‹ Vie de mme de SévignéChapitre 12 sur 22 · U6 TIK · texte numérisé non relu

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chez, madame de Villars (i) à parler de votis et i pleurer ; elle entre bien dans mes senlimens. Hier je fut au tennon de M. d'àgen et au salut ».et cbes madame de PuUieux , et chea madame da Puî-du'Fou, qui TOUS £ait mille amitiés; si tous avies un petit manteau fourré , elle aurait l'esprit eu repos. Aujourd'hui je ra'eQ*vaîs «cuqxir au faubourg, tête à tête (a). Voilà le» fêtes d^ mou carnaval. Je iat« toUs les jours dire itfld meaêt pour vous, c'est une dévotion qui tt'eat pas clùmérique. Je n'ai vu d'Adbémar qu'un moment, je vais lui écrire pour le remercier de son lit , je lui en suis {Jus obligée que vous, fila chère bonne, si vous voulez me &ire un vMtable plaisir, ayez soin de votre santé ; dormes daiu ce y^i petit lit , mange?, du potage et servez-Tous de tout le courage qui me manque. Continuez i m'^crire. Tout ce que vous avez laissé d'amitié ici est augmenté. Je ne finirais point h vous foire des complimens et à vous dire l'inquiétude où Ton est de votre santé.

■ Mademoiselle d'Harcourt fut mariée avantlùer j il y eut un grand souper maigre à toute la famille, hier un grand bal et un grand souper au roi, à la reine , à toutes les dames parées; c'était une des plus belles fêtes qu'on puisse voir.

(i) Marte Gigauli de Bcllefonda, marquise de Villa», mare du nu- Tédni ùt ce nom.

(i) Avec madiBiï de La Fajeiti qui deaMimii dm la MK Vatigiranl, en face Ju Pelil-Uiicrobourfl.

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DE MADiMË De SÉVIGNÉ. 147

4 Hé l ma pauvre fille 1 hé ! mon Dieu! a-t-on bien du soin de vous? U ne laut jauiais vous (Tob-e sur voire santé. Voyez ce lit , dont vous ne vouliez point, tout cela est comme madame Robinet.

( Adiea, ma chère en&im , l'unique patsion ds mon cœur, le plaisir et la douleur de ma vie. AîmeE^noi toujours , c'est la seule chose qui peut me donner de la consolation. »

Je serais doué d'un talent que je suis loin d'avoir, j'écrirais comme Chateaubriand, que je ne pourrais, en tenant la plume moi-même, (aire aussi bien connaître la vie de madame de Sévigné qu'en copiant ses lettres. Sa vie , c'est son amour pour sa fille. Sa constante occupation, c'est de l'en assurer. Toute son existence est là. Dans les années que Dieu lui a accordées, ne cherchez point d'ëvénemens , c'est le sentiment maternel qui anime, qui remplit, qui charme, qui inquiète tous ses jours; ce sentiment iait son génie: si on le lui retire , elle ne sera plus .qu'une femme ordinaire et sa vie ressemblera à tant d'autres perdues dans Toubll.

Revenons donc à ses lettres.

A Pirii, mercredi ii Kvrier 1671- « Je n'en ai reçu que trois de ces aimables

lettres qui me pénètrent le cœur; il y-en a upe qui ne me revient point, ma cbère enflant, sans que je les aime toutes et que je n'aime point à perdre ce qoî me vient de vous, je croirais n'avoir rien perdu ; Je trouve qu'où ne peut rien souhaiter qui ne soit dans celles que j'ai, reçues : elles sont premièrement très bien écrites , et , de plus, si tendres et si naturelles, qu'il est impossible de ne les pas croire, la défiance même en serait convaincue. Elles ont ce caractère de vérité qui se maintient toujours, qui se tait voir avec autorité ; pendant que la fiausseté et la menterie demeurent accablées $ous les paroles sans pouvoir persuader ; plus leurs sentimens s'efforcent de paraître, plus ils sont enveloppés. Les vôtres sont vrais et le paraissent , vos paroles ne servent tout au plus qu'à vous expliquer, et, dans cette noble simplicité, elles ont une force à quoi l'on ne peut résister.

• Voilà , ma fille , comme vos lettres m'ont paru , jugez quel effet elles me font, et quelle sorte de larmes je répands en me trouvant persuadée de la vérité que je soubaite le plus. Vous pourrez juger par là de ce que m'ont fait les cboses qui m'ont donné autrefois des sentimens contraires ; si mes paroles ont la même puissance que les vôtres , il ne faut pas vous en dire davantage. Je suis persuadée que mes vérités ont fait en vous leur effet ordinaire; mais je ne veux pas que vous disiez que j'étais uq rideau qui vous cachait :

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tant pis si je tous cachais, vous êtes encore plus aimable quand on a tiré le rideau; il faut que vous soyez à découvert pour être dans votre perfection; nous Tarons dit mille fois. Pour moi, il me semble que je suis toute nue , qu'on m'a dépouillée de tout ce qui me rendait aimable. Je n'ose plus voir le monde , et, quoi qu'on ait fait pour m'y remettre, j'ai passé tous ces jours-ci comme un loup-garou, ne pouvant faire autrement : peu de gens sont dignes de comprendre ce que je sens, j'ai cherché ceux qui sont de ce petit nombre , et j'ai évité les autres. J'ai vu Guitaud et sa femme, ils vous aiment tendrement;

mandez-moi un petit mot pour eux

■ Il me semble que vous êtes it Moulins aujourd'hui , TOUS y recevrez une de mes lettres ; je ne vous ai point écrit à Briare, c'était ce cruel mercredi qu'il fallait écrire , c'était le propre jour de votre départ. J'étais si affligée, si accablée, que j'étais moi-méme incapable de chercher de la consolation en vous écrivant. Voici donc ma troisième et ma seconde à Lyon, ayee soin de me mander si tous les avez reçues : quand on est fort éloigné, on ne se moque plus des lettres qui conmiencent farfairefu la vôtre, etc. La pensée que vous avez de tous éloigner toujours, et de voir ce carrosse qui va toujours en delà, est une de celles qui me tourmentent le plus. Vous allez toujours et enfin, conmie vous 1« dites, vous tous trouverez à deux cents lieues de moi : alors ,

ne pouvant plus souHîrir les injustices sans en faire à mon tour, je me mettrai à m'éloigner aussi de mon coté , et j'en ferai tant que je me trouverai à trois cents.

« Ce sent une belle distance, et ce sera aussi une chose digne de mon amitié, que d'entre* prendre de traverser la France pour vous aller trouver. Je suis touchée du retour de vos cœurs entre le coadjuteur et vous : vous savez combien j'ai toujours trouvé que cela était nécessaire au bonheur de votre vie. Conservée bien ce trésor^ vous vous êtes vous-même charmée de sa bonté , bitee-lui voir que vous n'êtes pas ingrate.

f Je finirai tantôt on lettre. Peut-être qu'ft Lyon vous serez si étourdie de tous les honneurs qu'on TOUS y fera, que vous n'aurez pas le temps de lire tout ceci ; ayez au moins celui de me mander de vos nouvelles, comme vous vous portes , et votre aimable vis«g« que j'aime tant , et si vous vous embarquez sur ce diable de Bh^ne, Je crois que vous aurez M. de Marseille à Lyon. •

* Je viens de recevoir tout présentement votre lettre de Nogent , elle m'a été donnée par un fort honnête homme, que j'ai questionné tant que j'ai pu, mais votre lettre vaut mieux que tout ce qui peut se dire. H était bien juste , ma fille , que ce fût vous ta première qui me fissiez rire après m'avoir tant fait pleurer. C« que vous me mandez

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dé M. Busche est original , cela s'appelle des traits dans le style de l'éloquence ; j'en ai donc ri , je vous l'avoue , et j'en sravis honteuse . si , depuis huit jours , j'avais fait autre chose que de pleurer. Hëlas! je le rencontrai dans la me ce M. Buscbe, qui amenait vos chevaux ; je l'arréiai , et , tout en pleurs , je lui demandai son ntnn ; il me le dit j je lui dis, en sanglotant '. Monsieur Busche ,>je vous recommande ma iiUe , ne la versea point, et, quand vous l'aurez menée beureusemeot à Lyon , venez me voir pour me dire de ses nouvelles , je voui donnerai de quoi boire ; je le ferai assurément. Ce que vous me mandez sur son sujet augmente beaucoup le respect que j'avais déjà pour lui. Mais vou« , vous ne vous poi^ [es poiotbien, vous n'avez point dormi. Le cbo« colat vous remettra; mais vous n'avez pas de dtocolBiière , j'y ai pensé mille fois , comment ferea-vous? Héjasi mon en&nt, vous ne vous ironpez pas quand vous croyez que je suis occupée de vous etioore plus que vous ne l'étez de moi, qumque tous me le paraissiez plus que je ne THux. Si vout me voyez , vous me voyez chercher ceux qui en veulent bien parleri si voua m'écontez , vous entendez ]»en que j'en parle : c'est Basez voua dire que j'ai fait une visite à l'abbif Guéton poiu' parler des chemins et de la route de Lyon. Je n'ai encore vu aucun de ceux qui veolent me divertir; en parole* couvertes, c'est

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