‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-BonifaceChapitre 5 sur 81 · LISTE DES DROITS · texte numérisé non relu

LISTE DES DROITS

Article 1. " Que les territoires ci-devant connus sous le nom l» ii«ie le^

^ droit» offl-

de Terre de Eupert et du Nord-Ouest n'entreront dans la Con- «*'"<'■ fédération de la Puissance du Canada qu'à titre de Province, qui sera connue sous le nom de Province d'Assiniboia (1) et jouira de tous les droits et privilèges communs aux différentes provinces de la Puissance.

Article 2. " Que jusqu'au temps où l'accroissement de ce pays nous ait donné droit à plus, nous aurons 2 représentants au Sénat et 4 aux Communes du Canada.

Article 3. '*' Qu'en entrant dans la Confédération, la Province d'Assiniboia restera complètement étrangère à la dette publique du Canada, et que si elle était appelée à assumer quelque partie de cette dette du Canada, ce ne soit qu'après avoir Teçu du Canada la somme même dont on voudrait qu'elle se Tendît responsable.

Article 4. " Que la somme annuelle de quatre-vingt mille piastres soit allouée par la Puissance du Canada à la législature -de la Province du Nord-Ouest.

Article 5. " Que toutes les propriétés, tous les droits et privilèges possédés par nous soient respectés, et que la reconnaissance et Parrangement des coutumes, usages et privilèges soient laissés à la décision de la législature locale seulement.

Article G. " Que ce pays ne soit soumis à aucune taxe directe, -à l'exception de celles qui pourraient être imposées par la législature locale, pour des intérêts municipaux ou locaux.

Article 7. " Que les écoles soient séparées et que les argents pour écoles soient divisés entre les différentes dénominations religieuses, au prorata de leurs populations respectives.

Article 8. " Que la détermination des qualifications des

(1) lieiuUis à Ottawa, les délégués reçurent' instruction de demander ■que la nouvelle province fût nommée Manitoba.

membres au Parlement de la Province ou à celui du Canada soit laissée à la législature locale.

Article 9. " Que dans ce pays, à l'exception des Indiens qui ne sont ni civilisés ni établis, tout homme ayant atteint l'âge de vingt et un ans et tout sujet anglais étranger à cette province, mais ayant résidé trois ans dans ce pays et possédant une maison, ait le droit de voter aux élections des membres de la législature locale et au Parlement canadien, et que tout sujet étranger autre que sujet anglais, ayant résidé le même temps et jouissant de la propriété d'une maison, ait le droit de vote, à condition qu'il prête serment de fidélité. Il est entendu que cet article n'est sujet à amendement que de la part de la législature locale exclusivement.

Article 10. ^'Que le marché de la Compagnie de la Baie d'Hudson, au sujet du transfert du gouvernement de ce pays à la Puissance du Canada, soit considéré comme nul, en autant qu'il est contraire aux droits du peuple d'Assiniboia et qu'il peut affecter nos relations futures avec le Canada.

Article 11. " Que la législature locale de cette province ait plein contrôle sur toutes les terres de la Province et le droit d'annuler tous les arrangements faits ou commencés, au sujet des terres publiques de Eupert's Land et du Nord-Ouest appelées maintenant province d'Assiniboia (Manitoba) (1).

Article 12. " Qu'une compagnie d'ingénieurs, nommés par le Canada, ait à explorer les divers terrains du Nord-Ouest et à déposer devant la Chambre Législative, dans le terme de cinq ans, un rapport sur la richesse du pays.

Article 13. " Que des traités soient conclus entre le Canada et les différentes tribus sauvages du pays, à la réquisition et avec le concours de la législature locale.

Article 14. " Que l'on garantisse une communication continue à vapeur du Lac Supérieur au Fort Garry, à être complétée dans l'espace de cinq ans.

(1) Les deux articles précédents étaient contraires aux décisionsprises par le gouvernement impérial en 1869.

' ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE ()f)

Article lô. " Que toutes les bâtisses et édifices publics soient à la charge du trésor canadien ainsi que les ponts, chemins et autres travaux publics.

Article 16. '* Que les langues française et anglaise soient communes dans la législature et les cours, et que tous les documenti publics, ainsi que les actes de la législature soient publiés dans les deux langues.

Article 17. " Que le lieutenant-gouverneur à nommer pour la Province du Xord-Ouest, possède les deux langues française et anglaise.

Article 18. " Que le juge de la Cour suprême parle le français et l'anglais.

Article 19. " Que les dettes contractées par le gouvernement provisoire du Nord-Ouest soient payées par le trésor de la Puissance du Canada, vu que ces dettes n'ont été contractées qu3 par suite des mesures illégales et inconsidérées, adoptées par les agents canadiens pour amener la guerre civile au milieu de nous. De plus, qu'aucun des membres du gouvernement provisoire, non plus que ceux qui ont agi sous sa direction, ne puissent être inquiétés relativement au mouvement qui a déterminé les négociations actuelles.

Article 20. " Qu'en vue de la position exceptionnelle d'Assiniboia, les droits sur les marchandises importées dans la province, excepté sur les liqueurs, continueront à être les mêmes qu'à présent pendant trois ans à dater de notre entrée dans la Confédération, et aussi longtemps ensuite que les voies de communications par chemins de fer ne seront pas terminées entre Saint-Paul, Winnipeg et le Lac Supérieur. "

M. Bitchot et M. Alfred Scott quittèrent la Eivière-Eouge Déi'.-'^rtdes le 28 mars; ils devaient être rejoints à OttaAva par le troisième délégué, le juge Black.

Mgr Taché envoyait souvent, aux rares époques des courriers réguliers, le résumé des événements de plusieurs mois à son Coadjuteur, perdu parmi les sauvages du N'ord-Ouest. Nous trouvons, à l'époque où nous sommes, une lettre de ce genre.

70 VIE DE MGR TACHÉ, 0, il. I.,

Xous allons en citer une partie, car elle peint très vivement la vraie situation du moment.

"... Que vous (lire de cette lîivièrc-Eougo? dit-il. T.e gouvernement de la Compagnie est détniit et remplacé par un Gouvernement Provisoire, dont M. Eiel est le chef avec le titre de Président. Ce Gouvernement a saisi Fort Garry et tout ce qu'il contenait; mais j'espère que ces jours-ci mêmes tout ce qui reste va être rendu à certaines conditions et que les affaires vont reprendre leur cours ordinaire. La Providence s'en est mêlée ostensiblement et c'est miraculeux qu'on ait pu aller si loin et ne pas causer de plus grands malheurs. En ce moment, les choses semblent se tranquilliser. Tous les prisonniers sont en liberté; et malgré les efforts nombreux pour amener la guerre civile, et ce de la part de Canadiens d'Ontario, nous n'avons jusqu'à ce jour qu'à déplorer deux pertes de vie . . .

" Ce qui s'est fait est incroyable, et plus incroyable encore est ce qui n'a pas été fait. Le Canada a multiplié ses sottises dans une proportion effrayante. Aujourd'hui on semble revenir à de meilleures dispositions. On a envoyé M. Thibault comme agent de réconciliation. Après m'avoir méprisé tout l'été, on m'a envoyé un télégramme à Rome pour me demander de revenir. On est entré en négociation avec le peuple de la Eivière- Rouge au sujet des conditions de l'union des deux pays. Trois délégués, le R. M. Ritchot, M. Black et M. Scott sont en route pour le Canada comme délégués du peuple du Xord-Ouest. Espérons que le succès de cette délégation nous assurera la paix et une entrée lionnrable et avantageuse dans la Confédération canadienne (1). "

[l) S'dul-Bonifdce, 2 anil 1870. — Archives de l'évêclié de Saint- Albert.

M}!;r Tac'lié ajoutait : ''Majzraiule inqnit'tnde est pour le Nord. On parlait d'y sai.sir ton.s les forts de la Compagnie et d'y commencer par là un système de briganda<îe, qui, en démoralisant le j)enp]e, aurait entraîné les plus graves dangers et les plus déplorables complications. A vou'^ de prévenir et vos missionnaires et votre peuple, pour qu'un pareil désastre n'arrive pas. Mais, comiirenez-moi, il n'y a pas de danger d'ici : le danger n'e.xisterait que si les gens île l'intérieur voulaient eux-inémes eu venir à cette extrémité."

AKCIIKVHQUI-: I>1' SAIXT-BONIFACE 7I

Depuis une année, il existe dans la province d'Ontario un Mi-nac s<-(.nii-i parti qui a les yeux tournes vers la Riviere-Kouge, comme vers et imr une proie qu'elle convoite. Ce parti est plein de rage — l'expression n'est pas trop forte, — depuis trois mois, contre les métis français qui, au lieu de subir sans résistance ses envahissements, ont eu l'audace de prendre les armes et de proclamer un Gouvernement Provisoire. Depuis trois semaines, il a pour déverser sa fureur un prétexte qu'il a saisi avec empressement et qu'il exploite avec bruit tous les jours, l'exécution du malheureux Thomas Scott.

Or tout à coup, on annonce dans la province d'Ontario que deux délégués des métis et du Gouvernement Provisoire sont en route pour négocier à Ottawa l'entrée des territoires de la Eivière-Rouge dans la Confédération, et que les délégués vont passer dans la province. Aussitôt des assemblées se réunissent et exaltent le sentiment populaire. On s'apprête à arrêter les délégués et à les lyncher, surtout le Eév. M. Eitchot, connu pour son attachement aux métis. Les fureurs aveugles de ces ennemis de la race française ne peuvent s'apaiser que dans le sang répandu. Peut-être aussi quelques chefs plus fanatiques poussent-ils le peuple à des violences qui, selon eux, en exaspérant les métis, les précipiteront dans des excès capables d'amener par représailles leur extermination.

Heureusement, les délégués, sans rien savoir du danger, ne suivirent pas la route ordinaire pour aller à Ottawa, et, au lieu de traverser la province d'Ontario, passèrent par les Etats-Unis.

Dès que le gouvernement canadien connut leur marche, craignant quelque mauvais effet de ces haines ardentes, il envoya à leur rencontre plusieurs hommes de la police secrète pour les protéger. M. Eitchot raconte qu'il fut bien étonné quand à Prescott il se vit aborder par des hommes fort polis qui lui déclarèrent secrètement leur mission et lui indiquèrent diverses précautions à prendre pour ne pas éveiller l'attention des mal intentionnés.

Les délégués arrivèrent à Ottawa le 11 avril. A peine descendus de voiture, ils furent l'objet d'une poursuite devant les

tribunaux. Le frère de Thomas Scott déposa une plainte contre eux, les accusant de complicité dans la mort de son frère. Alfred Scott fut aussitôt arrêté, passa une nuit dans la prison publique et reçut ensuite pour prison l'hôtel Eussel où il était descendu. M. Ritchot eut pour prison le palais épiscopal d'Ottawa, où il logeait.

Le Rév. Curé de Saint-Norbert protesta énergiquement contre son arrestation. " Je m'adresse directement en ce moment à vous, le représentant de notre Souveraine et le gardien de l'honneur britannique dans cette contrée, écrit-il au Gouverneur Général, pour vous demander de vouloir faire respecter en ma personne le privilège qui aj)partient à un parlementaire d'être exempt de tout traitement hostile jusqu'au retour en lieu silr. . . Je suis accusé de participation dans une mort d'homme; la chose serait aussi vraie qu'elle est radicalement' fausse, que cela ne changerait pas ma position comme parlementaire, invité et accepté par le gouvernement de Votre Excellence ; car je suis ici en vertu de la foi jurée^ à la garde de l'honneur anglais et de l'honneur canadien. Je déclare à Votre Excellence, devant Dieu et devant les hommes, que je n'ai en aucune manière, contribué à une mort d'homme ... ; mais, je le répète, ceci ne concerne en rien mon caractère de parlementaire, qui me rend inviolable et par lequel j'échappe à toute juridiction civile et criminelle (1). "

Mgr Taché écrivit plusieurs lettres au Gouvernement fédéral pour lui représenter les extrémités dans lesquelles un pareil fait était de nature à jeter le pays (2).

Lord Granville adressa une dépêche télégraphique au Gouverneur Général pour lui demander " si l'arrestation des délégués avait été autorisée par le Gouvernement Canadien. "' Le Gou ver-

Ci) Ottaira, 20 airil 1870.

On peut voir le texte complet de cette protestation dans VAmnisiie de :Mgr TaclH's pp. 13-14.

(2) Red River Seulement, 30f/( man 1S70. — ReqiMre mentionné phis liant, pp 1G-2S.

Le texte français de ces lettres est dans les Témoignages de Mgr Taché devant le Comité du NordOuest, n"' 12 et 13, pp. 27-30.

neur répondit au Ministre d'Angleterre négativement, mais prétendit en mOnie temps que, posée la législation du pays, " il n'avait pas le pouvoir de s'enquérir de l'action des tribunaux ordinaires. "

La procédure suivit son cours et la plainte fut définitivement écartée le 22 avril. Les délégués adressèrent le même jour une requête à l'iion. Howe, Secrétaire d'Etat, pour demander l'ouverture des négociations. Celles-ci s'engagèrent aussitôt. Dès le 22 avril, les délégués eurent une entrevue avec Sir George- Etienne Cartier, Ministre de la Milice, le 23 avec Sir George et Sir John-A. McDonald, Premier Ministre, le 25 avec Sir Georges et Sir John (1).

Cependant le Premier Ministre ne se souciait pas de recon- lq curé aussi

^ ^ fin Que le

naître trop ouvertement au Eév. M. Eitchot et à ses collègues le ministre-, caractère de délégués o,fficieIs du Gouvernement Provisoire et du peuple de la Eivière-Eouge : car c'était accorder au Gouvernement Provisoire une légitimité qu'il ne contestait pas en principe, mais dont la reconnaissance lui serait reprochée comme un crime par les fanatiques d'Ontario; c'était confesser implicitement la légalité de l'exécution de Scott, de cette exécution qui depuis un mois soulevait tant de clameurs dans des hommes qu'il redoutait et ménageait.

Il voulait bien traiter avec les délégués, leur faire des promesses et des concessions, et obtenir par ce moyen la soumission du peuple d'Assiniboia et son union à la Confédération ; mais il cherchait à ne pas donner à ces négociations un caractère international, à les réduire plutôt à de simples pourparlers privés, tels qu'ils existent entre un gouvernement et ses sujets, sinon entre un gouvernement et des rebelles.

M. Eitchot devina le jeu du roué diplomate et demanda aux Ministres de la Confédération de reconnaître sa qualité de délégué d'un Gouvernement et d'un peuple. On parut ne pas

(1) Témoignages rendus sous la foi du serment devant le Comité du Nord- Ouest, Chambre de comité, lundi, 20^ivril 1874. — Dans les Journaux de la Chambre des Communes de la Puissance du Canada, t. VJII, appendice 6, pp. 69-70.

comprendre son objection et on évita de lui répondre. Il se renferma alors dans un mutisme complet. Les Ministres parlaient entre eux, adressaient diverses questions aux délégués : le Rév. M. Ritchot ne répondait pas un mot. Quand les questions devenaient plus directes, M. Ritchot leur disait : " Je vous répondrai quand vous m'aurez ouvert la bouche en reconnaissant ma qualité de délégué officiel (1). " ouT.rtuiedfs A la fin, Sir John dut céder, et le 26. en entrant dans la salle.

llHgricli lions. '

il remit au Rév. P. Ritchot la reconnaissance écrite qu'il avait demandée. La voici : " Messieurs, j'accuse réception de votre lettre, en date du 22 courant, disant que, étant les délégués du Xord-Ouest au gouvernement du. Canada, vous désirez avoir une prompte entrevue avec le gouvernement ; et je dois vous informer on réix>nsc que l'hon. Sir John-A. McDonald et Sir Geo.- Etienne Cartier ont été autorisés par le gouvernement à conférer avec vous au sujet de votre mission et qu'ils seront prêts à vous recevoir à 11 heures. " Cette reconnaissance portait la signature de l'hon. Howe (2).

Mgr Taché écrira dans les derniers jours de sa vie : '" Certains fanatiques disent que les délégués n'étaient pas les représentants du peuple du Nord-Ouest. Cette objection est absolument futile et la preuve c'est que le gouvernement canadien les a reconnus comme délégués, a négocié avec eux comme tels, et ce, à la connaissance, avec l'approbation et à la satisfaction du Gouvernement Impérial (3). "

Les négociations s'engagèrent alors sur la base des instructions qui avaient été données aux délégués " par le gouvernement et la population du Xord-Ouest ou d'Assiniboia.

Pendant ce temps, Mgr Taché, demeuré à la Rivière-lîouge, continuait son œuvre de pacification.

(1) Nous tenons tous ces détails avec toutes leurs circonstances de la bouche même du Rév. M. Ritcliot, qui peut les certifier à tout visiteur comme il l'a fait à nous-même.

(2) Cité dans les Témoignages dn Rév. M. Ritcliot, n^ 50, p. 70.

(3) Mémoire de Mgr Taché svr fa quetiion des écoles, mars 1894, p. 33.

Les Etats-Unis firent au Gouvernement Provisoire " des offres suuerie

y -, , l'œuvre do

considérables en hommes et en argent, pour le cas ou les troupes pncinoatioi» canadiennes viendraient attaquer les métis (1);" ils offrirent Mgrïa.hf- " des sommes à un montant de plus de 4 millions de dollars, des R'^'- «'"K'^hommes et des armes (2). " L'Evêque dissuada fortement le Gouvernement de les accepter. Sous son influence, le New Nation, " organe et propriété du Gouvernement Provisoire, " favorable d'abord à l'annexion aux Etats-Unis, dut suspendre plusieurs Jours sa publication. Quand il la reprit, " il commença à proclamer ouvertement la nécessité de la loyauté à la Couronne et les avantages d'un honorable arrangement avec le Canada (3). "

Les Féniens des Etats-Unis se mirent plusieurs fois en rapport avec les métis de la Eivière-Rouge en vue de conclure une alliance avec l'Angleterre, qu'ils représentaient comme leur ennemie commune. Plus encore que les Etats-Unis, les Féniens étaient l'objet de la défiance de l'Evêque. S'il ne put décider les chefs du Gouvernement Provisoire à rompre avec éclat avec eux, il obtint d'eux, et même, il le faut dire, facilement, qu'ils n'acceptassent aucune de leurs propositions.

Le Gouvernement Provisoire avait saisi, nous l'avons dit, les pelleteries et les marchandises renfermées au Fort Garry. Il les rendit à la Compagnie de la Baie d'Hudson, dans les premiers jours d'avril, moyennant certaines conditions (4).

Les marchandises saisies dans d'autres postes, " le poste de Manitoba," '' le poste des Plaines du Cheval-Blanc ", furent semblablement rendues (5).

Le commerce, complètement interrompu depuis plusieurs mois, reprit peu à peu.

(Ij Lettre de Mgr Taché à M. Howe, sccrétuire d'Etat, 7 mai 1870.

(2) Lettre de Mgr Taché au Gouverneur-Général du Canada, 7 mai 1870. - Arcliives de l'arclievêclié de Saint-Boniface.

(3) liettre de Mgr Taché à M. Howe, 7 mai LS70.

(4) IbUL l5 Ibid.

" Il n'y avait aucun drapeau britannique dont on fit usage à la Rivière-Eouge avant les troubles. Quand la Compagnie de la Baie d'Hudson se servait d'un drapeau, ce n'était pas, à proprement parler, le drapeau britannique, c'était un Union Jack, portant les lettres H. B. C. (1). " Les drapeaux particuliers étaient en usage. Durant les deux ans qui précédèrent les troubles, le Dr Schultz adopta pour le parti canadien un drapeau spécial: c'était un Union Jack, qui portait le mot Canada. " Riel était d'opinion que si un homme dans le pays avait le droit d'arborer son propre pavillon, le même droit devait appartenir aussi à d'autres hommes. " Il adopta pour drapeau du Gouvernement Provisoire, le drapeau français, " avec fleur de lis, à laquelle fut ajoutée ensuite la fouille de trèfle (.S).*'

Or les journaux d'Ontario accusaient le Gouvernement Provisoire d'avoir al)attu le drapeau britannique. Quoique le fait fût bien notoirement faux, Mgr Taché voulut enlever tout prétexte à ces plaintes. Il demanda au Gouvernement Provisoire et en obtint qu'il hissât, à la place de son drapeau, le drapeau britannique. " Le pavillon anglai-^, écrit Mgr Taché le 3 mai, a été hissé il y a deux semaines et flotte depuis (3)." Il continua d'être hissé tous les jours, jusqu'au 23 août au soir, veille de l'arrivée du colonel Wolseley et des troupes, que nous raconterons plus loin.

"Le commerce se fait librement, poursuit l'Evêque, on fait des préparatifs pour transporter les approvisionnements ordinaires dans l'intérieur; des courriers ont été envoyés pour empêcher tout acte d'agression contre les établissements de la colonie; la paix et la tranquillité régnent, et depuis longtemps les prisons sont vides par toute la colonie; l'administration de la justice a pris son cours ; sauf la crainte des sauvages, la colonie échappe au danger qu'elle a éprouvé durant l'hiver et compte sur un arrangement équitable et dangereux avec le Canada (4)."

(1) Iludson's Bay Company.

(2) Témoignages^ ,p. 31.

(3) Lettre du 3 mai 1870 à l'iioii. ^f. Ilowe.

(4) Thid.

Le pacificateur écrivait à Sir George Cartier le 7 avril : " Pour le moment les choses semblent prendre un aspect plus consolant, et j'espère que les délégués pourront obtenir à Ottawa des conditions telles que notre peuple sera heureux de les accepter. Si vous saviez à quel danger le pays a été exposé, à quel danger il serait encore exposé si l'on voulait imposer un arrangement qui ne serait pas du goût de notre population. Pour nous Canadiens- FrançaiSjla Providence semble nous avoir bien servis, en permettant ce qui s'est passé. Evidemment, Ontario voulait s'emparer du Nord-Ouest et nous réduire à néant. C'est vraiment pour le Bas Canada autant que pour eux-mêmes que nos pauvres métis se sont armés. Quand on sait tout ce qui s'était tramé à l'insu du gouvernement, on se |3ersua:de facilement que le plus triste sort attendait nos métis ; et de plus, que d'horribles événements se seraient produits avant deux ans ! En sorte qu'en définitive, si les choses ne vont pas plus loin, comme je l'espère, je dirai avec vous : " C'est un mal pour un bien (1). "

La Sœur Curran écrivait à Madame Taché : '^ Depuis le retour de notre vénéré Seigneur, la paix et la confiance, qui paraissaient ne devoir reparaître que dans un avenir bien lointain pour notre pa3's, semblent être du nombre des bienfaits particuliers attachés à la présence du Premier Pasteur au milieu de son peuple (2). "

Cependant à plusieurs reprises les hommes de discorde sem- l-s ngitat-urs. blèrent sur le point de compromettre cette œuvre de pacification. Nous entendions, il y a un instant, le prélat parler de " la ■crainte des sauvages. " En effet, écrit-il le 3 mai au Gouvernement canadien, " je regrette de dire que le danger de ce côté-là est réellement très grand. Dennis, Mair, Schultz et Monkman sont au milieu d'eux; quelques autres s'occupent activement de les soulever, de sorte, ajoutait-il, qu'il est possible que les vœux de VEvening Mail, " un des journaux ontariens les plus exaltés,

(1) Saint-Boni face, 7 avril 1S70. — Copie dans les archives de l'arcbe- "vêclié de Saint-Bonitace.

(2) Collection de ^I. de la Broquerie-Taché, n^' 144.

li-.i pressa'

" se réalisent, et il y aura vraisemblablement des réunions populaires* pour féliciter les premiers auteurs de nos troubles sur le? massacres en masse qu'ils auront provoqués (1). "

Ces redoutables éventualités n'eurent pas lieu, parce que les agitateurs ne réussirent point à soulever les Sauteux contre les métis. Mais, nous pouvons le remarquer en passant, si l'Evêque et ses prêtres avaient fomenté les haines du côté des métis comme Dennis et Monkman continuaient de le faire du côté des sauvages, qu'aurait-on vu dans la colonie ? " Ruine, désastres, destruction d'un peuple, jusque-là honnête et loyal (2)."'

Il semble que toute la presse honnête du Canada aurait dû applaudir à l'œuvre de pacification de l'Evêque de Saint-Boniface et encourager la réconciliation. Ce n'est cependant pas ce que constate l'historien qui prend la peine de lire les feuilles de cette époque. Certains journaux de Toronto et même de Montréal ne cessent d'injurier et de maudire " l'Evêque Taché. " Ih le traitent de " rusé et de fourbe, " l'accusent de manquer de " loyauté " à l'Angleterre, ne craignent pas de prononcer le mot de " traître. " Ils continuent de poursuivre d'une haine à outrance les métis, ces " noirs protégés, " ces " serfs " de l'Evêque de Saint-Boniface.

Mgr Taché, quoique habitué à l'explosion des haines nationales ou politiques, était étonné lui-même de la violence de ces attaques. " Quelles clameurs et quel ton, écrivait-il au Secrétaire d'Etat, dans la plupart des journaux anglais du Canada (3) !"

Il y voyait une preuve manifeste d'une ambition déçue. " On ne saurait s'y méprendre, observait-il, il est évident que la prétendue loyauté de ceux qui parlent le plus fort, est due entièrement à la déception qu'ils ont éprouvée en ne réussissant pas, aussi rapidement qu'ils le désiraient, à s'emparer de tout le pouvoir dans le Nord-Ouest, afin de créer, comme ils le disaient ouvovtciiiont, un autre Ontario par ses croyances et sa politique."

(1) Lettre- du 3 mai. 1870 à l'hon. M. Hnwe.

(2) T^etlre du 7 mai au même.

(3) Lettre à ]\L Howe, 7 mai 1870.

ARCHEVKQUK DL SAIXT-BOXIFACK . (9

Ils ne cessent, ajoutait-il, de demander vengeance pour la mort de Thomas Scott. Mais est-ce le zèle de la justice ou la passion qui inspire leurs réclamations ? " L'infortuné Scott n'est pas le premier sujet anglais qui ait été tué dans le pays. Beaucoup de métis ont été tués par les sauvages. Sujets britanniques, ils demandaient protection, mais la voix de ce peuple ignoré ne fut jamais assez puissante pour avoir le moindre écho dans la Grande-Bretagne ou dans le Canada. Lorsque les métis étaient massacrés par les sauvages, ils ne réussirent jamais à exciter en leur faveur le moindre sentiment de svmpathie, et aujourd'hui on demande du sang et de la vengeance. " S'ils font entendre de si violentes clameurs, " ce n'est pas que le sang humain, que le sang des sujets britanniques soit sacré pour eux;" "on ne saurait s'y méprendre, c'est, qu'ils désirent voir couler notre sang (1)."

Au reste, nous allons le remarquer dans un instant, l'Angleterre et le gouvernement d'Angleterre ne prirent jamais part .pour ces fanatiques, mais au contraire firent preuve, dans tout le cours de ces événements, d'une parfaite et constante équité à l'égard des métis français et de toute l'ancienne population de la colonie d'Assiniboia et du Xord-Ouest.

Eetournons à Ottawa.

'•' Les négociations s'ouvrirent le 23 avril et se prolongèrent Né-jinciations

^ -^ ° dC3 délégués;

jusqu'aux premiers jours de mai (2)." Les délégués insistèrent sur tous les articles de la Liste des Droits; mais comme ils étaient venus pour négocier et non pour dicter leurs v )■ ntés d'une manière absolue, ils durent accepter quelques modification dans l'objet de leurs demandes.

" Il est facile de voir, observe Mgr Taché, que cette Liste des Droits n'avait pas été préparée par des hommes bien versés en

( 1 j Lettre à M. Howe, 7 mal 1870.

(2) Pendant que les négociations se poursuivaient, trois Ontariens, le ministre protestant Fletcher, et les Drs Sclmltz et Lyncli, se présentèrent au gouvernement d'Ottawa et demandèrent à être reçus comme vrais représentant- du Nord-Ouest à la place des trois délégués. Leur demande fut écartée sans qu'on y donnât la moindre attention.

Ma ni loba.

ces matières, car elle renferme des contradictions et même desimpossibilités. Quoi qu'il en soit de la rédaction, tous les articles furent examinés, acceptas, modifiés, ou rejetés de façon à rencontrer l'assentiment et du gouvernement et des délégués. "

Le Gouvernement d'Angleterre donnait une grande importance à ces négociations. Lord Granville avait télégraphié au Gouverneur Général avant le départ des délégués de Fort Garr}' : " Lorsque vous saurez que les délégués sont partis de Fort Garry, faites-le moi savoir par télégramme. " A' te de Le 9 avril, il avait télégraphié de nouveau au Gouverneur :

" Faites moi connaître aussitôt que vous pourrez par télégramme, le résultat des négociations avec les délégués de la Rivière- Rouge. "

Le 3 mai, le Goi^i'erneur Général put télégraphier à lord Granville : " Xégociations avec les délégués terminées d'une manière satisfaisante (1)."

" Comme il fallait l'assentiment du Parlement canadien pour que l'entente avec les délégués liât le Canada, le gouvernement fit préparer un projet de loi qui a ]X)ur titre Acte de Manitoha. En comparant cet acte de la Législation canadienne avec la Liste des Droits apportée par les délégués, il est facile de se convaincre que l'Acte n'est que la forme légale des concessions et arrangements basés sur la Liste (2 ) . . .

" Il est le résultat des négociations du gouvernement canadien avec les délégués de la Rivière-Rouge; il fut rédigé au cours de ces négociations, soumis aux délégués et accepté par eux. C'est alors et alors seulement qu'il fut introduit en chambre (3) . . . .

" Les différentes branches de la Législature fédérale examinèrent ensuite et discutèrent longuement le projet de loi qui leur était soumis et l'adoptèrent pi-esque à l'unanimité (4)."

L'Acte de Manitoba comprend 36 clauses. La clause XXIIIe

(1) Mgr Taché, Une page de l' histoire dnx écoleif de M'initoba, pp. 30-31 .

(2) Ibid, p. 31.

(3) Ibid.

(4) Une page , p. 3fi.

statue qu'on pourra indifféremment se servir du français ou de l'anglais au parlement provincial et dans les cours de justice, et que les lois et autres documents publics devront être publiés dans les deux langues. La clause XXIIe assure aux catholiques t aux protestants le maintien des privilèges existant lors de l'union, par la loi ou la coutume, relativement aux écoles séparées, et leur accorde, en cas de violation de ces droits, le recours au Gouverneur général et au parlement (1). Toutes les autres clauses sont empreintes du même esprit d'équité et assuraient aux habitants du Nord-Ouest la possession de leurs biens et l'exercice de leurs droits, tels qu'ils les avaient demandés.

C'était M. Eitchot qui avait porté le poids principal des négo- "H.'il/i^'uéV ciations du côté de la population de la Eivière-Eouge : il montra dation-,. par sa sagesse et sa fermeté qu'il méritait la confiance singulière dont l'honoraient ses commettants. Alfred Scott se rangeait toujours à l'avis de M. Eitchot et l'appuyait. Quant au juge Black, quoique plein de qualités, il se mettait souvent du côté des adversaires et pressait M. Eitchot d'être moins exigeant. Celui-ci dut lui dire souvent : " Mettez-vous donc avec moi, je suis faible, les autres, ne le voyez-vous pas ? sont en force contre nous. "

Les Ministres et les hommes du gouvernement qui intervinrent dans les discussions, montrèrent en général beaucoup de bon vouloir. Cependant, il était souvent manifeste que alors même qu'ils écoutaient avec bienveillance les délégués et cherchaient à les satisfaire, ils ne cessaient d'avoir les yeux sur Ontario.

Quant au gouvernement d'Angleterre, il fit preuve, toute i.'é^uue^rarcette année-là, à l'égard de la population de la Eivière-Eouge. i^'-l-^-l'/^^'^^ d'une équité qui l'honore. Le 22 mars, lord Eogers, sous-secré- ^a population taire d'Etat pour les colonies, avait écrit au gouvernement d'Ot-

r;iv. Kou?

(1) Le Rév. M. Ritcbot demanda une autre rédaction pour certaines expressions de la clause des écoles, parce qu'il lui semblait que les termes employés pouvaient prêter à des entreprises contre les écoles séparées. Les antres négociateurs protestèrent que le texte proposé garantissait à jamais aux catholiques leurs écoles séparées. L'événement a justifié les craintes du délégué des Métis.

tawa : " Les troupes ne doivent pas être employées pour imposer la souveraineté du Canada à la population de la Eivière-Rouge, si cette dernière refuse de l'admettre. " Le 23 avril, lord Granville écrivait : " Le gouvernement du Canada devra accepter la décision du gouvernement de Sa Majesté sur tous les points contenus dans la Liste des Droits. '"' Il écrivait le 18 mai : " Je suis très satisfait que le gouvernement canadien et les délégués aient pu s'entendre sur les conditions auxquelles la colonie de la Eivière-Eouge sera admise dans la Puissance. "

Mais ces dispositions si équitables du gouvernement anglais n'étaient bien connues que du gouvernement canadien. La population de la Rivière-Rouge pensait que le gouvernement d'Angleterre subissait, dans une certaine mesure au moins, sinon autant que le gouvernement d'Ottawa, l'influence des fanatiques d'Ontario. Ce ne fut que plus tard qu'on connut à la Rivière-Rouge les dispositions bienveillantes du gouvernement impérial et qu'on put lui donner la reconnaissance qu'il méritait. Le Rév. M. Ritchot a souvent dit depuis dans l'intimité: " Quand j'ai appris plus tard les vraies dispositions de l'Angleterre à notre égard, j'ai regretté de ne pas les avoir connues au cours des négociations; car nous aurions pu prendre un ton de maîtres, au lieu de nous résigner tristement, comme nous avions dû le faire, au ton de vaincus. " ''^^'Nopd*^ou!^s"t L'Acte de Manitoba fut adopté définitivement le 3 mai, puîsBaiicL- et sanctionné par le Gouverneur Général au nom de la Reine le 12 mai. "Il ne restait plus aux délégués qu'à rendre compte à leurs commettants de la mission qu'ils en avaient reçue (1). " M. Ritchot partit d'Ottawa le 1er juin et arriva à Fort Garry le 17 ; Alfred Scott y revint après lui : le juge Black était parti d'Ottawa pour l'Ecosse.

L. Riel, plusieurs autres membres du Gouvernement Provisoire et un grand nombre d'habitants se portèrent à la rencontre de leur vénérable délégué. Il rendit compte aussitôt des résultats de sa mission. Il en rendit compte ensuite, avec beau-

'lii f'auaila.

(Ij Mgr Taché, Une page )>. o<).

AIÎCIIEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE Ki

coup de (.lôtailf, à TEvôque. "SI "ai riiouiieur et le plaisir de vous inforiHor, c'crivait-il le leudoiiiaiii à Sir (Jeorge-Elicnno Cartier, que l'Acte de Manitoba a été très bien accueilli ici. M. le président Riel s'en est montré très satisfait. Il doit réunir son Conseil et l'Assemblée Législative du Gouvernement Provisoire pour le leur faire agréer et par leur entremise le faire agréer au peuple. Il est disposé à faire tout en son pouvoir pour qu'il ait le meilleur effet possible sur la population (1). "

" Le 24 juin, M. Ritchot rendit compte de sa mission devant l'Assemblée Législative, à Fort Garry ; " puis il termina son récit en présentant à l'Assemblée l'Acte de Manitoba. '' Il fut alors résolu unanimement par la Législature, au nom du peuple, que l'Acte de Manitoba serait adopté comme satisfaisant et que le pays entrerait dans la Puissance d'après les termes indiqués dans les Actes de Manitoba et de la Confédération. " " Le 15 juillet suivant. Sa Majesté proclamait le transfert de la Province de Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest à la Puissance du Canada (2)."

Désormais la Colonie d'Assintboia, la Terre de Rupert, le Nord-Ouest vont commencer des destinées nouvelles sous des noms nouveaux.

Les troubles de la Eivière-Eouge sont terminés.

Nous conclurons. " Les anciens évêques ont fait la Franco cm,. i„8io comme les abeilles font une ruche. " Au XIXe siècle, Mgr Taché continue ces glorieuses traditions à la Eivière- Eouge.

(1) Voir cette lettre lians les Témoiguayes de J/. llilchni ,1, rant le Comité du Nord- Ouest, p. 80.

(2) Une pei,j(> , p. 37.

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