CHAPITRE X
prançote VuéerMrch ce ict ««Mdics»
Qae de fois n'a-t«on pas répété que la compagnie
de Jésus a été suscitée de Dieu pour détendre l'Eglise catholique contre les Luthériens et les Calvinistes ? 11 sutiii de lire l'histoire de cette époque de vertige et d'erreur^ pour se convaincre que la compagnie de Jésus n^a pas failli à bâ mission. Partout oii Fhârésie travaille à sédmre et à perdre les peuples^ cette compagnie lui oppose de valeureux champions qui ne reculant^ ni devant les fatigues^ ni devant les persécutions^ m devant la mort elle-même^ soutiennent vigoureusement la lutte^ disputent pas à pas le terrain à l'hérésie et la mettent aux abois. L^ancien monde est môme trop étroit pour le zèle
des enfants d'Ignace ; un nouvel hémisphère ei*t découvert^ ils y volent • Us y renouvellent les prodiges des premiers Apôtres 5 ils y plantent la croix de J.-C.
74 VIE DE MÛR. VANDERfiUKCH«
qu'ils arrosent de leur sang^ et l'Eglise embrasse
bientôt de nouveaux eniants qui accourent vers elle des pays lointains qu'elle ne connaissait pas^ et qui la saluent du doux nom de Mère. Notre diocèse de Cambrai a la gloire d'avoir fourni sa large part de t ces héros pacifiques^ jaioux de souffrir pour la cause de Jésus-Ghrist^ et d'étendre au loin^ au seul prix de leur sang^ Tempire de l'Evangile et les conquêtes de la civilisation. Le père Pierre Buzelin mas» sacré en 1600 par les Calvinistes^ en haine de sa foi^ était de Cambrai : le père Corneille Beudin martyrisé en 16â0^ dans la nouvelle Biscaye^ était de Gravelines ; le père Nicolas Trigault mort en Chine en 1628^ après des travaux incroyables^ était de Douay; ainsi que le père Ignace Chomet^ spécialement nommé par M. de Chateaubriand^ lorsque dans son Génie du Christianisme y il parle des missions du Paraguay. Le père Jean Lavigne^ mort en mer au moment où il allait toucher aux Indes qu'il devait évangdiser^ était de LiUe> ainsi que le père Martin Descamps, qui affrontant les tempêtes^ la fureur
des pirates et des sauvages^ fiit un des premiers
missionnaires des Indes Oecidcntales, où il consuma sa vie au milieu des privations les plus cruelles et des fatigues les plus inouïes : nous pourrions en citer une foule d^autres K
^ Nous parlons ici de rancleime compagnie de Jésus comme en parle Timpartiale histoire ; cet éloge est-il déplacé dans
VIB DE mh. VAN DER B0RGH. 75
Comment François Van der Burch^ si dévoné
lui-aiéme aux intérêts de l'Eglise, si plein de cet esprit qai anime les Apôtres^ n'aurait-il pas porté une vive afTection à cette milice toujours prête à courir là, où il y avait un danger à affronter, des fatigues et des persécutions à essuyer, des àrnes à suictifierf Convaineu comme il l'était, qu'on ne pouvait sauver la foi des peuples que par l instr action de la jeunesse, comment n'aurait-il pas profité des services de ces bonuues qui avaient déjà fait leurs preuves, avec qui il avait passé deux années de sa vie, à un âge où il pouvait déjà apprécier leur habileté et leur vertu.
Nous avons vu plus liaut que François Van der Burcb, n'étant encore qu'archidiacre de Malines, contribua de tout son pouvoir à l'établissement du noviciat des Jésuites dans cette ville, et qu'à peine nommé archevêque de Cambrai, il se faisait précéder par eux pour préparer, par les exercices d'une mission, les populations qu'il devait bientôt visiter ; nous le verrons encore plus tard leur confier le soin et la direction de ses œuvres les plus chères. Mais nous voulons surtout parler ici des bienfaits
notre bouche ? Quoi ! parce qu'on enfaot ressemble peu à ses pères, est-ce une raison pour lui de fermer les yeux sur leurs
vertus? Et parce qu'il nu peut les rappeler sans provoquer uae comparaison qui est toutes son désavantage^ doit-il les taire? Nous ne Tavons pas pensé.
76 vm DE MGR. VAN BBR BURCH.
dont il les a comblés^ et de la pari active qu'il a prfse pour les propager dans son diocèse et assurer rexistence ou le développement des maisons qu'ils y avaient déjà.
Sur la demande souvent réitérée de Aiaximilien de Aerghes, le père LfSinez avait envoyé a Cambrai en 1563, des Pères de sa Compagnie * 3 ils y arrivèrent dans le courant de Mars an nombre de dix^ sous la conduite du père Eleuthère du Pont. En 1580, les tracasseries que leur suscitait le baron d'Inchy les obligèrent à se retirer à Douai, d'où le père Ëleuthère fut envoyé deux ans après à Valenciennes^ pour y jeter les fondements d^un collège. Ses compagnons ne revinrent à Cambrai qu'en 1596, à la suite du comte de Fuentès qui y avait rétabli FautorUé du roi d'Espagne. Ils étaient einore occupés à bâtir leur collège lorsque François Van der Burch arriva a Cambrai. Ce saint prélat paya de ses deiuers le plus beau quartier de ce vaste établissement, et il laissa en mourant la somme nécessaire à la construction de la ms^nifique église qui est aujourd'hui celle du Séminaire. On plaça sur le fronton le chronogramme suivant pour perpétuer le souvenir de la libéralité du donateur, et de la recomiaissatice des religieux :
regIna angbLorYM eXxrVXIï Vak Dbr BVrCh.
> Voyez la note A.
VIE DL MtiH. VAN Dliii BUACH, 77
Une résidence des pères de la Compagnie s'était établie à Mods vers 1587^ sous le provindalat du père François Coster, qui y envoya quatre pères et deux frères coadjuteurs; le père Louis Godin en était le supérieur. Us n'ouvrirent leurs classes qu'en iS&è dans la maison du duc d'Arsehot qu'ils avaient aulietée. Hs quittèrent cet emplacement devenu trop étroit^ et vinrent se placer en 1615 au pied du chàtean, dans des bâtiments qu'ils avaient fait construire sur un terrain appartenant autrefois aux dames d'Epinlieu. Leur église fut consacrée le 3 avril 1617 par François Van der Burch^ dont les libéralités jointes à celles de Gaspard de Boussu^ abbé de St-Ghislain, d'Ântome de Winghe^ abbé de Liessies^ de François de le Haize^ receveur général des Etats/ et de son épouse^ Antoinette Ghodin^ permirent aux pères d^élever en 1623^ le grand bâtiment des classes^ et en 1626, le parioii' et son enceinte, et un vaste bâtiment qui faisait face.
Antoinette GhcJin avait fait bâtir aussi un Séminaire pour les pauvres clercs^ et elle désirait vivement que les pèios Jésuites fussent chargés de la direction de cette maison. Le Père Général Mutins Vitelleschi s'y était refusé, et tout ce qu'on avait obtenu à force d'instances^ c'est que le prêtre séculier chargé de la conduite de cet établissement serait choisi par le père Hecteur du collège de Mons. François Van der Burcb en écrivit lui-même au Père-
Général; la solidité des raisons qu'il fit valoir^
et le vif désir qu'il manifesta d'avoir des ecclésiastiques formés à la science et à la vertu par les pères de la compagnie, triomphèrent des répugnances du père Mutins, et des Tannée 16^8, les pères Jésuites donnèrent a Mons des leçons de théologie morale. L'archevêque de Cambrai recueillit bientôt les fruits qu'il avait espères. A peine comptait-on vingt élèves dans cette maison, avant que les Jésuites en eussent la direction. Dès la première année de leur installation ils en réunirent quatre-vingts, et Fannée suivante plus de ceut.
En 1616, Madame Françoise Brunelle, veuve de M. Hugues Bourgeois, chevalier, seigneur de Lieubois* qui avait donné à la Compagnie de Jéstts ses deux fils, offrit sa maison de Maubeuge, et la plus grande partie de ses revenus pour la fondation d'un collège. Ici encore nous trouvons François Van der Burch, et Antoine de Winghe venir au secours de ctt établissement naissant^, en lui assurant un revenu fort convenable. François Van der Burch pose la première pit rrc de FEglise des Jésuites de Maubeuge en 1619 3 il contribue largement à sa construction^ et il en fait la dédicace le 4 août 1624, sous le vocable de Tlmmaculée Conception.
En cette même année 1616, Jacques de Germes, natif d'Âth, qui se trouvait au Mexique, à la téte d'un commerce fort considérable, écrivit de ces
VIE m MGR. VANDERBUftGH. 79
lieux éloignés ; qu^ avait l'intentiott de Ibnder
dans sa ville natale^ un collège de la Compagnie^ que^ dès ce moment^ il faisait aux Jésuites Tabandon de la vaste maison qu'il avait à Ath, et que plus tard il fournirait les fonds nécessaires pour un collège. Des revers inaUeadus empêchèrent Jacques de Germes de remplir sa promesse : son frère Gilles de Germes, sei^^ncin de Jardincelles, et vicegouverneur d'Ath^ racheta des pères Jésuites la maison qui leur avait été donnée, la rebâtit de fond en comble et la rendit à sa âimilie. François Van der Burch ne voulant pas renoncer à Tespérance de voir un jour s^éiever à Ath un collège tenu par les Pères Jésuites^ retira du Cfttean^ en 1691, quatre d'entre eux qui étaient attachés à la mission du Cambresis, et les plaça en résidence dans une maison de louage, située sur le marché aux bestiaux; ce fût lui et lui seul qui se chargea du loyer de la maison et qui fournit aux Pères tout ce qui était nécessaire pour leur entretien. Cet état de choses dura sept ans entiers, jusqu'en 4i>28 que le père Jean-Baptiste Florbecque, de la ville d'Ath, entra dans la compagnie, et affecta tout son patrimoine qui était considérable, à la fondation d'un collège : alors les Pères achetèrent une maison près de Tancien collège de la ville, et ouvrirent leurs <dasses, à la grande satisfaction des habitants qui déploraient depuis longtemps la manière dont kur
80 Vm DE HGR» TAN DBR BBRCH.
ancien collège était dirigé^ et Tincondiiita des écoliers qui le fréquentaient. Cependant quelques personnes intéressées^ voyant que les écoliers Tabandonnaient en fouie pour couiir chez les Jésuites^ se donnèrent mOle mouvements afin d^arréter cet en-* traînement qui poussait vers les Pères, et qui aurait rendu bientôt désertes les classes de Tancien collège. Elles firent agir auprès des magistrats le médecin de rarchiduchesse Isabelle^ et deux docteurs de Louvain qui entraient dans leurs vues. Elles répandirent le bruit que VUniversité de Louvain était décidée à refuser les Bourses aux écoliers qui auraient étudié chez lesJésuites^ et elles parvinrent à donner à cette rumeur une certaine apparence de fondement.
Les magistrats inquiets et quelque temps indécis^ paraissaient disposés à ordonner aux Pères Jésuites de fermer leurs classes^ lorsqu'ils reçurent une lettre de François Van der Burch^ qui^ informé de ce qui se passait, leur écrivait qu^ils n'avaient pas à s'inquiéter des sentiments vrais ou supposés derUniversité de Louvain^ que si elle refusait ses bourses aux écoliers qui auraient fréquenté les classes des Jésuites^ son intention et celle des évoques de sa Province était d'en fonder d'autres et en plus grand nombre à rinivcrsitc de Douai. Au reste on ne tarda pas à reconnaître que le bruit qui avait couru n'était qu'une calomnie^ et on laissa les Jésuites tranquilles. Quelques années plus tard, ils allèrent
VIE DE MGE* VÂN DER BUftCH. 81
fixer leur domicOe au delà de la rivière : le legs considérable que François VauderBurcb leur laissa en mourant^ avait sans doute pour objet de les aider à couvrir les frais de cette nouvelle installation^ et à construire leur église qui n'était pas encore terminée en 1600*
François VaiiderBurcb s'employa avec le même dévouement en faveur des lésuites de Hal. On sait que la ville de Hal est très -célèbre par son pèlerinage ; surtout aux fêtes de la Pentecdte et au mois de septembre^ . il attire, un grand nombre de pieux fidèles qui accourent de tous cdtés par troupes de plusieurs milliers, pour y vénérer limage miraculeuse de la Vierge^ qui donnée par sainte Elisabeth de Hongrie à la princesse Mathilde, fut léguée par cette dernière, en 1267 à la ville de Hal. Hal est pour les Pays-Bas ce qu'est Lorette pour FItalie, et depuis longtemps les Pères de la compa^ gnie de Jésus, par la tendre dévotion que toujours ils ont professée pour la mère* de Oieu, désiraient pouvoir y exercer le ministère qulls remplissaient à Lorette. Mais ils trouvaient dans le magistrat une opposition que rien n^avait pu vaincre. Ce Ait François Van der Burch qui mena cette affaire à bonne ûn en recourant à Fautorité de Farchiduc Albert. Ce Prince très-pieux^ qui reconnaissait comme François VanderBureli les immenses ser-* vices que la compagnie de Jésus rendait à FégUse,
82 VIS DE MGR. YÂN D£R BUKCH.
écrivit au magistrat de Ual uoe lette pressante
pour les engager à cesser toute opposition, et à permettre aux Jésuites de s'établir dans leur ville^ et de ieuipiu dans le sanctuaire de la Vierge les offices propres à leur ministère. Les magistrats répondirent à cette lettre du Prince par un mémoire dans le quel ils développaieutlouguement les raisons qui motivaient leur résistance. L'archiduc envoya ce mémoire à rarchevéque^ en lui avouant que ces raisons lui paraissaient fort solides et qu'il ne savait ce qu'on pouvait y répondre. François Van derBurch y répondit pourtant avec tant de sagesse et de prudence que Farchiduc uiterposant son autorité, ordonna immédiatement aux magistrats de Hal de fournir aux pères Jésuites une habitation, et de les laisser desservir librement le sanctuaire de Notre- Dame. François Van der Biueh qui, en toute chose, tempérait la fermeté par la douceur, ne voulut user du droit que lui donnait le prince que pour un temps déterminé* U s'engagea à fournir de ses deniers à l'entretien des Pères pendant trois ans. Cest un essai que nous allons faire, disait-il aux magistrats de Hal ; Une vous sera pas onéreux puisque je veux pourvoir aux dépenses, et si les choses ne marchent pas au gré de vos désirs, les Pères se retireront. Ce que François avait prévu arriva > les Pères mieux connus se concilièrent bientAt Paffection des magistrats et du peuple. L'Ëgiise était mieux tenue.
le service mieux organisé^ les offices célébrés avec plus de pompe; les pèlerins accouraient en plus grand nombre que jamais. Les magistrats sollicitèrent ia venue de nouveaux Pères, au grand contentement de toute la population, pour ouvrir un collège et enseigner les humanités à la jeunesse. Leur proposition fiit favorablement accueillie par le Père Général, et ils bénirent le nom de L rançois Van der Burch qulls proclamèrent leur bien&iteur et leur père. François Van der Burch légua aussi par sou testament une somme considérable à ce collège dont il est regardé comme le fondateur.