SOS TIE
s'y mettre. C'est à lui seul que je veux' céder cette place. Enfin , je me suîg trouvée si uniquement occupée et remplie de vous , que mon cœur, n'étant capable de nulle autre pensée, on m'a défendu de titire mes dévotions à la Pentecôte, et c'est savoir le christianisme. Adieu , ma chère enfant.
I Je reçois votre lettre de MAcon; je n'en suis point encore à pouvoir lire ce qui me vient de vous, sans que la fontaine joue son jeu; tout est si tendre dans mon cœur, que dès que je touche à la moindre chose , je n'en puis plus. Vous pouvez penser qu'avec cette belle disposition , je rencontre souvent des occasions; mais -ne craignez rien pour ma santé. Je ne puis jamais oublier cette bouffée de philosophie que vous me vintes soufQer ici la veille de votre départ. J'en {>rofite autant que je puis ; mais j'aî une si grande habitude à être faible, que, malgré vos bonnes leçons, je succombe souvent. Vous aurez vu Comme ce jour douloureux du départ de M. le cardinal n'est pas encore arrivé ; il le sera quand vous recevrez cette lettre. 11 est vrai que cela seul mériterait d'ouvrir une source; mais elle est ouverte pour vous, il ne fera qu'y puiser, ce sera en effet ua jour très douloureux pour moi; car je suie fort attachée à sa personne , à son mér^e, à sa conversation dont je jouis tant que je puis , et à toutes les amitiés qu'il me témoigne. 11 est vrai que son âme est d'un ordre si supérieur,
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qn'il ne falkit pas attendre de lui une fin toute commune , comme des autres hommes. Quand on a pour règle de faire toujours ce qu'il y a de plus gnuid et de plus héroïque, on place sa retraite es son temps, et on laisse pleurer ses amis.*
Voici encore une admirable lettre , et comme madame de SéTigné y parle du cardinal de Rets , je suis , par mon sujet , autorisé à la transcrire. Je suis ravi que le nom du coadjuteiu* s'y trouve ; sans ce nom , j'aurais peut-être été force de la laisser avec tant d'autres , admirables comme elle.
A Pirii, vendicdi 7 Jnia i6/5.
■ Enfin , ma fille , me voilà réduite à ftiire mes délices de vos lettres : il est vrai qu'elles sont d'un grand prix; mais quand je songe que c'était vous-même quej'avais, et que j'ai eue quinze mois de suite , je ne puis retourner sur ce passé sans une grande tendresse et une grande douleur.
• Il y a des gens qui m'ont voulu faire croire que l'eitcés de mon amitié vous incommodait; que ceUe grande attention à vouloir découvrir vos volontés , qui tout naturellement devenaient les miennes , vous faisaient assurément une grande fadeur y et un grand dégoût. Je ne sais , ma chère entant, si cela est vrai; ce que je puis vous dire, c'est qu'assurément je n'ai pas eu dessein de vous donner cette sorte de peine. J'ai un peu suivi mon
iadination , je l'avoue ; et je vous ai vue autant que je l'ai pu , parce que je n'ai pas eu assez de pouvoir sur moi pour me retraDcher ce plaisir. Mais je ne crois pas tous avoir été pesante. Enfin , ma tille, aimezau moins la confiance que j'ai en vous, et croyez qu'on ne peut jamais être plus dénuée ni plus touchée que je ne le suis en votre absence. La Providence m'a traitée bien durement, et je me trouve fort à plaindre de n'en savoir pits mieux faire mon salut. Vous me dites des merveilles de la conduite qu'il faut avoir pom' se gouverner dans ces occasions ; j'écoute vos leçons, et je tÂche d'en profiter. Je suis dans le train de mesamies,je vais, je viens; mais quand je puis parler de vous, je suis contente, et quelques larmes me font un soulagement non pareil. Je sais les lieus où je puis me donner cette liberté; vous sentez bien que , vous ayant vue partout , il m'est difficile dans ces commencemens de n'être pas sensible à mille choses que je trouve en mon cbemin. Je vis hier les Villars , dont vous êtes révérée ; nous étions en solitude aux Tuileries: j'avais dJné chez M. le cardinal , où je trouve bien mauvais de ne vous voir pas. J'y ai causé avec l'abbé de Saint-Mihiel , à qui Ro^s donnons, ce me. semble , conune en dépôt , la personne de son ' Eminence; il me parut un fort honnête homme, un esprit droit et tout plein de raison , qui a de la passion pour lui, qui le gouvernera pour sa sauté et l'empêchera même de prendre le feu trop
chaud sur la pénitence. Ils partiront mardi , et ce sera encore un jour douloureux poar moi, quoiqu'il ne puisse être comparé à celui de Fontainebleau. Songez, ma fille, qu'il y a déjà quinze jours, et qu'ils vont enfin, de quelque manière qa'on les passe. Tous ceux que vous m'avez nommés apprendront votre souvenir avec bien de la joie. J'en suis mieux reçue. Je verrai ce soir notre cardinal; il veut bien que je passe une heure ou deux chez lui , les soirs avant qu'il se couche , et que je profite ainsi du peu de temps <]ui me reste.
( Corhioelli était ici, quand j'ai reçu votre lettre ; soyez en repos de ma santé , ma chère enhnt, je sais qne vous n'entendez pas raillerie làdessus. Le chevalier de Grignan est parfaitement guéri. Je m'en vais envoyer votre lettre chez H. de Turenne. Nos frères sont à Saint-Germain; j'ai envie de vous envoyer la lettre de. Lagarde ; vous y verrez en gros la vie que l'on fait à la cour. Le roi a fait ses dévotions à la Pentecôte; madame de Montespan les a faites de son c6té. Sa vie est tout-à-tait exemplaire. Elle est très occupée de ses ouvriers, et^'a àSaint-Cloud , où elle joue au itoca (i).
■ A propos , les cheveux me dressèrent l'autre jours à la tête, quand le coadjuteur me dit qu'en
allant à Aix,ily avait trouvé M. de Grignan jouant au hoca. Quelle fureur 1 au Dom de Dieu, ne 1« soufrez point. 11- faut que ce soit là une de ces choses que vous devez obtenir, ai l'on vous aime.
il J'espère que PBuliDe(i)seporte bien, puisque vous ne m'en parlez pas; aimez-là, pour l'amour de son parrain (M. de Lagarde). Madame de Coulanges a si bien gouverné la princesse d'Harcourt, que c'est elle qui vous fait mille excuses de ne s'être pas trouvée chez elle quand vous êtes allée lui dire adieu : je vous conseille de ne pas la chicaner là-dessus. Ce que vous dites des arbres qui changent est admirable. La persévérance de ceux de la Provence est triste et ennuyeuse: il vaut mieux reverdir que d'être toujours verL Corbinelli dit qu'il n'y a que Dieu qui doive être immuable : toute autre immutabilité est une imperfection. 11, était bien en train de discourir aujour* d'hui. Madame de la Troche et le prieur étaient ici : il s'est bien diverti à leur prouver tous les attributs de la Divinité. Adieu, ma très aimable, je vous embrasse; mais quand pourrai-je vous embrasser de plus près?.. La vie est si coune! ah ! voilà sur quoi il ne faut pas s'arrêter. C'est maintenant vos lettres que j'attends avec impatience. H
(i) Depuis DHiitvuc de Simiaiie,
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A Parii, mercredi 13 juin 167S.
« Je fus hier assez heureuse pour aller me promener avec son Eminence tête à téie au boi» de Vincennes. il trouva que Pair me serait bon. Il n'était pas trop accablé d'affaires ; noue fûmes quatre heures ensemble : je crois en avoir bien profité. Du moins , les chapitres que nous trai> (âmes n'étaient pas indignes de lui. C'est ma vérilable consolation que je perds en le perdant. Et c'est moi que je pleure , et vous aussi , quand ja considère toute la tendresse qu'il a pour nous. Son départ achève de m'accabler
a J'ai regret buk trois semaines que vous pou* viez passer avec M. le cardinal de Retz , qui ne part que samedi. J'admire comme jour à jour il accroît la tendresse naturelle qu'il avait déjà pour vous. Mandez-moi comment vous vous portes de l'air de Griguan et de quelle façon je dois me représenter votre jolie personne. Votre portrait est très aimable , mais beaucoup moins quevous,sans compter qu'il ne parle point. Pom* moi, n'en soyez pas en peine; ma règle présentemeDt est d'éire déréglée : je n'en suis pas malade.Je dîne tristement; je suis chez moi jusqu'à cinq ou six heures; je vais le soir, quand je n'ai point d'at&ires , chez quelqu'une de mes amies, (le me promène selon les quartiers ; mais je tais
tout céder au plaisir d'être avec le cardinal. Je ne perds aucune des heures qu'il peut me donner , et il m'en donne beaucoup ; j'en sentirai pliu son départ et son absence. Il n'importe , je ne songe jamais à m'épargner. Après tous avoir quittée , je n'ai plus rien h craindre. J'irais un peu à Livry sans lui et vos aftiaires; mais je mets les choses au rang «qu'elles doivent être, et ces deux choses sont bien au-dessus de mes fantaisies.
« Jai le cœur bien pressé de notre cardinal ; je le vois :90uvent et long-temps ; ce redoublement d'amitié et de commerce augmente ma tristesse. Il sort d'ici ; il s'en va demain. Je n'ai point encore reçu vos lettres. Croyez, ma bonne, qu'il n'est pas possible d'aimer plus que je vous aime : je ne suis animée que de ce qui a quelque rapport avec vous. Madame de Bochebonne m'a écrit très tendrement. »
A Paru, Bcrctedi 19 jain 167S.
■ Je VOUS assure, ma très chère, qu'après l'adieu que je vous dis à Tontainebleau et qui ne peut être comparé à nul autre, je n'en pouvais faire un plus douloureux que celui que je fis hier au cardinal de Retz , chez M. de Caumartin , i quatre lieues d'ici. J'y fus lundi dernier ; je' le trouvai au milieu de ses trois fidèles amis; leur , contenance triste toe Bt venir les larmes aux yeux , et quand je vis son Eminence avec sa Fei> meté, mais avec toute sa- bonté et sa tendresse
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pour moi , j'eus peîiie à soutenir cette vue. Après le dîner, nous allâmes causer dans les plus agréables bois du monde ; n<)us y fûmes jusqu'à six heures dans plusieurs sortes de conversations si bonnes , si tendres , si aimables , si obligeantes et pour vous et pour moi , quej'en suis pénétrée, et que je vous dis encore, mon enfant, que vous ne sauriez trop l'aimer, ni l'honorer. Madame de Caumartin arriva de Paris, et, avec tous lesbommes qui étaient restés au logis, elle vint nous trouver dans le bois. Je voulus m'en retourner coucher à Paris; ils m'arrêtèrent à coucher sansbeaucoup de peine. J'ai mal dormi. Le matin , j'ai embrassé notre cher cardinal avec beaucoup de larmes et sans pouvoir dire un mot aux autres.
« Je suis revenue tristement ici ; je ne puis me remettre encore de cette séparation. Elle a ti'ouvé la fontaine assez en train; mais en vérité , elle l'aurait ouverte, quand elle aurait été fermée. Celle de madame de Savoie doit ouvrir tous ses robinets. N'étes-vous pas étonnée de cette mort du duc de Savoie (Charles-Emmanuel), si prompte ' et si peu attendue à quarante ans?
" Voilà un portrait qui s'est fait brusquement sur le cardinal ; celui qui Ta fait n'est point son intiine ami; il n'a nul dessein que le cardinal le voie, ni que cet écrit courre. Le portrait m'a paru très bon ; par toutes ces raisons , je vous l'envoie et vous prie de n'en donner aucune copie. On' est si lassé de louanges en face , qu'il y a du ra-