‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-BonifaceChapitre 41 sur 81 · III. — Des écoles catholiques doivent être établies · texte numérisé non relu

III. — Des écoles catholiques doivent être établies

" Il n'est rien de plus nécessaire aux catholiques que d'avoir leurs propres écoles dans chaque localité. " (Pie IX).

" Des écoles catholiqvies doivent être établies là oiî il n'y en a pas. " (Concile de Baltimore, ISTo 197).

" Il faut pourvoir avec tout le zèle possible à établir des écoles paroissiales lorsqu'il en manque. " (Mgr Satolli, prop. 1.)

IV. — Les catholiques peuvent avoir recours aux écoles publiques, en certains cas exceptionnels.

" En certains cas exceptionnels, les parents catholiques peuvent envoyer en conscience leurs enfants aux écoles publiques; mais cela ne peut se faire sans raison suffisante, et il est laissé à la conscience et au jugement des évêques locaux de décider s'il y a cause suffisante dans chaque cas particulier: ceci peut se présenter quand il n'y a pas d'écoles catholiques dans le voisinage, ou lorsque celle qu'il y a ne peut pas facilement donner aux enfants une éducation en rapport avec leur situation. (Pie IX.)

" Il peut quelquefois advenir que des parents puissent envoyer leurs enfants à des écoles publiques. Mais cela ne peut se faire sans cause suffisante et il est laissé à la conscience et au jugement des évêques locaux de décider s'il y a cause suffisante dans chaque cas particulier ; et cela peut se présenter lorsqu'il n'y a pas d'école catholique dans le voisinage, ou lorsque celle qu'il y a ne peut pas facilement donner aux jeunes gens une éducation en rapport avec leur condition. " (Concile de Baltimore, 'No 198.)

'' Lorsqu'il n'y a aucune école catholique à portée ou que celle qui existe est peu propre à donner aux jeunes gens une éduea-

tion convenable et en rapport avec leur condition, les écoles publiques peuvent être fréquentées en conscience, pourvu que le danger de perversion soit écarté à l'aide de nio)'ens opportuns ou de précautions convenables : ce qui devra être laissé à la conscience et à la sagesse des ordinaires." (Mgr Satolli, prop. 2.)

V. — Les enfants qui ne peuvent s'abstenir de fréquenter les écoles publiques doivent être l'objet d'un soin tout particulier.

" Pour permettre aux enfants de fréquenter en conscience les écoles publiques, ils doivent recevoir avec soin et diligence l'instruction et l'éducation religieuses, au moins en dehors de la classe. (Pie IX.)

" Que les élèves catholiques qui fréquentent les écoles mixtes soient instruits avec le plus grand soin des choses de la religion. (Concile de Baltimore, Xo 213.).

" Il faut s'appliquer de tous ses efforts à ne pas laisser sans une instruction suffisante et opportune, touchant les vérités de la foi catholique et les prescriptions et les défenses de la religion, les jeunes gens catholiques en grand nombre qui, inscrits aux écoles publiques, apprennent les lettres et les arts libéraux, lorsque, non sans courir un grand péril, ils n'y puisent aucune notion religieuse. " (Mgr Satolli, prop. 12.)

" D'après ce qui précède, conclut le grand défenseur de l'éducation chrétienne, il est évident que les instructions approuvées par Pie IX le 24 novembre 1875, et, par ordre de S. S. transmises aux évêqucs des Etats-Unis, ont été depuis et sont encore la règle de conduite du clergé et des laïques de la république voisine. Les décrets du concile de Baltimore, au sujet de l'éducation, sont basés sur ces instructions, et Mgr Satolli, dans presque chacune de ses 14 propositions, cite ou mentionne les mêmes instructions et les décrets du concile, "

Cette remarquable étude porte la date du 31 janvier 1893. Mgr Taché l'écrivit en anglais. La Nortli ^Vest Beview la publia dans un supplément du 8 février. Elle fut aussitôt traduite en français et publiée par le Manitdha, dans son numéro du IG février.

Nous avons vu les auteurs des lois de 1890 entreprendre d'é- "d,."Trl'iî'-' tablir, sous le nom d'écoles publiques ou nationales, des écoles "*2^ractèr'e complètement neutres; nous les avons vus, forcés par la près- dos'ecoîés sion des idées protestantes, permettre des exercices religieux, ftabUnTpar comme la récitation du Pater et la lecture de la Bible. Au imo?'^ fond, les écoles créées par les lois de 1890, ne sont point neutres, ' la brochure, mais seulement anti-catholiques.

Mgr Taché, nous l'avons rapporté, signala ce caractère des nouvelles écoles, dès la première instruction pastorale qu'il publia après leur établissement. Or, dans la pétition qu'il présenta au Gouverneur Général en Conseil après la décision défavorable du Comité Judiciaire, il crut nécessaire, à l'encontre du dire des nobles lords de ce Comité, d'insister de nouveau sur le caractère protestant des nouvelles écoles. " Deux Statuts, disait-il, 53 Victoria chap. 37 et 38, ont été passés par l'Assemblée Législative de Manitoba, à l'effet de noyer les écoles catholiques ' romaines dans celles des dénominations protestantes et de forcer tous les contribuables, soit catholiques romains, soit protestants, à payer leurs taxes pour le soutien d'écoles dites publiques, mais qui ne sont en réalité que la continuation des écoles protesiiintes. "

Cette assertion rencontra une vive contradiction dans plusieurs journaux et même au Parlement d'Ottawa : " Les nouvelles écoles, disait-on, ne sont pas plus protestantes que catholiques, elles sont neutres. Elles ont été établies pour être également fréquentées par les enfants catholiques et par les enfants protestants : elles n'ont aucun caractère confessionnel. Elles sont publiques, elles sont nationales, établies qu'elles sont indistinctement pour tous les enfants : si les catholiques n'en veulent pas user, ce n'est pas qu'elles soient faites contre eux; si les protestants les acceptent, ce n'est pas qu'elles soient faites pour eux: elles sont ouvertes aux enfants catholiques comme aux enfants protestants : les lois ont établi des droits égaux ; si les catholiques veulent des privilèges, qu'ils ne s'en prennent qu'à eux-mêmes d'être dans une situation pire que les protestants. "

Tel était le thème des contradicteurs de l'Archevêque.

Evidemment, les écoles neutres sont aussi odieuses aux catholiques que les écoles protestantes: leur établissement a violé des droits que garantissent à la fois la constitution du Canada et l'Acte de Manitoba. Cependant beaucoup de contemporains trouveraient odieux de forcer les catholiques à envoyer leurs enfants dans des écoles protestantes et ne sont pas choqués de l'établissement d'écoles neutres, également ouvertes aux protestants et aux catholiques. Il importe donc de bien prouver à ces hommes que le nouveau régime scolaire a détruit seulement les écoles catholiques, qu'au contraire, les écoles protestantes n'ont été supprimées que de nom, qu'en réalité les écoles établies par les lois de 1890 sont des écoles protestantes. ^" it^br^chu^e. ^S^ Taché le fit dans une courte brochure intitulée: "Les ^^ ses ^pruici^*^ écoles publiques de Manitoba sont-elles la continuation des écoprutfvfs. les protestantes de la même province ? "

Après avoir rappelé le régime scolaire antérieur à 1890, après avoir montré que les écoles de ce régime étaient les unes des écoles publiques catholiques et les autres des écoles publiques protestantes, il établit que les écoles publiques du nouveau régime sont la continuation des anciennes écoles publiques protestantes.

Car les unes et les autres sont identiques pour:

1" L'administration et le contrôle: "Tous les catholiques ayant quelque part dans l'administration générale des écoles furent destitués, et aucun no fut nommé ou ne put accepter une position sous la nouvelle loi. " Au contraire, les cinq membres du Conseil Exécutif, composant le département de l'éducation, furent cinq protestants; les sept membres du bureau des aviseurs, chargés de l'administration des écoles, furent sept protestants : " Sa Seigneurie, The Bishop of Eupert's Land, président de l'ancienne section Protestante du bureau d'Education est président du nouveau Bureau des Aviseurs; le Eév. Dr Bryce, membre de l'ancien bureau, l'est aussi du nouveau; non

ARCHHVÊQUK I)K SAINT-RONIFACE 801

seulement tous les einployés subalternes sont protestants, mais plusieurs sont les mêmes que sous l'ancien régime (1). "

2" Les inspecteurs. " Tous les inspecteurs catholiques durent sortir d'office; des cinq inspecteurs protestants, trois furent renommés de suite et les deux autres furent remplacés par deux protestants. "

3° Les professeurs. '' Chaque section de Tancicn bureau d'éducation avait ses écoles normales. On supprima celles qui étaient pour les catholiques, on laissa subsister celles qui étaient pour les protestants, et le Principal de l'Ecole Normale Protes-tante de Winnipeg continua d'être Principal de la même Ecole Normale de Winnipeg (2). "

Conclusion de ce qui précède: toute la nouvelle administra» tion scolaire est protestante comme la Section Protestante du régime précédent : donc les nouvelles écoles continuent les an« ciennes écoles profestantes. '-' Tous ces Messieurs, j'aime à Ift croire, dit Mgr Taché, sont honnêtes et sincères, c'est pourquoi il me parait évident qu'ils n'ont pas pu accepter la direction, k contrôle ou l'action qu'ils exercent dans les écoles fréquentées par tous les enfants de la province, sans être déterminés à sauve» garder en quelque chose les convictions religieuses de ces en^ fants, conformément aux désirs de leurs parents. Comment, avec cela, ne pas donner à la direction, à la protection, à l'en^^ seignement des maîtres et des élèves de leurs écoles, au moina une tendance conforme à leurs convictions? En un mot, com* ment être protestant en tout, partout et toujours, excepté dans l'école que l'on dirige et contrôle, et ce, quand on a en mains l'exécution de la loi ? Supposons que les lois actuelles d'éduca» tion restent ce qu'elles sont aujourd'hui, mais qu'un change» n;ent complet se produise dans tout le personnel qui les applique et les interprète. Supposons que tous les membres du Ca«^ hinet Provincial deviennent catholiques romains; que tons les

y\) L<? êcole!^ piilili/jii .s- , pp. lô-lB.

(2) II. if!., p. 17.

membres de l'Advisoi}- Board et les employés du même département aient la même croyance; que tous les inspecteurs, principaux et professeurs des Ecoles ISTormales soient aussi des catholiques, que penseraient les protestants de l'enseignement religieux des écoles de Manitoba? Que penseraient, diraient ou écriraient les partisans des droits égaux? Qu'on pardonne à ma franchise; je suis, moi aussi, partisan des droits égaux, ot comme tel, je dis que quand tous ceiLX qui s'occupent d'une école sont protestants, il est bien naturel de croire et de dire que cette école est protestante (1). "

L'Archevêque poursuit le parallèle entre les anciennes écoles protestantes et les nouvelles écoles nationales:

4** Choix des livres. La Section Protestante du Bureau d'Education avait la charge " de choisir tous les livres, cartes et globes devant être en usage dans les écoles placées sous son contrôle. " Le nouveau Bureau des Aviseurs a la charge " d'examiner et d'autoriser les auteurs (text bocks) et les livres à consulter, pour l'usage des écoles et les bibliothèques scolaires. " Evidemment, le Bureau des Aviseurs est en ceci la continuation de la Section Protestante de l'ancien Bureau, puisque tous ses membres sont protestants (2). "

5" Exercices religieux. " Les exercices et l'enseignement religieux et moral des nouvelles écoles, sont identiquement les mômes que sous l'ancien régime. "

Le Bureau des Aviseurs a exactement prescrit les mêmes prières et la lecture des mêmes passages de l'Ecriture qu'avait ordonnés la section protestante de l'ancienne législation.

Mais " les prières et la lecture de la Bible ne sont pas les seuls exercices religieux en usage dans les écoles publiques; il y a, sous le titre de morale, toute une mine que le professeur peut exploiter de façon à inculquer à ses élèves les convictions religieuses qui l'animent lui-même, tout comme la chose se faisait dans les écoles qui portaient autrefois le nom d'écoles protes-

(1) Les écoles publifpies , p. 17-18.

(2) llnd., p. 18.

tantes (1). " Qu'on en juire par le nouveau programme et par l'ancien; Mgr Taché les cite tous deux et les met on regard.

Programmk des études pour les écoles publiques protestantes de manitoba, revisé en mai 1889.

Programme des études pour les écoles publiques de manitoba, adopté en sept. 1891 et maintenu LE 1er SEPT. 1892.

Morale : a) Devoirs envers .soi-mèiiie.

I)) Devoirs envers le procliain.

ci Devoir.s envers l'Etat.

(/) Dfvoirs envers les animaux.

Pour étalilir la coutume de bien faire, renseignement des principes de la morale doit être accompagné de la formation au.K pratiques de la morale :

L'influence et l'exemple du professeur,

Les incidents journaliers.

Les traits historiques, Les anecdotes intéressantes.

Les sentiments inspirés par les leçons.

L'examen des motifs qui portent à agir,

Les discours instructifs.

L'étude des I)ix connnandements, etc , sont les moj^ens à employer.

Les deux programmes ne sont pas seulement semblables; ils sont absolument identiques. Or '' que ne pourra pas dire un instituteur habile et zélé, chargé d'enseigneur les Dix Commandements, ayant à son ser\doe son influence et ses exemples, relevant les incidents journaliers, racontant à ses élèves des traits historiques, des anecdotes intéressantes, insistant sur les sentiments inspirés par les leçons et l'examen des motifs qui portent à agir, faisant des discours instnictifs, et ajoutant à tout cela un Et cjeteea gros, s'il le veut, comme sa pensée religieuse? Tous ces règlements confiés à une ]3ersonne intelligente et adroite suffisent sous le nouveau régime comme ils suffisaient sous l'ancien, pour " l'introduction dans les écoles d'un système d'instruction religieuse contenu dans la Bible et accepté par toutes les dénominations protestantes (2)."

Morale : a) Devoirs envers .soi-même.

b) Devoirs envers le prochain.

c) Devoir.s envers l'Etat.

d) Devoirs envers les animaux.

Pour établir la coutume de bien faire, l'enseignement des principes de la morale doit être accompagné de la formation aux pratiques de la morale :

L'influence et l'exemple du professeur,

Les incidents journaliers,

Les traits historiques,

Les anecdotes intéressantes.

Les sentiments inspirés par les leçons,

L'examen des motifs qui portent à agir, (

Les discours instructifs.

L'étude des Dix commandements, etc., sont les moyens à employer.

(1) Les écoles puhli que s...

{2) Ibid., pp. 19-20.

804 YIE DE MGK TACHÉ, 0. M. I.,

Aveux des ad versa ires.

Mgr Taché termine la preuve de sa thèse, en établissant d'une part que les ministres protestants des diverses sectes sont contraires à la neutralité scolaire et que d'autre part ils ont acclamé les lois de 1890 et se prononcent de plus en plus pour le maintien du régime scolaire qu'elles ont introduit. Qu'en conclure? Que les nouvelles écoles ne sont point neutres, mais protestantes ; car si elles étaient neutres, les ministres les rejetteraient, puisqu'ils repoussent la neutralité. D'un autre côté, s'ils les acceptent " même avec enthousiasme ", tout en condamnant la sécularisation " comme ce qu'il y a de plus dangereux après les enseignements de l'Eglise catholique, c'est qu'elles sont protestantes (1)." On peut voir dans l'écrit que nous analysons, les citations empruntées aux plus illustres membres des diverses sectes et même à leurs synodes, et d'une part repoussant la sécularisation, de l'autre demandant le maintien des nouvelles écoles publiques (2).

Toutes ces preuves établissent avec la dernière évidence que les nouvelles écoles, dites publiques ou nationales, sont la c-ontinuation des anciennes écoles protestantes.

La loi oblige tous les citoyens, catholiques ou protestants, à payer leurs taxes pour les écoles jnthîiques: c'est donc pour des écoles protestantes que les catholiques sont taxés. Tout ce que possédaient les anciennes écoles catholiques, meubles et immeubles, est devenu, de par la loi, la propriété des écoles nationales ; c'est donc au profit des écoles protestantes que les écoles catholiques ont été dépouillées. Peut-on appeler ces iniquités le ré-^ gime des droits égaux?

Remarque. Dans beaucoup d'autres écrits. ^Igr Taché a insisté sur le

caractère protestant des écoles publiques du Manitoba. "En 1890, dit-il dans un autre ouvrage que nous verrons plus loin, le gouvernement de IManitoba avait songé à une loi qui devait modifier et les écoles protestantes et les écoles catholiques, au point de les assimiler toutes, par la suppression de toute instruction religieuse. Le projet n'a pas réussi, au moins pour ce qui

(1) Les* écoles pnblifjnrs , p. 24.

(21 Il>id., [.p. 34-.S0.

regarde les écoles protestantes : ces écoles sont restées ce qu'elles étaient, plus l'obligation pour les catholiques de contribuer à leur maintien. I^es écoles catholiques au contraire ont cessé d'être reconnues par la loi; elles sont privées de leur part légitime de l'octroi législatif; elles sont privées de tout mo}^n légal de s'assurer des secours. Plus que cela, si les catholiques de la province n'acceptent pas le système qui est si cher aux convictions protestantes, leurs propriétés scolaires sont confisquées et remises aux municipalités, dans plusieurs desquelles ils n'ont aucune action, si ce n'est l'obligation de payer et les taxes municipales générales et les taxes spéciales imposées pour le soutien des. écoles protestantes. Tel est le respect accordé dans Manitoba à une confession religieuse " qui, d'après la constitution, " devrait être traitée comme les autres (1). "

Concluons avec Mgr Taché : Les lois de 1890 joignent Vhy- b) concinsions. pocrisie à la persécution: elles sont persécutrices, car elles sup-. priment les écoles catholiques pour ne laisser subsister que les écoles protestantes; elles persécutent avec hypocrisie, car elles affectent de créer de nouvelles écoles publiques ou nationales communes aux catholiques et aux protestants, et ne font en réalité que mettre une nouvelle enseigne sur les anciennes écoles protestantes, qui seules continuent de subsister. Après cela, on ajoute : " Ce n'est pas la loi qui est en faute, c'est par suite de l'enseignement de leur Eglise, que les catholiques romains se trouvent incapables de profiter des avantages que la loi offre à tous également ; " c'est-à-dire : " Ce n'est pas la faute de la loi si les catholiques souffrent, c'est la faute de leur religion. " Ce raisonnement, observe l'apologiste, ressemble à celui-ci : " Ce n'était pas la faute de l'Empire romain et de ses lois, si les chrétiens étaient mis à mort sous Xéron, c'était la faute des chrétiens et des enseignements de l'Evangile. "

Les partisans des nouvelles lois criaient à l'Archevêque et aux catholiques : Par votre résistance aux lois de 1890 et votre horreur des écoles nationales, vous manquez à vos obligations à

(1) Mémoire de Mgr Taché sur la question des écoles, mars 1894, p. 30.

l'égard de votre patrie et de votre allégeance. " Je suis chrétien ! répond fièrement le grand Pontife ; par suite, je porte mes aspirations plus haut que la terre, à laquelle mon âme abandonnera bientôt ma dépouille mortelle. En désirant le ciel, ma vraie pjptrie, ma foi se fortifie en la Sainte Eglise de Jésus- Christ, comme la voie qui y mène. Je donne donc mon allégeanoe à cette Sainte Eglise. . . Mais je suis canadien aussi ! Le Canada est ma patrie, je n'en ai jamais eu et n'en veux pas avoir d'autre . . . Manitoba et le Xord-Ouest ont ma vie, mon travail et mon affection de près d'un demi-siècle et ils l'auront jusqu'à mon dernier soupir. " Je repousse les nouvelles écoles publiques, parce qu'elles sont protestantes, pour garder mon allégeance à ma patrie du ciel, à l'Eglise catholique, au Canada français. " Est-ce être traître à mon allégeance au drapeau britannique, de désirer que la douce brise de la liberté fasse flotter ce noble étendard du côté de mes coreligionnaires comme du côté de mes autres compatriotes, pour que tous, eux comme nous et nous comme eux, jouissions de la protection et de l'impartialité que nous avons droit d'attendre, en retour de notre allégeance (1) ? "

Nous voudrions que tous les partisans des nouvelles lois eussent lu la brochure que nous venons d'analyser; tous, à moins d'un fanatisme extrême, auraient dit: "Les lois de 1890 ont organisé l'oppression d'une minorité au profit d'une majorité, de la minorité catholique de Manitoba au profit de la majorité protestante de ce pays: elles seraient une honte dans tous le, pays, elles sont une monstruosité dans un pays nouveau, où la liberté est un fleuve qui coule à pleins bords. " IV. Broohurp ' MgT Taclié composa la même année, pour la défense de la

sur I"hlstoire . , . ^

K4o^rtip (\o grande cause, qui lui tenait tant a cœur, un autre ouvrage plus piibii.i'i.î au remarquable encore (2). Xous l'avons déjà cité souvent. Il a

Ap-»rr;u gé-

(1) Ivfx écolex ])ubHrjve!i , pp. 31-32.

(2) II parut d'aboid dans le Mmiitoha, n^ du 18 octobre 1893, etc. ; puis fut réuni bientôt après eu brocbure. La plupart des journaux français du Canada le leproiiuisirent en tout ou en partie.

Ij'ouvra<re a été traduit en an<îlai.s sous la direction de de l'auteur même: A page of llie liistonj ff Ihe ScImoJs in Manitoba, p. 1-52.

néral.

pour titre: Une page de l'histoire des Ecoles de Manitoha et pour sous-titre : Etude des cinq phases d'un,e période de 75 années. L'auteur fait l'histoire de l'instruction publique au Manitoba, depuis les origines de la colonie d'Assiniboia jusqu'à l'année 1893.

Il commence son étude à la fondation de la première école à ]a Eivière-Eouge en 1818 et la poursuit jusqu'à l'année 1893, oiî il écrit, durant une période de 75 années. Cette période de 75 années, il la partage en 5 phases :

1° De 1818 à 1868, le gouvernement de lord Selkirk et de l'hon. Compagnie de la Baie d'Hudson;

2" De 1868 à 1870, les troubles de la Eivière-Eouge et leur solution ;

3<* De 1870 à 1888, les lois de Manitoba favorables aux écoles des deux sections de la population;

4" De 1888 à 1890, abandon des écoles catholiques et maintien des écoles protestantes ;

5° De 1890 à 1893, efforts pour obtenir justice.

Le tableau est succinct, mais complet, tracé avec le burin que Job désirait pour ses œuvres, à l'épreuve du temps et de ses révolutions, défiant la critique dans les moindres détails comme dans l'ensemble; magnifique chef-d'œuvre sorti de son génie et de son amour des écoles catholiques, dernier chant du cygne ou mieux, suprême chant de guerre. Tout ce qu'on peut regretter, c'est que les contemporains n'aient pas étudié davantage ces pages immortelles, pour flétrir ou réparer la grande iniquité commise envers la race française et catholique, dans l'Ouest canadien; tout ce qu'on peut désirer, c'est que la génération présente les lise et en tire la conclusion qui s'en dégage à chaque ligne : " Une injustice a été commise, l'injustice doit être réparée. "

Nous ne pouvons faire une étude complète de cet ouvrage : il faudrait pour cela le citer tout entier et même le commenter. Nous voulons cependant en donner un court résumé.

L'auteur raconte à grands traits les faits généraux de cha-

cune des 5 phases ou périodes qu'il étudie; puis ij leg résume dans 8 thèses. Nous rapporterons quelques-uns des faits et les 8 thèses qui en sont la conclusion. Nous le faisons pour la gloire de l'auteur et pour le service de la cause dont il a étéj jusque parmi les infirmités des derniers temps et entre les bras do la mort, l'héroïque défenseur. • 2. rroioRiie. " Les écoles de Manitoba, dit-i] en commençant, sont aujour-

d'hui l'objet de l'attention générale on Canada. Tous les jours, quelques-uns des organes de la publicité en entretiennent leurs lecteurs. Il n'est pas une assemblée politique de quelque importance qui ne soit forcée d'aborder la question, et cela se fait dans un langage qui trahit l'embarras que l'on éprouve, ou les espérances que l'on voudrait faire reposer sur de pénibles incertitudes. D'un côté, l'amour de la justice et de l'instruction chrétienne de l'enfance fait espérer une solution avantageuse; d'un autre, la haine de l'Eglise ou l'indifférence religieuse répudient les notions les plus élémentaires du droit commun et du respect pour les convictions des autres. Pendant que, dans l'intimité du foyer domestique, on prie, on espère, on craint; ailleurs on affirme triomphalement que tout est fini, qu'il n'y a pas de remède, pas même de mal à guérir, que la minorité, dans Manitoba, doit nécessairement subir la volonté de la majorité et renoncer à ce qu'elle regarde comme un droit certain et une obligation sacrée. Je suis de ceux qui croient qu'une question n'est * réglée que quand elle l'est avec justice et équité. Je ne suis admi-

rateur ni des techniques subtilités légales, ni des savantes combinaisons de l'art des expédients. Je suis donc bien éloigné de croire que la question des écoles de Manitoba soit finie ou qu'elle doive se terminer dans l'injustice. " C'est afin de préparer et d'aider une solution équitable, réparant l'injustice commise envers la minorité catholique et française, que l'Archevêque entreprend l'histoire des écoles de Manitoba depuis leurs origines jusqu'à la présente année (1).

1) Une page , pp. 5 6.

ARCHE VEQUK DE SAl XT-HONIFACE

La première école a été établie à la Kivière-lîouge par le» ^" ^■'a^i^Jsig.

deux premiers missionnaires catholiques qui s'y sont établis.

Mgr Plessis, évêque de Québec, envoyant à la Eivière-Eouge ^L Provencher et M. Dumoulin, leur donna, le 20 avril 1818, une série d'instructions " aussi remarquables par l'ampleur et l'élévation des devoirs indiqués que par la précision et la sagesse des détails. " Deux de ces instructions concernaient les écoles :

" Les missionnaires fixeront leur demeure près du fort Douglas, sur la Eivière-Eouge, construiront U7ie église, une maison, une école (art. 11.)

" Les missionnaires s'attacheront avec un soin particulier à l'éducation chrétienne des enfants, établiront à cet effet des écoles et des catéchismes dans toutes les bourgades qu'ils auront occasion de visiter. "

Les deux prêtres s'eml)arquèrent à Montréal sur un canot d'écorce, le 19 mai 1818, accompagnés de M. G. Edge, " qui devait les aider à instruire les enfants " et arrivèrent au fort Douglas le 16 juillet. Ils commencèrent sur un lot une construction qui tout d'abord devait être une église, une maison, une école. " " Ces humbles commencements se développèrent, malgré les plus pénibles épreuves et les plus grandes difficulté?, pour devenir graduellement l'important établissement de Saint- Boniface. iVprès 75 ans, au milieu de bien des vicissitudes, mais sans interruption, c'est encore sur ce même terrain que se trouvent l'église devenue métropole, la maison devenue demeure archiépiscopale, l'école, devenue d'un côté le collège de Saint- Boniface et l'Académie Provencher, pour les garçons, et de l'autre le Pensionnat et l'Académie Taché, pour les filles. "

D'année en année, d'autres écoles catholiques furent établies; il y en avait 17 lors de l'union du iSTord-Ouest au Canada.

Les ministres protestants arrivèrent à leur tour à la Eivière- Eouge en 1820, établirent des écoles comme les missionnaires catholiques. Il y avait 16 écoles protestantes lors du transfert des territoires au Canada.

Depuis l'établissemeut de la Ire école jusqu'à la fin du gouvernement de la Cie de la Baie d'Iiud- 6on.

1"* Le fondateur de la colonie, lord Selkirk ne voulut d'autres écoles que " des écoles confessionnelles, comme répondant mieux aux besoins et aux aspirations des différentes classes de personnes qui en composaient la population. "' ^

2° La Compagnie de la Baie d'Hudson, qui racheta des héritiers de lord Selkirk le territoire qui lui avait été cédé et gouverna depuis la colonie de la Eivière-Rouge, "s'inspira des mêmes idées en matière d'éducation. "'

" 3° De fait, pendant le demi-siècle " du gouvernement de lord Selkirk et de l'honorable Compagnie, " toutes les écoles de la Rivière-Eouge furent des écoles confessionnelles. "

"4** Pendant cette période, toutes les ressources dont les citoyens pouvaient ou voulaient disposer en faveur de l'éducation, allèrent à des écoles confessionnelles.

" 5** Xul n'était tenu ni par la loi, ni par la coutume, ni autrement, à contribuer au soutien d'écoles d'une dénomination différente de la sienne, ou desquelles on repousserait les enseignements de sa propre dénomination.

" 6** L'Etat ou pouvoir public, comprenant l'à-propos d'écoles confessionnelles, a ajouté aux droits que possédaient toutes les classes de personnes, le privilège d'une reconnaissance officielle des écoles établies par ces mêmes classes.

" (j'o Tous les pouvoirs publics qui ont exercé l'autorité, à la Rivière-Eouge, avant l'union du pays au Canada, ont aidé par des octrois d'argent ", des concessions de terres, des billets gratuits sur les embarcations de la Compagnie, etc., " les écoles confessionnelles établies par les différentes classes de personnes."

" 8* Au point de vue religieux, la coutume appuyée par des actes officiels a toujours reconnu deux classes de personnes à la Rivière-Rouge ; les catholiques et '•' les protestants comme un seul tout." Les protestants, même comme un tout, ont toujours été la minorité depuis la fondation de la colonie d'Assiniboia jusqu'à son union au Canada (1).''

(1) Une parf , pp. 10-19.

En 1868, des négociations ont lieu pour unir la colonie d'As- ■*• ^^"^"g^'f "g^og, siniboia et tout le Nord-Ouest à la Puissance du Canada. La Lo^iroubies population de la Rivière-Eougo prend une attitude de défiance ê'tùfufgo^ùà l'égard du Canada. "Pourquoi cette défiance? Ce qui se ^'°"" passe aujourd'hui, observe Mgr Taché, est la réponse à cette question. Les vexations que l'on fait subir actuellement aux catholiques de Manitoba et du Nord-Ouest ont été prévues et suffisent amplement pour démontrer que les appréhensions, que l'on a nourries dans le temps, n'étaient pas chimériques. Ce qui arrive, après 20 ans d'union avec le Canada et malgré toutes les garanties données si solennellement, prouve clairement que les inquiétudes éprouvées avant le transfert avaient leur raison d'être. "

L'auteur raconte les troubles de la Rivière-Rouge, la mission de pacificateur dont il a été chargé alors, l'envoi des trois Délégués à Ottawa avec la Liste des Droits, leurs négociations et la promulgation de l'Acte de Manitoba. Il note le caractère de cet Acte, qui est à la fois un contrat passé entre le Canada et la population de la Rivière-Rouge et une loi de la Confédération et de l'Empire, à laquelle l'assemblée législative de la province ne peut porter atteinte. Il cite au long la clause XXII, qui garantit à la minorité ses écoles séparées et lui assure, en cas de violation de ses droits, l'appel au Gouverneur Général en Conseil, la clause XXIII, qui statue l'égalité officielle de la langue française et de la langue anglaise.

Puis il résume cette 2e partie comme la Ire dans 8 thèses (2).

De 1870 à 1888, les législateurs de la province établissent n 5. Troisième régime scolaire, qui assure à tous les enfants les bienfaits de isss. '

. , . . T • Les lois de

1 instruction publique, sans violenter les convictions religieuses la nouvelle

■^ ■* . ■ province ap-

de personne. C'est ce que raconte l'i^rchevêque, en faisant l'his- P,'[i"p°J^

toire abrégée de l'administration des quatre lieutenants-gou- ^tlbiiss^a'^ir

verneurs, qui se succédèrent, durant cette période, à la tête de la glpa^rees.^ province.

(1) Une page., pp. 20-39.

Voici les huit thèses qui résument cette partie du récit:

" 1^ Pendant cette période, quatre Lieutenants-Gouverneurs ont été à la tête de l'administration de la province. Tous étaient des hommes d'expérience, avaient été ministres d'Etat et avaient joué des rôles importants dans, la politique provinciale et fédérale.

" 2" Les hon. Archibald, Morris, Cauchon et Aikins étaient dans le Parlement et deux d'entre eux dans le Cabinet d'Ottawa lors des troubles de la Eivière-Kouge, de leur apaisement et de leur cessation par les négociations qui déterminèrent la rédaction de l'Acte de Manitoba et l'entrée de cette province dans la Confédération.

" 3* Les quatre premiers Gouverneurs interprétèrent tous l'Acte de Manitoba dans le même sens, celui qui avait été exprimé à Ottawa, c'est-à-dire, dans le sens de garanties certaines-

" 4° Les quatre Gouverneurs crurent que les écoles confessionnelles, en usage lors de l'union, devaient être respectées ])iirce qu'elles étaient garanties par la constitution, et, quand il en fut besoin, ils dirigèrent la législation provinciale dans ce sens, expliquant à ceux qui ne la comprenaient pas, l'ambiguité apparente de la loi.

'■' 5" Les mêmes Gouverneurs lurent toujours en français et en anglais leurs discours d'ouverture et de clôture du Parlement et savaient qu'il ne peut pas y avoir d'hésitation pour l'usage officiel de la langue française. La clause XXIII donne comme facultatif l'usage de cette langue dans les débats parlementaires et les cours, mais elle impose l'obligation de publier dans les deux langues les archives, les procès-verbaux, les journaux et les actes de la Législature.

" 6° Une tentative faite, en 1879, pour supprimer une partie des impressions en langue française, échoua au pied du trône; les représentants de Sa Majesté, tant à Winnipeg qu'à Ottawa, refusèrent leur sanction à cette mesure inconstitutionnelle.

" T En 1872, c'est-à-dire, de suite après l'établissement des écoles auxquelles était reconnu le privilège d'être ou catholiques ou protestantes, le Parlement fédéral dota les écoles de Mani-

toba et du Xord-Ouest en réservant pour elles la dix-huitième partie do toutes les terres publiques de la Puissance, et cela sans rectriction ni exclusion.

" 8° La loi de Manitoba, ainsi expliquée et appliquée, ramena la paix et l'harmonie parmi les différentes classes de personnes composant la province, et cette paix et cette harmonie furent maintenues durant toute cette troisième période de l'histoire de nos écoles (1). "

Le prélat al)orde le récit de la 4e période " avec un serrement ^- S,"'*''''^,^»^

^ i phase: 1888-

pénible de cœnr. " ISTous ne reproduirons pas son récit ; nous Ll^perggcului avons emprunté de nombreuses citations en racontant plus ^lon scolaire, haut la grande iniquité.

Voici les 8 thèses qui résument et concluent cette partie.

" 1° James Fisher, M. P. P., affirma dans l'assemblée législative, le 4 mars 1893, qu'il était président de l'association provinciale des libéraux, lorsque M. Joseph Martin fit, en sa présence, aux électeurs de Saint-François-Xavier, et au nom du parti libéral, la promesse positive que si ce parti venait au pouvoir, il respecterait les droits des catholiques à leurs écoles et les droits de la population française à l'usage officiel de sa langue, et que c'est cette promesse qui fit que les libéraux arrivèrent au pouvoir.

" 2° Le Eév. P. Allard, Vicaire Général et M. W.-F. Alloway, banquier de Winnipeg, ont, le 1er avril 1892, déclaré solennellement qu'au commencement de 1888, l'hon. Thomas Greenway, appelé à former un ministère, avait fait transmettre à l'Archevêque de Saint-Boniface l'assurance formelle et positive que le gouvernement qu'il voulait former et le parti qu'il dirigeait, ne tenterait jamais rien d'adverse aux catholiques, soit pour leurs écoles, soit pour l'usage de la langue française, soit même pour le nombre de leurs représentants.

" 3° Au mois de juillet 1889, le Gouvernement Greenway demanda à la Section Catholique du Bureau d'Education de lui

(1) Une page , pp. 40-59.

remettre le fonds de réserve qu'elle administrait en vertu de la loi et qui se montait à $13.879.47, assurant, par une lettre du secrétaire d'Etat, que cet argent était un droit acquis aux école* catholiques et que ce droit serait respecté. Malgré cette promesse, le gouvernement s'appropria la somme entière sans en jamais donner un centin aux écoles auxquelles elle appartenait.

" 4° Au mois d'août 1889, deux des Ministres firent part au public de leurs dispositions hostiles contre les institutions qu'ils avaient promis de respecter et de maintenir. L'hon. Joseph Martin déclara emphatiquement qu'il tomberait ou obtiendrait la sécularisation complète des écoles de la province de Manitoba.

" 5° Le clergé des dénominations protestantes eut assez d'infliience pour déloger le Procureur Général de la position qu'il avait prise. Ce dernier fut forcé de maintenir ce que les protestants aimaient dans leurs écoles, quoique ce même Procureur Général eût affirmé publiquement que c'était une " iniquité " d'enseigner la religion protestante dans des écoles où l'on voulait attirer les enfants catholiques.

'' 6** Les catholiques, n'étant que la minorité, furent sacrifiés. Deux statuts furent passés par un vote de 25, à l'effet d'annuler toutes les lois scolaires, et de priver les catholiques des droits et privilèges conférés par ces lois : droits et privilèges dont ils avaient joui sous tous les régimes, depuis l'établissement du pays; droits et privilèges que l'administration actuelle et le parti au pouvoir avaient promis solennellement de protéger.

" 7° Une loi provinciale abolit l'usage officiel de la langue française, quoique cet usage soit déclaré obligatoire dans le statut fédéral du dit Acte de Manitoba et que cet acte ait été confirmé par le Gouvernement Impérial. La province put jouir du ridicule spectacle d'une sanction royale donnée à un acte qui est un défi formel lancé au Parlement de Sa Majesté; tout cela embarrasse davantage nos écoles.

8° La population catholique avait reçu l'assurance que " ses droits religieux seraient respectés ; " on arracha du livre des Statuts de la province la reconnaissance légale qui y était donnée à quatre fêtes qui sont d'obligation pour les catholiques.

Cette dernière disposition rend plus difficile encore l'acceptation des lois sur les écoles, et rend plus odieux le prétendu désir d'assimiler toutes les classes de la population et d'accorder â tous des droits égaux (1). "

Enfin rArchevê(|ue fait l'histoire des efforts de la minorité '■j^i'a^e^'tsso- ■catholique, pour obtenir la modification des lois de 1890 et le Kfforts pour recouvrement de ses droits. Nous avons nous-mêmes raconté justice. ces luttes généreuses, en empruntant notre récit au grand chef de la minorité persécutée.

Voici les 8 thèses qui résument les faits de cette dernière période.

" 1° La constitution offrait quatre remèdes à l'injustice dont les catholiques du Manitoba souffrent par rapport à leurs écoles et à la suppression de l'usage officiel de la langue française.

" 2'' Les intéressés ont tenté le premier mo3^en de remédier au mal ou au moins de le retarder. Ils ont prié le Lieutenant- Gouverneur d'user du pouvoir discrétionnel mis à sa disposition par la constitution et " de réserver ces lois pour la signification du hon plaisir du Gouverneur Général. " Ils ont échoué dans leurs efforts.

" 3** La minorité a demandé le désaveu des lois dont elle se plaint, de suite après qu'elles ont été sanctionnées.

" 4° La résolution de l'hon. E. Blake, votée unanimement par la chambre des communes d'Ottawa, et peut-être aussi des considérations politiques, se sont dressées comme des obstacles que le gouvernement a crus insurmontables, et il a refusé le désaveu demandé.

"5** Le Gouvernement a porté la cause de nos écoles devant les tribunaux. Après plus de deux ans d'angoisses et d'embarras, les catholiques ont reçu une décision défavorable sur le point en litige.

" 6" La minorité de Manitoba s'étant vu refuser les remèdes qu'elle avait demandés ou que l'on avait voulu lui appliquer,

(1) Une page , pp. 60-61.

816 \1K DE M(;K tachk, o. m. 1.,

s'est rattachée à la planche de salut que la constitution lui oll're, dans un appel au Gouverneur Général en Conseil.

" 7° Appuyé sur la loi 54-55 Victoria, chapitre 25, conséquence de la résolution BlakCj et, comme elle, votée à l'unanimité par la législature fédérale, le Gouvernement soumet la cause de nos écoles aux plus hauts tribunaux du pays, pour demander une opinion sur ce qu'il peut ou doit faire.

" 8° L'hon. M. Blake en expliquant sa proposition, Sir John- A. McDonald en l'acceptant, et le Parlement en votant la loi qui en est la conséquence, ont affirmé positivement que ce nouveau procédé, que cette nouvelle source d'informations n'enlevaient ni la liberté ni la responsabilité de l'Exécutif (1). " 8. Conclusion. " La cause des écoles catholiques de Manitoba, disait tristement l'Archevêque, avait ^passé par un dédale de procédés judiciaires pour arriver à un résultat bien extraordinaire et bien regrettable. Yoici cette même cause poussée encore dans un labyrinthe d'interprétations légales qui nous conduiront personne ne sait oîi. Il est d'autant ])]iis (lifCicilo de prévoir le résultat que ce sont encore deux points de la loi de Manitoba qui vont être soumis à l'interprétation des deux tribunaux qui se sont déjà |ii'iuii»iicés d"uu<' iiiaiiirrc (lid'éronte sur un nntro point de la môme loi. De plus, cette incertitude sur la décision des juges s'augmente de toute l'incertitude sur ce que fera le Gouvernement après leur décision (2)."

" Que va-t-il advenir, ajoutait-il avec angoisse, de tout ce qui se fait maintenant? Nous aura-t-on tenus sur la sellette pendant des années ])()iir simplcnicni nous aft'ail)lir avant do nous sacrifier? Ou bien do savantes et bienveillantes conibinijisons prennent-elles les moyens les plus sages et les plus efficaces de nous protéger (3) ? "Hélas ! ajoutait-il dans rintiiuité, je redoute la fail)]esse de nos gouvernants; que Dieu les inspire et les fortifie.

(1) Une j>n'j<' pp. <»•>-! 10.

(2) llnd., p. 117.

(3) ]Ovl., p. IIS.

Le dernier ouvrage du grand Archevêque pour la défense de> ^ M^'^'^iche'* écoles catholiques est intitulé: Mémoire de Mgr Taché sur la question des qnestion des écoles, en réponse au Rapport du Comité de Vlio- i. occasion de

. ^ . l'ouvrage.

nordbJc Conseil Prive du Canada.

Nous avons parlé de la fameuse Ordonnance de 1892 édictée à Eégina pour soumettre les écoles catholiques des Territoires à un surintendant et à un conseil protestants, pour livrer leurs programmes d'études et le choix de leurs livres à des autorités protestantes. Mgr Taché, Mgr Grandin, les prêtres et les fidèles du Nord-Ouest adressèrent des pétitions, ainsi que nous Tavons dit, au Gouvernement de la Puissance pour le prier de désavouer cette loi inique. Le Conseil Privé du Gouvernement fédéral nomma un comité chargé d'examiner les pétitions. Celui-ci fit un rapport où il déclarait que " la loi et les règlements concernant l'éducation dans les Territoires ne différaient pas matériellement, avant et après l'ordonnance de 1892, " et qu'en conséquence " le désaveu laisserait subsister les plaintes des pétitionnaires. " A la suite de cette déclaration, le gouvernement rendit un arrêté en conseil, pour approuver le rapport de son comité et rejeter par conséquent la requête de la minorité catholique.

A la nouvelle de ce déni de justice, le magnanime champion 2- son^objet des écoles catholiques saisit la plume et, dans une brochure de 42 pages de grand format, suivies d'une série de pièces justificatives, établit avec une logique écrasante et une indignation contenue, 1° que les assertions du rapport sont contraires à la vérité, 2* que la persécution scolaire du Manitoba et des territoires violent les promesses royales, la constitution canadienne et l'équité naturelle. L'arrêté en conseil avait été rendu le 5 février 189-4; la brochure était terminée le 7 mars suivant.

Elle demeurera à jamais, si nous ne nous trompons, un des plus beaux titres de gloire de ce vieillard infirme et un témoignage admirable de sa puissance de conception et de son énergie de volonté parmi des souffrances croissantes et déjà entre les bras de la mort. Le Saint-Esprit l'a dit, "l'amour est fort

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