VIF
femin« comme nue mure, mais je suis si unie si tranquille, si reposée, que vos bouillonncmens n» vous profitent pns comme ils feraient ailleurs. € Madame de Grignan vous écrit poUr monsieur son époux, il jure qu'il ne vous écrira point sottement comme les maris ont accoutumé de le faire à tous les parens de leur épousée; il veut que ce soit vous qui lui fassiez compliment sur l'inconcevable bonheur qu'il a eu de posséder mademoiselle de Sévîgné ; il prétend que pour un tel sujet il n'y a point de règle générale. Gomme il dit tout cela fort plaisamment et d'un bon ton , et qu'il vous aime et vous estime avant ce jour, je vous prie, comte, dé lui écrire une leure badine comme vous savez si bien les faire • vous me fere« plaisir à moi , que vous aimea , et à lui qui, entre nous, est le plus souhaitable mari e* le plus divin, pour la société, qui soit au monde. Je ne sais ce que j'aurais fait d'un jobelia qui eût sorti de l'Académie, qui ne saurait ni la langue, ni le pays, qu'il faudrait produire et expliquer partout , et qui ne ferait pas une sottise qui lie nous fit rougir, ■
La susceptible fierté du comte do Bussy ne pouvait se contenter de tout ce que lui écrivait sa cousine pour excuser le silence de M. de Grignan ; il trouvait que son nouveau cousin manquait à ce qui lui était dû en ne lui écrivaot pas.
i,fMo>Goot^[e
DE MADAME Dt SKVICKÉ, IJJ
A Buiiy, ce G juin 166^.
t Vous me mandes que je vous luenace de vous aimer 4perd»n\ml, que vous vous accommo' deriez encore mieux de ma haine que de mon extrême tendresse , que je suis un homme excessif, que c'est une chose étrange que je ne puiiM trcHivet de milieu entre vous offenser outrageusement ou vous aimer plus que ma vie , et que des mouvemens si impétueux sentent le fagot. VoJià bien de l'aigreur, ma helle cousine, et je ne MIS si je la mériterais quand je voudrais m' excuser du tort que j'ai eu autrefois avec vous, mais assurément je n'en suis pas digne aujourd'hui, et vous avez tort à votre tour, quand vous insultez un bomme qui se condamne, et qui, après vous ivoir tait une espèce d'amende honorable , hadine avec vous.
< Je vous estime assez pour ne pas croire que vous en eussiez usé de la sorte, si l'on ne vous ivait pas éclianffée; mais je vois bien que vous avez montré ma lettre à M. et à uiadame de Grîgnaa, et que vous avez, avec eux, concerté la réponse que vous m'avez faite ; elle est trop pleine d'injures contre moi et de louanges pour lui , pour que vous n'ayez pas eu le dessein de lui pbire. ^
Madame de Grignan m'écrit à peu près sur le même ton de panégyrique pour son mari, mais cet eni«Wm«nt est plue excusable dans une t'euune
124 vin:
nouvelleinent inariét:, que dans une belle-mère. Je vous le dis avec la même sincérité dont vous m'écrivez, ma belle cousine , vous êtes quelquefois ( en tout bien tout honneur ) aussi extrême que moi.
« Au reste, ne vous alarmez pas trop de mon amuur, si vous le prenez pour une menace ; il n'y a rien que je ne fa^se pour vous rassurer, et je vous haïrais plutôt que de ne pas vous mettre , sur cela , l'esprit en repos. Mais je ne vous entends pas quand vous dites que des mouvemenii si impétueux sentent le fagot, et je n'ai jamais ouï dire que pour se brouiller avec sa cousine , ou pour l'aimer plus que la vie , on méritât d'être brûlé.
0 Madame de Grignan me mande, comme vous savez, que son mari, bien loin de comprendre qu'il dut commencer à m' écrire , trouve assez mauvais que je n'aie daigné lui faire uu compliment parce qu'il s'est trouvé si heureux, qu'il croyait tout te monde obligé de le féliciter; si je voulais , je lui répondrais que son mari , bien loin de nous faire voir qu'il se tient aussi heureux qu'elle, me dit qu'il se croit, témoigne, en ne suivant pas l'usage reçu de tous les honnêtes gens, qu'il n'a {>as trouvé les grâces qu'il attendait d'elle.
a Mais jfr ne veux lui répondre autre chose, sinon que si une aussi bonne fortune que la sienne lui a ^it tourner la tète, pour moi, qui ne suis pas heureux , j'ai conservé toute ma raison et que
nMOtCoOt^lc
j'essaierai de m'en servir toujours en cette matière, et surtout en vous honorant, en vous aiinant comme je dois. »
Le temps où madame de Sévignë entretenait ainsi ce commerce avec son cousin , le comte de Bussy, commerce où l'aigreur se mêle de part et d'autre, au désir de s'aimer, plus qu'à l'amitié, élait le bon temps de l'Iieureuse mère qui venait àe marier sa fille à un homme d'une haute distinction et d'un beau caractère. Alors elle habitait sous le même toit que son idole; elle la voyait tous les joiu-s, vingt fois par jour; elle l'entendait ' vanter par toute la société choisie qui les entourait toutes les deux. Elle voyait la faveur dont jouissait son gendre, cette faveur le fixerait à la cour; alors point de séparation à redouter, point de peines, point d'angoisses d'ahscnce : deux vies, lui n'en faisaient quVme , ue seraient point divisées, et leurs jours couleraient doucement ensemble comme les eaux de deux sources qui se smt réunies pour traverser une riante vallée.
C'étaient là les idées de bonheur dont madame de Sdvigné se berçait. On a beau avoir un esprit supérietir.et qui d'ordinaire voit loin devant lui, quand une vive affection , quand une passion vous remplit l'àme , votre bon jugeinent se (roul>le, perd de sa perspicacité, et vous n'apercevez plus ce qui n'est pas loin de vous.
12(j vit
Guuiiik; pour avertir madame de Sëvîgné que l'absence de ta fille pourrait bientôt venir déranger son bonbeur, M. de Grignaii fut enlevé à la douce vie qu'ils menaient tous ensemble. Le service du roi , les devoirs de sa charge de gouverneur le forcèrent à se rendre en Provence, et de laisser sa femme avancée dans sa grosesse à Paris, chez sa mère.
Cette séparation donna u madame de Sévigné l'occasion d'écrire de longues lettres sur sa fdle... ■ Jusqu'à ce moment , elle avait déjà prouvé qu'elle savait écrire mieux que tout antre ; mais à présent son génie va se révéler dans toute sa tendresse, elle ne parlera plus de choses indifférentes ; c« n'est plus son esprit, c'est son cœur qui va tenir la plume; écoutez-la, c'est à M- dç Qrignap qu'elle s'adresse.
Tarit, lueicrcdi 6 «oui t6;Q.
« Est-ce qu'en vérité je ne vous ai pas donné la plus jolie femme du monde ? peut-on être plus bonnâte, plus régulière? peut-on vous aimer plus tendrement? peut-on avoir des sentimens plus chrétiens? peut on souhaiter plus passionnément d'être avec vous, et peut-on avoir plus d'att8che< ment à ses devoirs? Cela est assez ridicule, que je dise tant de bien de ma fille? Mais c'est que j'adniii-e sa conduite comme les autres, et d'autant plus, que je la vois de plus près, et qu'à
nMOtCoOt^lc
V0U6 dire vrai , quelque bonne opinion que j'eusse d'elle sur lex choses principales , je ne croyais pas du tout qu'elle diit être exacte sw loutes les autres au point qu'elle l'est. Je vous assure que le monde aussi lui rend justice, et qu'elle ne perd aucune des louanges qui lui sont dues. Voilà mon ancienne thèse , qui me fera lapider UQ jour; c'est que le public n'est ni fou, ni Wi juste ; madame de Grignan doit être trop contente de lui pour disputer contre moi présentement. Elle a été dans des peines de voU'e «anté , qui ne sont pas concevables. Je me réjouis que vous soyez guéri pour l'amour do vous et pour l'amuur d'elle. Je vous prie, que si vous avez encore quelque bourrasque à essuyer de votre bile , vous en obteniez d'attendre que ma fille soit accouchée. Elle se plaint tous les jours de ce qu'on l'a retenue ici , et dit tout sérieusement que cela est bien truel de l'avoir séparée de vous. Il me semble que ce soit par plaisir que nous vous ayons mis à deux cents lieues d'elle, Je vous prie de calmer son esprit, et de lui témoigner la joie que vous avez d'espérer qu'elle accouchera heureusement
n Rien n'était plus impossible que de remmener dans l'état où elle était , et rien ne sera si bon pour sa santé et sa réputation que d'y accoucher au milieu de tout ce qu'd y a de plus habile , et d"y être demeurée avec la conduite qu'elle a. Si elle voulait, après cela , devenir foUe et coquette,
elle le serait plus d'un an , avant qu'on pût Je croire , lant elle a donné bonne opinion de sa sagesse. Je prends à témoin tous les Grignan qui sont ici de la.vërité de ce que je vous dis. I^joie que j'en ai a bien du rapport à vous, car je vous aime de tout mon cœur, et suisravie que la suite ait si bien justifié votre goût. Je ne vous dis aucune nouvelle , ce serait aller sur les droits de ma fille, je vous conjure seulement de croire qu'on ne peut s'intéresser plus tendrement que je tais à ce qui vous touche. ■
Quelques semaines après la date de cette lettre, madame de Grignan accoucha d'une fille , qui fut nommée Marie-Blanche. Mgr. François Adhémar de Monteil, archevêque d'Arles, oncle de l'enfant, fut pan-ain, et madame de Sévigné marraine. Dans toutes les lettres qui suivent l'heureux accouchement de sa fille, on retrouve un redoublement de gaité; le bonheur de la mère et de l'aïeule découle à pleins bords. Hélas 1 le sourire est bien voisin des larmes'.... Mais n'anticipons pas sur les chagrins de l'absence , ils arriveront assez vite.
C'est dans la chambre de sa fille , prés du berceau de sa petite-fille, que madame de Sévigné écrivait encore à son gendre :
U£ MADAME Di: SÉVIU.NÉ.
( Madame de Coulanges m'a mandé plus de quatre fois ^ que vous |>ar1iez de moi, que vous me souhaitiez. Comme j'ai fait toutes les avances de cette amitié et que je vous ai aimé la première, vous pouvez juger à quel point mon cœur est content d'apprendre que vous répondez à cette inclination qtie j'ai pour vous depuis si long-temps. Tout ce que vous écrivez de votre fiHe est admirable ; je n'ai point douté que la bonite santé de la mienne ne vous consolât de tout. J'aurais eu trop de joie de vous apprendre la naissance d'un petit garçon; mais c'eût été trop de biens tout à la fois; et ce plaisir que j'ai naturellement à dire de bonnes nouvelles eût été jusqu'à l'excès. Je serai bientôt dans l'état où vous me vîtes l'année passée; il faut que je vous aime bien pour vous envoyer ina fille par un si mauvais temps. Quelle folie de quitter une si bonne mère pour aller cbercber un bomme au bout de la France, Je vous assure qu'il n'y a rien qui choque autant la bienséance que ces sortes de conduite. Je crois que vous aurez été touclié de la mort de cette pauvre Duchesse (i); j'étais si affligée moi-même que j'aurais eu besoin de consolation en vous écrivant.
<Ma fille me prie de vous annoncer le mariage
(i)LaducLc«icdeSaigt-SinKlu, uioru: 1 qumnlo nt
de M. de Severs (i). Ce moDsicur de Nevers si difficile à ferrer, ce monsieur de Nevers si e\ti-aordinairo , qui glisse des mains alors qu'on y pense le moins; il épouse enfin, devinez qui? ce n'est point mademoiselle Iloudancourt , ni inade* moisellc de Grancie ; c'est mademoiselle de 'Jtiianges, jeune, jolie, modeste, élevée à TAbliaye-aux-lJois. Madame de Montespan en fait les noces dimanche, elle en fait comme la mère et en reçoit tous les honneurs.
a Le roi rend à monsieur de Nevers toutes ses charges. De sorte que celte belle, qui n'a pas un sou, lui ^'aut mieux que la plus grande héritière de Fi-ance. Madame de Montespan fait des mer* veilles partout.
■ Je vous défends de m'éciire,écrivez à ma fille, laissez-moi vous écrire sans vous emLarquer dans des réponses qui m'otciraient le plaisir de vous mander des bagatelles. Aimez-moi toujours, mon cher comte. Je vous quitte d'honorer ma grande maternité; mais il faut m'aimer, et vous assurer que vous n'êtes aimé en nul lieu du monde si chèrement qu'ici. i
Si madame de Sévigné avait été loin de sa fille, aurait-elle écrit cette lettre si folle, si remarquable, et tant de fois citée?
(■;riiilip[it: Julien Muiarini Mincinij ilucitcNcv
i„M(>Goo*^[c
OF. MADAMF. DT SLVIONI^:. J 51
. ji M. tteCoulomje.t.
Piiri.Jumti iSi1r'r«ul.rc lO-o.
( Je m'en vais vous mandur la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, )a plus miraculeuse, la plus triompluinte , la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière , la plus incroyable, la plus imprévue , la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus • commune, la plus ('datante, la plus seciètc jusqu'à aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie; enfin, une chose dont on ne trouve qu'un exemple dans les siècles passés ; encore cet exemple n'est-il pas juste (i). l'ne chose que nous ne saurions croire à Paris, comment la pourraiton croire à Lyon? Une chose cjui fait ci-ier uiiséricorde ù tout le inonde; une chose qui coinhlc de joie madame de Ruban et madame d'Ilauterive; une chose enRn qui te fera dimanche , où ceux qui la verront croiront avoir la berlye; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peutêtre pas faite le lundi. Je ne puis me résoudre à la dire, duvinez-la; je vous la donne en trois; jetez-vous votre langue aux chiens? Hé bien, il faut donc vous le dire : M. de Lauzun épouse diman-
(i) Oorroii que madame Je Séïi([iic leui ]«ir!tri[ii mariii;,e l>MïrieiTAnjlelerreOTfC Louii XII, qui te iiiniria iroii Bi"i. a.iris 'a MMi 4a roi w%tc le comic de ^a'folk.
,Coot^[c
132 viK
clie, au Louvre, devinez qui? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent; madame de Goulangesdit : Voilà qui est bien difficile à deviner; c'est madame de I^ Valière. Point du tout, Madame. C'est donc mademoiselle de Retz? Point du tout, vous êtes Lien provinciale. Ah ! vraiment nous sommes bien bêtes , dites-vous : c'est assurément mademoiselle de Colbert. Encore moins. C'est assurément mademoiselle de Créqui. Vous n'y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire : il épouse , dimanche au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle, mademoiselle de , mademoiselle, devinez le nom; il épouse mademoiselle, ma foi, par ma foi , ma foi jurée , Mademoiselle ! La grande mademoiselle, mademoiselle, tîlle de Monsieur, Mademoiselle , petite fdie de Henri IV. Mademoiselle d'Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle de Montpensier, mademoiselle d'Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du roi. Mademoiselle destinée au trône. Mademoiselle, le seul parti de France qui fiit digne de Monsieur ! Voilà un beau sujet de discourir.. . Si vous criez, si vous êtes hors de vous-inème, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qii*on se moque de vous , qne voilà une belle raillerie; que cela est bien fade à imaginer i si enfin vous nous dites des injur, s, nous trouverons qne vous avez raison. Nous en avons fait autant que vous. Adieu, les lettres qui seront portées par cet or-
ovGoot^le
DE MAD.'tME DE SÉVIGNÉ. 153
dinaire fous feront voir si nous disons vrai ou non. ■
Puis, quelques jodrs après , toujoiu-s h son cousia-M. de CouUnges , madame de Sévigné écrit :
AParii, igilvcemliTC 1(170.
a Ce qui s'appelle tomber du haut des nues, c'est ce qui arriva hier au soir, aux Tuileries; mats il faut reprendre tes clioses de plus loin. Vous en êtes à la joie, aux transports, aux ravissemeos de i'heureuse princesse et de son bienheureux amant. Ce fut donc lundi que la chose fut déclarée , comme je vous l'ai mandé. Le mardi se passa à se parler, à s'étonner, à complimenter : le mercredi , Mademoiselle fit donation à M. de Lauzun, avec dessein de lui donner les titres, les noms, les omemens nécessaires pour être nommé dans le contrat de mariage qui fut fait le même jour. Elle lui donna donc, en attendant mieux , quatre duchés : le premier c'est le comté d'Eu, qui est la première pairie de France, et qui donne le premier rang; le duché de Montpensier, dont il pona hier le nom toute la journée; le duché de Saint-Fargeau ; le duché de Chàtellemult. Tout cela est estimé vingt -deux millions. Le contrat fut dressé ensuite, oti il prit le nom de Montpensier. Le jeudi matin , qui était hier, Mademoiselle espéra que le roi signe-
m VIF.
rail le commt, comme il l'aVàit dit; mais stif les sept lieiires <tu soir, la reine, Monsieur et plusieurs barbons , firent entendre il Sa Majesté que cette afiàire faisait tort à sa réputation (i). En sorte qu'après avoir fait venir Mademoiselle et M. de Lauzun, le roi leur déclara, devant M. le prince, qu'il leur défendait absolument de songer à ce mariage. M. de Lauzun reçut cet ordre avec tout le respect, toute la soumission , toute ta fermeté et tout le désespoir que méritait une si grande chute. Pour Mademoiselle, suivant son luimeur, elle éclata en pleurs, en cris, eu douleurs violentes, en plaintes excessives, et tout le '^our elle a gardé le lit , sans rien avaler que des bouillons Voilà un beau songe, voilà un beau
[■) Voici, tiiivHiit t'iliké de CLoiiy, ilmis un fraeinciiL iiiéilil àe m> mfiuairM, quelle i f\i laciDiw de larii]iinTe dn mariage de M*deuui«n.LE avec M. le duc de Idiiiuo : ■ Li vieille prineeue de Car^Ban ■vaii, rapri».dinéc , rendu viiîleii mDdaiaïdeMt>nies|ian,cL lui aiaii f»ii enieadre qu'elle (niadaoïe de Monu:>|un) était petdue ti ce aiariage l'acheraii ; qu'on Ucroyaii sulie de M. deLauictn, comme cela flail,vraiiqaeHtuiiieBr«l louie la lamille royale ne lui pardonneraienl jamais) que jo» iemp> (mierail, ei qii'alon elle h terraji eipoti^e à de grand» mallieiira. Peisuadi^ parla m^inière affeciiieuje <le la vieille Car^jnan, elle alla Irouterleroi ei le preoa li lendrenient de rompre ce mariage pour l'amour d'elle, qu'il envoya auMtlAt parler délenie i Mndemoiielle d'aller plus avant...'
Dan> un nunuKrit det mémoire! de La Fure, od irouiela noie Eui- Tanle qui n'apia été imprimée. • La rpîne néme, qui ne h mêlait de rien , parla au mi foneucati Monbiel'K encore dataniagei ctuaalieiir le prince dit au roi, quoique ri>(ieciueuiemeui, i/u'il iraii nu mariige du cadet tnirenn, et qu'il loi casicrait U l*t*, eu lortinl, d'un CAtqi de piiialH. •
UE MADAMIi: OiL SKVIC^É. 155
sujet de tragédie, iiiaU surtout un beau sujet de raisonner et déparier éternellement; t'est ce ifue nous faisons jour et nuit , soir et matin , sans Rn, sans cesse; nous espérons que vous en ferez autant. Efra tanio vi bacto (^ mani^
A M. de Coulanges. ■ ,
» J'ai reçu vos réponses à mes lettres. Jo- comprends l'étonnoment où vous avez été de tout c« qui s'est passé depuis le i6 jusqu'au so de ce mois.
■ Le sujet le méritait bien. J'admire ausiii votrip bon esprit, et combien vous avez jug^ droit , en croyant que cette grande machine ne pourrait pus aller depuis le lundi jusqu'au dimanche. La modestie m'empêche de vous louer à bride abattue là-dessug, parce que j'ai dit et pensé toutes les mêmes choses que vous.
- Je dis à ma fille , le lundi , jamais ceci n'ira h bon port jusqu'à dimanche, et je voulus parier, quoique tout respirât la noce , qaelle ne s'achèverait point. -En effet, le jeudi le temps se brouilla* et la nuée creva le soir à dix heures, conune je vous l'ai mandé.
■ Ce même lundi , j'allai dès neuf heures du matin chez MadeXioiselle , ayant eu avis qu elle allait se marier à ht campagne, et que le co-adjuteur de Reims faisait la cérémonie ; tel* était
ainsi résolu le mercredi au soir; car pour le Louvre, cela fut changé dès le mardi. Mademoiselle écrivait; elle me fit entrer, elle acheva sa lettre , et puis, comme elle était au lit, elle me tit mettre à genoux dans sa ruelle; elle me dît à qui elle écrivait, et pourquoi , et les beaux présens qu'elle • avait faits la veille; et le nom qu'elle avait' donné; qu'il n'y avait point de parti pour elle en Europe, et qu'elle voulait se marier. Elle me conta une conversation mot à mot qu'elle avait eue avec le roi. Elle me parut transportée de la joie de faire un homme bien heureux; et elle me paria avec tendresse du mérite et de la reconnaissance de M. de Lauzun; et surtout je lui dis: Mon Dieu! Mademoiselle, vous voilà bien contente, mais que n'avez-vous promptement fini cette affaire dès lundi? Savez-vous bien qu'un si grand retardement donne le temps à tout le royaume, et que c'est tenter Dieu et le roî qne de vouloir conduire si loin une affaire aussi extracK^inaire. »
Elle me dit que j'avais raison, mais elle était si pleine de confiance, que ce discours ne lui fit alors qu une légère impression. Elle retourna sur les bonnes qualités et sur la bonne maison de I^uzim , je lui dis ces vers de Sévère dans Pofyeacte : •
• Je ne la puis du moini liIimcrd'oD miuviiichoii;
• Polyeacte s du nom , et lorl ilu laag d(> roîi. •
Elle m'embrassa fort. Cette conversation dura
UE MADAME Ot SÉVIGNK. 137
uneheiii'e; il e»t îiiipussible de la l'vdiie toutemais j'avais été assurément tort agréable durant ce temps, et je puis le dire sans vanité , car elle Ktaitaise de parler à quelqu'un; son cœur était trop plein. A dix heures, elle se donna an reste de la France qui venait lui l'aire, sur cela, son ciHnpIinient ; elle attendit tout le niatiu des noulelles, elle n'en eut pas. L'après-dSner, elle s'amusa à (aire ajuster elle-même Tappartenient de M. <|e Montpensier. Le soir, vous savez ce qui airiva. Le lendemain, qui éuit vendredi, j'allai cfaez elle; je la trouvai dans son lit, elle redoubla ses cris en me voyant. Elle m'appela , m'embrassa, me. mouilla toute de ses lames. Elle me dit: ■ Hélas! vous souvient-il de ce que vous me dites liier? Ah 1 quelle cruelle prudence! Ahl la prudence! > Elle me fit pleurer à force de pleurer.
• J'y suis encore retournée deux fois; elle est fortaFlligée, et m'a toujours traitée comme une personne qui sentait ses douleurs; elle ne s'est pas trompé. J'ai retrouvé dans cette occasion des sentimens qu'on n'a guère pourdes personnes d'un tel rang. Ceci entre nous deux et madame de Coulanges. Car vous jugez bien que cette caust serait entièrement ridicule avec d'autres. Adie
Quinze jours après la date de cette lettre, où madame de Scvigné peint à si grands traits le
1S8 viK
désespoir de Mademoiselle, elle avait été sur le
point de voir sa Hlle s'éloigner d'elle Mais 1«
mauvais temps, qu'elle bénissait en secret, em^ pécha madame de Grignan de partir de Paris, pour aller rejoindre son mari en Provence.
« Hélas ! écrit-elle à son gendre, je l'ai encor» cette pauvre enfant j il n'a point été en son pouvoir de partir le i o de ce mois (janvier), comme elle eu avait le dessein. Lés pluies ont été et sont encorQ si excessives, qu'U y aurait eu delà folie à se hasarder. Toutes les rivières sont débordées, tous les grands chemins sont noyés , toutes les o|v pières cachées; on peut fort bien verser dsn$ tous les gués. Ëutïn madame de ïtochefort, qui est chez elle à la campagne , qui brûle d'enviç -de revenir à Paris, où son mari la souhaite, et au sa mère l'attend avec une impatience incroyable^ ne peut pas se mettre en chemin, parce qu'il n'y a pas de sûreté , et qu'il est vrai que cet hiver est épouvantable. U n'a pas gelé un mçment , e% il a plu tous les jours , comme des pluies d'orage. U ne passe plus aucun bateau sous les ponts , les arches du Pont-Neuf sont toutes comblées, Ëntin c'est une chose étrange. Je vous avoue que l'excès d'un si mauvais temps fait que je me suis opposée à son départ |>endant quelques jours. Je ne prétends pas qu'elle évite le froid, ni les boues, ni les fatigues du voyage, mais je ne veux pas qu'elle soit noyée. Cette raison, quoique très forte, ne la contiendrait pas présentement, sans:
i,fMo>Goot^[e
Dt MADAMt DE SÉVIGNÉ. 139
le co-adjuteur, qui part avec elle , et qui est engagé à marier sa cousine d'Harcourt. Cette ce'rémonie se tait au Louvre. M. de Lionne est le procureur; le roi lui a parlé, je dis à M. le eoadjuteur, sur ce sujet. Cette affaire s'est retardée d'un jour à l'autre, et ne se fera peut-éire que dans huit jours. Cependant je vois ma tille dans une telle impatience de partir, que ce n'est pas vivre que le temps qu'elle passe ici présentement ; et si te coadjuteur ne quitte là cette noce, je la vois disposée à faire une folie, qui est de partir sans lui. Ce serait une chose si étrange d'aller seule , et, c'est une chose si heureuse pour elle d'aller avec son beau-frère, que je ferai tous mes efforts pour qu'ils ne se quittent pas. Ce* pendant les eaux s'écouleront un peu. Je veux vous dire de plus que je ne sens point le plaisir de Tavoi)' présentement ,'je sais qu'il faut qu'elle parte ; ce qu'elle fait ici ne consiste qu'en devoirs et en affaires; on ne s'attache à nulle société, on ne prend aucun plaisir, on a toujours le cœur serré, on ne ceaae de parler des chemins, des pluies, des histoires tragiques de ceux qui se sont hasardés. £n un mot, quoique je l'aime comme vous savez, l'état où nous sommes à pré> sent nous pèse et nous ennuie; ces derniers jours* ci n'ont aucun agrément. Je vous suis très ohligée, mon cher comte, de toutes vos amitiés pour moi, et de toute la pitié que je vous fais. Vous pouvet mieux que nul autre comprendre ce que
je souffre et ce que je souffrirai; je suis fâchée pourtant que la joie que vous aurez de la revoir, puisse être troublée par cette pensée. Voilà les changemens et les chagrins dont la vie est mêlée. Adieu, mon cher comte; je vous tue par la longueur de mes lettres. J'espère que vous verrez le fond qui me les fait écrire. »
J'ai transcrit cette lettre, parce que j'y trouve d'un hout à l'autre, comme le pressentiment des douleurs de l'ahsence. La tendre mère a encore son entant près d'elle, mais voyez comme elle a besoin de se justifier de l'avoir gardée, comme elle rassemble, comme elle énumère, comme elle détaille tous les inconvéniens, tous les hasards , tous les périls qui menaceraient sa fille , si elle se mettait en route au milieu des pluies, des inondations, des chemins enfoncés et des fleuves débordés.
Puis sous tout ce qu'elle dit contre cette horrible saison, on sent qu'elle serait fâchée de voir le beau temps revenir tout de suite; au fond de son àme elle pardonne à la pluie et aux grandes eaux ; elle aime mieux sa 611e que le soleil.
Elle craint que son gendre ne trouve mauvais qu'elle retienne madame de Grignan loin de lui. Aussi elle se hâte de l'assurer que la vie qu'elles mènent ensemble n'a plus de plaisirs, plus de
i„M(>Goo*^[c
DE MADAMt UL SÉVtCNÉ. 141
joie, et qu'«ll« est tuiite (jàloc pai' les devoirs et les affaire.^.
Obi j'en «ni» sûr, quand iiiadaiiie de Sévignë a écrit cette lettre du i6 Janvier 1671, elle avait le cœur bien gros, bien serré; et j'ai pitié d'elle quand je la vois essayer de raconter à M. de Gri> gnan, qu'elle ne veut pas méconientert les choses du monde et de la cour. Elle approche du redoutable jour de la séparation , et déjà son éme s'en est attristée par avance.
On lui aurait dit alors : « Mais de cette sépara^ tioo voDt naître votre renommée , votre gloire , > qu'elle aurait renvoyé bien loin celui qui lui aurait ainsi parlé. Sa gloire! c'était sa fille; et vivre avec elle , la voir à chaque instant du jour, lui semblait un bonheur préférable à toutes les renommées du mondç.
Ëntln le cruel jour, le jour qu'elle entrevoyait depuis long-temps, le jour qui lui donnait tant de dragons, tant de tristesses indéfinissables de l'âme, se leva!
Ce fut dans la première semaine de février 1671, que, pour lapiemière fois, madame deGrignan Fut séparée de sa mère. Pauvre mère ! voilà plus de la moitié de sa vie qui s'en est allée. Ecoutez-la.
Ar>ri>, vcndreJi 6 ftvricr 16; ■.
Ma douleur serait bien médiocre, si je pouvais vous la dépeindre ; je ne l'entreprendrai pas aussi.