CHAPITRE II
Que dirons-nous de sa piété envers Dieu ? Elle a été comme le lait dontaété nourrie son enfiinee^ die
fit les délices de sa jeunesse; elle lui servit de nourritiire solide dans un âge plus avancé ; elh a
été sa consolation dans sa vieillesse^ et même à toutes les époques de sa vie. La piété a toujours été le trésor où il puisait^ selon la parole de saint Atba-
nase^ les biens précieux qui sont au-^sus de tmUe expression et même de toute pensée. 11 se levait tous les jours à quatre heures du matin, et souvent plus t6t encore. En prenant ses habits^ il récitait posément el d^ne voix pénétrée, avec son valet de chambre^ le Te Deum, le Veni Sancte Spiritus, le Vent Creator, VAve Maris Stella, les Psaumes Miserere, De fm^fumUs, et quelques autres prières. Aussitôt qu'il était habillé^ il récitait son Bréviaire^ dont il s'ac-
quittait avec un grand recoeillemeni^ et qu^il faisait
suivre, des sept psaumes de la Pénitence^ des litanies de la sainte Vierge et des Saints^ du Rosaire^ et de quelques prières à la sainte Vierge et à saint Joseph. Jamais ils n'omettait Toffice des morts et des psaumes graduels lorsqu'ils sont recommandés dans le Bréviaire^ quoiqu'il sût fort bien qu'il n'y avait nulle obligation^ et qu'il pouvait les omettre sans aucun péché, il faisait Toraison mentale jus* qu'à sept heures : sa messe suivait immédiatement sa méditation. C'était surtout à cette grande action qu'il apportait tout le soin^ toute la dévotion dont il était capable ; on eût dit qu'à l'autel il voyait Jésus- Qirist même et qu'il eélébrait en sa présence.
En 1639^ il publia à Mons^ chez Waudrée^ un livre latin ayant pour titre^ Courte explication de toute la messe. Le but qu'il se proposa en composant cet «uvrage^ lui fut aussi inspiré par sa piété envers Dieu : il voulait aider ses prêtres à traiter les choses saintes arec toute la révérence et le respect qu'elles exigent, il savait par sa propre expérience^ que rien n'est plus propre à exciter et à entretenir en nous la dévotion et la ferveur qu'une connaissance approfondie des prières que nous récitons, et du sens des cérémonies qui accompagnent l'oblation du sacrifice. Il termine son livre parla formule de quelques pieuses affections, qu'au témoignage de Tabbé Foulon^ son historien^ il produisait lui-même fidà-
VIE DE MGR. VÂN DSR BURCH
Imnemt avant et après la messe. Voici cette fonnule
que nous citons ici parce C[U*elle est une nouvelle preuve de Tardeute piété de François pour Dieu ^ :
Je déteste et j'abhore tous et chacun de mes pé^ chés^ comme aussi tous les péchés commis de^ puis le commencement du monde, jusqu^à cette heure^ et tous ceux qui se commettront jusqu'à la fin des temps ; et si je pouvais^ je les empêcherais jpar la grâce de Dieu que j'implore avec instance*
le loue et j'approuve toutes les bonnes œuvres faites depuis le commencement du monde^ et celles qui se feront jusqu'à la fin des temps^ et si je pou-
1 Ce livre^ lorl remarquable par sa clarté, sa simplicité, sa solidité et son onctiou a été réimprimé eo 1855, à Cambrai, chez Fénélon Deligne, ayec rapprobation de Monseigneur Régnier^ qui par son infatigable activité, et par son zèle pour la beauté de la maison de Dieu, retrace si bien snr le siège archiépiscopal de Cambrai, son illustre prédécesseur. Monseigneur Régnier recommande beaucoup aussi à ses prêtres la lecture réfléchie de ce livre. Nous croyons que pour la réimpression de cet ouvra^^e, on s'est servi d'un exemplaire incomplet; car on n'y retrouve pas la formule de ces actes intérieurs que François Van derBurch conseille de produire avant et après la messe. On trouvera à la note I le texte latin de cett^ formule.
15& VIS UE MGa. YAM iȣa BUaCH*
vais> je les mulUpUerais par la grâce de Dieu que j'implore avec instance.
J^ai rintention d'agir^ de parler, et de penser en
toutes choses pour la plus grande gloire de Dieu^ avec toutes les bonnes intentions que les saints ont eues ou qu ils pcuvent-avoir.
rooblie et je pardonne de tout mon cœur les outrages qui m'ont été faits par mes ennemis, toutes
les calomnies^ toutes les médisances dont j'ai été l'objet ; et je pardonne aussi à tous ceux qui m'ont
fait ou ont voulu me faire quelque mal.
Plût à Dieu que je pusse sauver tous les hommes
en mourant pour chacun d'eux. Je le ferais volontiers par la grâce de Dieu qne j'implore avec instance et sans laquelle je ne puis rien.
Tels étaient les sentiments que François Van der Burch entretenait journellement en lui, lorsquil célébrait la sainte messe , et cette pratique qui ne peut être que celle d'un saint, nous explique cette vie si laborieuse qui s'est consumée tout entière en fatigues supportées pour la gloire de Dieu^ et m
œuvfes pies pour le salut et le soulagement du prochain.
La ferveur que nous puisons dans nos exercices de piété est un parfum qui s'évapore et se dissipe bientôt^ si nous ne veillons pas attentivement sur nous-mêmes ; e'est un feu qui ne tarde pas à s'étemdie^ si au sortir de nos communications avec Dieu^ nous nous abandonnons à notre impétuosité naturelle dans raccomplissemcnt des devoirs si variés que nous avons à remplir^ et qui nous foreent à nous répandre au dehors. Pour éviter cette dissipation si fteheuse^ François après s'être rempli de Dieu^ et s^être ranimé dans Tesprit de sa vocation^ par la prière vocale, la méditation, et la célébration des saints mystères, entretenait en lui le reste du jour, la pensée de la présence de Dieu ; il ne respirait que lui ^ il^ ne vivait que pour son amour, rapportant tout à sa plus grande gloire^ et répétant souvent du fond du cœur, avec le Roi-Prophète : Jt n'ai pas d'autre dessein, Seigneur^ que d* obéir d vos dmns eommandemefUs.
Vers les quatre heures de l'après-midi, à moins qu'il n'en fût empêché par des afiEaires sérieuses qu'il ne pouvait pas remettre, il récitait son Bréviaire ; il ne permettait pas, à ce moment de la journée, qu'on vînt l'interrompre, par aucune visite, ni aucune conversation. 11 voulait que tout ce temps fut à Dieu, de peur que les occupations survenant ensuite^ il ne
fût obligé de ^acquitter de son Bréviaire avec plus
de précipitation, et par suite saus ce respect profond que nous devons à Dieu. Au reste les entretiens de François ne respiraient que la pictc^ et il ne pelait jamais que de choses propres à édifier.
Pour que la conversation ne perdît point ce caractère grave et sérieux, et ne roulât point sur des sujets frivoles, ou peu propres à inspirer et à entretenir Fesprit intérieur, il disait quelquefois : Que 7n importe donc ce qua fait Alexandre ou César; faisant comprendre par là qu'il ne se souciait pas de conversations inutiles, et étrangères aux devoirs de sa charge.
Dans ses voyages^ il passait une grande partie du temps à réciter Htinéraire, rOfûce de la Vierge, celui des Morts, et quelques autres prières semblabies. Lorsqu'il approchait du Ueu où il se rendait, il invitait ceux qui raccompagnaient à remercier Dieu de sa protection, par la récitation du Te J)eum. Ainsi en quelqu^endroit qu'il.fùt, quelque part qu'il allât, François entretenait-il en lui le sentuncnt de la présence de Dieu, et la pensée du Ciel, notre patrie: avec Clément d'Alexandrie^ il appelait la piété, un viatique qui, en cette vie, suffit à tout : Sufficiens sœcuUtrum viaticumn
Ne peut-on pas regarder encore comme un effet de sa piété le zèle qu il avait à s'acquitter de toutes ses fonctions épiscopales. Jamais, comme nous Ta-
Vl£ D£ MGR. VAN BEA BUEGH. 161
vons dit plus haut^ il ne refusa son nuuLstcre; jamais on ne Tentendit se plaindre de la longueur des cérémonies^ ni de la fatigue qu'exige^ dans bien des cas, le ministère d'un évéque. Nous avons déjà parlé du nombre prodigieux de personnes qui ont reçu de lui la confirmation; mais en outre , il a consacré cinq évéques; béni trente-neuf abbés^ et mitré sept autres abbés; béni huit abbosses. 11 a donné la tousure à 0,7G2 clercs; il a conféré le soudiaconat à 8,747 clercs; le diaconat à 3^697 ; la prêtrise à 3^8()0. 11 a consacré 3^432 autels * et dédié 90 EgUses \
Que dirons-nous de la piété et de la dévotion de François envers la mère de Dieu î elle ne pouvait
être ni plus affectueuse , ni plus tendre. Des son enfance il Tavait phse pour sa mère^ et jusq[u^à la mort il conserva pour elle l'amour le plus filial. Nous avons eu déjà Toccasion d'en parler : nous ajouterons ici qu'il prenait plaisir à s'entretenir de ses privilèges, de sa grandeur, de sa puissance, de
1 U n'est question ici qoe des autels fixes : les simples pierres d'autel ne sont pas comprises dans ce nombre.
• Voir à la note L le Catalogue dressé par Tabbé Foulon. On y verra aussi une pièce assez curieuse dont aohs derons la communication à M. le docteur Le Glay, concernant la consécration de sept autels faite par Van der Burch, dans l'ancienne église de Saint-Gc'Ty. L'original de cette pièce repose aux archives du département.
sa bonté sans mesure pour les enfants des hommes, n saisissait toutes les occasions de relever et de recommander son culte : son exemple^ son assiduité à recourir fréquemment à eUe^ doimait plus de force et d'efficacité à ses paroles.
J! fonda dans l'église de Montaigu deux chapelles l\uie en llionneur de sainte Anne^ l'autre en l'honneur de la mèrct de Dieu^ avec charge d'y célébrer diaque semaine quatre messes pour le repos et le sar lut de son àme et de celle de ses père et mère. Ainsi voulaii-il que non-seulement pendant sa vie^ mais encore après sa mort^ on oiïrît en son nom le saint sacrifice dans cette église de Montaigu où Marie a répandu et répand encore de nos jours tant de grâces signalées. 11 aimait à dire lui-même la messe dans ce sanctuaire. Nous avons déjà dit qu'il y allait IMquemment en pèlerinage avec toute sa maison, et nous avons parlé de la neuvaine qu'il y fit régulièrement pendant plusieurs années, vers le temps de la NaUvité de la Vierge. Mais voici un trait qui prouve en même temps et sa dévotion pour elle, et la protection puissante dont elle honorait son serviteur. En 1604, il ne se contenta point de se rendre à Montaigu au commencement d'août avec tous les siens; il voulut y retourner au mois de Septembre, en compagnie de M. Antoine de Mol, de M. Maximilien Van der Steghen, chanôine de Ma* Unes, et de l'abbé Foulon. La nuit du 6 Septembre
on coucha dans uiic maison située au milieu du bois^ entre Louvain et Montaigu : le lendemain matin on se rendit au pieux sauctuaire. François y célébra la messe 9 assisté de ses compagnons de voyage^ et chanta les vêpres de la Nativité. Vers le soir^ il . décida qu'on partirait immédiatement pour Diest; car^ disait-il^ nous avons à nous nieitre à couvert des insultes des soldats Hollandais qui pourront bien ravager ce pays. Nous croyons, dit Tabbé Foulon^ qne cette inspiration lui Ait donnée par la sainte Vierge; car à peine arrivés à Diest, nous apprîmes que les Hollandais étaient entrés à Montaigu^ et qu'ils y mettaient tout à feu et à sang. Le lendemain François qui avait eu ^intention d y chanter la grand'messe, assisté des deux chanoines et de faire porter en procession^ avec grande solen-
nité^ l'image miraculeuse de la Vierge, se vit forcé
de renoncer à son projet. Mais il s'en dédommagea en
disant la messe à Diest devant Pimage faite du bois de chêne auquel la statue de Montaigu a été longtemps attachée, et il la dit en reconnaissance du danger auquel il avouait n'avoir échappé que par une protection spéciale de la mère de Dieu. Le lendemain, malgré les remontrances de ses amis^ comptant sur le secours de la Vierge dont il venait d'éprouver les effets^ il quitta Diest pour retourner à Matines. U y arriva sans encombre, quoique les forêts des environs fussent infestées de partis ennemis. De tous
161 Yi£ D£ MGR* VÂK D£R BURCH.
cotés on ne voyait que des maisons en ruine dévorées par le feu : eelle même où^ en se rendant à Montaigu^ François avait passé la nuit^ quatre jours anparaTant avee ses eompagnons^ avait été pillée et détruite. François attribua à la protection de la Vierge^ le bonheur d^avoir échappé à tant de périls, et lui en rendit des actions de grâces. Pour M. Van der Stegben y qui ne partageant pas la confiance de François et de ses deux compagnons, n'osa point s^exposer aux dangers de ce voyage, et avait cra prudent de s'arrêter à Louvain, il y tomba malade, et mourut en peu de jours.
A peine devenu archevêque de Cambrai, les premiers soins de Van der Burch se tournèrent vers le sanctuaire de Notre-Dame-de-Hal. Dès 1(>17^ il y interdit un Bréviaire composé à Tusage de Liège, et des Prémontres, et il le remplaça par le Bréviaire roinain. IL porta plusieurs ordonnances cpie lui dicta son amour pour la gloire de la mère de Dieu, et qui avaient pour but d'accroître en ce lieu le service divin et le eulte de iSotre-Dame. Eeoutons le Père Claude Maillard, qui publia son histoire de Notre- Dame- de-Ual sept ans après la mort de François Van der Burch, raconter les chaogements prodigieux opérés dans ce lieu eonsacré à la Vierge^ ils furent le fruit de la sollicitude et des sages mesures prises par notre dévot prélat. « Autrefois on croyait à Hal que ceux-là estoient touchés d'une dévoticm sin-
gulière qui se coiiJiuuiiioient trois ou quatre lois l'année^ les gens de bien les admtroient^ les meschants s'en mocquoient^ la plupart se contentoit de garder le commandement de l'Eglise lie-à-ric^ touchant la communion de Pâques, et encore Dieu sait si tous la faisoient. Les pèlerins se contentoient de visiter la saincte image^ quelques-uns y faisoient quelques petites oi&andes^ les plus dévots y faisoient dire quelque messe, et à peine de cent y en avoit-il dix qui se confessassent Ce qu^on ne trouvera estrange^ si on a égard à la coustume^ qui estoit lors^ et que mesme en ce saint lieu visité de tant de pèlerins, à peine y avoU-ii des sièges de confessions; mais de quoi eussent servi des sièges t Si à peine
trouvoit-on des conf<sso\irs qui fussent piests et capables d'entendre les confessions.
» Ordinauemcnt toutes les messes estoieut dites avant neuf heures^ si ceux qui venoient après n^f heures, n'entendoient point de messe ce jour-là, ne Ait qu^ils emmenassent un prestre quant et eux.
» Maintenant la chose est bien changée, à peine s'y trouve-t-il un honneste bourgeois^ qui ne se confesse et communie sept ou huict fois par an, et plusieurs le font tous les mois^ voire tous les quinze jours : il se trouve peu de pèlerins qui ne se confessent > plusieurs passants prennent occasion de se confesser^ invités par la commodité qu'ils y tfouvent.
» Au carnaval on avoit coutume de fermer les
l èC VIE DE MGH. VAN DEK BURCH.
portes de l'Eglise apies-midi, pour empescher les inwdenees des masquarades^ et parce qu'il ne se trouvoit personne qui vint à Téglise par dévotion : maintenant^ non-seulement les confessions et communions sont fréquentes : mais on ouvre les grandes portes^ pour le grand concours du peuple^ et se remarque une très grande dévotion, si qu'il ne reste plus rien des anciennes insolences que la mémoire et la confusion de ceux qui les ont faites.
» Il ne manque maintenant ni de confessionnaux^ ni de confesseurs, jours ouvriers, lestes, dimanches, ■ à toute heure que les pénitents Tculent* Aux dédicaces, et aux festes principales, lorsqu'il y a grand concours de pèlerins^ on appelle du secours afin de satisfaire à la multitude de pèlerins, et on donne la sainte communion en divers lieux pour le soulagement de ceux qui sont hastes.
» Depuis le maUn jusques à midi^ Téglise n'est jamais sans messe, principalement à l'autel de Mostre-ûame, où souvent se trouve un tel concours de prestres que plusieurs sont privés du bonheur de pouvoir célébrer devant cette image miraculeuse^ n'y pouvant trouver place. »
François Van der Burch se rendait fréquemment à Notre-Dame-de-Hal pour administrer le sacrement de con&rmation et consacrer les autels. Ce fut cette église quil préféra à toutes les autres en 1632 pour le sacre del évèque de Saini-Omer.
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N'est-ce pas encore son zcle a étendre le culte de Marie qui en 1626 lui inspira une lettre que nous n^avons pas retrouvée , mais qui est rappelée par le Père Fatou^ dans son livre intitulé : le Pai^adis terrestre du saint Rosaire ^ Elle était adressée aux Frères-Précheurs de Valenciennes. François Van der Burch y relevait d^une manière solide Texcellence de la dévotion du Rosaire^ et il recommandait fortement aux enfants de saint Dominique de la prêcher avec ardeur dam tout son diocèse, ajoutant quen cela il ne faisait que suiw*e les traces de ses prédécesseur s et spécialement de Momei' gneur Louis de Bertainoni. Le Père Albert Bredan de la Mirandole affirme dans son livre des Âoses choisies que cette lettre de Van der Bnrch connue en Italie^ y produisit les effets les plus merveilleux et contribua beaucoup à y réveiller la dévotion du Rosaire.
Cette vaste maison de Sainte-Agnès^ que FVançois
fit élever à Cambrai^ avec une chapelle et des écoles pour cent jeunes filles pauvres^ voulant que cet établissement fût dédié à la Mere de Dieu et qu^il portât le nom de Notre-Dame : la magnifique église que les Pères Jésuites ont due à ses libéiaUtés, et qui flit dédiée à Notre-Dame des Anges : la part
* Ce livre fut imprimé à Lille en 1692 ; M. l'abbé Rigaux en possède un exemplaire.
qu^il a prise à Rétablissement de la congrégation des mies de Notre-Dame à Mons^ instituée par M^^« de Reguignies dont il avait été le directeur; la chapelle qu'il fonda à Looehrist^ près de Gand^ et plu- Sicuis édifices élevés par François eu Thoimcur de Marie, ne sont-ils pas autant de preuves de son aiiiour et de sa vénération pour la Mère de Dieu ? Nous pouvons dire, sans craindre de nous tromper, qu'après Dieu, c'était Marie qui était l'objet particulier de son culte ; il recourait à elle comme à une mère qui ouvre à tous ses eniants le sein de sa ini^ séricorde : c'était elle, qu*après Jésus-Christ, il se proposait pour modèle, la regardant comme la copie la plus parfaite de celui qui a dit. Je vous ai donné f exemple peur que vous marchiez sur mes traces et que vous fassiez à votre tour ce que fui fait moi- . même.
Après ce que nous venons de dire, est-il nécessaire de parler de la piété de François à Tégard des saints t Selon saint Epiphane, quiconque honore Dieu, honore aussi ses serviteurs. Nous ne parlerons donc ici que des actes, qui non-seulement prouvent la piété personnelle de François à Tégard des saints, iiiais qui sont propres aussi à inspirer aux autres la vénération qui leur est due. François était convaincu de la puissance des saints auprès de Dieu, et il portait les fidèles à mériter leur intercession par des supplications publiques et de pieuses cérémonies.
VIE DE MGR. YANDERBURCH. I(i9
Aussi jamais ne laissa-t-il échapper aueiine occasion
de rendre un culte solennel à leurs Reliques, et il employait avec joie ses soins et toute son autorité pour relever leiu* gloire, et animer ia dévotion de son peuple.
Il fit mettre dans de nouvelles châsses, avec un grand appareil religieux les corps et les reliques insignes de plusieurs saints :
Le corps de saint Macaire à Gand, le 25 Juillet
La tête de saint Abel à Binche^ le 2 Juin 461 7.
Les corps des saints Ëtton et Uiltrude et plusieurs autres reliques de Tabbaye de Liessies, le Novembre 1618.
Le corps de sainte Reinelle à Zancth^e^i IlamajLit ; le corps de saint Ghislain dans la ville qui en porte le nom, le 18 Octobre 10^26.
Le<»dorps de saint Humbert, à Maroilles, le 21 Octobre 1627.
Le corps de siûnt Druon à Sebourg, le 13 Juin
. Le corps de saint Aibert à Tabbaye dé saint Gres-
pin, le 21 Octobre 1632, et son chef, le 14 Octobre
L'os du iront de saint Marcel, Pape et Martyr, à Hautmont, le 17 Mai 1634.
Il fit iaire la même chose en différents endroits, pour plusieurs autres saintes reliques. 11 translcra
170 VIE D£ MGE. YANDERBU&CH;
aussi avec grande solennité tes relises de saûrt Henri^ Martyr^ daas Téglise du collège des Pères de la compagnie de Jésus, à Moas, au mois d^avril
Louis de Biois en mourant n'avait voulu pour tout mausolée cpi^m simple carreau de marbre avec cette inscription : iô6ô, Louis de £ lois, abbé 34^* Antoine de Winghe, le troisième de ses successeurs comme abbé de Liessies, lui fit élever à l'entrée du chœur, près de la porte dorée^ un magnifique sépulcre^ en marbre, avec une pompeuse inscription. Le iS Juin 1631, jour de la Sainte-Trinité, François Van dcr Burcli fit lui-même la translation des restes de ce bienheureux, dans ce tombeau plus digne de sa réputation et de ses vertus.
Il examina encore et authentiqua ^ les teliques de saint Siard dans l'abbaye de Saint-Foillan ^ celles de saint Frédéric dans l'abbaye de Bonne*£spérance, et celles des saints Pierre et Julien, dans Tabbaye de SaintJean de Valenciennes. n exaimna aussi le corps de sainte Âldegonde à Maubeuge : les corps de saint Aubert et de sainte Théophanie, et d'autres reliques pour l'abbaye de Saint-Aubert de Cambrai ; les corps des saints Evrard, Galixte, et Maxime, et d'autres reliques à Cysoing et à Denain ; les corps de saint Refroid et des saintes Reine et Wivine à
^ Voir la aole I.
Bigard ; d9 saint SaoWe dans le monastère de ce
nom^ près Valenciennes ; de saint Badilon à Leuze . 11 visita anssi les reliques de Vicogne^ de Lobbes et de plusieurs autres lieux de sou diocèse.
Les minutes n'ont jamais cessé dans l^lise :
pour entretenir le culte que nous rendons à ses Saints, Dieu se plaît par intervalle à prouver l'efficacité de leur intercession par des grâces qui sont en dehors des lois ordinaires qui régissent le monde ; et selon la parole de Tarchange Raphaël à Tobie^ fiil est bon de cacher le «ecret des Rois, c'est fiaire honneur à Dieu que de publier ses œuvres merveilleuses, et de leur rendre, un témoignage public. Cependant TEglise ne veut pas que ses enfants donnent imprudemment leur assentiment à de prétendus prodiges, et elle a investi ses Evêques de son autorité pour contrôler les faits miraculeux et éclairer la croyance des fidèles. Dans ces circonstances, François suivait les règles d'une critique judieieuse, également éloignée d'une crédulité qui accepte tout, et de cette disposition £àeheuse où se trouvent, surtout à notre époque, certains esprits que la seule idée du surnaturel révolte, qui tout en admettant la possibilité des miracles n'en veulent voir nulle part, et disputent sur tout aûn de n'admettre rien. François confiait les enquêtes préalables à des hommes graves, sérieux, éclairés, d'un jugement droit, et dont la piété lui était bien eoimiie« H leur indiquait même
la marche à suivre pour recueillir^ d'une manière sûre, les témoignages, et les peser avec impartialité. Il examinait ensuite hii-méme leur travail av«c maturité, et sll n'y voyait rien à redire, ne teuanl aucua compte du scandale pharisaique des hétérodoxes, persuadé qu^on ne pouvait être plus sage que TEglise dont il avait suivi les saintes règles, il prononçait son jugement.
François reconnut ainsi par lettres authentiques du 9 et 10 Avril lGwi8, et permit de publier comme miraculeuses, plusieurs guérisons obtenues dans la chapelle de Notre-Dame de la Torabe-lez-Tournai :
2^ La guérison d^un enfant travaillé d'une hernie dangereuse, et délivré au Quesnoy, par ^intercession de saint Léonard, martyr de Gorcom.
3" Dix guérisons obtenues à Binche par les mérites
de saint Ursmar, patron de cette ville ^
Une guérison due à Vintercession de saint Vincent, fondateur des monastères de Scûgnies et de
Hautmont.
5"^ Deux guérisons opérées dans le sanctuaire de
Notre-Dame de Tongres
t Voir la note K.
* Les leUres par lesquelltis Van der Burch autorise à publier comme miraculeuses ces deux guérisons sont consignées dans une ancienne histoire de Notre-Dame de Tongres qui nous a été communiquée par monsieur Tabbé Rigaux, professeur au Petit-SéiUiuaire de Cauibiai.
VIE DE MGR. VAN DiiJPi iiUKCU. 173
C'est ainsi que l laiiçois Vau der Burch entretenait la dévotion des peuples pour les saintes rdiqueS;, et qu'il encourageait le culte rendu aux saints qui sont appelés par les Perses^ nos Patrons, nos Guides, yios tours de défense, nos modèles^ et après Jésus-Christ^ nos Sauveurs. Ainsi pour tous ces honneurs qu'il rendait à ces grands serviteurs de Dieu, que rËglise a placés sur nos autels^ s'assurait-il leur proteiction^ et attirait-il leur bénédiction sur ses travauA et sur son diocèse.
GUâPITRË III.
M Me «•.mafiiit 99n h mm été êamà
François Van der Burch ne respirait qae le salut
des âmes, li remplissait avec me r^gjilirité et une ferveur admirables, tons ses devoirs envers Ueu ; mais il savait que s'appliquer à la sanctiâcation des âmes^ e*est le servir encore et le glorifier même d'une manière plus excellente* Que Ton se rappelle ses nombreux travaux ; trouvera-t-on beaucoup de prélats parmi ceuxv qui travaillent avec le plus de zèle, capables de soutenir avec lui le parallèle. C'est le ziio qni^ dès sa plus tendre eniànce, ranimad'ao saint cqurage contre les hérétiques, et qui faillit iui coûter la vie. Cest le zèle qui^ lorsqu'il ftit placé sur le siège de Gand et sur celui de Cambrai^ le rendit si persévérant à retrancber de son diocèse les désordres et les scandales, en appelant, lorsqu'il le ûillait^ an bras séculier. C'est le zèle qni Pélevait au-dessus des périls, et lui inspirait un saint mépris de
17G VIE DË MGR. VAN DER BUaCfl»
la yie, lorsqu^il s'agissait du bieo des âmes, Uh ! à aurait regardé la mort comme un gain^ s'il Pavait eue à subir pour la eause de Dieu. Aussi lorsque ses amis rengageaient à se ménager et à ne point s^eiposer autant^ il répondait : Je travaille à l'œuvre de Dieu, ccst à lui de nie garder. Quand on se place à l'ombre de la protection du Très-Haut, qua-t-on à redouter? S'il veut que je trouve la mort dam ce voyage, ou que Je succombe sou& le fer de$ impies dam cette entreprise, jp serai au comble du bonheur. Quelle grâce si je mourais pour la cauSe de Dieu ! C'était aussi le zèle qui le portait à faire précéder ses visites dans les paroisses de son diocèse^ par des missions ou des prières solennelles. - Il comptait beaucoup sur ces grâces extraordinaires pour ranimer la foi des peuples et recueillir de ses travaux des fruits plus abondants. Son regard était de feu^ sa parole s'animait lorsqu'il reprenait quelqu^m d'une négligence grave dans l'accomplissement de sgs devoirs î et souvent son air seul^ un mot de sa bouche a sufQ pour inspirer aux coupables lin repentir sincère et un amendement partait. Plus
d'une fois on a vu le ciel punir d'une manière ex* traordinaire ceux qui s'obstinaient à ne tenir aucun compte de ses remontranees.
Le 14 Novembre de Tannée iël7^ il fit comparaître devant lui un prêtre qui vivait dans le désordre } rarcbevèque avait entre tes mains les
preuves irréfragables de sa culpabilité. Il lui retira ses pouYoirs en présence de quelques ecclésiastiqaes de distinction, et lui cooiaianda, sous peine de la prison, d'éloigner Foccasion et de prendre ses précautions pour ne la rencontrer jamais, afin d'éviter à Favenir tout scandale et de ne donner lieu à aucun mauvais soupçon. Ce prêtre lui fit une réponse pleine d^arrogance^ refusant même d^écouter les avis de son vienx père qui était présent^ et qui lui reprochait sa vie licencieuse. François lui dil comme si il avait eu un pressentiment de Favenir : Ahl pauvre aveugle l pourtant vom m vivrez plus longtemps. Pour lui inspirer plus de crainte, il lui cita Texemple d*un de ses conirères qui s'étant obstiné comme lui, méprisant et les remontrances de son Evêque et celles de son propre père, avait été frappé visiblement de la main de Dieu : peu de temps après il avait été trouvé mort, étouûé par le feu qui avait pris à son lit, sans qu'on eut pu jamais deviner la cause de cet accident. Ce malheureux prêtre demeura insensible^ et sans se soucier ni des paroles de François, ni de ce terrible exemple, il persista dans son obstination. Le quatrième jour du mois de Décembre suivant, il mourut de mort violente comme on a pu le présumer par plusieurs indices. Ainsi le ciel vérifia-t-ii la prédiction de Farchevéque, et prouva-t-il qu'on ne méprisait pas impunément ses menaces.
178 Vl£ AS MW. VAN fikSR JNJBiCB.
Une aiikefois^ François avait repris avee bonté le
Bâilly d'un village^ qui usait de son inHucnce pour en^pêcher le bien ^irituel de la paroisse. 11 ne fut pas écouté j cet homme continua ses cabales pour paralyser les efforts de Tarchevéque contre certains désordres. François lui écrivit une lettre sévère^ Favertissant de prendre garde à ce qu^il' faisait j qu^un évêque était le représentant de IKeu^ et que les injures qui s'adressaient à Loi, tombaient syr Dieu hû-même^ puisque lésus-Gbrist parlait de ses ministres lorsqu^il disait : Ceux qui les écoutent, m écoûtent ; ceux qui la méprisent, me méprisent, H lui rappela aussi Texempie de Coré, Dathan et Abiron^ qui s'étant révoltés eontre Moïse fturent engloutis tout vivants. Ce Bailiy ne fit qu'en rire; il s écria après avoir lu la lettre de rarchevèque ; elle sera toujours bonne à quelque chose : on pourra s'en servir dans les petites écoles pour apprendre à lire aux 01fants, et la donnant à un petit écolier^ il loi dit : tiens, garçon, apprends à lire tô-cfessus. La vengeanee divine suivit de près cette insulte; car ce Bailly faisait construire un office près de sa cuisine ; il y entre au moment où les ouvriers venaient de se retirer pour prendre leur repas : la voûte s'affaisse à rinstant et tombe sur ce malheureux qui meurt écrasé sous les débris; il était manifeste que Dieu défendait la cause de François, comme François avait défendu celle de Diett«^