‹ Vie de mme de SévignéChapitre 5 sur 22 · S6 TIE · texte numérisé non relu

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l'histoire. Si quelque chose peut diminuer la gloire d'une défense que toute l'Europe regarda fort attentivement durant trois mois , c'est le peu d'expérience du duc de Buckingbam , quoique d'ailleurs il ne manqua pa« d'esprit ni de bravoure. Il commit une tiuite considérable en allant à Saint- Martin avant que d'avoir pris une petite place , qu'on nommait leyorldâ/diV^. Cette négligence fut la cause princi^le de l'affront que le cardinal de Richelieu lui fera bientôt essuyer. L'endroit était un des plus commodes pour une descente dans rtle de Ré, et c'est par là que le grand secours arriva. Buckingham résolut d'emporter le fort Saint-Martin par famine , persuadé que la garnison avait peu de provisions, et qu'il serait facile d'empêcher qu'elle ne reçût des vivres et des rafraicbissemeng par la mer. Mais au lieu de travailler de ce coté-Là , le général anglais ferme seulement le port avec des bateaux et des traverses , range ses vaisseaux de guerre autour de l'ile , environne le fort avec ses Uov pes de terre , et dresse trois batteries si éloignées de la place, que les assiégés dirent, en riant, « que l'on voulait leur faire plus de peur que de mal. ■

■ Ils ne pouvaient avoir de l'eau pour boire, que dans un puits éloigné de la contrescarpe d'environ trente pas. Si les Anglais s'en fussent saisis , les Français auraient été forcés de se rendre faute d'eau. On se contenta d'y jeter le corps d'un cheval mort et quelques pierres pour le combler. Les

«ssiages, qui savenc de quelU iiilportance le puiu est pour eux, le nettoient promptemeot et approcbent un travail par le moyen auquel la commodité du paite leur demeura toujours.

■ Le baron de Chantai était l'ami du maréchal de Toiras. Cette amitié doit être mise au rang des titres du père de madame de Sévigné, car la bonne renommée de nos amis fait la nôtre.

N Nonobstant la négligence et les fautes du duc de Buckingham , la garnison française manqua de Wvres et de provisions. Toiras, presque réduit k l'extrémité, demeura environ six seniaines sans recevoir aucune nouvelle du roi, ni du duc d'Angoit léme , qui commandait l'armée aux environs de la llochelle. Les soldats du fort commençaientà murmurer : les Anglais en furent avertis par quelques déserteurs. Buckingham écrivit alors une lettre honnête et civile à Toiras; on lui offrait une bonne composition.

f Nous sommes ici , répondit Toiras , plusieiuv gens décidés h mourir pour le service de notre roi. Le plus timide d'entre nous ne croirait pas avoir fait son devoir, s'il ne surmontait encore de plus grandes difficultés, afin de conserver cette place. Ni le désespoir d'être secourus, ni la crainte d'être maltraités, en cas que nous attendions les dernières extrémités , ne sont pas capables de nous faire changer de résolution. En mon particulier, Monsieur, je me croirais indigne de votre estime, si, dans la défense de cette place, j'o-

mettais la moindre des choses que l'honneur et mon devoir me prescrivent. Le succès me sera toujours glorieux, et la manière dont vous aurez contribué à la réputation que j'espère d'acquérir, m'obligera d'être éternellement votre serviteur. > Je me suis laissé aller à la tentation de citer cette lettre. Pour bien foire connaître la femme dont j'écris la vie, il faut que je fasse voir le temps où elle naissait, où elle allait grandir; il y a des époques heureuses où la grandeur, la noblesse des sentimens s'apprennent de tout ce que vous voyez , de tout ce que vous entendez , de tout ce qui vous entoure. Mahie DB Babutin Chantai, est venue au monde dans un de ces bons momens; et sans craindre que Ton ne regarde ces citations comme d'inutiles digressions, je les continue encore.

* Les actions braves et hardies , dit l'historien de Louis XIII, méritent autant de trouver place dans l'histoire, que celles des généraux et des officiers subaltemes. Trois soldats gascons offrirent à Toiras de passer la mer à la nage, et de porter ses lettres en terre ferme. Un d'eux se noya, le second, trop fatigué, revint dans l'fle de Ré, et le troisième, nommé Lapierre, autre- . ment Pierre Lanier, passa bravement, quoiqu'une barque ennemie le poursuivit long-temps.

a Louis reçut la lettre qu'apporta le soldat. Sa Majesté promet un prompt et puissant secom-s à Toiras ; elle lui répond de la manière du moude

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la plus engageante et la plus capable d'animer un gentilhomme qui ne manque ni de courage ui d'ambition. Mais la lenteur avec laquelle vint le premier secoiu^, est un grand préjugé que Gaston, duc d'Orléans, n'était peut-être pas trop mal Fondé dans le reproche qu'il fit depuis au cai'dinal de Richelieu. Les assiégés crurent .et attendirent long-temps que l'évéque de Mende , et quelques autres agens du ministre, fissent venir de. Bayonne quinze pinasses. Ce sont de petits vaisseaux qui vont à la voile et à la rame , et dont les habitaas du pays se servent à la pèche de la baleine. Leur légèreté les fit passer par dessus les mâts et les chaînes de fer qui fermaient l'entrée du fort de Saint-Martin. Tel fut le premier secours que reçut Toiras après six semaines de siège. »

Toutes ces dîfficidtés , l'énergie de Toiras , les dangers que courait la petite garnison du fort de Saint-Maitin, tentaient les nobles cœurs. Des gentilshommes s'offrent à Gaston pour passer conune volontaires dans l'Slé de Ré , et aller offrir leurs bras au commandant du fort. Le duc d'Orléans, alors dans une bonne veine d'humeur guerrière , seconda leur zèle , et employa un homme de Bayonne, nommé Âudouios, pour porter iin second secours à Toiras. Ce marin parvint à faire entrer vingt-neuf pinasses, dans le petit havre du fort , malgré tous les efforts des Anglais. Ce second secours sauva l'ile de Ré , et mit le

brave Toiras en ëtat d'aitendra que le roi , qui s'approchait alore de la Rochelle, prit les mesures nëcesaaires pour chasser les Anglais. > Si vous voulez, dit un jour Gaston à Louis, n'attribuer pas uniquement à votre prudence et h votre courage la réduction de la Rochelle, vous ne pouvez faire part de la gloire que vous acquîtes alors, qu'à la bravoure de mon cousin le maréchal de Toiras, et à l'imhiletédu sieur Mudouins; c'est à tort que le cardinal publie partout que vous êtes redevable de cette co»* quite à sa bontie conduite, ■

L'homme le moins recommandable ■ donc , dans sa vie , quelques bons momens. Ici Gaston , si maltraité dans l'histoire , montre un esprit de justice et d'indépendance.

Louis XIII, arrivé en fece de la Rochelle, voulait porter un dernier et efficace secours k l'Ile de Ré, et la délivrer des Auglais; mais, dans son conseil , il trouvait de l'opposition. Marillac , son garde des sceaux , prétendait qu'il fallait abandonner l'tle et renoncer & lui porter aide et. assistance. « Je regarde / àisail-il , le secours de Saint-Martin de Ré, place perdue, comme une dépense inutile pour rendre la santé h un malade qui expire. ■

Quand le garde des sceaux parlait ainsi, il voulait peut-être faire sa cour au cardinal-ministre ; mais il se trompait , Richelieu avait pensé qu'il y aurait honte à ne j)a8 clusser les Anglais , et pour activer U délivrance de Saint-Martta, lui-

même passa k Brouage et dans l'île d'Oleron. Le roi , laissé libre par son ministre, se livrait avec ardeur aux préparatifs de la délivrance da l'ile ; on prît huit cents bommes du régiment des gardes françaises, trois cents hommes de Piémont, autant de Bambure, et deux cents de Cbappes. Le régiment de Navarre et quelques autres furent destinés tout entiers. On joignit à cette inianterie un détachement de cavalerie de la maison du roi , et quelques compagnies de gendarmes et de cbevau-légers. Louis, que son inclination portait à la guerre, et dont le natiu^l était propre aux exercices militaires, choisissait lui-même ceux quidevaient passer comme volontaires , et chacun lui demandait à t'envi la permission de le servir. Dès qu^il en eut nommé un : Et moi, sine, disait l'autre , pourqmine passerai-je pas ? Et tnoi, répondait le roi en souriant, demewerai-je ici seul ? Jamais on ne vit pareil empressement. Tous ceux qui n'étaient pas nommés se plaignaient de ce que 8à jdAJEDTÉ leur otait une belle occasion de se signaler- On s'imaginait que Buckingbam s'opposerait , non seulement à la descente , mais qu'il sortirait encore de ses lignes pour combattre les Français. Le comte d'Harcourt, cadet du dnc d'Elbœuf , de la maison de Lorraine , le prince de Guéménée, de celle de Rohan, le duc de Retz, le comte de Joigny, son neveu , général des galères. Tonnerre, Tavanneg, Uzelles, et plusieurs autres gentilshommes distio|piés furent du nom*

bre des volontaii'es. Le roi étudiait la carte mariiie avec application, il regardait la boussole sans cesse , et se levait la nuit pour voir à sa girouette de quel côté venait le vent , et s'il était bon à passer dans l'Ile , ou bien à lui amener les vaisseaux de transport et les troupes que l'on attendait de divers endroits, b

Ganaples , second fîls du duc de Gréqui, arriva le premier au fort de Prée, avec douze cents hommes de pied et quelques compagnies de cavalerie. Le duc de Buckingham, averti de sa venue, abandonna une partie de ses tranchées, et partit, la nuit, avec un bon nombre de troupes, pour aller s'opposer au débarquement des autres secotvs. Cinq cents protestans français se trouvaient mêlés aux soldats du duc de Buckingham ; il eut grand soin d'en faire un corps séparé, commandé par Savignac , et de les envoyer atiaqaer les premiers les gens de Ganaples. La politique anglaise était alors ce qu'elle est aujourd'hui.

Huit jours après, le maréchal de Schomberg aborda avec les troupes embarquées dans l'Ile d'Oleron, et Marillac vint le lendemain.

Alors le duc de Buckingham, qui avait j>erdu tant de temps dans l'inaction , fit attaquer Saint- Martin le 6 novembre , les Anglais et Irlandais du côté de la mer, les réformés français du coté de terre. Chacun montra de la valeur, mais le terrai» était si gras et si glissant, pigr suite de la grande pluie de la nuit précédenle , que les sol-

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dats avaient peine à se soutenir, quoique plusieurs d'entre eux eussent mis des mollettes d'éperons sous leurs souliers ahn d'être plus fermes.

Le duc de Buokingham fut obligé de se retirer devant la courageuse résistance des sept cents soldats de Toiras.

Ce mauvais succès obligea les Anglais à lever le siège, et à se hâter vers un endroit appelé la fosse de tOte, afin de remonter sur leurs vaisseaux. Avant de se rembarquer, le duc de Buckingham envoya un de ses gentilshommes complimenter Toiras, et lui porter l'assurance que l'honneur de la conservation du fort et de l'île lui était uniquement dû. Avant de regagner le bord de leurs vaisseaux, les Anglais perdirent sept ou huit cents hommes; le duc de Buckingham et quelques seigneurs de sa nation se battirent bravement. Puységur fut sur le point de faire le général anglais prisonnier, mais ses soldats l'enlevèrent en l'air, et le passèrent de main en main au delà du pont de l'Oie. Mylord Montjoy, colonel delà cavalerie, Grcy, lieutenant-général de Tartillerie, cinq colonels et plusieurs ofSciers demeurèrent entre les mains des Français. Le roi paya leur rançon à ceux dont ils étaient prisonniers , et les renvoya peu de jours après à sa sœur la reine d'Angleterre.

« Telle fut, dit Levassor, le succès d'une expédition <jae Buckingham vanta si fort avant que de la commencer; il y perdit sa réputation et

celle des armes du roi son mattre, consomma une grande partie des btés dont les Rochelloïs avai^it fait provision pour soutenir un blocus ou un siëge, et mit au désespoir les réformés de France, qu'il prétendait délivrer d'oppression. Les véritables motifs de l'entreprise du duc étaient assez connus en diverses cours de l'Europe ; on s'y moqua du nouveau paladin , qui s'était flatté d'obtenir, par sa valeur et par ses ex^ ploits , la liberté de voir l'objet de son amour romanesque. »

Dans la société de 1627, à Versailles, à Paris, Il était de bel air et de bon ton d'avoir été à l'Ile de Ré; les compagnons d'armes du maréchal de Toiras étaient comme lui en grande faveur auprès des femmes de la cour, ce qui leur faisait oublier la froideur de Bichelieu.

Quand, seize ans plus tard, mademoiselle de Rabutin Gbantal parut aux fêtes de Versailles , le roi Louis XIII n'avait point oublié la glorieuse mort de son père, Gelse Bénigne de Chanta], et pour attirer tant d'hommages et d'égards à la jeune et belle Marie, il n'y avait pas que sa grâce, sa fraîcheur et son esprit, mais aussi le souvenir de la gloire paternelle... Cette gloire laisse tomber un beau reflet sur le front d'une jeune fille,

En mourant si bien sur un champ de bataille , le baron de Chantai laissait veuve, avec un eaiant de cinq mois, Marie de Coidanges , fille de Phi-

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lippe de Coulanges, conseiller d'état, et de Marie de Bèze(t].

Aiosî , par la famille de son père, Marie de Rabutin Chantai descendait d'une race de chevaliers, et, par sa mère, tenait à la magistrature; une autre illustration que celle des armes et de la justice brille encore parmi ses devanciers, son aïeule fut une sainte, dont le nom a été placé , par l'Église, dans le calendrier catholique.

Ainsi, on le voit, aucune gloire n'a manqué iï ce berceau, que l'expédition de l'île de Ré couvrit si vite d'un voile de deuil, et quand la petite fille qui y était bercée sourit pour la première fois, sa mère laissait couler sur elle ses premières brmes de venve.

(I] Dani la tm abr^g^ île madame de Chaoïal , aiirihu^ i madanit ie Colign], Rlle Je Buiaj île Rabuiin , on amire que madame de Sé^ tlpii m ode poiihtimt. Ceiif tradiiion de ramille , li (oaiefaU c'en «i me, d'en pu d'iconnt avec te pu>a|« ci-apréi reUiif à M. de Beaumoni, preinter DUilre d'bûlel du roi. . Aa lita, dii madame dtSitigo^, dtchtrclier <fcj parens, comme on a coutume dejaire, mon finit prit, laai autre mjrll^t*, pai>r Hommer in Jitte, dt IVtt que c'était mon parrain, Nom inféroiu de ce leile que le choii du parrii» Tai poiiùvieur à la naiiiance de l'enfaDi, Un autre pastage ipte nous dlonidémoatreque Marie de Ràbulin Chanul est o^e le 5 fetrirr 1G37, duqnait ei dlx-hoUJoari avant la mon de toa père.

f/oliee tur madame de Siuigné, édilîoa de Dlaifc.

BOVKBILLT.

Aucune vïlle de France n'a réclamé l'honneur â'avoir TU naître Marie Ae Rabutin Chantai , et ce n'est pas encore avec une complète certitude que l'on place sen berceau au château de Bourbilly, paroisse de Vic-Chàssenay, entre le bburg d'Époisse et Semur, capitale de l'Auxois en Bourgogne.

Ce qui est hors de toute espèce de doute, dans la vie de madame de Sëvigné , ce quHl y a de certain et de reconnu par tous, c'est son mérite transcendant, l'empressement de ses contemporains à la rechercher, le charme <iue l'on trouvait à la voir, à l'entendre, le bonheur de vivre dans son intimité , la supériorité de ses lettres , la grâce de son esprit , la bonté de son cœur, la

i.;c<i(>'Googlc

puretë de sa conduite et l^élëvation de ses sentimens; mais, quant au lieu de sa naissance, il reste enveloppé de quelques nuages , et aujourd'hui que chacun est à même de savoir tout de suite, d'une manière précise et officielle, où l'être le plus obscur a vu le jour, on s'étonne de cette incertitude.

Quand , en se promenant dans une verdoyante praine entrecoupée de saules , on voit briller au soleil, ou disparaître sous l'obscurité des ombrages , un ruisseau qui fertilise et enrichit la vallée, on tient à découvrir l'endroit d'où il est parti pour entailler ses bords de tant de fleurs , pour rendre ses pâturages si verts , et pour faire mouvoir les grandes roues de toutes ces fabriques ; et quand enfin on a trouvé sa source , on la salue avec joie , car c'est de là que découlent les ondes bien^isantes , la richesse dit pays.

Avec la même pensée, j'aiVais voulu voir la chambre .où est née la femme dont je vais écrire la vie , vie toute parée de fleurs , et qui a brillé aux rayons du grand astre du dix-septième siècle, conmie le ruisseau dont je redisais tout à l'heure les bienfaits, et qui étincelle au soleil j mais ce plaisir ne m'a pas été accordé : je le regrette vivement, car j'ai toujours pensé qu'il y avait beaucoup d'inspirations auprès du berceau d'un personnage célèbre.

Sur nos premières années , et puis de là sur tout le reste de notre vie, les lieux où nous

«offiiBflj nés doivent exercer une grande iufluence. Celui qui vient en ce monde dans une contrée âpre et tauvage , où il n'aperçoit que dea tuchers perçtnt la leire commo de grands 08s»< inen$,où les flancs des coteaux, les sommets dei montagnes ne wnt ombrage que de uoirs et sombres sapins, et qui n*a, pendant la longueur de* jours et le silence des nuits , que le grondement sourd du torrent de la vallée , celuiJà prendre, dès ses premiers jours , quelque chose de grave, qu'il gardera constamment au dedans de lui, et que n'aura point l'homme né dans de riantes campagnes. L'enfant d^s rudes et froides Highlands ne chantera point comme le fils de la Wdle. . et voluptueuse lulie, Ossian a tout une «utr« [laésiç que le Tasse.

la vallée où le château de Bourbiily élève ses tours, n'a que de gais et gracieux aspects^ le fond en est tapissé de verdoyantes prairies, que traverse , avec mille caprices , une petite rivière , qui se précipite , dans le vallon , du haut d'un rocher, ^s ondes limpides portent la fratclieur aux pâturages , font tourner un vieux moulin, passent auprès d'un hameau et servait. autrefois de défense ■à la demeure féodale; abritée de toutes parts par des coteaux plantés de vignes et dç bois. Le château, composé de tours et de murailles gothiques, formait un carré , dont le centre était une grande L-our. Une des façades a été abattue il y a quinze

ans. De» parties d« l'aittique édifice ont conservé

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de ces toits élevés et à peateis rapides, <]ui font un sibon effet quand leur* Faites , ornés de bautei girouettes dorées , se montrent au-dessus des masses 'de verdure. Les grandes salles des Babutins^HAHTALont subi de ces métamorphoses trop fréquentes après tous les boulaversemens qu'amènent le temps et les révolutions « ces sallea sont transformées en granges et en greniers , et lé où les Mateuls, les fiEBBusr, les Pbémiot,

SElCNEDaS DE SaULX , les CoSSAT, SElCNEURS DR Beauvoik, les SaiHt-Belin , les Dauas, les Bb£zA|

lesDAMPIERRE, les ViBBAY, les COMTES DE TOULOK-

esoN se sont succédé, et y ont tour è tour agité les questions politiques de leur temps et leurs intérêts delàmille, des fermiers viennentmaintenantverter le blé de leurs guéréts et entasser les récoltes d« leurs champs.

Voilà de ces dérisions de la fortune qui me font saigner le ccetu*!

Dans ces grandes salles , ainsi déchues , on voit d'antiques cheminées chargées de sculptures, ainslqne des plafonds remplis de peintures à deitii eftàcéei , qui reproduisent , en cent endroits « l'écussoQ des Rabutins.

Du reste , tout ce qui retraçait la chevalerie de la famille, les images des aïeux vêtus de fer et coiffés du heaume ont disparu ; dans la demeure dégradée il ne reste plus qu'un seul portrait , et c'est celui de la sainte , de cette pieuse dame de Chantai, dont tout le pays vénère les traces,

dont l'Église a inscrit le nom parmi ceux des bienheureux habitans du ciel , et qui fut grand'mére de madame de Sévigné.

Comment les dévastateurs qui ont dépouillé Bourbilly, ont-ils épargné ce portrait? la sainteté leur a donc paru une illustration meilleure que les autres, et qui devait être plus respectée.

L'entrée du chAteau était fermée par un pontlevis , que dominait uite tour; à la place du pontlevis, est à présent un pont à deux arcbes en briques; la tour a fait place à un. bâtiment moderne et sans style. Malgré tous les cbangemens, toutes les dégradations , on s'aperçoit toujours que Bourbilly n'a point été une demeure vulgaire. Le renom de ceu^ qui ont vécu derrière ses murailles et à l'abri de ses tours , s'est incrusté aux pierres , et quand on en approche ce n'est point avec un cœur froid.

Dans te château de noble apparence , au milieu de la contrée aérée, verdoyante et fertile qui l'entoure , les choses matérielles et extérieures n'ont pu verser auctme tristesse sur les premières années de MiBiE de Rabutin-ChantaLj aussi son caractère s'en est ressenti, et, à beaucoup de raison , à un jugement sohde , la marquise de Sévigné a toujoius joint , même dans les momens difficiles, une douce gaieté; et vraiment, pour que son àme ne s'imprégnât pas tout d'abord de tristesse, il fallait à Tenant qui était né le 5 février 1627, et qui allait grandir orpheline, la

bienveillance et l'air souriant de la nature, caria fille qui venait de naître de Marie de Coidange& et de Celse Bénigne de Rabutin h Bourbilly, n'avait encore que cinq mois lorsque la mort de son père, tué à l'armée, étendit un voile de deuil sur son berceau.

D parait que peu de temps après mademoiselle de lÛbutîn ptrdit aussi sa mère, car, dès l'an-' née i6'i6, elle avait pour tuteur son grand-père maternel, M. deGoulanges, qui mourut dans cette même année.

Alors , laissée aux soins du irère de sa mère , do bon abbé de Coulanges, l'orpheline avait besoin que tout ce qui l'entourait lui fut ami. Aux enfans qui n'ont plus leur ange gardien naturel , leur mère, le ciel doit tant de compensations: aux orphelins il faut plus de soleil , plus de ciels bleus, plus de tièdes zéphyrs, plus de fleurs, plus de jeux qu'aux autres. Â Bourbilly, la nièce, la pupille du bien bon avait tout cela.

En grandissant en grâce, en beauté , en savoir, la fille de Marie de Coulanges va ajouter de la célébrité aux deux noms de Babutin et de Sévi- CNÉ ; mais, pour être juste, il tant dire que,-avant elle, ces deux familles avaient une bonne part d'illustration et de gloire.

Pour apprendre à marcher dans la bonne voie, la jeime orptieline avait , en outre des enseignemens religieux de son oncle , les souvenirs de fomille qui obligent; dans la maison, dans les

jardins , dans lei champs , partout où elle mettait son pied, une sainte avait mis le sien avant elle, les traces vénérées de son aïeule se retrouvaient partout: entrait-elle dans une ferme, traversaitelle un village, les vieillards, les infù-mes, en cheveux blancs, lui racontaient les miracles de charité qu'avait faits pour eux sa grand'mère; à Véglîse , elle entendait les prêtres redire , du haut de la chaire , l'ardente piété de celle qui a fondé l'ordre si édifiant et si utile de la Visitation. Ainsi, pour ne pas aimer le Dieu de sa mère et de son aïeule , pour ne pas être croyante et pieuse, dès ses premiers jours, et pour ne pas rester bonne catholique toute sa vie, il aiuvit fallu, à la pupille du l'abbé de Coulanges, des efforts presque surnaturels , car, élevée à Bourbilly, la foi lui arrivait de toutes parts , exemples* traditions de iamille, voix intérieure, voix du dehors, tout lui parlait de Dieu.

Il a donc fallu, aux écrivains qui ont cherché à montrer madame de Sévigné comme esprit fort et sceptique, une obstination bien persistante. Cherchez, poiu- appuyer l'opinion qu'ils ont voulu accréditer, une vraisemblaùce , et vous ne la trouverez pas... Eh mon Dieul s'il faut absolument, à cette école, des cœurs desséchés, des imaginations raisonneuses, et des femmes sans croyances, qu'elle les cherche ailleurs que dans la famille des saints.

C'est le 5 février 1637, nous venons de le dire»

DE MADAME DE SitvmNâ. 43

qa'est née Marie de Babutîn-Chanul : elle ne l'oubliait pas, et dans une lettre du 5 février 1674 1 elle écrivait à madame de Grïgntn :

■ 11 y a aujourd'hui bien des annéet, ma fille, qu'il vint au monde une créature destinée à Tous aimer préfërablement à toutes choies. Je prie votre imagination de n'aller ni 6 droits ai ft gauche. ■

L'eniÈiice de la riche héritière des sires de Rabutin et des Coulanges ne se passa pas tout entiére au château de Bourbilly : plusieurs de ces bonnes, de ces regrettables années que l'on ne se fait pas soi-même , mais que vos parens mèiient et dirigent, avec une tendre sollicitude, ' vers un avenir qu'ils veulent tous rendre bon et heureux,' se passèrent paisiblement, pour Marie de Babutin-Chantal , dans le joli village de Sucy, à quatre lieues de Paris , où son aïeul , le financier de Coulanges, avait fait bâtir une magnifique maison.

Quand Yéige aura amené, à la marquise de Sevigne, ce qu'il tiaine presque toujours à sa suite, des doideurs et des infirmités, elle se souviendra des bons jours qu'elle aura passés à Sucy, et elle écrira à sa fille, confidente de toutes ses peines, de toutes ses joies et de toutes ses émotions.

( Vous ai-je mandé que je fus diuer l'autre jour à Sucy, chez la présidente Amelot, avec les d'Hacqueville, Corbinelli et Coulanges; je fus ravie de revoir cette maison , où j'ai passé ma belle

M VIE DE MADAME DE GÉTlGNl:.

jeunesse... Je o'avais point de rbumatismes dans ce temps-là. ■

Eq sortant de revoir les lieux de notre eniance, aujourd'hui, nous en dirions plus long, nous ferions plus de phrases ; nos émotions auraient besoin de plus de paroles que n'en emploie ici madame de Sévigné. De son temps il y avait autant de sensibilité que de nos jours , il y avait moins de semibUrie. Ou sentait autant, on le disait moins.

i,Mo>Goot^[c

Pour être ce que madame de Sëvignë a été , pour étfe devenue la femme la plus citée de son temps , pour avoir été estimée , aimée , admirée , recherchée de tout ce qu'il y avait de plus grand dans le grand siècle ; pour que les lettres , les plus petits billets d'elle , aient été lus avec empressement par les plus célèbres de ses contemporains , et pour que la postérité ait ratifié tout cet enthousiasme, Marie de Rabutin-Chantal n'avait pas eu , à beaucoup près, autant de mattres que de nos jours l'on en donne à la fille d'un agent de change et d'un gros marchand; ce qui prend tant d'heures dans la journée d'une jeune KUe de notre époque , les leçons de composition, d'harmonie, de dessin, d& peinture, d'équita-

tioH , les longs exercices de piano , de harpe et de vocalisation entraient pour si peu dans l'édti> cation des Biles du temps de Louis Xlll et de Louis XIV, que c'est tout au plus si nous voyons nulle part que la riche héritière des Rabutin et des Coulanges ait eu plus d'un de ces maitres d'agrément, instituteurs artistes, que l'on n'admet pas toujours sans danger dans l'intérieur des familles.

Si la méthode adoptée depuis quarante ans nous avait fait des femmes comme celle dont j'écris la vie , je pourrais croire que les siècles passés avaient eu tort d'être si avares de ce dont nous sommes si prodigues aujourd'hui; mais, en vérité , quand je regarde la société telle que le progrès nous l'a faîte, je vois beaucoup <le femmes qui écrivent partout et sur tout, des fe mmes quiprofessent, qui décident, qui tranclient, des femmes docteurs et £(i5 bletis{\)f mais des femmes comme madame de Sévigné> où ea rencontre* rai-je ? , •

En écoutant, j'entends bien des leçons agréables et briUantec , mais 1 ces enseignemens , qui ressemblent à des plaisirs , je cherche en vain un fond solide. J'entends de jolies fioritures, mais l'air primitif , Tair que je voudrais retrouver, je ne le reconnais plus.

(i) Cctamom dt Ua bieui, donna aai framoi qui ccrWCnt m qa) se mélenl de liliéraiurc, nous ficDiU'AnclelerrR,au do femmes lil-

poricr dci bat Hfui pour aiilsier «ui létBtn.

sage était

,Coot^[c

Aux oUiieaux de Bourbilty, de Suoy, et plai tard à Paris, les leçons données à Marie de Babutin avaient quelque chose de sérieux et de grave , mais que l'enDui n'enveloppait pas , si l'on tut juge par les pri^r^s que faisait ]» jeune et noble geôlière. '

La religion qui réforme les mauvais pencbana , (}ui a feit un pëcbé de la paresse, «t qui agrandit et purifie l'âme , en la plaçant sans cesse sous le regard de Dieu : voilà ce qui passait avant tout, ce qui était la base d'une éducatitui d'autrefois ; grâce au ciel , dans beaucoup do maisons , ce solide fondement de tout Ixm enseignement existe toujours, mais de combien d'éducations brillantes «t à la mod^ n'a-t-il pas été retiré, comme un wnbarras et une vieille inutilité.

Après Dieu, oe que l'on faisait autrefois venir en première ligne , c'était l'étude du beau et de J'antique , et , du temps de Corneille, de Molière, de Boileau, de Racine, de Lafontaine, de Turenne de Bossuet, du grand Gondé, de Pascal, de Fénelon et de Xouis-le<^ra%d , on croyait l'avoir trouvé dans la liliérnture ancienne , dans celles de Rome et d' Athènes,

Avant d'écrire comme elle a était, madame de Sévigné avait lu les livres que les écoliers étudient dans nos collèges; le bon abbé de Coulanges lui avait donné des traductions de Virgile et d'Homère, e( eU« Rvoit appris ik connaître nos

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devanciers, les Gaulois, avec les Commentaires

de César.

Plus tard, lorsqu'il en fut temps, Ménage et Chapelain lui ouvrirent les sources de la littérature moderne , en l'initiant aux beautés de l'A- RIOSTE et du Tasse. Alors que l'on pouvait regarder son éducation complète et achevée , mademoiselle de Rabutin , dans la vie du monde que ses parens lui faisaient mener, trouva des loisirs pour apprendre le latin, l'italien et l'espagnol. A son esprit actif, il fallait une autre occupation que les devoirs souvent si vides de la société , et, entre deux visites, ou deux réceptions , quand un peu de solitude lui arrivait, elle revenait à ses livres avec amour et bonheur. Plus tard , une passion plus vive , plus ardente que celle de l'étude, se saisira d'elle, et alors ce sera k son écritoire qu'elle accourra pour écrire à sa fille.

Dans quelques unes de ses lettres madame de Sévignë nous apprend quelle avait été élevée avec son cousin de Coulanges, et ce cousin, comme le prouve sa propre correspondance , l'avait été fort bien. L'amitié d'enfance qu'ils avaieiK contraaée en étudiant ensemble sous les regards de leur excellent oncle , a duré toute leur vie ; jamais un nuage n'est survenu entre eux. Et, quand M. de Coulanges se maria , il donna à sa cousine, dans la femme bonne et spirituelle qu'il avait choisie, une fidèle amie de plus.

DE MiDAUE DE SÉVIGNÉ. ^9

Lorsque cette sage éducation fut terminée; lorsque la jcuoe fille eut appris tout ce qu'une personne tle son nom et de son rang devait apprendre, elle fut présentée à la cour, et l'habitode qu'elle prît de cette vie et des nobles manières qu'on y avait , fut comme un brillant vernis sur tout ce qui lui avait été enseigné.

Ou a bien souvent crié contre les cours , et certes, en général, on y voit trop de séductions, trop (le vices , trop de désirs ambitieux , trop de feussetés et trop d'intrigues, pour que je les présente comme étant sans dangers pour la vertu ; mais , pour être juste , il faut reconnaître et dire, que là les mœurs se polissent, la rudesse s'efface, l'irritation s'apaise , l'emportement se tait, l'am^ nité s'apprend et le savoir se revêt de grâce.

Quand, pour la première fois, mademoiselle de Rabutin-Chanlal parut à la cour, c'était le timide et maladif Louis XIII qui régnait. Le ton, les manières, les habitudes des courtisans se ressentaient de la réserve du maître, et, pour ne pas lui déplaire , la galanterie parlait bas. C'étak donc en sûreté^qu'une très jeune personne pouvait être menée aux cercles du Louvre , et quand, pour tirer son obéissant et craintif souverain de la mélancolie qui pesait sur lui , le cardinal de Bicbelieu faisait donner des fêtes, elles n'avaient ni le faste , ni l'enivrement dangereux dé celles qui vinrent plus tard. En gént^ , les fêtes tiennent de ceux qui les commandent ; aussi les

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