‹ Vie de Mons. Vanderburch archevèqueChapitre 27 sur 51 · MÉMOIRE DE M. EMILE LEROY · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DE M. EMILE LEROY

' EN FATEIIE DBS FILLES DE SAINTB-ÀGtI&S.

MONSIEUa LE MlNISTEE,

Il importe beaacoap, aux classes pauvres de la Société, à i'hamanitë entière^ que la mémoire de ses bieofaitears soit * immortelle; leur soayenir doit arriyer aux générations nonseulement par la tradition ; mais matériellement par les monuments que leur bienfaisance a consacrés. Il faut les eonseryer religieusement, à leur destination primitiye et coiiforme à la volonté du fondateur. C*est ainsi {[u'ou inspire le désir et la volonté de fonder de nouveaux établissements utiles. La certitude de Toir la volonté du donateur respectée, ses bienfaits transmis avec son nom aux générations à venir sans altération aucune, est un mobile puissant qu'il faut se garder d'altérer.

Ces Térités que nul ne saurait contester paraissent ne |ias .devoir arrêter le zèle mal cnlcndu de certaines personnes qui ont, dit-on, formé le projet d'altérer gravement, sinon de détruire la fondation due au vénérable archevêque de

I!fOT£S

Cambrai, Monseiprncur Van der Burch. Il no s'agirait de rien moius que de prendre la totalité ou uqc partie importante des bâtiments éieTés par lui et consacrés à l'édocation des jeunes filles pauvres, sons la sunreillance et la direction de la congrégation des sœurs de Sainte-Agnès dans la ville do Cambrai. Il s'agirait de faire un hôpital de toutou en partie de la fondation de Monseigneur Van der Burch. Le soussigné ayant appris ce projet dont Texécalion serait une sorte de profanation, croit deyoir protester près de Tantorité supérieure pour empêcher de tout son pouvoir un acte qui serait contraire aux convenances, à Tintention évidente du donateur^ à la justice et au droit. Un court exposé des faits que l'on pourra compléter par la lecture des pièces justificatives notaraniL'nt des actes de fuiidaLiuii et règlement du 30 août 1633, 30 janvier 1637 et 6 mars 1641, émanés de Monseigneur rarclie?éque Van der Burdi le prouvera suffi* samment.

Le 30 août 1(533 le vénérable archevêque s'étant convaincu que la démoralisatiou se glissait dans les classes pauvres de la Tille de Cambrai voulut y pourvoir et nous ne saurions mieux faire que de rapporter ses pensées d*mie manière littérale.

«f Comme ainsi soit qu'il aurait plu à Dieu par sa bonté » et miséricorde nous faire considérer combien les pauvres » du sexe féminin en cette notre ville de Cambrai, ont » besoin de nourriture et instruction chrétienne d'oik pro- » vient que plusieurs jeunes filles vont s'abandonnant et se » perdant de corps et d'âme journellement, pour à quoi » remédier autant qu'à nous est par la même bonté en sa » M. Divine sommes été inspirés de faire une fondation en » cette même ville pour y entretenir le nombre de quatre- » vingts ou cent pauvres 11 lies qui devront y être élevées i> en la crainte de Dieu piété et bonnes mœurs comme pan-

NOTES

» Très ix>arBière8 : auquel eflèt nous aurions fait bâtir une » fort ample nmum à l'honneur et sous la protection de » Notre-Dame. »

Dans l'acte portant iiomiûation du conseil de surveillance du même jour 30 août 1633 l'archevêque reproduit les mômes pensées et il déclare que : Dieu lui a inspiré de faire une » fondatiop pieuse en cette ytlle de Cambrai et y bâtir une » fort ample el spacieuse maison pour y retirer jusqu'au » nombre de quatre-vingts ou cent jeunes filles. 11 déclare » dans ses actes que les dites pauvres boursières seront » nourries, enseignées et endoctrinées par les filles dévotes 1» de sainte Agnès, suivant le règlement particulier sur ce » iait, lesquelles administreront leur propre bien et seront » les maîtresses, sous-maitresses et autres oflicières créées » en la même forme et manière que jusques ors s'est ob* » servé. »

Le digue archevêque s'occupe ensuite d uac manière touchante, de tous les délaiiâ matériels et moraux de Tédueation de ses jeunes boursières , et de tout ce qui peut assurer la perpétuité de son établissement pieux ; on lit dans un des actes du 16 Août 1633.

« La dite maison en tout son comprendeynent s'enlretienn dra aux frais de ladite fondation, excepté le jardin qui » se cultivera à la charge des filles de Sainte-Agnès puis* » qu*elles en auront le profit. »

Le digne archevêque avait parfaitement senti que le nombre des élèves reçues et élevées en la fondation ne pouvait être fixé irrévocablement, qu'il pourrait dépendre des drcottstanoes: aussi dans un acte annexé de sa donation, acte donné à Mons, le 30 janvier 1637. îl déclare que le ma xiiîiura des élèves sera de cent et de plus l'art, y porte «afin » que tout ce que dessus se puisse accomplir sans dimiuu- » tiOB du capital de notre fondation rums vouUm que k

NOTES

» tutmbre des boursières sait à Vanmani et jamais si grand » que le meaa annuel ne paisse suffire à Umt. » La maison et fondation dirigé et administrées selon la

volonté du (ioiiateur furent dans un état prospère jusqu'à la révolation de 1789 qui détruisit notamment toutes les congrégations religieuses. Celle de Sainte-Agnès malgré les immenses services par elle rendus ne fat pas épargné.

Heureusement la maison du vécérabic archev èque foudéo sous riûvocatioû do ^otre*Dame fut épargnée : Les jeunes boursières retrouvèrent un asile; mais elles n'y forent pas d'abord dirigées par les sœurs de Sainte-Agnès^ la l6nda(ion du vénérable archevêque restait imparfaitement rétablie. MM. les administrateurs des secours publics de la ville de Cambrai le sentirent et persuadés « qu'il était important » de rétablir la Ibndation Van der Burch sur les anciennes » bases et voulant éloigner toutes les incertitudes et inno* )> valions qu'occasionne l'état précaire et très - utile des j> personnes appelées josqulci à diriger les jeunes bour- » sières. Considérant que le premier devoir des adminis- » trateurs est de suivre autant qu*il est en eux l'écrit et » les intentions que rappelle d'une manière si chrétienne » et si bienfaisante Técrit immortel de Van der Burch, » délibéra le 10 Novembre 1817 le rétablissement de l'instituti<m religieuse des filles de Sainte-Agnès fondée par Yan der Burch conformément aux dispositions du testament du testateur. Cette délibération se termine ainsi .

« Les demoiselles de Sainte-Agnès sont autorisées à ren- » trer de suite dans leur maison pour y suivre la règle qui M» leur est prescrite et y vivre conformément àleur état. L'ad- » ministration s'engage à solliciter près de l'autorité supé- » rieure Tapprobation de la présence délibération. »

En exécution de cette délibération les sœurs de Sainte- Agnès reprirent possession de leur ancienne mmson et les

NOTES

pauvres et jennes iMXurnèra retrouvèrent cerlainemeat avec joie leurs anciennes directrices et institntricea.

La position de la congrégation des sœurs de Sainte-Agnès ne fut régularisée que par ordonnance royale du 17 Janvier l&sn rendue eor le vù de Tarticle % de la loi da 34 Hai 1885 et anr le vû des atatnts de la eongr^tion vérifiés an eonseil d'Etat dans la séance dn 4 Décembre 1896.

L'article 1" de rorduniiaiue porte a les congrégations et ï> coiumuiiâutés religieuses des filles de Sainte- Agnès éta- » blies à Cambray département dn Nord... gouvernées par I» des supérieures locales sont antorisées à la cbarge de se » conformer à leurs statuts et annexés. »

L'article premier des statuts ainsi approuvés et joint à l'ordonnance pour en faire partie intégrante est important à méditer il est ainsi conçu :

« Article premier. L'association des filles de Salnte*Agnès » a laquelle le vénérable Van der Barch, ancien archevêque » de Cambray, coniia 1 éducation des boursières élevées dam » la maison âUe de Notre^Dam fondée par Ini en ladite ville » y suivva cette éducation conformément à Tintentiou du

» fondateur. »

En exécution de cette ordonnance royale la congrégation de Sainte-Agnès fnt remise en possession de toute la maiion de Notre-Dame : la fondation du vénérable archevêque M rétablie sur ses bases et plus de treize années s'écoulèrent. Sans nul doute l'état prospère de l'établissement peut s'améliorer encore dans l'avenir. Le nombre des jeunes boursières, qui est aujourd'hui de 63, pourra devenir plus considérable. Le vénérable archevêque avait d'ailleurs bien senti qu'il pourrait arriver que leur nombre fût inférieur à 80 ou 100 qui est le maximum. Mais eût-il jamais pensé que sa maison de Notre-Dame bâtie à dessein fort ample et fort spacieuse, comme il le dit et le répète, pourrait cependant

232 NOTES

paraître trop q^acieuse à quelqn'iui^ etqn'ane partie serait convoitée pour en faire nu hôpital. Si tm hôpital de pliia est

désirable à Cambrai, qu'on en fonde un : mais spolier TétablisscmeDt de Van der Burch, démembrer la maison de Notre-Dame cela est impossible. Il sied bien que de pan- Très jeunes fiUes soient dans nue maison sons la protection de Notre-Dame ; si c'était un hôpital serait-ce encore une maison dédiée à Notre-Dame. Ce voisinage serait inconvenant etjdangereux : de jeunes ûlles pures ne penvent être sons le même toit que des malhenrenx qne lenrs vices ont trop souvent conduits au dernier degré de la misère et de la dégratiatioii morale. L'air d'ua hôpital est souvent dangereux, il le serait pour de jeunes boursières. Que dirait le vénérable archevêque Van der Bnrch» 6*11 pouvait revenir en ce monde et qu'il vit sa fondation des Jeunes boursières (car les biens qu'il y a attachés ne sont que des moyens de la soutenir) détournée en tout ou partie de sa destination pour en faire un hôpital : il dirait qu'on a violé sa volonté, que ses pauvres jeunes filles n'avaient pas trop de bon air et d'espace pour leur santé : que le voisinage d'un hôpital leur est contraire physiquement et moralement : que Dieu hU avait inspiré de bâtir une fort ample et spacieuse maison pour les jeunes filles et non pour un hôpital. Les contemporains diraient que cette violation d'une fondation si utile n'encourage pas aux bonnes œu>Tes : ils crieraient à la profanation et ils auraient raison. Cela serait contraire à la justice et au droit ; car il faut anéantir Tacte de donation de Tarchevêque qui est une donation conditionnelle avec affectation spéciale : car il faut rapporter l'ordonnance ' royale du 17 Janvier 1827, (|ui a rétabli la congrégation de^ sœurs de Sainte-Agnès pour se conloimer à leurs statuts dont l'article premier leur confie IVdtica^on des boursières élevées dans la maison dtle de Notre^Dam confomémenê

NOTES

à l'intention du fondateur le vénérable Van der Burch, Or daignez remarquer, M« le ministre^ que le teetameot du fondateur aussi bien que rordonnance royale, ne confie pas la direction de l'établissement à dos religieuses quelconque, mais bien et uniquement aux ûlles de Sainte* Âgnès^. Van der Burch va même dans une clause de son testament, jusqu'à exclure positivement de sa maison les directrices appartenant à un ordre religieux quelconque : les raisons donc qui militent en faveur de la conservation rétablissement, exigent aussi la conservation de ces fiJles à la tête de la maison. Cette fondation en son entier est utile aujourd'hui plus que jamais : car c'est par la bonne éducation et les principes religieux inculqués à l'enfance et à IsT jeunesse qu'on 'peut espérer de retremper la moralité du peuple. L'établissement doit être maintenu tel qu'il a été fondé. Nulle partie de Tédifice ne saurait être détournée de la destination première : nous vous adressons» M. le ministre, la prière du vénérable archevêque aux administrateurs de sa fondation, qui termine un acte du 16 Août

a Qu'ils veuillent avoir un soin paternel de ladite maison; « par charité de quoi ils devront attendre récompense de m notre Dieu tirn^m laisse aucune bonne œuvre sans rémum mâration.

iiona avons 1 honneur, etc.

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