‹ Vie de mme de SévignéChapitre 15 sur 22 · ME · texte numérisé non relu

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un mot d'autant plus que très souvent je ne veux pas parler de vous ; il y a des excès qu'il faut corriger, et pour être polie , et pour éire politique ; îl me souvieut encore comme il faut vivre pour n'être pas pesante; je me sers de mes vieilles leçons.

« Noua lisons fort ici. La Mousse m'a priée qu'il put lire le Tasse avec moi : je le suis fort bien j parce que j'ai très bien appris l'italien; cela me divertit : son latin et son bon sens le rendent un bon écolier, et ma routine et les bons mahres que j'ai eus me rendent une bonne maîtresse. Mon (ils nous lit des bagatelles, des comédies qu'il joue comme Molière , des vers, des romans, des hiltoires; il est fort amusant, il a de l'esprit, il entend bien , il nous entraîne , il nous a empêchés de prendre aucune lecture sérieuse, comme nous en avions dessein ; quand îl sera parti, nous re[H'endrons quelque belle morale de Nicole ; mais surtout il laut tâcher de passer sa vie avec un peu de joie et de i-epos; et le moyen, quand on est à Cent mille lieues de vous? Vous dites fort bien, on se voit, on se parle au travers d'un gros crêpe. Vous connaissez les Rochers, et votre imagination sait un peu où me prendre. Pour moi , je ne sais où j'en suis. Je me suis lait une Provence , une maison à Âix, peut- être plus belle que celle que vous avez. Je vous y trouve; pour Grignan, je le vois aussi; mais vous n'avez point d'arbres, cela me fâche. Je ne vois pas bien où vous vous

.,C.aog\c

promenez; j'ai peur que le vent ne vous emporte sur votre terrasse : si je Croyais qu'il put vous apporter ici par un touriiillon , je tiendrais toutes mes fenêtres ouvertes, et je vous recevrais, Dieu sait ! Voilà une folie que je pousserais loin. Mais je reviens et je trouve que le cliàteau de Grignan est parfaitement beau et sent bien les anciens Adhémar.

Je suis ravie de voir comme le bon abbé vous aime ; son cœur est pour vous comme si je t'avais [lëtri de mes propres mains : cela fait justement que je l'adore. Votre tille est plaisante; elle n'a pas osé aspirer à la perfection du nez de sa mère, elle n'a pas voulu aussi Je n'en dirai pas davantage; elle a pris un troisième parti et s'est avisée d'avoir un petit nez carré. Mon enfant, n'en étes-vous pas fâchée ? Mais pour cette fois vous ne devez pas avoir cette idée; mirez-vous, c'est tout ce que vous pouvez faire pour Bnir heureusement ce que vous commencez si bien! Adieu, ma très aimable enfant , embrassez M. de Grignan pour moi, vous lui pouvez dire les bontés de notre abbé.3

Dans une autre lettre datée des Rochers.

■ Soyez toujours bien avec M. de Marseille , ma chère enfant , ne vous chargez point d'avoir une haine ii soutenir, c'est un plus grand fardeau que vous ne pensée.

■ Quelle audace de vous faire peindre î Je m'en réjouis, c'est signe que vous êtes belle. Mandezmoi comme vous avez trouvé votre beau château. Je vous souhaite quelques unes de mes allées parmi vos grandeurs, vous qui vous trouvez sur la pointe d'une aiguille. Votre frère est un trésor de folie qui tient bien sa place ici : nous avons quelquefois encore de bonnes conversations dont il pourrait (aire son profit ; mais son esprit est un peu fricassé dans de la crème fouettée ; il est aimable à cela près. Et l'italieD , l'ouhliez-vous? J'en lis toujours un peu pour entretenir noblesse. Vous dites donc que M. de Grignan m'embrasse ; vous perdez le respect, mon pauvre Grignan. Viens donc jouer dans mon mail, je t'en conjure ; il y fait si beau 1 j'ai tant envie de vous voir jouer; vous avez si bonne grâce; vous faites de si beaux coups : vous êtes bien cruel de me refuser une promenade d'une heure seulement. Et vous, ma petite, venez, nous causerons... Ah! mon Dieu! j'ai bien envie de pleurer. 1

Quelles sont les femmes qui lisent aujourd'hui Tacile?Madame de Sévigné le lisait. Elle mande des Rochers à sa fille.

« Vos lectures sont bonnes : Pétrarque vous doit divertir, avec le commentaire que vous avez. Éelui que vous avait fait mademoiselle de Scudéri sur certains sonnets, les rendait agréables à lire. Pour Tacite , vous savez comme j'en étais

nMOtCoOt^lc

Dt MADAME DE SI^VICNÉ. 175

channée ici pendant nos lectures , et comme je vous interrompais souvent pour vous faire entendre des périodes où je trouvais de l'harmonie : mais si vous en demeurez à )a moitié , je vous gronde; voue ferez tort à la majesté de son sujet; il vous faut dire comme ce prélat disait à la reinemère : Ceci est histoire. Vous savez le conte : je ne vous pardonne ce manque de courage que pour les romans que vous n'aimez pas. Nous lisons le Tasse avec plaisir. Je m'y trouve habile par l'habileté des maîtres que j'ai eus. Mon fils ^t lire Cléopétre(i}à la Mousse, et, malgré moi, je l'écoute et j'y trouve encore quelques amusemens. Mon fils s'en va en Lorraine; son absence nous donnera beaucoup d'ennui. Vous savez comme je suis sur le chagrin de voir partir une compagnie agréable ; vous savez aussi mes trans> ports de joie quand je vois partir une chienne de carrossée qui m'a contrainte et ennuyée. C'est ce qui nous faisait décider nettement qu'une méchante compagnie est plus souhaitable qu'une bonne. Je me souviens de toutes ces folies que nous avons dites ici, et de tout ce que vous y faisiez, et de tout ce que vous y disiez. Ce souvenir ne me quitte jamais. Et puis tout d'un coup je pense où vous êtes ; mon imagination ne me présente qu'un grand espace fort éloigné ; votre château m'arrête maintenant les yeux ; les mu-

(i) Roman de laCalprenèdc.

nû VIE

railles de votre mail me déplaisent. Le notre est d'une beauté surprenante, et tout le jeune plant que vous avez vu est délicieux. C'est une jeunesse que je prends plaisir d'élever jusqu'aux nues ; et très souvent, sans considérer les conséquences ni mes intérêts , je fois jeter de grands arbres à bas, parce qu'ils font ombrage ou qu'ils incommodent mes jeunes enfans : mon fils regarde cette conduite, mais je ne lui en laisse pas feire l'application. Pilois est toujours mon favori, et je préfère sa conservation à celle de plusieurs, qui ont conservé le titre de chevalier au parlemeM de Rennes. Je suis libertine plus que vous. Je laissai l'autre jour retourner chez sot un carrosse plein de Fouesnellepe ( i ] par une pluie hoirible, faute de les prier de bonne gr&ce de demeurer. Jamais ma bouche ne put prononcer les paroles qui étaient nécessaires. Oe n'étaient pas les deux jeunes femmes ; c'était la mère et une guimbarde de Rennes , et les fils. Mademoiselle du Plessis est toute telle que vous la représentez, et encore un peu plus impertinente ; ce qu'elle dit tous les jours sur la crainte de me donner de la jalousie, est une chose originale dont je suis au désespoir quand je n'ai personne pour en rire. Sa bellesœur est fort jolie , sans être ridicule en rien , et parle gascon au milieu de la Bretagne : j'en ai

i„M(>Goo*^[c

DE MADAME DE SÉV1GK£. 175 là même joie que vous avez de ma Languette qui vous parle parisien au milieu de la Provence. Cette petite Basse-Brette est fort aimable. Je vous trouve fort heureuse d'avoir madame de Siraiane(i); vous avez avec elle un fonds de connaissance qui vous doit ôtep toute sorte de contrainte; c'est beaucoup : cela vous fera une compagnie agréable! Puisqu'elle se souvient de moi, faitet'lui bien mes compUmens, je vous en conjure

■ Je fis l'autre jour une maxime, tout de suite sans y penser, et je la trouvai si bonne , que je crus l'avoir retenue par cœur de celles de M. de La Rochefoucault ; je vous prie de me le dire : en ce cas, il faudrait louer ma mémoire plus que mon jugement. Je disais comme si je n'eusse rien dit : Que t ingratitude attire les reproches , comme la reconnaissance attire de nouveaux bien/kits.

« Dites-moi donc ce que c'est qOe cela? L'ai-je Itt? l'af-je rêvé? l'ai-ja imaginé? Rien n'est plus vrai que la chose ; rien n'est plus vrai aussi que je ne sais où je l'ai prise , et que je l'ai trouvée toute rangée dans ma tête et au bout de ma langue. Pour la sentence de belia cosa far niente , vous ne la trouverez plus si fade , quand vous saurez qu'elle est dite pour votre frère. Songez & M déroute de cet hiver.

■ Adieu , nu très aimable enfant ; conservez-

(i) Elu dcvial dan» U tiûM bcUe-mbi de Tauliae de Grignia.

vous , soyez belle , babillez-vous , amusez-vous , promenez-vous. Je viens d'ëcrire à Vivonne (i) pour un capitaine Bohême , afin qu'il lui relicbe un peu ses fers, pourvu que ce ne soit pas contre le service du roi. Il y avait parmi les Bohèmes que nous avons vus l'autre jour, une jeune fille qui danse très bien , et qui me fît extrêmement souvenir de votre danse : je la pris en amitié. Elle me pria d'écrire en Provence pour son grand* père, qui est à Marseille. El où est-il votre grandpère ? // est à Marseille , d'un ton doux comme si elle disait, il est à Fincennes.

B C'était un capitaine bohème d'un mérite particulier; de sorte que je lui promis d'émre, et je me suis avisée tout d'un coup d'écrire à Vivonne. Voilà ma lettre; si vous n'êtes pas en état queje puisse rire avec lui, voijs la brûlerez; si vous êtes assez bien avec ce gros crevé et que ma lettre vous en épargne une autre , vous la ferez ca<ieter et vous la lui ferez t^iir. Je n'ai pu résister au ton de la petite filje et au menuet le mieux dansé que j'aie vu depuis ceux de mademoiselle de Sévigné. C'est votre même air; elle est de votre taille , elle a de belles dents et de beaux yeux. Voici une lettre d'une telle longueur, que je vous pardonne de ne la pas acbever. Je le comprendrai plus aisément que de demeurer au septième tome de Cassandre et de CUopAtre, Je

(i) H. «le VivoDiM dnil gin^nl d» giltrcl.

DE MADAME DE SÉVIC.NL. 177

VOUS embrasse tendrement. M. de Grignan est bien loin de se figurer qu'on puisse lire des lettres de cette longueur ; mais tout de bon , les lisez-vous en un jour?

La vie que madame de Sévigné menait aux Rochers était loin d'être vida : après sa grande, sa plus cbère occupation , celle de s'entretenir avec sa fille, de lui redire, dans ses lettres journalières, tout ce qu'elle voyait, tout ce qu'elle entendait , tout ce qui lui traversait l'esprit , tout ce qui lui partait du coeur, elle avait encore de ces soins de campagne que tout le monde peut avoir. Elle surveillait des ouvriers. Comme tous ceux qui aiment la belle nature , elle avait une sorte de culte pour les arbres ; elle rêvait longtemps sous leur ombrage ; elle venait y voir coucher le soleil et se lever Vamahle dEndymion. Dans ses lettres, voyez comme elle parle souvent de son mail, comme elle vante ses belles allées, comme elle les souhaite à sa fille sous le ciel ardent de la Provence I

En même temps que , de concert avec l'abbé de Goulanges, elle faisait faire des plantations aux Rochers, elle bâtissait une chapelle dans la cour du château. Tout autre qu'un disciple de l'école voltairienne verrait un acte de foi et de piété dans l'érection d'une chapelle; Ghoovei. y trouve sujet de médire des croyances de madame

de. Sérignc. Au-dessus de l'autel elle avait lait écrire ces mots :

De cette devise toute chrétienne , à Dieu seul, ii infère qu'elle ne croyait ni aux saints , ni à la Vierge; qu'elle se moque des processions; que les châsses , le chapelet, même lesjours déjeune, sont rangés par elle au nombre des superstitions populaires, et qu'elle semble assez peu convaincue de la nécessité de la confession, a L'étemùé des peines, ajoute-t-il, lui répugne à croire ; elle met sur Cautet de sa chapelle Cinscription presrjue hérétique : Sali Deo. Elle en dit tant, qu'un auteur calviniste { i ) parait tenté de la placer sur. la liste des siens. .

Dès les premières pages de ce livre , je me suis indigné de cette détestable manie qu'avaient les sceptiques du siècle dernier: sans croyances euxmêmes, ils n'en voulaient pas souffrir aux autres; desséchés par le doute, ils avaientjuré de rendre toutes les âmes aussi arides que les leiu-s.

Cette chapelle, dont la dame châtelaine $u> veillait les travaux , elle avait h&te de la voir terminée; à son impatience, on devine que, lorsqu'elle sera achevée, qu'alors que Dieu y résidera, elle y viendra souvent prier pour sa fille. Ce n'est point un cœur aimant comme le sien qui aurait

(i) Cliauffeliicd, Dklloannirt.

pu se passer de la prière , cette respiration de l'àmu , cet allégement aux douleurs, cet accroissemeot des félicités humaines. GaoïrvEL a donc médit en pure perte , et personne ne croira cpie la meilleure des mères n'ait pas été bonne catholique. De tous les cultes , celui qui conserve, qui agrandit, qui élève le mieux la tendresse du cœur, c'est le ndtre.

• Notre chapelle s'élève à vue d'ceîl , écrit madame de Sévigné à sa Me ; je vais tous les jours voir nos ouvriers. » Dans une autre lettre elle dit encore : < Notre aUté a pour vous une tendresse qui me le feit adorer, il vous trouve d'une solidité qui le charme et qui le fait brûler d'impatience de vous pouvoir soulager et vous être bon à quelque chose j il a quasi autant d'envie qua moi d'aller en Provence. Nous sommes toi^ours occupés de notre cbapelle ; elle sera terminée à la Toussaint. Je me trouve bien de la solitude où nous sommes; ce parc est bien plus beau que vous ne l'aves vu , et l'omln^ de mes arbres est une beauté qui n'était pbs biçn r^résentée pat les bâtons de ce temps-là. Je cwins le bruit qu'on va faire en ce pays : on dit que madame de Cliaulnes (i) arrive aujourd'hui. Je Tirai voir de- Biain, je ne puis m'en dispenser; mais j'aimerais bien mieux être dans la Capucine (2) à lire te

[1] Eliiabtlli Le F^ron , vtUTc du mirqniiile StiDl-MJgriD, e( rnnirici à Chirlcs d'Ailli , duc de diHulnEi. {1] Chmmiire dam le parc de> Boclieri,

Tasse ; j'y suis d'une habileté (jui vous surprendrait et qui me surprend moi-même,

n Vous me dites trop de bien de mes kttresy ma bonne , je compte sûrement sur toutes vois tendresses ; il y along-temps que je dis que vous êtes vraie. Cette louange me platt, elle est nouvelle, et distinguée de toutes les autres; mais quelquefois aussi elle pourrait &ire du mal. Je sens , au milieu de mon cœur, tout le bien que cette opinion me fait présentement. Afal qu'il y a peu de personnes vraies ! Rêvez un peu sor ce mot, vous l'aimerez. Je lui trouve, delà Eaçoif dont je Tentends, une force au-delà de la signification ordinaire.

u La divine Plessis est justement et k point toute fausse. Je lui fais trop d'honneur de daigner seulement en dire du mal ; elle joue toutes sortes de choses: elle joue la dévote, la capable, la peureuse, la petite poitrine , la meilleure fille du inonde; mais surtout elle me contre^t;'de sorte qu'elle me fait toujours le même plaisir que si je me voyais dans un miroir qui me fît ridiCule, ou que je parlasse à «in écho qui di^T répondit des sottises. >> ' ' ''A

Comme tons ceux qui savent aimer, $iadame de Sévigné ne laissait point passer inil^rçus les anniversaires de famille; elle date -ainsi ime dis ses lettres :

i„M(>Goo*^[c

AniRoclMn, mercredi iijnillci 1671, jourde la Hidclcii», jonc où fut lue, iljaqudijueianutei, uupiroqiMJ'aTBii.

■ Jevousécris,inafîIle,avecplaisîr, quoique je n'aie rien à vous mander. Madame de Chautnes arriva 'dimanche, mais savez-vous comment? A beau pied , sans lance ,' entre onze heures et minuit; on pensait à Vitré que ce fût des Bohèmes. Elle ne voulut aucune cérémonie à son entrée ; elle fut servie à souhait, car on ne la regarda pas, et ceux qui la virent comme elle était, la prirent piar ce que je viens de dire et pensèrent tirer sur elle. Elle venait de Nantes par la Guerche; son carrosse et son chariot étaient demeurés entre deux rochers , à demi-lieue de Vitré, parce que le contenu était plus grand que le conteuant. Ainsi il faillit travailler dans le roc, et cet ouvrage ne fut Sait qu'à la pointe du jour, que tout arriva à Vitré. Je fus la voir lundi , et vous croyez hien qu'elle fut fort aise de me voir. La Murinette (1) heauté est avec elle. Elles sont seules à Vitré en attendant M. de Chautnes , qui ^it le tour de la Bretagne , et les États , qui s'assemhleront dans dix jours. Vous pouvez vous imaginefi'Ce que je suis dans une pareille solitude. Madame de Cbaulnes ne sait que devenir et n'a recours qu'à moi ; vous ne doutez pas que je ne l'emporte hautement sur mademoiselle de

[i) Marie du Pni de Murioa'i. xT^ , " ^

Kerhorgtie ( i ). Je crois qu elle viendra ici après dîner. Toutes mes allées sont propres etmoufjarc est en beauti! ; je la prierai de demeurer ici deux ou trois jours à s'y promener en liberté. Comme je lui fais valoir d'Être demeurée ici pour elle , je veux m'en ac<juitter d'une manière à n'être pas oubliée , et pourtant sans que je lasse d'autre bonne chère que celle qui se trouvera dans le pays. Ab ! mon Dieu , en voilà beaucoup sur ce sujet; il faut pourtant que je vous fasse mille complimens de sa pan, et que je vous dise qu'on ne peut estimer plus une personne ^'elle ne vous estime. Elle est instruite par dllacqueville de ce que vous valez. Mais vous, ma très belle, où en étes-vous de vos Grighan? Le pauvre coadjuteur a-t-il toujours la goutte, et l'innocence est-elle toujours persécutée? v

On voit , dans toutes les letu%s écrites des Bophers ', combien la femme qui brillait dans les cercles de Paris, et que l'on aimait à écouter Versailles, savait se faire à la vie de campagne nulle part elle n'est plus à l'aise , plus gaie , plus «xpansive que dans le petit cercle qu'elle s'y était formé. Comme elle peint bien la liberté qui y est indi^ensable pour qu'on y trouve du bonheur et

(i| llabilsnle dp Tilrt,

..,Ct)OJ^[c

DE MADAME DK SÉVItiNt;. 183

du charme ! qui de nous n'a ressenti le soulagement que l'on éprouve quand , vers le soîr, les carrossées de visiteurs s'en vont, et que l'intimité peut reprendre ses allures et ses causeries !

Madame de Sévigné se levait de bonne heure, M le débat de sa journée était pour Dieu ; après s'être mise sous la garde de cette Providence k taqueiie elle croyait du Fond du cœur, elle rau> sait d'affaires avec son oncle le bien bon; puis, Bccompagnëe de Pïlois, allait visiter ses jardins, son mail et ses planutions.

Avec les curés dn pays, elle parlait des besoins des pauvres; avec les fenniers, de l'amélioration des biens de ses enEans; avec ses hôtes, ses amis, de Paris, et surtout de la I^vence, vers laquelle tournaient la plupart de ses pensées.

Avant et après le dîner elle trouvait des heures de loisir pour sa correspondance; en général, cette correspondance , ce commerce , comme on disait alors, commençait par une lettre à sa fille , trae sorte de bonjour qu'elle lui dcanait ; et bien souvent la nuit , quand tout le chAteau donnait , elle lui écrivait encore , pendant que le rossignol , perché sur un Arbre de son parc , chantait sous sa fenêtre. Alors , dans ce silence où l'on entend toutes les voix de Fime, elle laissait aller son Cœur, et sa plante courait la bride sur le cou.

La préoccupation de son esprit, la pensée fixe de sa fille, n'éteignaient point sa gaieté. Parmi l<s plus jolies Uttres datées des Rochers , en voici

une qui n'avait pas paru avant l'édition de Biaise; elle est adressée à M. de Conlanges.

AniBocbcn, le » juiUcl 1671.

■ Ce mot SOT la semaine , est par-dessus le marché de vous écrire seuleiMnt tous les quinze jours, et pour vous donner avis, mon cher cousin, que vous aurez bientôt rbonaeur de voir Picard; et, conune il est frère du laquais de madame deCoulanges, je suis bien aise de vous rendre compte de mon procédé.

Vous savez que madame la duchesse de Ghau!nes est à Vitré. Elle y attend le duc son mari , dans dix ou douze jours, avec les États de Bretagne. Vous croyez que j'extravague ; elle attend son mari avec tous les États , et , en attendant, elle est à Vitré toute seule moiuant d'ennui; je suis sa seule consolation , et vous croyez bien que je l'emporte d'uiie grande hauteur sur mademoiselle de Kerbouc et de Kerqueoison. Voici lui grand circuit, mais pourtant nous arriverons au but. Comme je suis sa seule consolation, après l'avoir été voir, elle viendra ici,etjeYeux qu'elle trouve mon parterre net, et mes allées nettes , ces grandes allées que vous aimez. Vous ne comprenez pas encore où cela peut aller : voici une autre petite proposition incidente : vous savez qu'on fait les foins; je n'avais, pas d'ouvriers, j'envoie dans cette prairie , que les poètes ont célébrée , prendre tous ceux qui travaillaient,

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pour venir nettoyer ici. Vous n'y voyez encore goutte; et, en leur place, j'envoie tous mes gens Âner. Savez-vous ce que c'est que taner? il iaut que je vous Texplique. Faner est la plus jolie chose du monde; c'est retourner du foin en batifolant dans une prairie; (Hk qu'on en sait tant, on sait fener. Tous mes gens y allèrent gaiement. Le seul Picard me vint dire qu'il n'irait pas , qu'il n'était pas entré à mon service pour cela , que ce n'était pas son métier et qu'il aimait mieux s'en aller à fWîs. Ma foi ! la colère m'a monté à la tête , je songeai que s'était la centième sottise qu'ilm'avait faite ; qu'il n'avait ni cœur ni affection ; en un mot, la mesiu-e était comble. Je le pris au mot, et, quoi qu'on ait pu dire , je suis restée ferme comme un rocher, et il est parti. C'est une justice de traiter les gens selon leurs bons ou mauvais services.

Si vous le revoyez , ne le recevez point , ne le protégez point, ne me blâmez point, et songez que c'est le garçon qui aime le moins à faner, et qui est le plus indigne qu'on le traite bien.

Voilà l'histoire en peu de mots; pour moi, j'aime les relations où l'on ne dit que ce qui est nécessaire, où l'on ne s'écarte point ni à droite ni à gauche , où l'on ne reprend point les choses de si loin; enfin je crois que c'est ici, sans vanité, le modèle des natrations agréables. »

Les contemporains de madame de Sévigné en jugèrent de même , et cette lettre où régnent une si douce gaieté , un batifolage si agréable , passa de main en main ; l'homme aimable qui l'avait reçue, l'avait vantée, et madame de Tbianges, si bon juge en fait d'esprit , la lui avait fait demander, et, après l'avoir lue, t'avait hautemeiit admirée comme modèle de badinage.

Ce qu'il faut pour que la vie aille bien , la noble dame des Rochers l'avait en elle : une sérénité découlant d'une conscience en paix avec elle-même. Pour répandre de l'ombre sur ses jours, elle n'avait que l'absence de sa fille; hors cela , après son premier malheur , la mort lamentabFe de son mari , sa destinée était heureuse, aimant Dieu' et ses enfans , faisant le bien , et entourant de soins le vieux frère de sa mère; elle se voyait aimée de tous; sans trop prêter l'oreille aux bruits flatteurs du monde, elle s'entendait louer. Toutes ces choses qui ne sont pas le bonheur , mais qui y aident, devaient donner autant de gaieté à son esprit, que de bienveillance à son caractère.

J'aime les lettres qu'elle écrit de Paris , car elles sont la chronique du monde élégant du grand siècle ; mais je préfère celles qu'elle adresse des Rochers à madame de Grignan et à ses amis ; sur ces dernières je trouve, pour ainsi dire , des reflets de la campagne, plus d'air, plus de soleil, plus d'expansion que dans celles qui partent de

]a grande villa. Et il devait en être ainsi , car l'on aime mieuK aux champs que partout ailleurs.

Parmi les embellissemens des Rochers , madame de Sévigné n'avait pas seulement ses longues et belles allées, son mail et sa chapelle; elle avait de plus son labyrinthe, paitie obligée alors dans tous les parcs : voici ce qu'elle en dit dans une .lettre à sa Btle :

t Je vous ai mandé que je ne bougerai d'ici ou de Vitré ; notre abbé ne peut quitter sa chapelle. Le désert du Buron (i), ou l'ennui de Nantes avec madame de Molac, ne conviennent point k son humeur agissante. Je serai souvent ici , et madame de Chaûlnes, pour m'ôter les visites, dira toujours qu'elle m'attend. Pour mon labyrinthe ,11 est net, il y a des tapis verts et les palissades sont à hauteur d'appui. C'est un aimable lieu; mais, hélas ! ma chère enfant , il n'y a guère d'apparence que je vous y voie jamais !

Di memoria nudrinl , piil chc dî iptme.

k C'est bien n» vraie devise. Nos sentencei ont été trouvées jolies. Ne comprenez-vous pas bien qu'il n'y a ui jour, ni heure, ni moment que je ne pense à vout , que je n'en parie quand je puis, et qu'il o\ a rien qui ne m'en fasse souvenir? Nous en sommes sur la fin du Tasse , e Go/frcdo

(0 Ttrrc de M. de Sevignc , aitaie i i|ueli]uei lien» d« >Hnlct. Elle sppirlîenl aujourd'hui t M. Ucrsari Je U Villem«riiui;.

ISS VIE

a spiegato il gran vessïlo délie croce sopra 7 muro. Nous avons lu ce poème avec plaisir. La Mousse est bien content de moi et dé vous encore plus, quand il songe à l'honneur que vous faites à sa philosophie. Je crois que vous n'auriez pas eu moins d'esprit, quand vous auriez eu la plus sotte Tnère du monde ;. mais enfin tout ensemble n'a pas fait défaut. Nous avons envie de lire Guichardin, car nous ne voulons point quitter l'Italien : la Marinette le parle comme le français. J'ai reçu une lettre de notre cardinal (i), qui me dit encore pis que pendre du gros abbé qui est avec lui. Adieu, ma très aimable, je ne daigne pas vous dire que je vous aime , vous le savez , et je ne trouve point de paroles qui puissent vous faire comprendre comme mon cœur est pour vous Ma compagnie est couchée , parce qu'il est minuit. Nous avons fait ce soir de grandes promenades... Pomenars ne fait que sortir de ma chambre ; nous avons parlé assez sérieusement de ses affaires , qui ne sont jamais de moins que sa tête. Le comte de Créance veut à toute force qu'il ait le cou coupé ; Pomenars ne veut pas : voilà tout le procès.

Adieu, ma chère lïlle , je vais me coucher tristement et vous embrasse de tout mon cœur.

Ma petite est aimable et sa nourrice est au point de la perfection : mon habileté est une espèce de

[}) Cardinal de Rcli.

i,f.<n>CiOot^[c

DE MAUAME DE SÉVItiNÉ. 189

miracle , et me fait comprendre en amiti» la merveille de ce maréchal qui devînt excellent peintre par amour. »

Aui Rocheri, mercredi agjnilltl 1671.

« U sera du mois de juillet , taiît qu'il plaira à Die|i : je crois que le mois d'août sera encore plus long, puisque ce sera le temps des Ëuts; car, n'en déplaise à la bonne compagnie, c'est toujours une sujétion pour moi de les aller trou- Ter à Vitré, ou de craindre qu'ils ne viennent ici. Cest un eaUtarras, comme dit madame de Lafayette : mon esprit n'est pas monté présente* ment sur ce ton-là. Mais il faut avaler et passer ce temps comme les autres. Madame de Chaulnes fut ravie d'être deux jours ici ; ce qui lui paraissait le plus charmant , c'était mon absence ; c'était aussi le régat que je lui avais promis. Elle se promenait t(^te seule dès sept heures du matin dans ces bois. L'après-dlner il y eut devant cette porte un bal de paysans qui nous réjouit extrêmement. 11 y avait un honmie et une femme qu'on aurait empêchés de danser dans une république bien réglée; c'était des postures à pâmer de rire. Pomenars criait , n'ayant plus la force de parler. Je ne finirais point au reste sur son chapitre; il ne fait aucun pas qui ne puisse être le dernier, et on ne le quitte pas qu'on ne puisse |ui dire un éternel adieu. Tout disparut lundi matin , et je delî contente...

* Vous nie dites dans votre lettre qu'il fatM. songer au moyen de vous envoyer votre fiUe. Je vous prie de n'en point charger d'autre que moi, qui vous la mènerai assurément si la nourrice le veut bien; toute autre voiture me donnerait beaucoup de chagrin. Je regarde comme un amusement tendre et agréable de lavoir cet hiver au coin de mon feu. Je vous conjure, ma fiUe, dt me laisser prendre ce petit plaisir. J'aurais d'ailleurs de si vives inquiétudes pour vous , qu'il est juste que, dans les jours où j'aurai quelque repos , je trouve cette espèce de consolation. Voili donc qui est fait; nous parlerons de son voyage quand je serai sur le point de faire le mien. Je viens d'en faire un de mon petit i;a/trmifia5, c'est- Jl-dire de mon labyrinthe , où votre aimable idée m'a tenu fidèle compagnie. Je vous avoue que c'est un de mes plaisirs de me promener toute seule. On trouve quelques labyrinthes de pensées dont on a peine à sortir ; mais etifin on a du moins la hberté de penser à ce que l'on veut. Adieu, ma chère 'petite. Ah! qu'il m'ennuie de ne vous point voir! n

Quand autrefois les États d'une province s'assemblaient pour agiter la question de ses intérêts et de ses droits , c'était dans ces provinces une grande agitation , une vie nouvelle , une vie de bruit et de mouvement. Alors la noblesse riche

sortait avec écbt de ses cliàteaijx , et les geniilsliomiiies pauvres <le leurs manoirs. Ceux-ci, pour n'avoir point à rougir du luxe des favoris de la fortune, reprenaient Thabit et l'épée qu'ils avaient bien portés pour la défense du pays. Voici comment madame de Sévigné peint l'ouverture des États : c'est à sa fille iju'elle écrit.

AuiBochen, mercredi S aoAti67i.

■ Vous aiu-ez maintenant des nouvelles

des ÉtaU pour votre peine d'être bretonne. M. de Cliaulnes arriva dimanche au soir, au bruit d« tout ce qui peut en faire à Vitré. Le lundi matin il m'écrivit une lettre ; j'y fis réponse par allw diner avec lui(i). On mange à deux tables dans le même lieu ; il y a quatorze couverts à chaque table. Monsieur en tient une, et madame l'autre ; la bonne chère est excessive ; on rempone tes plats de rôti tout entiers , et pour les pyramides de fruits, il &ut faire hausser les portes. Nos pères ne prévoyaient pas ces sortes de machines , puisque même ils ne comprenaient pas qu'il f^lùt qu'une porte fût plus haute qu'eux. Une pyramide veut entrer, une de ces pyramides qui font qu'on est obligé de s'écrire d'un bout de la table à l'autre ; mais bien loin que cela blesse ici , on est souvent fort aise , au contraire , de ne plus

(t) I^ dac de CbanlBMigaimnmrdeBretigiie, habitait cUwan de Vitré , ap^iaruiiml aui Id Tréniouille.

voir ce qu'elles cachent , cette pyramide donc , avec vingt ou trente porcelaines , fut si parfaitement renversée à la pone ; que le bruit qu'elle causa fit taire les violons , les haut-bois et les trompettes.

a Après te dtner, MM. de Locmaria et de Cpëtlogon dansèrent avec deux bretonnes des passepieds merveilleux et des menuets , d'un air que les courtisans n'ont pas à beaucoup près. Us y font des pas de Bohémiens et de Bas-Bretons avec une délicatesse et une justesse qui charment. Je pensais à vous, ma toute belle, et j'avais un souvenir si tendre de votre danse, de ce que je vous avais vue danser, que ce plaisir me devint une douleiu*. On parla fort de vous; je suis assurée que vous auriez été ravie de voir danser Locmaria : les violons et les passe-pieds de la cour font mal au cœtu- au prix de ceux-là. C'est quelque chose d'extraordinaire que cette quantité de pas différens et cette cadence courte et juste. Je n'ai poiiU vu d'homme danser comme Locmaria cette sorte de danse. Après ce petit bal , on vit entrer tous ceux qui arrivaient en foule pour ouvrir les ktats. Le lendemain , M. le premier président , MM. les procureurs et avocats-généraux du pai^ lement, huit évéques, MM.^ de Molac, La Coste et Coëtlogon le père , M. Ëoucherat , qui vient de Paris, cinquante Bas-Bretons dorés jusqu'aux yeux, cent communautés ; le soir, devaient venir madame de Rohan d'un côté, et son fils de l'autre»

)Ot^[c

et M. de Lavardin , dont je sois étonnée. Je ne ris pas ces derniers , car je voulus venir coucher ici, après avoir été à la Tour de Sévigné voir H. d'Harouïs et MM. de Fourché et Chésières. M. d'Harouïs vous écrira ; il est comblé de vos honnêtetés : il a reçu deux de vos lettres à Nantes, doat je vous suis encore plus obligée que lui. Sa maison va être le Louvre des États. C'est un jeu , une chère , une liberté jour et nuit qui atiirent tout le monde. Je n'avais jamais vu les £lats; c'est une assez belle chose : je ne crois pas qu'il y ait une province- rassemblée qui ait un aiusi grand air que celle-ci. £He doit être bien pleine du moins , car il n'y en a pas un seul à la guerre ni à la cour; il n'y a que le petit guidon ( I ) , qui peut-être y reviendra un jour comme les autres. J'irai tantôt voir madame de Rohan; il viendrait bien du monde ici, si je n'allais à Vitré. C'était une grande joie de me voir aux États où je ne fus de ma vie. Je n'ai pas voulu en voir l'ouverture ; c'était trop matin. Les États ne doivent pas être longs ; il n'y a qu'à demander ce que veut le roi ; on ne dit pas un mot : voilà qui est tait. Pour le gouverneur, il trouve, je ne sais pas comment, plus de quarante mille écus qui lui reviennent. Une infinité de prësens, des pensions, des réparations de chemins et de villes; quinze ou vingt gi^ndes tables, un jeu continuel,

(0 H.de3j«ieD«, MB 61i, guiitoo d» G»J*riiM)-Daupbin.

des bals tternelâ, des comédies trois fois la semaine, une grande hraverie{i); voilà les États, J'oublie trois ou quatre cents pipes de vin qu'on y boit; mais si je ne comptais pas ce petit article, les autres ne l'oublient pas , et c'est le premier. Voili ce qui s'appelle des contes à dormir debout, mais cela vient au bout de la plume quand on est eu Bretagne et qu'on n'a pas autre chose à dire, a

Ailleurs^ elle dit:

• J'allai diner mercredi chez M. de Cbaulnes, gui Fait teiiir les États deux fois le jour, de peur qu'on ne vienne me voir; je n'ose vous dire les lîoaaeurs qu'on me fait dans ces États : cela est ridiculp. Cep«jdant )e n'y ai point encore couché, et je ne puis quitter mes bois ai me« pranoejudes, quelque prière que. l'on m«n fasse ; il y a quatre jours que je suis ici -, il foit utt ai beau temps f que je ne puis me renfermer daos une petite vUle. *

ViirÉi mercredi 5 aaài tC^i.

a Eofin , ma chère fille , me voilà en pleins £)tats; sans cela, les États seraient en |^eins Rochers. Dimanche dernier, aussitôt ipie j'eus cacheté mes leures, je vis entrer qttan*e carrosses à

(■) Vieux mot pour peindre )■ mapilficcnce do haUii.

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six chevaux dans ma cour, avec cinquante gardes à cheval : c'étaient M. de Chaulnes , M. de Hohan, M. de Lavardin , MM. de Coëtlogon , de Locmaria, les barons de Guais, les évéques de Rennes, de Saînt-Malo, les messieurs d'Argouges, et huit DU dix que je ne connais pas. J'oublie M. d'HarouTs, qui ne vaut pas la peine d'être nommé. Je reçois tout cela ; on dit et l'on répondit beaucoup de choses ; enfin , après une promenade dont ils fnrent fort contens , une collation très bonne et très galante sortit du bout du mail , et surtout du vin de Bourgogne, qui passa comme de l'eau de Forges. On fut persuadé que cela s'était fait avec un coup de baguette. M. de Chaulnes me pria instamment d'aller à Vitre; j'y vins donc lundi au soir: madame de Chaulnes me donna à souper, avec la comédie de Tartuffe point trop mal jouée, et un bal oîi le passe-pied et le menuet pensèrent encore me foire pleurer : cela me lait souvenir de vous si vivement, que je n'y puis résister; il faut promptement que je me dissipe. On me parle de vous très souvent, et je ne cherche point long-temps mes réponses, car j'y pense k l'instant même , et je crois toujours que c'est que l'on voit mes pensées au travers de mon corps de jupe. Hier je reçus toute la Bretagne à ma Tour de Sdvigné. Je fus encore à la comédie ; c'était Andromaque, qui me fit pleurer plus de six huTDies ; c'est osseit pour une troupe de campa^e. Le ïoir on soupa , et puis le bal. Je vou-

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