INJUSTICES DES ONTARIENS. LOYAUTÉ DES MÉTIS. PRUDENCE DU PRÉLAT
Mgr de Saint-Boniface écrivait à Mgr Grandin le 9 décembre ^^p^^'j^^'^** ^" 1870 : " jSTos affaires de la Rivière-Rouge s'arrangent, sinon à la perfection, du moins avec bien plus d'avantage que nous pouvions espérer. Messieurs Girard, Dubuc, Royal, Clarke nous sont venus du Canada, et, avec quelques bons éléments que nous possédions déjà, nous pouvons nous flatter d'une représentation honorable et probablement supérieure dans notre législature locale, en sorte que pour le moment nous ne sommes pas dans une position inférieure, et pendant les quatre ans de la première session du Parlement nous pouvons obtenir des lois avantageuses. M. O'Donaghue est parti pour les Etats-Unis: Riel se tient à Pécart par prudence et par modération ; il se conduit admirablement bien. Lépine va et vient d'ici à Saint-Joseph de Pembi- ' na ; personne ne l'inquiète, mais il a un peu raison d'être inquiet. Les autres sont tous tranquilles chez eux. Les rages et les fureurs d'Ontario s'apaisent; les gens sensés voient les choses à leur véritable point de vue. Le Lieutenant-Gouverneur est parfaitement bien disposé. En somme, le mouvement peut avoir un résultat heureux (1). "
Ces paroles expriment les espérances de l'Evêque et peignent la situation de la nouvelle province à la fin de l'année qui en a vu la naissance. Mais " les rages et les fureurs " des fanatiques d'Ontario auront des retours fréquents et brusques, et causeront de nouveaux troubles dans les années qui vont suivre.
Les adversaires de la race française avaient voulu l'humilier Nouvelle explosion des et l'affaiblir par l'entrée même du territoire de la Rivière-Rouge haines de
1 o race.
dans la Confédération canadienne. Us n'ont pu réussir. Mais ils, vont, pendant plusieurs années, avec des alternatives diverses,
(1) Archives de l'évêché de Saint-Albert.
pousser des clameurs contre ceux qui ont déjoué leur haine, presser les hommes publics de sévir contre eux, se livrer eux-mêmes à toutes sortes de molestations et d'injures et entretenir dans le pays de regrettables défiances de race.
Certains journaux d'Ontario ne cessaient de demander l'accusation des chefs de l'ancien Gouvernement Provisoire, qu'ils traitaient de rebelles et d'insurgés. A chaque instant, ils évoquaient le souvenir de l'exécution de Scott et réclamaient bruyamment la condamnation de tous ceux qui avaient participé à cette mort.
Les volontaires ontariens amenés par Wolseley furent licenciés après une année d'engagement, demeurèrent à Winnipeg et, affranchis de la discipline militaire, donnèrent souvent un plus libre cours à leur haine que pendant leur année de service. D'autres individus, de la même origine, se joignaient à eux pour accabler les métis d'injures et les molester en mille façons. Un témoin d'une autorité qui défie tout soupçon d'erreur ou d'exagération, le Lieutenant-Gouverneur Archibald lui-même écrit à Sir John McDonald, au commencemet d'octobre 1871 : "A'ous ne sauriez croire le tracas et l'anxiété que j'ai éprouvés pendant ces derniers jours. Je vous ai déjà dit que je me suis efforcé de combler, si la chose est possible, l'abîme qui sépare les deux grandes sections de la population. Cette tâche a été pleine de difficultés, vu la si grande agitation des métis français, que l'on doit attribuer non à leurs craintes au sujet de la répartition de leurs terres, mais aux mauvais traitements que ceux qui osent s'aventurer dans Winnipeg ne cessent de recevoir de la part des volontaires licenciés et des nouveaux venus qui remplissent cette ville. Beaucoup ont été tellement battus et ont subi tellement d'outrages qu'ils croient vivre dans un état d'esclavage. Ils disent que la haine de ces gens est pour eux un joug insupportable, qu'ils s'y soustrairaient volontiers à n'importe quel prix (1). "
(1) HAtel (Jii Gouvernement, Mauitoba, 9 odobn LsTl. — Lettre produite par riion. M. Arcliibnkl dans ses témoignages devant le Comité du XordOmsl, mai 1M74, n" l(i9, p. 156.
Mgr Taché écrivait au milieu de la même année à l'archevêque de Québec : " Nous avons eu des désagréments et des difficultés de toutes sortes depuis le commencement de nos changements politiques. Xous avons dû garder le silence à l'extérieur pour ne pas faire surgir de nouvelles difficultés ; mais hélas ! comme nos hommes d'Etat (de langue française) ont été aveugles sur nos intérêts, qui sont cependant ceux de la province do Québec ! Et des journaux, comme l'Evénement, la Minerve (Ij et quelques autres ont de temps en temj>s, aidé les ennemis de notre nationalité à nous précipiter et ensevelir dans l'abîme. Comme je l'écrivais à Sir George Cartier, j'ai le cœur bien trop plein (2). "'
Depuis longtemps les métis s'étaient groupés dans les Ilets de '"[fA'g jg^goi» Bois, au nord de la Montagne du Tigre, à l'est et au nord de la petite rivière qu'ils nommaient la nvière des Ilets de Bois (3). En 1871, des immigrants d'Ontario, trouvant ces terres à leur convenance, s'y établirent. "Il y avait ailleurs, raconte Thon. Archibald, de grandes étendues de terres tout aussi fertiles; mais les nouveaux venus préférèrent cette localité. Ils vinrent donc prendre possession de ces terrains, les clôturèrent, bâtirent des cabanes, déclarèrent qu'ils défendraient les lieux dont ils avaient pris possession contre n'importe qui. Afin de faire mieux connaître leur prise de possession, ils semblèrent ignorer le nom sous lequel cette rivière était connue et l'appelèrent du nom caractéristique de 5oî/ne (4). Les métis s'émurent: non seulement ils se voyaient dépouillés des terres qu'ils croyaient leur appartenir; mais ils trouvaient quelque chose de pire dans le changement de nom, une insulte à leur religion. Il leur sem-
(1) Mgr Taclié nomme ici nn journal français de Québec et un autre journal français de Montréal.
(2) Lettre du 22 juin 1871. — Archives de l'archevêché de Québec.
(3) Dans la paroisse actuelle de Saint-Daniel, entre les stations plus récentes de Carman et de Saint-Claude.
(4) Tel est le nom dont la plupart des habitants du Manitoba continuent à la désigner (1904). Chacun le sait, la Boyne est une célèbre rivière d'Irlande, où, en 1690, les Français alliés de Jacques II, roi légitime d'Angleterre, furent battus par Guillaume III d'Orange, roi intrus d'Angleterre.
blait que leurs propriétés, leur foi et leur race allaient être foulées aux pieds, s'ils ne prenaient les armes pour se protéger. " " Je fis mander^ poursuit le narrateur, quelques-uns des principaux d'entre eux, et je cherchai à leur persuader que s'ils se livraient à quelque acte d'hostilité, c'en était fait d'eux. La collision ne fut pas empêchée sans beaucoup d'efforts. Le sang eût coulé en cette occasion : nous aurions eu une guerre civile à laquelle tous les métis français auraient participé activement, tandis que les métis anglais, d'accord avec les métis français sur la question de propriété, auraient eu peine à consentir de demeurer neutres. En ce moment, nous n'avions que 80 hommes pour protéger les magasins de Fort-Garry et sauvegarder la paix de la moitié d'un continent (1). "
Ces faits se passaient au mois de juillet 1871. " Le danger disparut un instant ; mais un mécontentement opiniâtre n'en existait pas moins, " et, par suite des provocations de certains meneurs d'Ontario, pouvait dégénérer à tout instant en un conflit sanglant.
Tentative des Les Fénicns des Etats-Unis, qui regrettaient de n'avoir pas profité des troubles de l'année précédente pour satisfaire leurs haines contre l'Angleterre, se persuadèrent que "les métis ainsi vexés s'empresseraient d'accueillir et d'aider des hommes qui se présenteraient jjour venir les protéger (2) : ils se flattaient qu'avec leur connivence ils pourraient soustraire le Manitoba et le iSTord-Ouest à l'allégeance anglaise. L'Irlandais O'Donaghue, membre de l'ancien Gouvernement Provisoire, leur conseilla la tentative et se mit à leur tête pour l'exécuter.
obBervttu.n " Pour bien comprendre les faits relatifs à l'invasion fénien-
ne, dit l'hon. Archibald dans le récit qu'il a fait de cet événement, il est nécessaire d'avoir l'idée de la position géographique de la province et de la répartition de sa population. L'Assini-
(1) Témoip;nage de l'hon. M. Archibald devant le Comité du Nord- Oueift. — Mémorandum mr l'invasion fénieniie, n'^ 90, p. 140.
(2) Mgr Taché, VAmnistie, p. 59.
AiicHKVKQri': 1)1-: saixi-bonifaci: Hhi
boine rejoint la rivière Eouge à angles droits près de Fort Garry. Le fort s'élève à cet endroit, sur la rive nord de l'Assiniboine et à roucst de la rivière Eouge. Toute la population sur la rivière Eouge au sud du fort et entre le fort et la frontière, est française. Toute celle qui se trouve au nord du fort est anglaise. La population sur l'Assiniboine est anglaise dans les paroisses supérieures et dans les paroisses inférieures; mais les bords de la rivière, entre ces paroisses, sont habités par les Français sur un i)arcoui-s de 20 milles, part-ageant la population en deux sections qui n'ont pas de liaison. Au sud des paroisses françaises de l'Assiniboine et justement au delà de la frontière américaine, se trouve l'établissement français de Saint-Joseph, à environ 30 milles en haut de la rivière Pembina. Un chemin direct relie Saint-Joseph à la colonie française de l'Assiniboine, de sorte que les métis français de l'Assiniboine peuvent communiquer avec les métis d'au delà de la frontière, de Saint- Joseph, et par leur entremise avec les Etats-Unis, tandis que notre population anglaise, qui se compose en tout de 5,000 âmes, est divisée en deux sections et n'a d'autre point d'appui en arrière que le pôle nord, et est flanquée d'un côté par les prairies de l'ouest et de l'autre par les lacs et les marais entre Fort-Garry et Collingwood. Cette position géographique bien comprise, il est facile de concevoir quel serait l'état de la province, si aux approches de l'hiver, tel qu'au, moment de l'invasion, un ennemi pouvait s'établir sur son sol et attirer sous ses étendards la moitié de la population. Il y avait sur les deux chemins de fer qui se construisaient dans le Minnesota en 1871 des milliers de travailleurs. A la fin de la saison, ces hommes se trouvent sans emploi, et s'ils voyaient une chance de piller Fort Garry et Winnipeg, la tentation serait irrésistible. Une fois l'envahisseur établi chez nous, s'il était joint par quelques centaines d'hommes de notre population de manière à donner à l'incursion une apparence de guerre civile, il recevrait l'appui d'une multitude de féniens qui travaillent sur les chemins de fer (1) et de nom-
(1) Plusieurs de ces travailleurs étaient d'anciens soldats de la guerre de sécession entre le Nord et le Sud des Etats-Unis (1864).
Iti-i VIE DE MGR TACHÉ, 0. M. I.,
breuees recrues prises dans les villes américaines, et il est évident que l'affaire deviendrait extrêmement sérieuse (1)."
Tel était le plan d'O'Donaghue.
Tout à coup, " les rumeurs les plus alarmantes se répandent dans la province. Une armée ! des amis ! venaient fondre sur elle, et toute la population de la province ne pourrait soutenir le choc de ces nombreux bataillons, réunis sous le commandement d'hommes expérimentés, fournis d'armes et de munitions pour toute une campagne régulière (2). " " Les rumeurs portaient l'armée d'invasion de 1000 à 1500 féniens et indiquaient des endroits où les chefs avaient fait tout l'été des caches énormes d'armes et de munitions (3). "
" Les vengeances particulières et les vexations exercées contre les métis faisaient craindre qu'ils demeurassent neutres dans le conflit, que peut-être même ils fussent tentés de se joindre aux assaillants, et c'est bien ce sur quoi ces derniers avaient compté (i)." EritrtTue de Dans CCS circonstanccs, Mgr Taché rencontra au presbytère
Mgr et de ' o i j
Biei. de Saint-Norbert Louis Riel, rentré au pays depuis le 3 mai
précédent, et lui dit : " Savez-vous ce qui se passe au sujet des féniens ?" Riel répondit : "Je connais les rumeurs qui circulent ; mais je ne sais rien de certain à ce sujet. " — " Je suppose, reprit l'Evêque, qu'il n'y a pas de doute sur votre conduite dans cette affaire. " — " Non, dit Riel, je ne suis lié d'aucune manière avec eux; mais, dans l'intervalle, je ne sais quelle attitude prendre; car vous savez parfaitement que ma vie n'est pas en sûreté. Je puis aller de l'avant et combattre les féniens, mais je suis sûr d'être tué par ceux qui se tiendront derrière moi, de sorte que je ne sais que faire. Soyez certain cependant que
(1) L'iion. M. A r v,h\ha\i], ^fe 7)1 or a ndvm au .mjcl de l'invasion fénienne du Manitoha en octobre 1871. Cette notice courte et substantielle se trouve dans les tt'moijrnajres de l'iion. M. Archibald devant le Comité du Nord- Ouest, n^OO, pp. 131J-142.
(2) Mgr Taché, L'Amnistiey p. 60.
(3j Le Métis, n^ du 19 octobre 1871.
(4) Mgr Taché, V Amnistie, p. 60.
ARCHKVÊQUK I)K SA I XT- BOX IF ACE 105
ni moi ni aucun de mes amis nous ne nous joindrons aux féniens : nous les détestons, car ils sont condamnés par l'Eglise (1)."
L'Evêque répéta cette conversation à M. Ritchot. Celui-ci lui dit: "Je savais depuis longtemps qu'il n'}^ avait pas de doute sur leur conduite (2)."
Plusieurs affaires appelaient Monseigneur de Saint-Boniface EntieTue de
^^ '^ ^ . Mgr et de
dans la province de Québec. Le 22 septembre, avant de partir, l'^on. Archiil rendit une visite au Lieutenant-Gouverneur. " Je crains, lui dit celui-ci, que vous ne partiez dans de mauvaises circonstances. — Pourquoi ? — Ne connaissez-vous pas les rumeurs au sujet de l'invasion fénienne? — Oui, répondit le prélat, j'ai appris ces rumeurs, mais je n'y crois pas; notre petite province est tellement le pays aux rumeurs, que je ne saurais ajouter foi à ce rapport, même s'il était vrai. " Monseigneur ajouta que si la situation devenait dangereuse, il se hâterait de revenir. Le Lieutenant-Gouverneur reprit : " Dans le cas de danger, et si vous n'étiez pas de retour, avec qui pourrais- je conférer pour connaître les sentiments de la population ? " " Je pense, répondit l'Evêque, que vous pourriez alors vous adresser au Père Eitchot : il a beaucoup d'influence sur la population, et il vous dira tout ce qu'il saura à ce sujet lorsque vous lui en ferez la demande (3)."
Mgr Taché partit de Saint-Boniface le samedi 23 septembre. " Après avoir quitté Fort Garry, poursuit-il, je rencontrai quelques-uns de ceux que l'on disait être féniens. Je rencontrai O'Donaghue lui-même, à trois jours de marche de Fort Garry. Je crus devoir lui parler à ce sujet, et je lui démontrai non seulement l'inconvenance, mais ce qu'il y aurait de criminel dans une pareille entreprise. Il nia avoir l'intention de faire une at-
(1) Témoignages de Mgr Taché devant le Comité du Nord-Ouest, ou Histoire et origine des trouides de la rivière Rouge racontés sous la foi du serment par S. G. Mgr Tacite, 1874, p. 53.
(2^ Jbld.
(3) Témoignages rendus par Mgr Taché sous la foi du serment devant le Comité du Nord-Ouest, avril 1874, p. 74.
taque contre la province de Manitoba. Il dit qu'il était tout simplement le chef d\m parti d'immigrants qui se rendaient à Manitoba, et qu'il avait fait un arrangement avec les compagnies de chemin de fer pour obtenir une réduction pour le passage de ces immigrants. Il ajouta qu'il allait les conduire à leur destination et qu'il reviendrait de suite pour conduire d'autres immigrants à Manitoba (1). "
Ces arrangements avec les compagnies de chemin de fer étaient réels; mais ces soi-disant immigrants étaient des Irlandais féniens qui étaient recrutés dans les chantiers des chemins de fer du Minnesota ou dans les villes des Etats-Unis ; avant de coloniser le Manitoba, ils voulaient en exterminer " les orangistes/' c'est-à-dire les Anglais.
P'«n^^fs Et en effet, quelques jours après, on voyait O'Donaghue che-
vaucher sur la route de Georgetown sur un magnifique coursier avec des éperons dorés, dans les allures d'un chef d'armée. On le voyait, le 30 septembre, entouré à Pembina de quatre militaires féniens, O'Xeil, Donelly, Carley et Kelly, "tous colonels ou généraux, " qui devaient composer l'état-major du chef. Des groupes de féniens arrivaient de différents côtés.
Son plan était de se jeter à l'improviste sur Saint-Joseph de Pembina, de forcer de gré ou de force les métis de cette place à se joindre à lui, de se porter avec eux auprès des métis de Saint-François-Xavier, de Saint-Boniface et de Saint-Xorbert, pour exterminer avec eux " les orangistes. "
L'issue de ce plan dépendait de l'attitude des métis. Si les métis allaient du côté des féniens, le pays était perdu pour le Canada et l'Angleterre; s'ils se déclaraient contre les féniens, ceux-ci échouaient dans leur entreprise. " L'envahisseur, dit justement l'hon. Archibald, basait toute l'espérance de son succès sur le fait que nos divisions intestines lui jetteraient entre les bras une partie de la ])opulation (2)."
(1) Témoignagesi , p. 74.
(2) Proclamation de l'iiou. M. ArcliibaM après l'invasion, .Sam/-Kon?face, IS octobre 1871. — Dans les témoignages de l'iion. iM. Archibald devant le Comité du Nord-(Jnesl, p. 148.
" La situation était extrêmement dangereuse (1). " Le péril sagesse et acehangea les dispositions des Ontariens les plus fanatiques à l'é- l'hon. gard de Eiel et des métis.
" Il n'y eut plus qu'une voix dans Winnipeg, raconte Mgr Taché : " Que Eiel vienne maintenant ! Qu'il montre sa loyauté ! Que les métis s'arment ! et nous oublierons le passé. Ces dernières paroles, qui avaient été le mot d'ordre du gouvernement, devenaient, par suite du danger, le cri de ralliement des ennemis de ce pauvre peuple qu'on avait tant méprisé (3)."
Cependant " la grande préoccupation " de l'hon. Archibald était de réunir toute la population en un seul faisceau compact " contre la bande de ces mécréants des villes américaines, qui s'amassaient sur les frontières pour piller, voler et incendier les maisons du Manitoba (3^.'^ Mais il se demandait avec inquiétude si quelques métis au moins, par ressentiment de ce qu'ils avaient souffert depuis une année, n'avaient pas de l'inclination pour les Féniens. Pour s'en éclairer, selon le conseil de Mgr Taché, il désira avoir une entrevue avec le Père Eitchot. Celui-ci, sur son invitation, se rendit au Fort Garry le 4 octobre. Laissons la parole à M. Eitchot.
" Son Excellence, raconte-t-il, me dit qu'il désirait savoir Entrevue de quelle attitude allait prendre la population française au sujet A.chibaid
avec
de l'invasion fénienne. Son Excellence dit qu'il était pleine- m. Ritchot. ment convaincu par tout ce qu'il avait vu que la population française était loyale, mais que dans des circonstances comme celles-là, il était de son devoir d'avoir des renseignements bien exacts sur ce qui se passait dans la province. Il ajouta que si la population se montrait loyale, il n'y aurait rien à craindre des Féniens, quel que fût leur nombre. Mais il regardait la perte du pays comme certaine, si une partie de la population se montrait hostile aux autorités, parce que la division dans un camp ne pouvait que lui être fatale. Il me dit aussi que si l'on
(1) Mgr Taché, 2\''otes sur les difficultés de la rivière Rouge fournies à l'hon. M. A.- A. Dorion, novembre 1873.
(2) Mgr Taché, VA7)mislie, p. 60.
(3) Proclamation citée plus haut.
pouvait compter sur cette partie des métis qui demeurait près de la frontière, il n'v aurait rien à craindre. Il voulait savoir en conséquence de moi, vu que je demeurais parmi les métis français, si j'étais en mesure de l'informer d'une manière positive que l'on pût compter sur eux (1).
M. Ritchot répondit à l'hon. Archibald " qu'il était très certain qu'il pouvait compter sur eux. " 11 ajouta " que les métib n'attendaient qu'un mot d'ordre pour aller de l'avant (2)."
" Son Excellence, poursuit M. Eitchot, me donna instruction de dire aux métis franco-canadiens et spécialement à Riol qu'il était heureux de les voir donner leur concours aux autorités. Je fis alors remarquer à Son Excellence que Eiel était dans un grand embarras, car ses amis l'informaient que s'il allait de l'avant et se montrait, il s'exposait à être tué, que des mandats d'arrestation avaient été émis contre lui et qu'il serait arrêté dès qu'il serait sous les armes ou paraîtrait dans une assemblée publique. Son Excellence répondit qu'il n'y avait aucun danger à craindre sous ce rapport et que c'était une bonne occasion pour Eiel de prouver sa loyauté. Son Excellence ajouta que ce serait un autre bon moyen d'accélérer l'octroi de l'amnistie. Je promis de faire part à Eiel de ce qu'avait dit Son Excellence et de lui donner le lendemain des nouvelles de ma mission (3). " Letti-e (le 1 lion. Je rcucoutrai après cela des connaissances, continue le nar- 4M. Ruchot rateur, qui me dirent que les amis de Eiel ne lui permettraient pas d'aller de l'avant sans qu'on lui donnât une assurance par écrit qu'il ne serait pas maltraité (4)." M. Eitchot, avant de quitter Winnipeg, écrivit une lettre au Lieutenant>Gouverneur pour lui faire part de ces objections (5). L'hon. Archibald lui répondit immédiatement : " Dans le cas où M. Eiel viendrait
(1) Déposition du Rév. M. Ritchot devant le Comité du Nord-Ouest, mardi, 21 avril 1874.
(2) Ibid.
(3) Ihid.
(4) Ibid.
(5) On peut voir cette lettre dans les dépositions de M. llitcliot devant le Comité du Nord-Ouest, tï° 68,
de l'avant, il ne doit nullement appréhender que sa liberté puisse être entravée de quelque manière que ce soit ... La coopération des métis français et de leurs chefs pour la défense de la Couronne, dans les éventualités actuelles, sera très heureuse et ne pourra être envisagée autrement que comme leur donnant droit à la plus favorable considération. . . Plus les métis français seront prompts à prendre l'attitude en question, plus elle aura bonne grâce et plus son influence sera favorable (1).'"
" Cette lettre est transmise à M. Eitchot à Saint-ISTorbert, puis communiquée à M. Eiel qui est mandé à cette fin à Saint- Yit^il. Ce dernier parcourt les paroisses des métis français ,(2)" avec Lépine et Parenteau. Partout, " les métis s'arment, s'enrôlent et s'équipent (3)."
Dans la nuit du 7, M. Piiel écrit au Lieutenant-Gouverneur Lettivuos la lettre suivante datée de Saint-Vital : '" Nous avons l'honneur a 'l'^ho " Ar"de vous dire que nous apprécions grandement ce que Votre Ex- "^'" * cellence a bien voulu communiquer au Eév. M. Eitchot, pour que nous puissions mieux aider le peuple, dans la position exceptionnelle qui lui a été faite pour répondre à son appel. Comme plusieurs personnes sûres ont été priées de vous l'apprendre, la réponse des métis a été celle de sujets fidèles. Plusieurs compagnies sont déjà organisées, et d'autres se forment. Votre Excellence peut se convaincre que, sans avoir été enthousiastes, nous avons été dévoués. " Cette lettre est signée de L .Eiel, A. Lépine et P. Parenteau (4j.
L'hon. Archibald fait aussitôt répondre aux trois chefs : " Vous pouvez dire au peuple au nom duquel vous écrivez que Son Excellence reçoit avec grand plaisir les assurances qu'Elle
(!)■ Lettre de l'hou. M. Archibald an Rév. Rilchot, Hôlel du gouvernement, 5 octobre 1871. — On peut voir cette lettre toute entière dans les dépositions de I\I. Ritchot devant le Comité rlu Nord-Outst, n* 09, p. 62; dans V Amithtie, pp. 60-61.
(2) Mgr Taché, V Amnistie, p. 62.
(3) Mgr Taché, Notes sur les difficultés de la rivière Rouge fournies à l'hon. M. A. -A. Dorion, 1874.
(4) Cette lettre se trouve dans les témoignages de Thon. M. Archibald devant le Comité du Nord-Ouest, n" 99, p. 147.
170 VIE DE :mgr ïaché^ o. m. I.,
avait anticipées dans ses communications avec le Eév. P. Eitcliot, et dont votre lettre lui fait part, et qu'Elle profitera de l'occasion la plus prochaine pour transmettre à Son Excellence le Gouverneur Général, cette preuve évidente de la loyauté et de la bonne foi des métis de Manitoba. Son Excellence serait bien aise de recevoir le plus tôt possible une liste des noms des personnes de chaque paroisse qui désirent s'enrôler pour le service actif dans cette circonstance. Son Excellence comptera sur leur promptitude à venir en avant au moment qu'il leur sera notifié (1). "
Cette lettre est du 8 octol)ro. Le même jour, " vers -i heures de l'après-midi, raconte l'hon. Archibald, M. Royal, orateur de l'Assemblée Législative, M. Girard, trésorier provincial, et divers autres représentants des paroisses françaises viennent me voir pour me dire qu'un grand nombre de métis français se sont réunis sur la rive droite de la rivière Eouge et désirent m'assurer personnellement de leur loyaui^é et m'offrir leurs services ])our la défense du pays (2)." Le représentant de Sa Majesté se rend à Saint-Boniface pour passer en revue la troupe, vraiment d'élite en ces circonstances^ que MM. Eiel, Lépine et Parenteau avaient réunies et qu'ils commandaient (3). " Rivuedcs M. le sénateur Girard raconte ainsi cette entrevue: "Les mé-
troupes mé-
fissos par i[g étaient au nombre de 400 à 500. dont un tiers environ à che-
1 hon. Arclil-
i.aid. ygi Qj^ \q reste à pied. . . Le plus grand nombre étaient armés.
Eiel, Lépine et Parenteau semblaient tous trois en avoir le commandement. . . Le Gouverneur s'avance au milieu de la troupe. . . Je lui présentai Eiel, comme celui que les métis avaient choisi pour leur chef en cette occasion... Le Gouverneur Archibald pressa la main à Eiel quand je le lui présentai. M. Dubuc présenta Ambroise Lépine, ... et le Gouverneur lui pressa aussi la main. Parenteau fut présenté aussi par son
(1) Citée par Mgr Taché, dans V Amnistie, p. 62.
(2) Proclamation (le l'hon. M. Archihak], S((rnt-Bomfac<',\8 octobre 1S71. — Dans les t('inoi<;iia<îes do l'hon. M. Archibald devant le Comité du Nord-Ouest, n*^ \)9u, p. 148.
(3) Mgr Taché, Xotts sur les difficultés
A]{Clli:VKQlIE DE SAI XT-BON 1 FACE 171
nom, et le Gouverneur lui serra la main. Après les présentations, Riel adressa la parole publiquement au Gouverneur, disant qu'il était venu avec ses amis offrir leurs services pour la défense du pays contre tous ses ennemis, et il demanda au Gouverneur d'accepter ses services. Le Gouverneur le remercia très vivement pour cette offre de service et lui dit qu'il l'acceptait avec beaucoup de plaisir (1). "
Mais l'unanimité des métis à se prononcer et à prendre les Avoitemcnt de
l'entreprise
armes pour le Canada et l'Angleterre avait déjà fait échouer fénienue. l'entreprise des Féniens.
" Mardi, 3 octobre, raconte Thon. Archibald, je fus informé^ à n'en pouvoir douter, qu'une invasion menaçait le pays (2)."
Le 5, à 7 heures et i/o du matin, O'Donaghue, O'Neil, Donelly et Curley, à la tête de 35 hommes environ, se jettent sur les
(1) Déposition de l'hon. sénateur Girard devant le Comité du Nord- Ouest, 19 mai 1874, p. 180.
Plusieurs ont prétendu depuis que Riel jouait alors un double jeu, entretenant des relations secrètes avec les Féniens et affectant ostensiblement de prendre les armes contre eux. L'hon. M. McDonald a manifesté publiquement ces soupçons ; beaucoup d'historiens les ont répétés. Nous préférons croire à la sincérité de Riel, avec Mgr Taché et le Père Ritchot, avec l'hon. M. Archibald, avec MM. Royal, Dubuc, Girard, avec tous ceux qui connaissaient intimement Riel et l'ont fréquenté à l'époque de l'invasion fénienne. " J'eus des entrevues avec plusieurs membres du clergé, en outre du P. Ritchot, témoigne l'hon. M. Archibald, ainsi qu'avec plusieurs Français loyaux, c'est-à-dire ceux qui étaient hostiles à Riel, et plusieurs autres personnes..., notamment avec Pa.«chal Breland, un Métis très influent, oppo.«é à Riel, M. W. McKay..., M. Hamelin..., aussi avec M. Nolin, qui avait été opposé à Riel. Ma police me fournit aussi des renseignements. Toutes les informations que je recueillis me démontrèrent que les Métis français étaient mécontents et ne désiraient pas se déranger; que Riel était favorable au maintien de l'ordre, qu'il voulait appuyer le gouvernement et qu'il travaillait dans (;e sens... Les renseignements qui m'arrivèrent de tous côtés me démontrèrent que l'influence de Riel sur les Métis était énorme, et je crois que leur attitude et l'appui qu'ils ont donné au gouvernement sont dus en grande partie aux eflbrts de Riel. et que s'il eût agi autrement, ils fussent restés neutres ou eussent été hostiles au gouvernement." — Témoignages de l'hon. M. Archibald devant le Comité du Nord- Ouest. — Rapport de ce Comité, p. 150. — "Si Riel eût joué un double jeu, témoignait l'hon. M. Royal devant le même Comité, j'aurais été en position de le savoir.'' — Rapport du Comité, p. 130.
(2) Proclamation du 18 octobre. — Rapjiort du Comité du Nord-Ouest, p. 138.
trois OU quatre maisons qui composaient rétablissement de la Compagnie de la Baie d'Hudson à Pembina, et y proclament " le Gouvernement Provisoire du Manitoba. " C'était comme une répétition de la saisie du Fort Garry en 1869 et de la proclamation du premier Gouvernement Provisoire.
Cette attaque était l'entrée en matière, sinon même " une feinte ( 1 ) ;" " la véritable attaque devait être faite sur Saint- Joseph, où la masse des Féniens s'était conc-entrée (2)," et d'où ils allaient se porter sur les j^aroisses métisses du Manitoba.
Le même jour, l'hon. Archibald, " informé que l'invasion était imminente, " fit partir de Winnipeg un corps de troupes pour la frontière. Ce corps de troupes comprenait " le gros des compagnies stationnées au fort, deux compagnies levées à Winnipeg sous les capitaines Mulvey et Kennedy, et une compagnie de Canadiens et de métis français sous le capitaine de Plainval, ' en tout un effectif de 200 hommes. Le colonel Irvine commandait toute la troupe.
Mais pendant que cette petite armée se mettait en marche, le jeudi à midi, le colonel américain Wheaton " attaqua et mit en fuite la bande de pillards au moment où elle traversait la frontière (3) ;" "il s'empara d'O'Xeil, Donelly et Curley et de dix de leurs hommes, avec leurs munitions et leurs armes. " O'Donaghue fut pris sur le territoire canadien par des métis et conduit par eux au colonel Wheaton, qui le joignit aux autres prisonniers.
Les Etats-Unis avaient fait l'année précédente, des avances au Gouvernement Provisoire et à O'Donaghue; cette année-ci, ils saisissent dès le principe les membres du Gouvernement Provisoire. Mais la suite révèle les secrets des cœurs. Ijc lunldii suivant, 9 octobre, le colonel Wheaton remet les prisonniers aux autorités civiles de Pomhina. Celles-ci, après leur avoir fait un
(1) Mémorandum de l'Iion. .V. AreliibaJd nv sujet de l'iuronon fénienne, p. 141.
(2) Ibid.
(3) Proclama lion du 18 octobre 1871, p. 148.
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procès pour la forme, les relâchent tous, " pour des motifs, dit Thon. Archibald, qu'il m'est impossible de comprendre (1)."
" O'Donaghue, ajoute-t-il, est demeuré dans les environs de Pembina, attendant une occasion favorable pour renouveler l'attaque." Pendant idleux ans, les Féniens tinrent les yeux ouverts sur le Manitoba et se consultèrent sur l'opportunité de reprendre leur tentative. Cependant l'invasion présente était finie. Le 9 octobre, " 50 cavaliers métis sont envoyés comme ■éclaireurs vers un point sud-ouest de la province, " dans la direction des montagnes de Pembina et de la Tortue, " que l'on disait le rendez-vous de phalanges féniennes, et c'est au retour de ces éclaireurs que toutes les craintes se sont calmées (2)."
L'orage se trouva aussi vite dissipé qu'il s'était formé.
On a ri plus tard de ce dénouement si pacifique après les frayeurs du commencement. Et en effet, la conclusion ne manqua pas d'un certain comique. Mais si les premières terreurs ont abouti à une comédie, au lieu d'être suivies de la plus redoutable tragédie, on le dut à la loyauté des métis. " L'invasion fénienne, écrivait Mgr Taché, a mis le pays à deux doigts de sa perte. L'insensé O'Donaghue a été la cause de ce danger. La Providence s'est servie de ces desseins pervers pour nous faire du bien " en rendant les métis plus chers au gouvernement : ■" remercions-la de tout cœur ( 3 ) ."
" Je craignais la guerre civile, dit de son côté l'hon. Archibald Quelques ot-
° ° ' Bervations.
et c'est ce que O'Donaghue espérait produire. S'il eût eu assez d'aide pour prendre pied dans la province au moyen de quelques hommes de l'extérieur, la position aurait pris un caractère sérieux. Beaucoup de travailleurs sur les chemins de fer du Minnesota se seraient rendus ici pour prendre part au pillage. La position du pays, sans population sur laquelle on pût se replier,
(1) Lettre de M. \V. H. Watt à l'hon. M. D. A. Smith, Pembina, h ocf. 1871. — Parmi les documents cités par l'hon. M. Archibald devant le Comité du Nonl-Ouestt, p. 144.
(2) Mgr Taché, V Amnistie, p. 63.
(.3) Lettre du 13 février 1872 à Mgr Grandin. — Archives de l'évéché •de Saint-Albert
sans troupes pour s'opposer aux maraudeurs que l'on aurait comptés en grand nombre parmi ceux qui ont pris part aux guerres américaines, n'était pas rassurante (1)/'
Mais " le clergé m'aida. Les collègues d'O'Donaghue, sur lesquels il avait compté, se déclarèrent contre lui; Riel alla visiter les établissements français et usa de son influence contre O'Donaghue. Ces deux hommes n'ont jamais ,été beaucoup amis: O'Donaghue fut toujours un fénien et un annexioniste ; Eiel ne fut jamais l'un ou l'autre: il avait les sentiments d'un français et d'un catholique (2). " Le même témoin ajoute : " Je crois que l'attitude des métis, lors de l'incursion fénienne, est due aux représentations de leurs chefs, et si les métis eussent pris une attitude différente, je ne crois pas que la province serait maintenant en notre possession (3). "
Xous le demandons, cette conduite des métis, après les mauvais traitements dont ils avaient été l'objet, après surtout le refus de l'amnistie promise, ne se reccommanide-t-elle pas par sa magnanimité ?
Xous le demandons encore, ceux qui vont s'opposer de nouveau à la proclamation de l'amnistie, qui continueront de les appeler déloyaux, rebelles, traîtres, montreront-ils beaucoup de reconnaissance et de générosité?
Quelle prudence n'a-t-il pas fallu constamment à Mgr Taché et à ses missionnaires pour soutenir les métis dans leurs légitimes revendications et leurs plaintes fondées et les prévenir contre les excès du ressentiment et du dépit? inttrvciiiion de Après la retraite des Féniens, l'Evêque dut intervenir en fa-
MprTacbé ,, . . > ~i
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de
Letendre. Rien n'est fréquent comme de voir les chefs d'une insurrec-
tion échapper à la vindicte publique, et la justice humaine frapper des hommes qui ont été de purs instruments. C'est ce qui
(1) Lettre de l'hon. M. Archibald à sir John-A. McDonald, Hôtd du Gouvernement, Manitoha, 9 octobre 1871.
(2) Dépr)8ition de l'hon. M. Archibal devant le Comité du Nord-Ouest. — Rapport du Comité du Nord-Ouest, 1874, p. 140.
(3) Jbid., p. 153.
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eut lieu après l'invasion des Féniens. On se saisit d'un nommé Louis Letendre, dit Batoche, citoyen des Etats-Unis; il fut convaincu d'avoir marché en armes avec les Féniens le 5 octobre. Le 24 novembre, les tribunaux du Manitoba le condamnèrent à être pendu le 24 février. C'était un homme simple et crédule, qu'on avait ebauffé jjour le jeter dans le danger, qui n'avait rien fait pour s'esquiver au moment où les vrais coupables employaient toute leur adresse à disparaître, et qui ensuite n'avait rien compris au procès dirigé contre lui.
Mgr Taché eut compassion de ce malheureux; il écrivit au Gouverneur général, le baron Lisgar, pour le prier " d'exercer le consolant privilège de la clémence en faveur de cet infortuné. " " Que la majesté des lois, lui dit-il, s'affirme par un juste châtiment sur les hommes pervers qui tentent de troubler la paix publique, voilà ce que tout bon citoyen ne peut qu'approuver; mais qu'un pauvre malheureux dont la bonne foi a été trompée, paie le crime des autres, il y a là un véritable sujet de regrets (1). "
Le Gouverneur accorda la grâce demandée en commuant d'abord la peine de mort en une détention perpétuelle, puis, un an plus tard, en rendant la liberté au prisonnier.
" Les troubles politiques sont finis dans notre petite province de Manitoba^ écrit Mgr Taché; il nous reste à apaiser les troubles sociaux, causés par un élément nouveau qui s'introduit dans le pays : ce sont les orangistes qui nous viennent du Haut-Canada et dont le fanatisme religieux est extrême (2). " Cette seconde tâche sera plus difficile que la première: nous allons voir l'Evêque y travailler avec autant de dévouement, mais avec moins de succès.
(1) Lettre du 22 décembre 1871. — Copie dans les arcliives de l'archevêché de Saint-Boni face.
(2) Lettre au Kme P. Fabre, Supérieur-Général des Oblats, Boucherfille, 31 décembre 1S71. — Archives de la Maison générale des Oblats.
Départ de St-Boniface.
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