour le moment, un régime militaire décidé à se faire respecter.

" L'idée d'annexion aux Etats-Unis semble éteinte, si toutefois elle a existé; la grande majorité désire s'unir au Canada, mais le Conseil veut tracer ses conditions, qui seront peutêtre différentes de celles qui ont été indiquées par la convention.

" Le mécontentement contre l'hon. Compagnie de la Baie d'Hudson n'est égalé que par celui contre l'hon. M. McDougall et tous ceux qui se sont ralliés à lui pour le soutenir par les armes.

(1) Cette lettre et nn grand nombre d'autres concernant les troubles de la Rivière-Roufre et la question de l'amnistie ont été conservées par Mgr Taché dans un rejzistre cartonné que possède l'archevêché de Saint- Boniface. C'est ce recueil que nous citons.

ARCUEVÊQUE DE SAIXT-BONIFACE ()1

" Le Fort Garry est non seulement occupé par le Gouvernement Provisoire, mais tout ce qu'il renferme, pelleteries et marchandises, tout est saisi par le Gouvernement. . . "

Mgr Taché fait ensuite le récit détaillé des événements, notamment de l'exécution de Scott ; puis il poursuit : " La proclamation de Son Excellence n'avait pas été promulguée dans le pays. Les commissaires ont cru devoir s'abstenir de le faire par prudence, et je p^ense qu'ils ont eu parfaitement raison . . .

" La question repose sur la persuasion où est le peuple qu'il ne peut pas être forcé à entrer dans la confédération pas plus que les autres Provinces de la Puissance; que le peuple ne se croit nullement lié par les transactions faites avec l'hon. Compagnie de la Baie d'Hudson; que par conséquent les mots rebelles insurgés déloyaux sont autant d'insultes qu'il repousse avec indignation. C'est là le fond de la question, tout le reste n'est qu'accessoire et il n'existe aucun autre moyen de conciliation que d'agir d'après ce principe. Le peuple ne peut pas tolérer l'idée d'avoir été vendu; c'est ce qui explique son mécontentement tant contre le Canada qui a acheté que contre la Compagnie qui a fait la transaction. Les incidents malheureux dont j'ai parlé plus haut n'ont fait que développer ce sentiment et ajouter à l'excitation des esprits déjà mal disposés par une transaction dans laquelle il n'a pas été fait mention des plus intéressés (1)."

Mgr Taché annonce la prochaine arrivée des Délégués et demande que " le gouvernement fasse justice à leurs demandes ; '' qu'en attendant, " le parlement s'abstienne de légiférer sur un pays 011 son autorité est repoussée par la population, " et qu'on prenne des mesures " pour retarder l'immigration " des Ontariens. " car dans l'exaspération des esprits, les nouveaux venus courent de grands dangers (3). "

(1) Lettre à M. Howe, 11 77tars 1870. — Registre de l'archevêelié de Saint-Boniface, p. 1-15. — Témoignages de Mgr Taché devant le Comité dn Nord-Oiust, pp. 21-23.

(2) Ihid.

S tiiaii.iiicri- Mgr Taché comprenait combien la situation était critique. '*'"'■ " Il était nécessaire de prendre toutes les précautions possibles

pour concilier les divers intérêts en jeu. Il fallait spécialement concilier les intérêts de la Couronne qui semblaient menacés par une invasion de l'extérieur en faveur des mécontents; les intérêts de toute la population anglaise et française dans le Xord- Ouest; les intérêts du gouvernement fédéral, parce que le plus léger indice d'hostilité de sa part aurait rendu toute conciliation impossible; la position des sauvages", dont les agitateurs ontariens continuaient de réveiller les vieilles rancunes contre les métis; "enfin les intérêts de la Compagnie de la Baie d'Hudson (1)."

Kiiircvut-Rv, c Le 11 mars ^Igr Taché se rendit au fort et vit '"le président

Kiel et lo< , ^ ^

ch.fsdu au Gouvernement Provisoire et quelques autres chefs, Lépine, iiH-o^t piovi etc.'' Il les assura " que le gouvernement fédéral était très fa- II inrii-9is7o vorablement disposé à l'égard du pays, " leur remontra "la nécessité pour eux de se montrer sujets loyaux et les avantages qu'ils gagneraient à recevoir les autorités canadiennes avec plaisir et satisfaction. " Il leur dit qu'il était porteur d'une proclamation de Son Excellence le Gouverneur Général. " Voici ce qu'ils me répondirent, raconte l'Evêque. " Xous avons eu " trop de ces choses-là ; mais malheureusement elles n'étaient " pas authentiques. " Je leur répondis : " Celle-ci est authen- " tique et je le garantis, car je l'ai reçue directement des auto- " rites. " Sur ce, je leur montrai la signature de Sir John Young, Gouverneur Général, et leur assurai que, sans aucun doute, l'intention du gouvernement était de remplir tes promesses (2)."

" Ils firent observer que la proclamation portait la date du 6 décembre, tandis que l'on était au 11 mars. Je leur dis en réponse à cela que la proclamation m'ayant été donnée le 16 février pour l'emporter à la Eivière-Eouge, ne couvrait pas seulement toutes les offenses commises jusqu'à cette date, mais jus-

(1) Témoignages, \\ 23.

f2) Témoignages^, p. 24.

A]{('m:\ KQLTE DE SAl X l'-lJONIFACE (jH

qu'à ce que je fusse eu demeure de la présenter aux intéressés. En cette occasion, ils refusèrent de se soumettre aux autorités canadiennes, à moins qu'on n'accordât une amnistie qui couvrît tous les actes antérieurs; mais ils ne refusaient pas de se soumettre aux autorités impériales. Je suis convaincu qu'à moins qu'une telle amnistie n'eût été offerte, ils auraient résisté au parti canadien . . . Aussi voyant que le pays serait certainement ruiné si la promesse n'était pas faite, je dis que la proclamation couvrirait tous les actes commis jusqu''à cette date (1).""

Eiel et les autres chefs du Gouvernement Provisoire se montrèrent très satisfaits des déclarations et des promesses de leur Evêque. Ils protestèrent " à plusieurs reprises, qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de faire un soulèvement contre la Couronne; que leur seule intention était d'en venir à une entente avec les autorités canadiennes, avant d'entrer dans la Confédération. Ils dirent qu'ils n'étaient pas un troupeau de buffles, comme les appelaient les journaux d'Ontario. '" qu'ils étaient hommes et sujets britanniques et comme tels, dignes de considération. Le peu de considération qu'on leur avait accordé tant en Angleterre qu'en Canada était, disaient-ils, la cause du soulèvement (2 )."

Cependant, " ils ne mirent pas bas les armes immédiatement, parce que ce procédé aurait eu, selon eux, de mauvais résultats; vu qu'un certain parti dans le pays profiterait de leur position pour venir les massacrer. Je suis moi-même convaincu, atteste le prélat, qu'il en aurait été ainsi (3)." D'ailleurs "Me Gouvernement Provisoire avait été reconnu par tous les partis . . . , par la population anglaise, par la Compagnie de la Baie d'Hudson ; de fait, il était le seul gouvernement du pays (4) :'" Mgr Taché pensait " qu'il ne serait pas bon de faire retirer ce gouvernement, puisque cette retraite aurait laissé le pays sans

(1) Témoignages.

(2) Ihid, p. 25.

aucune autorité gouvernementale et aurait pu contribuer à renouveler les premiers troubles (1).'"'"

Mgr Taché négocia dans la même entrevue l'élargissement des 48 prisonniers faits au milieu de février. La moitié des prisonniers furent mis en liberté sur l'heure même, et on lui promit que les autres seraient élargis la semaine suivante : ce qui eut lieu.

Cette entrevue fit faire un pas immense à la cause de la pacification. Sur la déclaration que le gouvernement du Canada n'avait que des intentions bienveillantes à l'égard de la population de la Eivière-Eouge et que l'Evêque n'était venu que pour assurer tout le monde de ces intentions, Eiel fit retirer la garde qu'il avait mise au palais épiscopal et laissa communiquer tous ceux qui le voulaient librement avec le négociateur de la paix. '"rEvéq'tre'''' Il fallait maintenant décider la population à envoyer des déd°un.-\féio-'' légués à Ottawa pour traiter de l'entrée du pays dans la Conga ion. fédération. C'était le moyen de terminer d'un seul coup toutes

les difficultés. Trois délégués avaient été nommés, nous l'avons dit, au mois de février; mais les circonstances avaient fait ajourner leur envoi. " On avait même à peu près abandonné cette idée d'une délégation (2)." Mgr Taché résolut de faire envoyer immédiatement les délégués.

L'Assemblée Législative d'Assiniboia fut convoquée pour le lundi suivant : c'était " le Conseil du Gouvernement Provisoire élu par les différentes paroisses. " Mgr Taché se présenta à l'assemblée et promit que la population serait bien traitée si elle entrait en négociation avec le Gouvernement d'Ottawa, comme celui-ci le désirait. Il lui lut le télégramme de M. Howe au sujet de la Liste des Droits, ainsi que le passage suivant de la lettre que Sir John-A. McDonald lui avait remise le 16 février: " Dans le cas où une délégation serait nommée pour venir à Ottawa, vous pourrez l'assurer qu'elle sera bien reçue et que ses demandes seront considérées avec soin. Les frais de voyage des délégués, aller et retour, ainsi que pendant leur séjour à Ottawa,

(1) Témoignages , p. 25.

(2) Mgr Taché, IJnepage de Vlihtoire des écobs '^e .)fa)iitohii, p. 28.

seront payés par nous. " Il en concluait que la mission des délégués aurait pour effet d'assurer tous les droits de la population de la Rivière-l\ouge. Devant ces déclarations de leur Evêque, ■"les dispositions des gens changèrent complètement (1)."

" Ils me dirent alors, conclut l'Evêque, qu'ils étaient satisfaits, qu'ils mettraient bas les armes, qu'ils accepteraient les décisions de la Couronne et qu'ils consentiraient à entrer dans la Confédération à des conditions équitables (2)." L'envoi des délégués fut décidé d'un accord unanime.

Le Gouvernement Provisoire désigna de nouveau les trois dé- Nouv.ho dési-

'-' gnation des

légués nommés une première fois le 12 février. " Les délégués déléguée, hésitèrent à accepter leur nomination, parce qu'on leur signifia que la Liste des Droits, telle qu'elle avait été arrêtée par la convention, serait modifiée et qu'entre autres demandes, celle qui proposait la reconnaissance d'un Territoire avec un gouvernement temporaire , serait remplacée par la demande de la création d'une Province régulière, avec un gouvernement permanent et responsable (3)."

Mgr Taché insistait pour l'organisation définitive de la Province. " Eéflexion faite, écrivait-il à Sir George Cartier, je croi^ qu'il vaut mieux que nous entrions de suite dans la Confédéra- Tation comme province, parce qu'il y aurait un nouveau danger à courir au moment d'un nouveau changement : il est mieux de faire immédiatement un arrangement définitif (4)."

Monseigneur de Saint-Boniface, par son ascendant, fit taire

(1) Témoignage» de Mgr Taché devant le Comité du Nord-Ouest, p. 25. Un des témoins déclarait plus tard sous la foi du serment : " Il

^l'Evêque) ajouta qu'il avait été mandé de Rome pour agir comme commissaire, représentant, d'après ce que je compris, les gouvernements impérial et canadien; et nous comprîmes qii' il nou^ promit en cette qualité une amnistie générale, s'étendant à tous les actes passés, et ce n'est qu'après <:ette déclaration que nous crûmes réellement qu'il n'y aurait pas de guerre civile." — Témoignages de A.-G.-B. Bennati/ne devant le Comité du Nord- Ouest, p. 125.

(2) Témoignages , p. 25.

(3) Mgr Taché, Une page de l'histoire des écoles de Manitoba.

(4) Evêché de Saint-Boniface, 7 avrd 1870. — Registre cartonné de l'ar- •chevêché de Saint-Boniface, pp. 14-15.

les objections des délégués. Ceux-ci reçurent leurs lettres de créance (1) avec une Liste des Droits, "non pas, observe Mgr Taché, celle qui avait été formulée par la Convention et que nous avions télégrapbiée à l'hon. M. Howe, mais bien une nouvelle Liste, formulée par l'Exécutif du Gouvernement Provisoire (2)/' en 20 articles, " qui seule devait être la base des négociations avec le gouvernement) du Canada (3).'"'

(1 ) Voiri l:i lettre de créance donnée au Kév. M. Ritdiot le 12 février r " Révérend Monsieur, — J'ai reçu instruction de vous informer que le président des Territoires du Nord-Ouest vous a nommé, ainsi que John Black et Alfred Scott, écnyers, conuuissaires, avec mission de vous rendre auprcs du fjouvernement de la Puissance du Canada, pour y discuter les conditions de notre entrée dans la Confédération. Je suis, Monsieur,... Signé: Thomas Bixn, secrétaire."

Voici la lettre de créance donnée au même le 22 mars: " Le président du gouvernement provisoire d'Assiniboia en conseil vous met par les présentes en autorité et en délégation, vouf;, le Révérend Messire J.-N. liitchot, en compagnie de M. John Black, écuyer, et de l'Iion A. Scott, afin que vous vous dirigiez à Ottawa, en Canada, et*que là vous placiez, devant le parlement canadien la liste qni vous sera confiée avec les présentes, liste qui contient les conditions et propositions sons lesquelles le peupled'A.ssiniboia consentirait à entrer en confédération avec les autres provinces du Canada. Signé: Thomas Bunx, secrétaire d'Etat."

(2) V Amnistie, p.'47.

(3) Mgr Taclié, Une page , p. 29.

La Lntedcs Droits remise an Révérend M. Kitcliot est proprement la li fie officielle, ceWe qu\ fait foi. Elle différait, en plusieurs choses notables, de la Liste des Droits rencontrée par Mgr Taché à Saint-Paul, et envoyée par lui au gouvernement d'Ottawa. " Ce résumé de demandes à faire il Ottawa, ol^servait Mgr Taché, en 1S93, a été modifié tant de fois et de tant de manières qu'il n'est pas étonnant que les nombreuses éditions de ce document aient donné lieu à nue certaine confusiDu. Quoiqu'il en soit des opinions diverses exprimées à ce sujet, la chose est fixée maintenant d'une manière définitive, grâce au succès qui a couronné les recherches faites dans les déi^artements de la capitale, à la demande de l'honorable sénateur T.-A. Bernier M. Ritchot, appelé en témoignage et mis sous serment dans la cause de la Reine contre Lépine, donna au juge qui présidait la cour du Banc de la Reine l'original même de cette Lis;e des Droits. Ce document, d'une valeur historique inapprécial)le, n'a jamais été remis à M. Kitcliot. (Quoique filé ilans les pièces justificatives du j)rocès et marqué N, on Ta cherché en vain dans les archives de la cour, à Winnipeg. Heureusement qu'une copie conforme, attestée et signée par M. Daniel Carey, greffier de la Couronne et de la Paix, en avait été envoyée ofiiciellement au département de la justice, de suite après le procès, en 1874. C'est cette copie qui vient d'êtie retrouvée dans les archives d'Ottawa ; elle est au département du secrétaire d'Etat, où son autlienticité a été établie d'une manière inattaquable."

Voici ce docutiient si célèbre:

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