‹ Vie de mme de SévignéChapitre 8 sur 22 · VIF · texte numérisé non relu

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deMonteil, comte de Grignan , avait égalument êea Liens et sa demeure de Famille en Provence; mais à la cour on parlait beaucoup d« sa laveur, et cette faveur l'y retiendrait et y fixerait m femme.... Ohl je le répète, pauvre prudence hu» AiaiDe!

Si cette pruclence te trompe touvent, ne lui en voulons pas trop; car si ses calculs avaient été vrais t si M. de Grïgnatl n'avait point eu, à cause de «B fteveor même , le gouvernement de la Provence au lieu et place de monuin^eur le duc de Vendôme « si Us bonnet grdces du roi l'avaient gardé près de lui, sa femme n'aurait point été iléparée de sa mère.... et nous n'aurions par eu ses immortelles lettres..... En me réjouiisam de celte séparation , qui nous a valu tant de chefsd'œuvre ^pigtulairCK, mais qui a fait couler tant de larmes maternelles, je sait bien que je suis cruel... Mais, mon Dieu! les choses d'ici-bas vont ni vite , qu'à présent les larmes sont sécliées , les douleurs e^acées, les cœurs qui ont souff^t, qui ont battu d'angoisses, glacés, rëduiu enpout- ■ Sière dans la tombe; et les lettres inimitables nous restent, pour montrer à quel point une mère peut aimer, pour prouver tout le génie, tout le sublime qu'il y a dans la tendresse.

he comte de Grignan , que madame de Sévigné choisissait pour gendre , avait vingt ans de plus que sa fille, et avait déjà été marié deux fois: en premi(>res lioces, François Adbémar de MonteiJ,

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DE MàDiME DE SÉVIG^É. lU

comte d« Grignan, avait épousé inadcmoiselle ADgélique - Claire d'Angeunee , sœur de la duchesse de Montausier. Sa seconde femme avait été Marie-Angélique du Puy-du-Fou. Dans cei> deux unions , M. de Grignan avait montré qu'il iiavait être bon mari , et que celles qui lui avaient confié leurs destinés* étaient mortes avant d'avoir eu à se plaindre de Ini. -

Le 29 janvier 1669, M. de Grignan, âgé de quarante ans, épousa mademoiselle de Sévigné, qui en avait vingt, et qui apportait en dot cent mille écus. Plusieurs des amis de la famille de Sévigné pensèrent, dans le temps, que ce mariage était fait un peu à la hâte, et que l'on n'avait pas pris assez' de renseignemens sur l'état de la fortune de M. de Grignan. A cette occasion, le cardinal de Bats écrivait à madame de Sévigné : ■ En cette affaire, vous vous abandonne? en quelque sorte au destin, qui est souvent très ingrat, et reconnaît très mal la confiance que l'on a placée en lui. » Madame de Sévigné., avec la sagesse d« son esprit et sa connaissance du monde, savait bien ce que valait la fortune; par sa conduite, elle avait prouvé qu'elle s'entendait en aflaires ; mais en mariant sa flUe, Taisent fut mis en troisième ligne ; elle fit passer, avant le nom et la réputation de l'homme à qui elle remettait ce qu'elle avait de plus précieux au monde.

Le nom des Adhémar de Monteil remonte aux plus beaux jours des croisades ; Adhémar dt

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MoHteil, évéque du Puy, fut un des premiers à prendre la croix; aussi fut-il nommé par le pape légat apostolique de l'armée qui partait pour aller reconquérir les saints lieux, la tombe du Sauveur, le berceau du saiut du monde.

Cette noblesse des croisades a en elle quelque cbose de si chevaleresque et de si beau, que je citerai ici quelques noms auprès de celui d'Adbémar de Monteil.

« Toute la noblesse de la Gascogne , du Languedoc, de la Provence, du Limousin et de l'Auvergne, dit M. d'Exauvilliers dans son excellente histoire de Gudefroi de Bouillon, accompagnai eut Baimond , comte de Saint-Gilles et Adbéinar de Monteil. On citait les noms de Héracle , comte de Polignac, de Guillaume de Sabran, d'Eléazar de MoDtredon , Pierre-Bernard de Montagnac , £léazar de Castrîe, Raymond de Lille, Pierre-Raymond de Hautpoul, Gouflier de Lastours, Guillaume V, seigneur de Montpellier; Boger, comte de Fois ; Baymond Pel«t , seigneur d'Alais; Isard , comte de Die ; Baimbaud , comte d'Orange ; Guillaume , comte de Clermont ; Guillaimie , comte de Forez ; Gérard , fils de Guillabert , comte de Roussillon ; Gaston , vicomte de Béaru ; Guillaume Amaujeu d'Albret; Baymond , vicomte de Turenne; Baymond, vicomte de Castillon ; Guillaume d'Urgel, comte de Forcalquier; l'archevêque de Tolède, les évêques d'Apt, de Lo-. dève et d'Orange. «

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Avoir le droit noncontesté de placer son nom parmi ces noms illustres, est une gloire qui dut flatter une âme comme celle de madame de Sévignë; cette illustration altachi^ à la <Toix et <k l'épée , dut lui plaire de prët'érence à toute autre. MM. de Caderousse et de Mérinville , qui s'étaient mis sur les rangs pour demander la main de mademoiselle de Sévigné , descendaient également de familles chevaleresques; mais madame de Sévigné leur préféra le comte de Grignan, parce que la société lui avait lait la réputation d'un excellent marï. Gomme lui, ses rivaux n'avaient pu làtre leurs preuves, ne s'étant pas mariés.

Voici comment la mère de la jeune et noble fiancée fiaisait part de l'alliance de sa maison avec celle de Grignan, k son cousin, le pointilleux comte de Bussy de Rabutin.

A Pm'n , M i dïccmbrc 1 668.

< Il faut que je vous apprenne une nouvelle qui, sans doute, vous donnera de la joie; c'est qu'enfin la plus jolie fille de France épouse, non pas le plus joli garçon, mais un des plus honnêtes homuies du royaume ; c'est monsieur de Grignan, que vous connaissez il y a long-temps. Toutes ses femmes sont mortes p«ur faire place à voire cousine , et même son père et son fils , par une bonté extraordinaire; de sorte qu'étant plus riche qu'il n'a jamais été, et se trouvant d'ailleurs, et par sa

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naUssnce, et par ses éublissemçns , et par ses bunnes qualités, tel que nous pouvions le soubai* ter, nouii ne le marchandons point , comme on a coutume de faire '• nous nous en fions bien aux deux familles qui ont passé devant nous,

* tl parait fort content de notre alliance. Et aussitôt que nous aurons des nouvelles de l'arche* véque d'Arles, son racle, son autre oncle l'évéque d'Usés étant ici, ce sera une alTaire qui s'acbèvera avant la ha de l'année. Comme je suiii un« dame régulière, je n'ai pas manqué à vous en demander votre avis et votre approbation. L9 public parait content; et c'est beaucoup: car on est ai sot, que c'est quasi sur cela qu'on se r^gle.

t Voici un autre article sur lequel je veux qu« vous me contentiez, s'il vous reste un brin d'à* initié pour moi; je sais que vous avez mis «u bas du portrait que vous avez de moi, que j'ai été mariée à un gentilhomme breton, honoré des alliances de Vassé et de Rabutin. Cela n'est pas juste, mon cher cousin; je suis, depuis peu, si bien instruite de la maison de Sévigné, que j'aurais sur ma conscience de vous laisser dans cette erreur; il a fallu montrer notre noblesse en foe^ tagne, et ceux qui en ont le plus, ont pris plaisir de se servir de cette occasion pour étaler leur marchandise; voici la nôti%.

n Quatorze contrats de mariage de père en fils ; trois cent cinquante ans de chevalerie; les pères quelquefois considérables dans les guerres de

Bretagne, et bien marquée dans l'histoire; quelquefois retirés chez eux comme des Bretont , quelquefois de grande biens, quelquefois de mé' diecres, mais toujours de bonnes et de graudec alliances. Celle de troisi ceut cinquante ans , au bout desquelles on ne voit que des noms de baptême, sont des Quelaec, Montmorency, Baraton et Cbiteau-Giron ; ces noms sont grands; ces femmes avaient pour maris des Rohan et des Clisson ; depuis ces quatre , ce sont des GuescJin, des Coaquin, des Rosmadec, des Clindoo, des Sévignë de leur même maison; des Du Bellay, des Rieux, des Bodegal, des Piessis-Ireul et d'autres , qui ne me reviennent pas présentement , jusqu'à Vassé et jusqu'à Rabutîn. Tout cela est vrai, il faut m'en croire (i).... Je vous conjure donc, mon cher cousin, si vous voulez m'obliger, de changer votre ëcnteau, et si vous n'y voulez point mettre de bien , n'y mettez pas de rabaissement; j'attends cette marque de votre justice et du reste d'amitié que vous avez pour moi. >

A cette lettre, où l'on reconnaît tout lamour du vrai et du juste , qui faisait le fond du carac-

(0 On ïoil cil cei endroii, sur le luanutirii tic Bimy-IUbulin , iem ligne! cl Acaiie qui ont il( lellemeni bifT^ci , qu'il tit iiupoisiblc ie Ici dëcliifTrer. On pcui |iciutr qu* ceI «iilrnit «vait chaque la iu>- Cfpiible (icruidu camla (l« Buuy, » |a lépoBK de Cïtui'ti H|diiii|«

que cctiï pr<!Me>p<ioQ nt loudcc.

tère de madame de Sévigné, le comte de Bussy répond d'uue manière à révéler à son tour le fond de son caractère. Je transcris cette réponse , je veux livrer tout vifk mes lecteurs les personnages en relation intime avec la femme célèbre dont j'écris la vie.

I Vous avez raison de croire, ma belle cousine, que la nouvelle du mariage de mademoiselle de Sévigné me donnera de la joie ; l'aîtnant comme je fais, peu de cboses peuvent m'en donner davantage , et d'autant plus que M. de Grîgnan est un homme de qualité et de mérite, et qu'il a une charge considérable; il n'y a qu'une chose qui me fait peur pour la plus belle fille de France, c'est que Grignan , qui o'est pas vieux, est déjà à sa troisième femme; il en use presque autant que d'habit, ou du moins que de carrosses; à cela près, je trouve ina cousine bien heureuse; mais pour lui , il ne manque rien à sa fortune. Au reste, Madame, je vous suis obligé des égards que vous avez pour moi en cette rencontre; mademoiselle de Sévigné ne pouvait épouser personne à qui je donnasse de meilleur cœur mon approbation.

" Pour l'article de votre lettre où vous me mandez que vous savez que j'ai fait mettre au bas du portrait "que j'ai de vous, que vous avez été mariée à un gentilhomme breton , honoré des al-

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liances de Vassé et de Rabutin, je tous dirai que -je ne doute pas qu'on ne vous l'ait dit, maiii que vous ne devez pas douter aussi qu'on n'ait menti.

■ S'il vous reste un brin d'amitié pour moi, ma chère cousine , vous montrerez à ceux qui vous ont mal informée ce que je dis 4' eux. Vous leur devez cette récompense de leur fausse nouvelle. Car peut-être vous veulent-ils aigrir mal à propos contre moi; et peut-éLre aussi veulent-ils mettre sous mon nom l'injure qu'ils ont dessein de faire à la maison de Sévigné.

B Voici mot pour mot ce qu'il y a au-dessous du portrait que j'ai de vous dans mon salon :

< Marie de Rabulin , fille du baron de Chaulai, marquise de Sévigné , femme d'tm génie ettraordi~ naire et dune vertu compatible avec la joie et tes agréinens.

■ Si j'y avais mis ce que vOus me mandez , je vous l'avouerais ingénument, et je changerais l'écriteau, si j'étais persuadé, car il se fait tant de friponneries en contrats, que je m'en rapporte pins ann histoires approuvées et à la voix publique , qu'aux faiseurs de généalogies.

a Pour les maisons que vous me mandez qui sont meilleures que la notre, je n'en demeure pas d'accord. Je le cède à Montmorency pour les honneurs et non pour l'ancienneté; mais pour les autres, je ne les connais pas; je n'y entends non plus qu'au bas breton. Je ne suis cependant pas sans quelque connaissance en cette matière. Je

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