‹ Vie de mme de SévignéChapitre 6 sur 22 · GO VIE · texte numérisé non relu

GO VIE

plaisirs de la cour de tjouis XIII étaient triâtes et languiasans , pèles reflets des deux hommes qui venaient y promener leur pâleur, leurs ennuis et leur politique.

Ceat dans ce temps que mademoiaelle de Sa> butin reçut pour maîtres Chapelain et Ménage ( .tous les deux trouvaient un grand charme k ciUti? ver un esprit comme le ùen. Souvent dan* les leçons il y a de l'ennui pour celui qui enseigne et pour celui qui apprend ; ici c'était tout le con> traire: il y avait plaisir et bonheur et pour les inaitres et pour lelève.

Et qui de nous, en lisant les lettres de madame de 8évigné, ne conçoit la douceur, le charme qu'il devait y avoir à se trouver près d'elle.à étudier ce coeur si pur et si aimant, cet esprit si vif et si élevé 1 à être I heureux téiaoin de cet abandon si gracieux , de cette gaieté si franche , de cette bonté si expansive! à la voir entourée d'amis si distingués , si illustres que leurs sentimens , leur admiration pour elle , auraient sufB pour assurer sa renommée , si son propre génie jie s'était chargé de ce soin, et n'avait immortalise son nom !

- Avant de dire les maîtres qui lui avaient été donnés et les livres qu'elle avait lus; avant de parier d'Homère, de Virgile, du Tasse et de l'A^ :rioste, j'ai n}ontré la pupille de l'abbé de Coalanges, a^^renant aux lieux ou avaient vécu ses Aacto«» , 1«9 hoQiMfi «t «aiat«s tradiwns de fti-

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tniUe. U, lee eiemples de sa mèra et de aon onde lui avaient eniotgné ou plutôt avaient développé la bonté que Dieu avait mise dans son C(Ctir;ià, tout enfont, elle s'était habituée à *ecourir la misère qui venait heurter au porche du chAtoau , et bien souvent on avait vu la blonde petite fille introduisant, tantôt un veillard infirme, tantôt une pauvre mère avec ses enfans en haillons, dans la cour carrée de Bourbilly, et les mener à la chambre où le bien bon s'occupait de la gestion de la terre et s'entretenait avec les fermiers , ou de l'amëlioration de la culture , ou dus dégâts d'un récent orage, dont il fallait secourir les victimes. Cet apprentissage de la chanté, qui se fait dans la maison paternelle mieux que partout ailleurs , Marie de Rahutin l'avait fait, tout proche de la tombe de sa mère et sur lus traces vénérées de son aïeule L& saihte ; c'était là une bonne école de vertu. Je sais bien que dans les maisons mises spécialement sous lagarde de Dieu, que dans let couvens, la charité , k piété s'enseignent, et que les bonnes leçons y sont appuyées par de bons exemples. Je sais bien que dans le dolcre de pieuses et solides amitiés se fonnent pour durer toute la viej mais l'esprit de fomille peut-il s'y apprendre? Peut-il s'enraciner dans te cœm-, aussi bien que dans la maison de fomille? Dans ces murs qui vous ont vu naître , tout vous parle de ceux qui vous y ont devancé , de ceux qui TOUS y succéderont. Si les portraits des an-

cétres vous remettent en mémoire la vaillance , la chevalerie et l'honneur, les vieux domestiques, qui ont servi votre père et votre mère, les paysans des environs vous racontent la bienfaisance de vos devanciers ; et pendant qu'à ces rëcits vos yeux s'emplissent de douces larmes , l'amour des vôtres pénètre dans votre àme pour y demeurer toujours.

Aussi , voyez comme celle qui se faisait aimer de tous savait aimer ses parens et ses amis. Le monde littéraire vante avec raison madame de Sévigné , à cause du mérite de ses inîmiMbles lettres. Moi, tout en me joignant à eux, je la regarde non seulement comme la gloire du genre épistolaire, mais encore comme le modèle des femmes de la société. Savoir écrire comme elle, c'est beaucoup; savoir vivre comme elle a vécu, c'est bien plus encore.

Un poète arabe a dit : t qui s'esl/ait aimer en traversant la vie n'a pas perdu son temps. Si le poète oriental a dit vrai , madame de Sévigné a bien rempli sa mission ; car elle a eu beaucoup de véritables amis.

Et vraiment , c'était justice qu'elle en eût beaucoup. Elle concevait si bien l'amitié ! Celle qu'elle accordait ne venait pas seulement aux rayons de la prospérité. Âlacour,dansle grand monde oùd'ordi- ' naire on n'aime , on ne courtise que la faveur, elle ne craignait point de s'attacher à la disgrâce, et sa conduite prouvera, quand nous en viendrons à

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raconter Thistoire du sur-inteDdant des finances, Foiiquet , qu'elle ne redoutait pas de déplaire au roi, en témoignant, àThomme qu'il venait de condamner, une amitié qui ne s'était pas révélée du temps de son bonheur et^de sa puissance.

£n avançant dans sa vie, j'aurai encore à citer une preuve de la bonté, de la noblesse de son cœur: ce sera le géoéreus pardon qu'elle accorda à cet insupportable comte de Bussy, son cousin , si bouffi de suffisance, de prétentions et d'orgueil, et que l'on se prend à détester en lisant ses mémoires et son scandaleux livre des Amours des Gaules.

Certes, je ne conseille la rancune à personne : la rancune c'est la mémoire de Ja haine...; c'est du fiel qui tombe sur toutes tes choses de la vie pour les rendre améres; mais madame deSévignéaui'ait rompu avec son cousin , aurait cessé de lui écrire comme à un membre de sa lamille après l'outrageant ;/ortraj( qu'il avait fait, qu'il avait publié d'elle , qu'elle n'aurait pu être accusée de trop de rigueur... ; mais non elle pai'donna à cause de son éducation de faille. A Boubbilly , dès ses premiers jours , elle avait appris à aimer les siens , et alors même qu'un d'entre euxse rendait coupable envers elle , elle lui jetait le pardon , comme un uianteau, pour couvrir sa faute. L'esprit de famille, c'est en petit l'amour de la patrie.

Pour vivre doucement en paix avec les siens , madame de Sévigné avait un précepte que j'aime

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àiuîvre et à répéter, c'est do se desserfer te cœur. Ecoutons-la donner ce conseil b son gendre , le comte de Orignan.

I Je veux vous parler de monsieur de Marseille (i),et vous conjurer par toute la confiance que vous poutres avoir en moi, de suivre mes conseils sur votre conduite avec lui. Je connais les numéros des provinces, et je sais les plaisirs qu'on y prend 6 nourrir les divisions ; en sorte qu'fa moins d'être toujours en garde contre les discours de ces messieurs, on prend insensiblement leurs sentimens, et très souvent, c'est une injustice. Je vousassure que le temps ou d'autres raisons ont change l'esprit de M. de Marseille. Depuis quelques jours, il est fort adouci, et pourvu que vous ne vouliee pas le traiter comme un ennemi , vous trouverez qu'il ne l'est pas. I^nons-le sur ses paroles, jusqu'à ce qu'il ait fait quelque chose de contraire. Bien n'est plus ea* pabû dater Us bons sentimens que de marquer de la défiance; il suffit souvent ^itre soupçonné comme ennemi, pour le devenir; la dépense en esl toute fuite , on n'a plus rien h ménager. Au contraire , la confiance engage h bien faire ; on est touché de la bonne opinion des autres, et ton ne se résout pas facilement à ta perdre.

n Au NOM DB DiED , DESSEBlieZ VOTHE COEUR ,

(i) Toiuuiol cl« Forbin-JaaSDD , évoqua da Marteillc, dipoll évéïjuc ei cooiletle Bnuvali, cKrdiiialci grand aumAa'cc de Fiance.

et VOUS serez peut-être surpris par un procéda que voue n'attendez pas. a

Dana ude autre lettre elle dit : ■ Nt vota eharget point d'avoir uns /laint à soutenu", c'est un plus grand fardeau qut vous M penses. % ■ Elle avait bien raison : se laisserallerà la haine, c'est remplir sa vie d'épines; ne pas vouloir tUsserrer son cmur, c'tst vouloir étouffer.

Pour en être venue à si bien comprendre que ce qui gitait le plus la vie, c'était les dispositions haineuses, la pupille de l'abbé de Couianges, l'ëlève de Ménage et de Chapelain avait donnd k ton Ame ce que l'on appelait un« botmê nourribtre. EHe avait lu beaucoup de bons livres, beaucoup de graves et sérieux ouvrages, que les femmes le« plus instruites d'aujourd'hui n'ont seulement pas ouverts. Jeune fllle, belle, rieuse, allant, comme je l'ai dit, aux fâtes de la cour, Marie Etabutin trouvait dan* ses journées passées an milieu du bruit que fait le monde, des heures pour de solides lectures, pour la méditation et la prière.Sijel'osais, je dirais qu'elle était parvenue à vaincre une des impossibilités dont parlent les Uvres saints, et'qu'elle servait bien deux nuiûres à lafois.

Un gracieux tableau à faire, ce serait Marie de RabuTin-Ghantal, la petite tille de la sainte, parée pour une fête de Versailles, et causant, avant de s'aller lancer dans cette brillante di». sipation, avec un des vénérables solitaires de

Port-Royal , ce tableau ne serait pas d'invention!

A cette solidité mêlée de grâce, à cet abandon tout rempli de décence, à cet esprit vif, tempéré de douceur, à ce savoir sans pédanterie, à cette belle naissance sans orgueil , à une fortune bien établie, mademoiselle de Babutin-Chantal joignait encore les agrémens extérieurs , une physionomie vive et spirituelle, A la fois enjouée et sensible.

Dans un portrait (ait par une des femmes les plus marquantes de son époque , madame de Laïayette, nous trouvons ce passage qui peut donner une idée de ce qu'était madame de Sévigné , que M. de CouJanges avait plus tard surnommée la Mère-Beauté.

■ Je ne veux point vous accabler de louanges, ni m'amuser à vous dire que votre taille est admirable, que votre teint a une beauté, une fleur qui assurent que vous n'avez que vingt ans; que votre bouche, vos dents et vos cheveux sont incomparables. Je ne veux point vous dire toutes ces choses, votre miroir vous le dit assez; mais comme vous ne vous amusez pas à lui parler,, il ne peut vous dire combien vous êtes aimable quand vous parlez ; et c'est ce que je veux vous apprendre. Sachez donc, si par hasard vous né le savez, que votre esprit pare et embellit si fort votre personne , qu'il n'y en a point sur la terre d'aussi charmante; lorsque vous êtes animée dans une conversation dont la contrainte est bannie «

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tout ce que vous dîtes a im tel charme, et vous sied si bien, que vos paroles attirent les ris et les grâces autour de vous; et le brillant de votre esprit donne un si fp-and éclat à votre teint et à vos yeux, que, quoiqu'il semble que l'esprit ne dût toucher que les oreilles, il est pourtant certain que le votre éblouit les yeux; et que, quand on vous écoute, OB ne voit plus qu'il manque quelque chose à la régularité de vos traits , et l'on cède à la beauté du monde la plus achevée. ■

Ce portrait était peut-être un peu flatté, car c'était l'amitié qui avait tenu le pinceau; mais il est reconnu par tous qu'il y avait un accord parfait entre ses traits et son esprit : dès qu'on la voyait , on la devinait spirituelle ; ^ès qu'on l'écoutait, on la trouvait belle, plus belle que les plus régulières beautés.

J'avais cru long-temps que l'on n'avait pas de lettres de mademoiselle de Rabutin-Ghantal : l'édition de Biaise en donne deux d'elle , écrites à Ménage, peu de temps, à ce que l'on croit, avant son mariage. Ce savant personnage, qui avait donné des soins à son éducation, n'avait pu les donner sans éprouver pour sa jeune et noble écolière un sentiment très vif, et quand une fois il fiit question de la marier, quand ou se mit à en parler dans la famille de Chantai, Ménage, blessé dans des sentimens dont peut-être il ne s'était pas rendu compte jusqu'alors, cessa les leçons accoutumées. Mademoiselle de Chantai

^crit k SOI) maître pour le supplier d« revenir, et pour lui reprocher d'avoir parié de sa pauvre déftitUe amitié, l'assurant qu'il y a des amitiëg que les changemeng de situation, les absences et le temps ne peuvent altérer. Dans ces deux lettrés, j'ai trouvé moinsde charme, moins detuturel que dans toutes les autres ; en les lisant, on voit qu'elle écrivait à son mattre, et qu'avec lui, elle voulait avoir de Tesprit; quand elle n'avait pa* cette préoccupation , sa plume commit mieux.

SON MAtlAGI,

Jeune personne si accomplie et rt-unissant en elle tout ce que le monde ne cesse d'envier, ne pouvait manquer de fixer bien des regards et d'éveiller bien des ambitions. Aussi mademoiselle Marie de Rabulin-Gliantal n'avait pas encore atteint «a dix-huitième année, lorsque sa main fut demandée par Henri de Sévigné, maréchal de oinp, issu d'une des plus anciennes maisons de Bretagne, alliée aux familles de Clisson, de Duguesclin.de Montmorency, deKoban.de Retz, etc.

Cette demande fut agréée; le mariage se célébra à Paris, le i" août i644-

Si l'esprit de la jeune pupille du bùn bon abbé de Coulanges avait déjà, par son brillant et w eolidité , frappé le cercle d'amis et de p^rens dans

lequel il avait jeté ses premières lueurs, sou éclat devint bieq plus radieux, quand la gracieuse marquise de Sévign^t son entrée dans le monde. Tout alors dut la mettre à l'aise, car son mariage était un de ceux que la société approuve : les convenances d* naissance, de fortune, d'âge, s'y rencontraient; et elle, comme tous ceux qui s'intéressaient à son avenir, purent croire que le bonheur serait de la partie , et que celle qui joignait il sa dot de cent mille écus (i), un caractère doux, aimable et enjoué, n'aurait qu'à sourire dans l'union qu'elle venait de former. Elle sera heureuse , répétaient tous ses amis; mais les amis sont souvent de faux prophètes; ils regardent l'avenir à travers leurs souliaits, et se trompent. Le marquis de Sévigné ne réalisa pas leurs espérances et fit mentir leurs prédictions. Ce gentilhomme, homme d'honneur, selon le moiide, était brusque, inconsidéré, volage, aimant les folles dépenses et les aventures galantes ; ce qui faisait le fond' de son caractère , c'était l'insouciance; son cœur n'était pas mauvais, mais sa tête était détestable : sa susceptibilité sur le point d'honneur était excessive; vivre avec lui était facile dès que l'on n'en exigeait pas trop de constance; son esprit avait plus de gaieté que de

(i] A cette é|>aqae, 3oo,aoo francs ne •alaieal fatn moltai» jDa.DOOd'iiijoiinfbni; alon le marc d'à rgeni TikU a6 lirm lo tout, et l'ou Mil ijti'iinlre cette dîKéreiMe, celle du prix dei deni^ei doit y lut to [HrUe ajouiie.

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distinction, et le poète Cbarleval nous le représente comme ud ami de la joie et un faiseur de quolibets. Avec son tact et «a perspicacité , madame de Sévigné connut bientôt à fond l'homme que les couvenances lui avaient donné pour le compagnon de toute sa vie, et avec son excellent esprit, elle résolut de ne pas se plaindre, dé ne pas mettre ses amis dans la confidence de ses mécomptes de ménage , et de s'arranger, autant qu'elle le pouirait, avec leâ défauts de son mari. Bien jeune encore , elle savait déjà que la perfection n'est pas un fruit de la terre.

Vivre en bonne harmonie avec les vertus d'autmi, n'est pas un mérite; ce qui est difficile, ce qui est méritoire, c'est de passer sa vie en face de dé&uts sans s'en irriter, sans en prendre d'humeur, et c'est ce que la toute jeune femme du marquis de Sévîgné sut fEtire.

Mariée en ■644t madame de Sévigné ne fut mère qu'en 1647; c'est alors qu'elle accoucha de sou fils, qui fut nommé Charles, et qui eut pour parrain le bien &on abbé de Coulanges. Une fille, celle qui nous a valu les lettres incomparables, suivit de près l'héritier du nom de Sévigné. Voici comment l'heureuse mère tait part de la naissance de son premier enfant, à son cousin le comte de Bussy-Rabutin. On y voit cette gaieté (pii décpule d'un grand bonheur.

Ce li mirt 1647-

« Je voua trouve un plaisant mignon de ne m'a* voir pas encore écrit depuis deux mois : avez-votu donc oublié qui je suis et le rang que je tiens dans Ift ianiiUe?Ah! vraiment, petit cadet, je voua en ferai bien rassouvenir : si vous me fàdiez , ja vous réduirai au Lambel. Vous savez que je suis sur la fin d'une grossesse, et je ne trouve pas en vous non plus d'inquiétude de ma santé, que at j'étais encore 611e.... £b bien, je vous apprends, quand vous devriez en enrager, que je suis a&- ^oucbée d'uu garçon^ qui je vais faire sucer la baine contre vous , avec le lait , et que j'en ferai encore bien d'autres, seulement pour vous faire des ennemis.... Vous n'avex pas eu l'esprit d'en faire autant; le beau faiseur de Biles !

Mais c'est assez vous cacher ma tendresse , mon cher coasin, le naturel l'emporte sur la politique. J'avais résolu de vous gronder sur votre paresse, depuis le commencement jusqu^à la fin; je me suis fait trop de violence et il faut en re* venir à vous dire que M. de Sevigné et moi vous aimons fort, et que noua parlons souvent du plaisir qu'il y aurait d'êife avec vous. >

he c;0jpb« de Bussy, dont je n'aime pas plûs.le style que la personne , répondit à sa cousine une lettre que je devrais peut-être mettre ici pour faire ombre à celle de madame de Sévîgné}jene

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DE madamr de SÉVICNÉ. 63

puis ta'f rëAoudre : pour f^ire connaître la nw niêre de ce bel esprit guerroyant et vaniteux, je citerai d'autres lettres. Deux ans plus tard , en 1649, le comte de Bussy avait suivi la cour et lervait dans l'armé du prince de Condé qui assiégeait Paris. Ce qu'il écrivait de Saini-Dcnis, h madame de Sévigné , que des affections de fiimtUft avaient jetée dans le parti de la Fronde, peut donner une idée de cette guerre qui , suivant le grand Condë, ne méritait d'être écrite qu'en vers burlesques. Guerre où ta gaieté et le rire se mêlaient au sang et aux batailles, et oJi Ton redemandait h son ennemi , de vous rendre les chevaux et le carrosse qu'il vous avait pris, parce que cette capture semblait peu courtoise , et contraire aux' égards que se devaient entre eux gens de qualité.

Lettre du comte de Bussy-Rabutin h madone de Sévigni.

A Saidt-Dcait, le iS Ifiricr iS.jg.

■ J'ai long-temps balancé à vous écrire, ne sachant si vous étiez devenue mon ennemi, et si vous étieE toujours me bonne cousine, ou si je devais vous envoyer un laquais ou un trompette. Enfin me ressouvenant de vous avoir ouï bUmer la bruulité d'Horace pour avoir dit à son beaufirère qu'il ne le reconnaissait plus depuis la guerre

déclar^e(J),j'ai cru que la cause publique ne voua empêcherait pas de lire mes lettres; et pour moi, je vous assure que, hors l'intérêt du roi mon maître, je suis votre très humble serviteur.

Mais parlons un peu de notre guerre , ma chère cousine, je trouve qu'il fait bien troid pour faire garde. Il est vrai que te bois ne coûte rien ici , et que nous y faisons grande chère à bon marché. Avec tout cela il m'y ennuie fort

J'envoie ce laquais pour me rapporter de vos nouvelles et pour me faire venir mes chevaux de carrosse, sous le nom de notre oncle le grandprieur. Adieu ma chère c

A Siini-Denii , le iS man 16J9.

tC'estàce coup que je vous traite en ennemie, en vous écrivant par mon trompette. La vérité est que c'est au maréchal de liamotte à qui je l'envoie , pour le prier de me renvoyer les chevaux de carrosse du grand-prieur de France, notre oncle , que ses domestiques ont pris comme on me les amenait. Je ne vous prie pas de vous y employer; car c'est votre affaire aussi bien que la mienne : mais nous jugerons par le succès de voire entreprise, quelle considération on a pour vous, dans votre parti ; c'est-à-dire, que nous aurons bonne opinion de vos généraux, s'ils font le cas qu'ils doivent de vos recommandations.

(1) n l'igic de ce Ten de la irae^'^ie detZ/omcH de P. CorDeille : AlbcTODi ■ Domina, je ne loiu conouiiilui.

DE MiDAMEDE SÉVICM^. 63

n J'arrive présentement de Brie , las comme un cliien; il y a huit jours que je ne me suis déshabillé. Nous sommes vos maîtres, mais il faut avouer que ce n'est pas sans peine. La guerre de Paris commence fort à m'eonuycr. Si vous ne mourez bientôt de fatigue , rendez-vous, ou nous allons bientôt nous rendre. Pour moi , avec tous mes autres maux , j'ai encore une extrême impatience de vous voir. Si le cardinal Mazarin avait à Paris une cousine comme vous, je me trompe fort , ou ta paix serait faite à quelque prix que ce fut. u

Madame de Sévignë fit auprès du maréchal de Lamotte des démarches pour obtenir de lui les chevaux que son cousin la chargeait de redemander ; mais elle ne put y réussir, et M. de Rahutin, qui tenait fort à ses chevaux , lui écrivit encore , de Saint-Denis, le a6 mars 1649-

« Tant pis pour ceux qui vous ont refusée , ma belle cousine , je ne sais pas si cela leur fera profit, mais je sais bien que cela ne leur lait pas grand, honneur. Pour moi , je suis tout consolé de la perte de mes chevaux, par les marques d'amitié que j'ai reçues de vous dans cette rencontre. Pour M. de Lamotte, maréchal de la ligue, si jamais il a besoin de moi, il trouvera un chevalier peu courtois.

H Mais parlons un peu de la paix : qu'en croiton à Paris? L'on efl a ici fort méchante opinion: Cela est étrange que les deux partis la sotdiaitent et qu'on n'en puisse venir à bout.

« Vous m'appelez insolent de voua avoir mandé que nous avions Brie. Est-ce que l'on dit à Paris que ce n'est pas vrai ? 81 nous en avions levé le siège , nous aurions été bien inquiets ; car, pour Vos généraux , ils ont eu toute la patience imajrînable : nous aurions tort de nous en plaindre.

€ Voulez-vous que je vous parle f^nchement, ma belle cousine, comme il n'y a point de péril à courre avec vos gens, il n'y a point d'honneur à gagner. Ils ne disputent pas assez la partie , nous n'y avons point de plaisir; qu'ils se rendent ou qu'ils se battent bien. Il n'y a, je croîs, jamais eu que cette guerre où la fortune n'ait point eu de part; quand nous pouvons tant faire que de vous trouver, c'est un coup sûr à nous que de vous battre , et le nombre ni l'avantage du lieu ne peuvent pas seulement faire balancer la vietoirCi

n Ah ! que vous allez me haïr, ma belle Cousine ; toutes les fleurettes du monde ne pourront pas vous apaiser. »

Dans toutes les lettres que nous avons lues du comtedeBu3sy,nou3 n'avons trouvé aucun charme : sa vanité cherche en vain à se cacher sous de l'insouciance et de la gaieté; quand il rit, on voit

qu'il a envie de mordre, et quand il parle d'amitié , on sent qu'il a du fiel au fond du cœur.

Malgré tous ses défauts , il laut lui consacrer quelques pages, et si je le fais ce n'est pas pour sa gloire , mais pour celle de madame de Sévigné, dont il était cousin germain, et avec laquelle il avait été élevé.

KOGEB DE RABITTIN, COMTE DE UVSSV.

Roger de Rabutin , comte de Bussy, ëtait né en 1632, et avait quatre ans de plus que sa cousine. Leurs premières années se passèrent ensemble, dans des demeures de lamille, à Boufbilly et à Livry. Les premières liaisons s'enracinent si bien dans le cœur, que les années en les refroidissant ne les y font pas mourir, et alors même qu'on n'en fait pas grand cas on les garde.

Certes madame de Sévigné ne pouvait aimer ni estimer un caractère comme celui de Bussy, mais elle ne rompt pas avec son cousin, parce que le souvenir des années d' enfance plaident pour lui, et demandent sa grâce alors qu'il s'est rendit coupable d'un infâme procédé envers elle.

Ses premières années n'offrent que des inci-

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dens très ordinaires ; des travers de son (einps Bussy avait su tout prendre ; aussi , dans ses Mémoires, il se montra fanfaron de vices, présomptueux , irascible , joueur, querelleur et duelliste.

Celui qui tirait si facilement l'épée contre les hommes avait une langue et une plume qui immolaient la réputation des femmes à sa vanité. Son Vivre des Amours des Gaules est une lâcheté inspirée par la suffisance et l'orgueil.

Destiné à la carrière des armes , il avait paru dans les camps dés l'âge de douze ans. Son père qui, à dix-buit ans, l'avait envoyé à la cour, en lui cédant le régiment dont il était propriétaire , lui laissa peu de temps après, par sa mort, la lieutenance de roi du Nivernais.

A vingt et un ans, le comte Roger de Bussy épousa une de ses cousines , mademoiselle de Toulongeon. Cet avancement militaire si rapide, ce bon mariage qui lui assurait une grande fortune, étaient très propres à augmenter sa vanité native; aussi ne fit-elle que grandir sous les rayons de la prospérité.

Son bonheur reçut cependant un échec : quelque temps avant la mort de sou père, une lettre ' de cachet l'avait tenu cinq mois à la Bastille ; ce que je regarde comme un échec à son bon* beur, lui, l'aura probablement envisagé autrement , car la vanité ne se gonfle pas seulement de prospérité , elle se boursoufle aussi des persécutions quilui viennent, elle monte sur les aiiéts

lancés contre elle pour se grandir encore, et se dresse , sous les voûtes abaissées des geôles , à se heurter le front.

Le mauvais état de son régiment ne fut, à l'en croire, que le prétexte d'une puni'tion dont la haine du cardinal de Richelieu était le véritable motif. Bussy connut dans la Bastille le vieux maréchal de Bassompierre , et c'est en causant avec lui qu'il prit l'idée d'écrire ses Mémoires.

C'est peut-être aussi dans les longues heures de la prison d'État, qu'il appela la poésie pouf lui apporter quelques distractions. Je ne sais si, à la voix du prisonnier, elle sera descendue sou« les sombres voûtes pour les égayer un peu ; mai* je sais que dans les vers que Ton a de lui, on chercherait vainement une idée partie du cœur ou descendue d'en haut ; tout y est sec, méchant, et de mauvais goût.

Voltaire a dit de lui : t // écrivit avec pureté, i C'était alors sa prose qu'il avait en vue.

Dans une lettre en prose et en vers, adressée à madame de Sévigné , il décrit la campagne de ! 646 , et surtout l'aflaire de Mardick , où il avait pour ta première fois tiré l'épée devant le grand Condé, et y mêle ainsi sa propre gloire h celle du héros.

Qu'il fil liii-mJiDe une Di|;ne d'dleraelle méi

Et qui, m'ayanl d'Iiot

DE MADâME DE SÉVIGNÉ.

Quand les troubles de la rëgence ^latèrent, le comte Bussy, attache au jeune vainqueur de Rocroi, ne se sépara pas de lui; il laissa une panie de sa Emilie et beaucoup de ses amis se jet» dans le parti de la Fronde; mais lui alla sertir irfea activement dans cette petite armée, aTecIaguelle, en 1649, Gondé sut réduire Paris.

Plus tard, quand les princes furent arrêtés, il flt la guerre au roi, dans le Berri , jusqu'au moment où le grand Coudé, rendu à la liberté, en abusa pour recommencer les hostilités. Alors Bu9sy ne se joignit plus à lui , et fit sa soumission à la cour. Cet accommodement, comme on disait alors, lui valut le grade de maréchal de camp, le commandement du Nivernais ; et depuis, la charge de meslre de camp général de la cavalerie.

Dans la vie privée, Bussy, avec son caractère irascible, devait âtred'un commerce difficile;au camp, sous la tente, il pMtait cette humeur va- BÎteuse et jalouse : aussi , avec une valeur véritable, il eut le malheur de se brouiller avec les deux plut grands capitaines du grand siècle (i).

Turenne, sous lequel il servait, eut lieu d'être offensé de l'arrogance avec laquelle il prétendit faire valoir les attributions de sa charge ,

qui le mettait à la tête de la cavalerie. Aussi , quelque temps après, s'étant fait battre par une manœuvre malentendue, le bon maréclial parut s'amuser du mauvais succès de sa jactance.

Bussy crut se venger par un couplet plus plat que méchant. Turenne, tout simple qu'il était, avait aussi l'épigramme en main: il usa de représailles en disant au roi i' tfue M. de Bussy était lé meilleur officier pour les chansons, qu'il eût dans ses troupes.

S'il s'était fait peu d'amis dans les camps, il ne réussit pas mieux à la coiu*. Là , après avoir courtisé un homme puissant, le sur-intendant des finances , Fouquet , il entra dans une cabale contre lui. La princesse Palatine, Mazarin, eurent également à s'en plaindre; et bientôt tous le's ressentimens que son humeur caustique et ses épigrammes avaient lait nattre, retombèrent sur luï^ et il fut exilé.

C'est vers ce temps qu'il se rendit coupable de cet outrageant portrait de madame de Sévigné.^: inséré dans le scandaleux livre des Amours des Gaules.

Revenu de l'exil, il reparut de nouveau à Veri sailles ; les disgrâces qu'il avait encourues n'avaient rien cbangéàsonhumeursatyrique; pendant quelque temps, Louis XIV fit la sourde oreille, et ne voulut point, malgré de nombreuses réclamations, sévir contre le poète... Enhardi par cette tolérance royale , Bussy en vint à chansonuer le

monarque lui-même et madame de 1a Vallière. Pour pareille offense, il n'y eut plus de pardon, et le chansonnier audacieux fut mis à la Bastille pour uo an , destitué de sa charge et banni de la cour pendant seize années.

Les courtisans cherclient les regards des rois et des princes , comme les malades cherchent le soleil; le comte de Bussy revint donc à la cour dès qu'il en eut obtenu la permission : il avait alors soixante ans. Il vit bientôt qu'il ne possédait plus les grâces qu'il y fallait pour réussir, que les femmes lui ganlaient rancune de ses épigrantmes, et que le roi ne le verrait jamais avec faveur... Désenchanté de cette vie qui avait eu tant d'attraits pour lui, il en rêva une meilleure, et revint chez lui. Mais là , d'autres soucis lui arnvèrent, il voulut rompre le mariage de sa Glle, madame la marquise de Coligny, et le procès odieux qu'il soutint ainsi qu'elle, et les passions violentes qui l'agitèrent à l'âge où le repos et le cQlme sont deux conditions essentielles de la vie , le menèrent au tombeau. Il mourut en iCgS, âgé de soixante-onze ans.

Pour Ifiire connaître les partinâ, les ami« , les eoiTespondans de madamA^ë Soigné, il me faudra parfois la quitter, \û perdre de vue, et raconter d'autres vies que la sienne. Pour moi, et peut-être pour ceux qui liront cet pages, ces digressions seront comme des séparations, comme des absences de personnes qui nous sont chères ; et quand je reviendrai à elle , ce sera pour tou^, comme un retour à un lieu, à un objet aimé.

Nous l'avons laissée heureuse entre les berceaux de son his et de sa filles et jamais le monde ne l'avait vue si gracieuse, si souriante, si aimable et si beUe! Cette maternité qui embellit toutes les femmes, avait pour elle, quelque chose d'éclatant. Avant que le soleil ne soit encore élevé aii-

dessus de l'homon, on devine, aux brillantea lueurs qui ^'étendent sur le ciel , toute la gloire du grand astre. Eh bien, en voyant madame de Sévigné auprès de ses entans , on aurait pu pressentir la renommée que lui ferait un jour son amour maternel.

11 y a une grande aniabilit^ dans le bonheur, et, à ceux que la prospérité et les jouissances de lamille entourent, il &ut savoir woins de gré, s'ils sont aimables et gracieux, qu'à ceux qua les soucis et les inquiétudes obsèdent et acoompagnent; l'honinie qui vit dans l'amertume du cœur et qui VQUS seire la main avec un bienr veillant sourire; vous pouvez l'en remercier; car pour .vou« recevoir aipsi, il a vaincu quelqiu cbose; inais aux b«iu%ux de ee monde qui sont aimables, n'accordes pas trop de mérite; ep venant à vous , beaucoup d'entre eux n'ont voulu que vous montrer leur bonheur.

I^dame de Sévigné n'avait pas que le bonheur, d'aimable, le malheur ne tarda pas à lui venir, e; , sOHS sa rude épreuve, elle fut encore douce, bonne, Avenante et résignée. Elle qui avait 4t4 orpheline de si bonne heure , fut veuve h vingu quatre ap^ { et ce fut une cruella mort qui lui enleva son mon: il périt dans un duel, âgé de vingt-^ept ans.

Pour une àme pieuse, comme celle de la petitefille de sainte Chantai, ce fut là une poignante dpuleiu*, car les idées r^Ug^ses rendent cette

mort |)lus terrible, plus redoutable que toutes les

autres, en laissant inoins d'espérance auprès du

cercueil.

Tout en reconnaissant les défauts de son mari , madame de Sévigné l'avait toujours aimé, alors même que sa conduite aurait pu faire décroître l'estime quelle aurait voulu toujours conserver pour lui. Les défauts d'un père , d'un fils , d'un mari , on les voit quand ceux qui les ont eus vivaient; mais quand la mort les a frappés, et les a étendus dans la tombe, on ne voit plus ces imperfections. La douleur eftacc la mémoire de l'inconduite , on pleure , et l'on ne se souvient plus.

La veuve de M. de Sévigné le régretta sincèfement, et peu de temps après sa mort, quitta Paris, et s'alla renfermer dans la solitude des Rockers, château situé près de la petite ville de Vitré , en Bretagne. Si , pendant la vie de M. de Sévigné, elle avait eu à souffrir de sa légèreté et de son inconstance, à sa mort elle s'aperçut des larges brèches que sa prodigalité avait faites à la Fortune de ses enfans, et avec une sagesse, une entente admirable, elle se mit, de concert avec le bon abbé de Coulanges , à les réparer. La tendresse de madame de Sévigné pour son fils et pour sa fille, n'était donc pas toute en paroles , toute en phrases , comme quelques uns de ses détracteurs ont voulu le faire croire. Non , son amour pour eux lui rendit tous les sacrifices faciles, et celle qui brillait avec tant d'éclat dans les cercles de Pari.'< , celle que la cour

i,Mo>Goot^[e

DE MADAME UE Sl^VICNÉ. 77

voulait voir à ses fêtes, celle que tant d'illustres amitiés cherchaient à retenir dans la capitale, sut rompre toutes ces brillantes attaches, pour aller remplir son devoir de mère, dans un pays que les Parisiens regardaient encore comme une contrée inhospitalière et sauvage.

Quaod le jeune marquis de Sévigné succomba dans un de ces duels si communs de son temps, tout Paris rechercha la cause de sa querelle , et cent bruits divers circulèrent à cette occasion. Voici la raison la plus accréditée , elle est de l'académicien Gbnrart.

duel du mabquis de sévigné et du chevalicb d'albret.

Le chevaUer d'Alhret (t), cadet de Miossens, étant amoureux de la femme de Galland, fils de l'avocat célèbre de ce noAi, qu'on appelait madame de Oondran (a), sut que le marquis de Sévigné de Bretagne, qui, selon le bruit commun,

(i) FrançuiiAmBnieu.KJtDeur d'AmbIrtillc , ctictaUcr d'AlbrcI, éliît le plui jeuac frire du comit de Hioacoi, dcpoii nur^lul d'Aïbrel. Il Tut liii-mJnw tué en 1671 ei ne laUu point de poutrilé.

(>) Hidame de Gondrut a»it pnnr pire, Uigotilt U HoniUlc, Mcrjuiredurai, et coalrAlenr général dei gabellei , cl u mère éuil b SUe itiKc de Qatide Sirrui , conielller >a pariemeal, i qui l'oa doit UK édition dei leltret de Groiiui. Elle STait époaté fil. de Contran , iil>d'Aiipi(ie Galland, Féltbreivocal, qui, wuite miniilire de lli- Hielieu, éiait Mcréuirc du coiucil, ti fuldurgï de miiiioat im|ior-

n vit

n'çWit p?s mal avec elle, lui pyait tenu des discours à sop désavantage, depuis lesquttis elle ï^i avait fait dire trois ou quatre fois, qu'elle n'était pas cliez elle, lorsqu'il l'y était allé chercher. Pour s'en éclsirpir, il pria Saucourt, qui est de ses amis, de savoir du marquis de Sévtgaé si ca " q^ on lui avait dit était vrai, parce qu'il ne lui avait jamais donné sujet de lui rendfç de mauvais offices.

Sévigné dit à encourt qu'il n'avait jamais parU au désavantage du chevalier d'AIbret; mais qu'il ne le lui disait que pour rendre témoignage ft la vérité, et non pour se justifier, parce qu'il ne le faisait jamais que l'épée à la main. Saucourt lia la partie avec lui pour vendredi après midi, 4 février i65i., et s'ohiigea de faire trouver le chevalier d'AIhret deirière Piquepuce.

Ce dernier s'y rendit à l'heure qui avait été dite, et Sévigné aussi, qui avait fait ■apporter des épées. 11 dit d'abord au chevalier d'Albret qu'il n'avait jamais parlé de ce qu'on lui avait rapporté et qu'il était son serviteur. En disant cela, ils s'embrassèrent, et ensuite le chevalier dit qu'il ne fallait pas laisser de se battre.

Sévigné répondit qu'il l'entendait bien ainsi , et qu'il n'eût point voulu ne pas se battre. Aussitôt i|s se mirent en présence, et Sévigné porta trois ou quatre bottes au chevalier , qui eut ses chausses percées, mais ne fut point blessé. Sévigné continuant à lui porter, se découvrit. El l'm-

DE MAUAMl^ Ut Si\lOy,É. TQ

tre ayant prjsson temps, lui présenta l'epee pour parei-, dans laquelle Sévigné s'eqfeiTa lui-même, et reçut un coup au travers du corps , de liiais, mais qui ne perçait pas d'outre ei) outrp.

Le combat finit là, car Sévigné tomba de ce coup, et ayant été ramené à Paris, les cbirurgiens le jugèrent moil, dés qu'ils eurent vu s« Uessure, 11 en reçut la nouvelle avec chagrin, et Rfl pouvait se résoudre à mourirà vingt-sept bas l.„ Il ap dura que jusqu'au lendemain.

Les dueU , tes combats singutiffl's , (étaient chose à journalière du temps de Louis XllI et de Louis XfV, que l'acadéroicien auquel j'ai em> pruqté ce récit , n'y mêle aucune réflexion de blâme ni de pitié. Il lui parait tout simple de voir ces nobles jaunes hommes venir sur lo terraÎD , après que Tua d'eus a (lésavoué les propos qu'on lui avait prêtés^ là, se serrer la main, s'embraster, et après s'être donné cette assurance d'estime et d'amitié , n'en pas moins déclarer qu'il» entettf d«iU biçn se battre. Cette protesUtiou qu'il n'y avait plus de haine au fond de leur cœur, n'au< lait-elle pas du les désarmer i mais non, si leur liaine s'est éteinte , le point d'honneur, avec tous s£s préjugés, vit encore dans leur âme, et ils s'entre-tuent comme s'ils se détestaient!] On sait tout ce que Louis-le-Graud , dans tout^

sa puissance , fit poui' mettre un frein à cette manie du duel; elle fut pour cette glorieuiie époque 'ce que le suicide est à la notre. Au Français, il faut toujoui's, quelle qu'elle soit, une occasion de prouver qu'il ne redoute pas la mort.

Un cousin par alliance du marquis de Sévigné, le comte Bussy de Rabutln , avait eu , quelques années auparavant, un duel qu'il raconte luimême dans ses mémoires, et que je vais transcrire ici, comme nouvelle preuve du point de folie oîi la frénésie des combats singuliers était portée il y a deux cents ans.

• Quelque temps après que je fus à Paris, écrit le cousin de madame de Sévigné , un soir, au sortir de la comédie de l'hôtel de Bourgogne avec qiutre de mes amis, un jeune gentilhomme gascon, appelé de Buse, dont le père était capitaine au régiment de Navarre , me tira à part pour me ^demander s'il était vrai que le comte de Tianges, cousin germain de mon père, eût dit y«V/ était un ivrogne et son cadet un fou.

« Je lui répondis que je voyais si peu le comte de Tianges , que je ne savais pas ce qu'il disait.

« 11 me répliqua que c'était mon oncle, et que, ne pouvant avoir cette explication avec lui à cause qu'il ne bougeait de sa province , il s'adressait à moi.

H Ah! puisque vous voulez , lui dis-je, que je réponde pom- lui , je vous dirai que quiconque le fait parler aiçsi, a menti.

i,Mo>Goot^[e

DE M.IDAME DE SÊVICNÉ. 81

( ~- C'est mon frère , me dît-il , qui est un entant.

> — 11 lui faut donner le fouet , repartis-je , mais il a menti comme un ^nd homme.

( Et en disant cela, nous mtmes l'épée à la main tous deux en même temps. Il n'avait qu'un de ses amis avec lui, et moi j'en avais quatre , auxquels i\ s'en joignit encore d'autres ; m'entendant nommer, ils mirent tous l'épée à la main, et se vinrenr ranger près de moi. Je les priai de me laisser hire, et en même temps je m'avançai sur de Base, qui reculait le long de la rue, si vite, qu'à peine pouvais-je l'atteindre. Cela me donna mauvaise opinion de lui ; cependant il était fort brave, le nombre de mes amis l'épouvanta d'abord, ne sacbant pas si je m'en prévaudrais. Enfin , l'ayant poussé plus de cent pas, je me retirai en l'insultant de paroles, et je lui envoyai un capitaine de mon régiment , nommé Rigny, gentilhomme de Nivernais , lui demander son logis ; il le lui dit. Cependant, comme le nom de la rue était fort extraordinaire , il l'oublia : de sorte que m'en étant allé loger dans la rue d'Enfer près les Chartreux , de peur cjue le bruit de ma querelle n'obligeât les maréchaux de France de m' envoyer un garde à mon logis ordinaire. Nous fûmes deux jours à nous chercher l'un l'autre, sans pouvoir apprendre de nos nouvelles. Enfin, le troisième jour, un gentilhomme, que je ne connaissais point, et du nom duquel je ne me souviens plus , me vint trouver

pour iiie dire qu'ayant apprli que j'av«ïs querelle avec de Buse et que je le cherchais , il va nait m'offrir de m'apprendre où il était, pourvu que je voulusse me servir de lui , et que ne connaissant ni l'un ni l'autre que de réputation , il avait eu inclination de me servir.'

« Je lui rendis mille grâces des marques de soq amitié ; je le priai de considérer que caserait une bataille, si je recevais l'honneur qu'il voulait me faire, mais que je lui étais aussi obligé que s'il me l'avait fait.

«11 me témoigna être satisfait de mes raisons; et puisque, me dit-il , Monsieur,je ne puis être des vôtres, vous ne trouverez pas mauvais que j'aille offrir mes services à monsieur de Buse et que je lui dise que vous êtes ici.

t J'estimai le procédé de ce gentilhomme, nou« nous embrassâmes» et je ne fus pas longrtemps, après cela, sans voir passer de'Buse eu carrosse devant mon logis, avec quatre hommes, entre lesquels était mon aventurier. Je les suivis à cbe< val avec mes amis jusqu'auprès du Bourg^-law Reine, où choisissant tous ensemble un endroit pour nous battre, nous vîmes venir à toute btid« un cavalier, qui criait d'aussi loip qu'il pu( ss faire entendre :

H Tout beau! Messieurs, tout beau!

« G'éuit l'Aigne, qui, ayant eu avis de cette querelle, venait pour servir Buse. Comme il ss trouva avoir un homme de plus que moi , nou^ résu*

DE MADAME bE SliVlOÉ .

lûmea etlsetnlile d'ehvoyer un de mes ainis h Va- Hs, poitr en chercher un; et cependant de tions en aller au bourg4a-Beine, dans une hôtellerie « faire collation.

Il ■ Mon aini ne sachant où en trouver, personne ne gardant Bon logis l'après-dlnée à moins que â'étre malade, s'alla tnettfe siv le pont Neuf, où il ne fut pas un quart d'heure, qu'il vit passer un mousquetaire du tvi, qu'il ne connaissait pas; il l'aborda en lui disant la peine où j'étais d'avoir un ami pour m'aider à vider une querelle, et qu'à sa mine il jugeait bien qu'il ne refuserait Uh emploi comme celui-là à un homme comme moi^

t Le mousquetaire le remercia de la boiine opinion qu'il avait de lui , et monta derrière hii en l!foupe. Gomme il était asses tard quand ils sortirent de Paris, ils s'égarèrent, et au lieu d'aller lut Bourg-la^Beine , ils prirent un autre chemin; de sorte que nous autres , voj-ant la nuit sans savoir des nouvelles de celui que j'ifvais envoyé , flous rësolûraes tous de concert de rentrer dans la ville , où nous serions moins au hasard d'être arrêtés qu'au Bourg-Ia-Reine. Et, dans ce moment, de Buse et moi nous étant trouvés seuls à parler ensemble, il me proposa de me défaire de mes amis et qu'il se déferait des siens , et de nous trouver seuls le lendemain aux barrières du Louvre, parce que, me dit-il, il serait bien difficile que nous eussions termine notre combat les

i,Mo>Goot^[e

premiers , nous ne serions pas satisfaits si l'on venait nous séparer. J'en demeurai d'accord, et nous convînmes de nous rendre le lendemain à huit heures devant le Louvre , à clieval , avec chacun un laquais seulement. Tout cela étant réglé ainsi, nous nous rendîmes à l'heure' fixée sur le chemin de V^nvres, oit nous mtmes l'épée k la main , et parce que le soleil donnait dans la vue de Buse quand il était le long du chemin , il se tourna et se mit à dos un fossé qui séparait te chemin d'avec le Pré-aux-Clercs , de sorte que je fus obligé de tourner aussi , et de me mettre à dos un rideau qui bordait le chemin de l'autre coté. Je lui perçai le poulmon ; comme je m'étais fort avancé sur lui , je voulus rompre la mesure sans songer au rideau que j'avais derrière moi, si bien queje tombai à la renverse. De Buse, qui se sentait fort blessé, se jeta sur moi, et, me criant de demander la vie, il me voulut en même temps donner de l'épée dans le corps ; mais j'esquivai le coup , et l'épée , m'eOleurant seulement les cotes, entra dans la terre. La peur que j'eus qu'il ne redoublât me Bt empoigner son épée par la lame , dont le tranchant me coupa les doigts et particulièrement le pouce , et me le mettant à la gorge, il m'obligea de hii rendre la mienne. Véritablement, comme nous nous levions tous les deux, il tomba de l'autre côté, en jetant un gros bouillon de sang par la bouche, et moi, le croyant moit, je lui pris son épée et la mienne,

et je m'en allai à lliàtél de Condé. Le prince Henri de Bourbon n'y était pas alorg, mais Isabelle de Montmorency, sa femme, et Isabelle de Bour^ bon , sa fille , qui fut depuis duchesse de Longueville , m'assurèrent de leur protection et me firent mille honneurs et mille caresses. Pour de Buse , son laquais alla donner avis à un de ses amis de l'état où était son inaitre , et le fit poiter chez Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, qui m'envo^làire compliment et une espèce d'excuse s'il recevait chez lui un homme qui s'était battu contre moi , et qu'il me croyait moi-même assez généreux poui^ lui donner retraite. Je reçus ce compliment avec beaucoup de reconnaissance et de remerctmens , et jerenvoyai l'épée à Buse, en avouant la chose comme elle s'était passée. Je ne le revis jamais depuis, car il ne vécut que six mois après ce coup-là. «

Quand on songe que c'était dans te siècle dont nous avons le plus à nous glorifier, que cette coutume sauvage de s'entre-tuer faisait fureur, on est contraint de reconnaître que les plus belles époques de l'histoire des hommes sont encore bien obscurcies d'ombres. Pauvre sagesse humaine ! il Faut toujours qu'elle pèche par quelque point.

Madame de Sévigné , dégagée par la mort san- (^nte de son mari , d'un lien qui n'avait pas été digne d'elle , ne pensa jamais à en reformer d'au*

êè VIE

ICei*. Un amour suffî.taît h ta vie, c'était celui Ai ses enfant. Elle s'adoaaa, se voua taiit entière à leur ëducattoD , plus tard h leur établissement.

Elle avait apporte eii dot à M. de Sévigtic une fortune coAsidérable , sans dettes , sans charges tueunes , et quand elle soûlera sou roîle de veuve pour prendre connaissance de l'état des affaires que lui bissait son mari , elle aurait pu s'épou- Tanter des folles dépenses qui avaient été Faîtes, et des ravages de Tînconduite; mats non, elle env^gea tout avec sangofroid, et résolut de tout réparer avec de l'ordre et du temps.

Son bon sens , sa droiture naturelle, et uiie fierté bien entendue , lui avaient fait aimer de botine heure l'économie; mais, malgré ses habitudes d'ordre et sa ferme volonté de réparer le délabre^ ment de sa fortune et de celle de ses enfans, elle n'aurait pu seule en venir à bout; elle conBa tout à Tabbé de Coulanges, et le bien bon l'aida de ses conseils et de sa bourse. .

t Vous savez, écrit>elle à son cousin le comte de ^ssy, ce qu'il a tait poUr sa cbêre nièce , Il m'a tirée de l'abtme où j'étais à la mort de M. de Sévigné, il a gagné des procès, il a remis mes terres en bon état, il a payé nos dettes; en an mot, c'est à ses soins que je dois la paix et le repos de ma vie. »

Pour un cœur comme celui de madame de Sévi- ^é , c'était toujours un besoin de reconnaître et à« r«dire la t«adreite «t les soins de l'iloaiue

DE MADAME lit ^ÉVICM'Ï. 97

qui lui avait tenu lieu de pùrp. Jaaiais , quand die en trouve l'occasion, elle ne manque de répéter tout ce qu'il a fait pour elle.,. Les àpies généreuses sont ainsi faites, elles se sentent oppressées quand elles ne parlent pas de ceux, qui les aiment^ dire le nom d'un ami ■ d'uR bien> faiteur, c'est respirer.

Celle qui savait mettre tant de vie et de mout vemeat dans les lettres où elle racontait le nuHide avec ses agitations et ses plaisirs, ses ambition» et ses mécomptes , ses grandeurs et ses petîtesaes, savait , quand il le fallait dans l'intérêt de ses enfans , vendre ou louer des terres , diriger des ouvriers et parler h ses fermiers, et, chose qui n'étonnera pas puisque l'on connaît déjà la bonté de son cœur, t'est que la grande dmne , que Verbilles et Paris écoutaient avec délices , se faisait adorer et bénir de tous les paysans de DourJ/Ufy, A* Livrât du Buron «t des Rochers.

Gaie et rieuse, «Ile savait parier, au][ avocats et aux jugent 'sur sec et aride langage. Une fois cependant, après avoir recommandé, avec beau» coup d'aisance , une affaire au président de fiel» lièvre, elle s'aperçut qu'elle s'embarrassait dans les lennes de palais : Au moins, Monsitur, dit» elle , je sais bien Cair, maisj'oubtiç tes paroles.

Parmi les notnbreux atlacbemene de son léger et inconstant mari, celui qui lui fit le plus de peine , fut la passion qu'il ressentit pour Ninon de Lnivlos , celfe saintç du phihsafhiime , cettt.

femme honnête honane, comme ils l'ont appelée, et qui devait, après avoir captivé le père, exercer encore son dangereux empire sur Je fils et méine le petit-fils! Par un vrai ))l]énomène, l'inconduitc, qui (l'ordinaire flétrit la beauté, chez cette épicurienne ne l'usait pas ; et quand trois générations s'étaient succédé en lui disant : vous {les belle, elles avaient dit vrai.

Madame de Sévigné , qui avait eu beaucoup à souffrir de cette scandaleuse liaison de son volage époux , ne remplit point ses lettres, à ses plus intime amis, de plaintes et de récriminations. Une fois seulement elle dit, en parlant de M. de Sévigné , il s'était gâté... sous les his de Ninon. Ses plaintes ne vont pas plus loin.

Je ne sais plus quel admirateur de cette trop fameuse courtisane a reproché h la digne petite fille de sainte Chantai de lui avoir marqué trop de dédain. Et depuis quand donc la femme de bien doit-elle de la considération à celles qui mettent leur honnêteté dans le vice et leur gloire dans le scandale? Depuis quand les épouses elles mères n'ont-elles pas ie droit de haïr et de mépriser celles qui , par leurs séductions et leurs intrigues, leur enlèvent la tendresss de leurs maris et de leurs fils?

Ninon de Lenclos était la femme selon le cœurdes philosophes sceptiques du dix-huitième siècle; elle ne croyait ni en Dieu, ni à la pudeur. Elle s'était mise, sans rougir, au-dessus de toutes

DE MADAME DE SÉVIGMl. 80

les convenances , de tous les devoirs , de toute menue; elle bravait l'opinion et les mœurs; ia seule venu , c'était de ne pas voler et de mettre de la prolnté dans ses désordres. Cette femme devait leur plaire ; aussi la vantent-ils sans cesse , et en veulent-ils à madame de Sévigné de n'avoir pas honoré un pareil caractère.

Le temps que la jeune veuve du marr|ui« de SMgnépassa au cli&teau des Rochers, fut partagé enirele soin des affaires et l'éducation de son 6ls et de sa fille.

A en juger par les résultats , ces quatre années de solitude furent bien employées. La fortune pa< teroelle n'eut plus de brèches ; et, quant à l'excellence de l'éducation, elle a été constatée avec édat par les succès du bai'on de Sévigné et de sa «œiir.

Avant la mort de son mari , avant la retraite lux RoCHEKS, madame de Sévigné était déjà, comme je l'ai dit ailleurs , bien établie dans \€ monde; mais à son retour, elle le fut mieux encore. Avant ses malheurs , on savait son esprit; après l'épreuve , on connut son mérite. Pour être k l'aise dans la vie , pour y briller de tout ce que Dieu vous a donné , rien de mieux que de prendre le bien pour point de départ.

Heureuse d'avoir fait tout ce qu'elle avait dit iaire, elle laissa son esprit courir à la suite de son c<cur, et fut bientôt le premier ornement du cei-cle de la duchesse de Montausier , ce cercle si

90 vjE

eoaau sous le nom de Vhdtiilde Bamki»tiVet,éy»n% I0 rendea-vous àçi esprits les pli;« distinguiis- l^t UD causait comme nous )ie causons plut>. l<à, |§a belles maqiéres se fondaient dans les hemoL. sen« timens, le ban goût s'alliait ans plus hautes pait* sances , le gém« don^it des lettres de nQblesse, et l'esprit se formait rien qu'ep prêtant l'oreille. lÂ, madame de Sévigné gardait toute sa séduisante indéppodance, et des bomnies vieillis daaa l'étude et le savoir prenaient un indicible plaj&ir à écouter ses vives saillies, ses promptes ripostas

^t ses mots qui sont restés, parce qu'ils étaient

partis du cceur.

Dans un temps, dit Sainte-Bttuye , où la cort duite des femmes les plus distinguées par leur naissance , leui- beauté et leur esprit , semblait fabuleuse, celles qui échappèrent à la corriiptiod se jetèrent dans la métaphysique sentimental^ et se firent précieutes. De là , l'botel de Bambouillet. Ce fut l'asile des bonnes mœurs, an sein de I9 haute société. Quant au 1>on ggùi , il y trouva son compte, à la longue, puisque madanje d« Sévigné en sortit.

Le sage Turenne avait , pour la belle et jeunç Vfluve , la plus liaute estime. Le prince de Conti , frère du grand Condé , avait l'ambition de lui plaire j un homme que la société d'alors appelait Y IiritiitibU. Fouquet, sur-intendant des finances, rechercha vivement , pendant plusieurs années, «es bonnes grâces \ et il appartenait à luadome

DE MADAMi; DE SÉVICMl. 91

^Sévign« (te donq«r'mi ^cUtani déiii«t)ti à ce

Jamais lur-inlenilanl n'a ironvi! de crucllci,

Peadant tous les jours prospères du tniojstre, elled^meura indifférente et froide, comme ai ells GRTïit pas d«viné ses lentiweps pour elle ; p)ai< i^nd 1« malb^ur U frappa i quand il fut trains durant les jqges, comme coocusitionnaire et dit Itpidatflur de ta fortuné puMique, convaincue au fond de son àme qu'U q'étaif pas coupable de c^ dptti oif l'accusait, elle prit bautementi noblement sa défense. Vintérét qu'elle témQÎgna alprs pour lui fut si toucbant, qu'il aurait presqufl ressembla ideraotouTi mais non, ce n'était que la hain« de l'injustice. Elle savait les machinations « lc« iptrigue« que la cupiditô «l l'envie avaient ourdies contre le sur-intendant des finances, et ell^ K voulut pas se rangée parmi ces gens sans cœur, qui , jiar leur làcbe silence , flattent ]§ pouvoir, quand il se Fait injuste et tyrannlque. Avec l'habitude qu'elle avait de la cour, elle savait bieq qu'il é^it dangereux de ne pas approuver toutes les vDlont)3S, tous les actes du maître, et elle n'béïita point à montrer à Fonquet arrête , em* jirisonnë et amené sur la sellette des criminels , un touchant et vif intérêt. Pu temps de son pouvoir, elle l'avait à peine é<^outê , elle n'avait pas voulu vgir son amour; à présent qufson honneur, que

»? t4te iQstia9iwç«ii , elle va déçUtfW ««n ^ïi«

pour le ministre en disgrâce. Voilà comme en agissent les cœurs nobles , et comme faisait toujours madame de Sëvigné. 11 y a des fiem-s qui ne donnent leurs parfums que sous les pluies d'orage.

Quand le sur-intendant des linances ëtait dans tout l'éclat de la puissance et de la prospérité, quand des femmes , que la cour citait parmi les plus nobles, les plus belles et les plus brilhntes, cherchaient à attirer ses regards, voici ce que madame de Sévigné écrit pour expliquer comment Fouquet n'était pas dangereux pour elle : ■ J'ai toujours avec lui les mêmes précautions et les mêmes craintes ; de sorte que cela retarde notablement les progrès qu'il voudrait faire. Je crois qu'il se lassera enfin de vouloir recommencer toujours la même chose. >

A ce sujet , le comte de Bussy écrivait à sa cousine :

■ 11 faut qu'une femme ait un mérite extraordinaire, pour faire en sorte que le dépit d'un amant maltraité ne, le porte pas à rompre avec elle. «

Plus d'un an après, il lui écrivait encore: t L'antiquité vous aurait dressé des autels , et vous auriez assurément été déesse de quelque chose. Dans notre siècle , où l'on n'est p% si prodigue d'encens, et surtout pour le mérite vivant, on se contente de dire qu'il n'y a point de femme, à votre 6ge, plus vertueuse ni plus aimable que vous. Je connais des princes du sang , des princes

étrangers, de grands seigneurs, i«çon de princes, de grands capitaines, des gentilshommes, des ministres d'État, des magistrau, des phtlosol^ies , qui Bleraieut pour vous , si vous les laissiez foire. En pouvez-vous demander davantage ? A moins que d'en vouloir à la liberté des clot> très, vous ne sauriez aller plus loin. >

A tous ces illustres adorateurs de ta belle et Jeune veuve, il finiit en ajouter un autre, pris dans une autre Sf^ère , un homme que le monde croj'ait à l'abri de l'amour , à force d'étude et de science, le docte Ménage rassentit pour son antienne écolière un penchant sérieux. Avec son tact , il reconnaissait bien l'inconvenance de son amour; mais tout en se l'avouaat,il ne pouvait le tJiasserde son âme.

Un amour, quel qu'il soit, ne demeure pas loDg-temps caché , et les premiers yeux qui le découvrent sont presque toujours ceux qui l'ont inspiré. L'élève de Ménage devina donc bientôt la pensée de son maître, et, sans le ridiculiser, le regarda tout-à-lait sans conséquence.

Cène manière d'agir plaisait peu au grave l^losophe , qui atn«it voulu compter pour davan'aget La science n'avait pu lui euleyer cette vanité qui se trouve au fond de tout cœur d'homme.

Un jour, madame de Sévigné , partant pour les Rochers, le pria de lui écrire et de lui donner de ses nouvelles. Ménage n'usa pas de cette pei^

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