‹ Vie de Mons. Vanderburch archevèqueChapitre 6 sur 51 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

«Oit de vranfoto Miteret «rclMvêtfw cwiUiral» — mmçoto Tan tfcr Burcli ctl noniBié pow Ipi toccééer, — la pMc miM»— les rcHiics 4te satet mcatre.

Tels étaient les travaux de François dans le diocèse de Gaod^ et les béaédictioiis que Diea réj^dait sur son ministère^ lorsque François Buisserei^ archeyé^e de Cambrai^ vint à mourir.

Cette perte était immense; car ce Prélat^ lic à Mans d'une iamiiie noble^ réunissait toutes les quar lités qiû constituent un grand et saint Evêque. Après des études brillantes et quelques années eonsacrées à Penseignement de la Philosophie à raniyersité de Louvaxn, et du Droit-Canon à TUniversité de Paris^ Boisseret avait été rappelé par son arehenréque^ Louisde iieriaimont, qui Tcleva successivement aux charges importantes d'oûicial^ d'archidiacre majeur, de doyen et de Vicaii c-Uénéral de TligUse de

44 VIE B£ MOa. VAN BER BURCH

Cambrai. En 1588, le siège étant devenu vacant, il

avait été élu d'uae voix unanime par le chapitre métropolitain pour succéder à Jean-Sarrazin. Mais par la résistance qu^il ppposa à sa nomination, par ses supplications et . ses prières faites même avec larmes, pour décliner ce fardeau il avait obtenu que ses confrères procédassent à une autre élection» Son humilité avait été moins heureuse en 1602, et il avait été obligé d'accepter révéché de Namur auquel il fut nommé par l'archiduc Albert. Il gouvernait depuis 13 ans ce diocèse, et il avait fondé l'Ecole dominicale de Namur, le collège des Jésuites, Tabbaye des Bénédictines réformées, venues d'Arras en 1614*, le Séminaire diocésain de Nivelles, et mené à bien d'autres œuvres importantes, lorsque le siège archiépiscopal de Cambrai devint encore une fois vacant par la mort de Jean Richardot. Les importants services que François Buisseret avait rendus au diocèse avant sa promotion à révéché de Namur, le choix que déjà une fois on avait fait de lui pour le siège de Cambrai et le regret d'avoir trop facilement cédé aux instances de son humilité, le grand bien que son zele avait opéré dans le diocèse de Namur, tout enfin à la mort de Jean Bichardot, avait porté le chapitre métropolitain à le choisir pour successeur de ce dernier. L archiduc Albert

^ DE Boussu Histoire de la viUe de Mom,

VIE DE MGR. yANBBRBURCH. 45

avait applaudi à cette élection^ et François Bnisseret

avait pris possession de son nouveau siège le 24 mais 4615 ; son entrée solennelle avait eu lieu le lendemain. Aussitôt après les cérémonies de la semaine sainte et des fêtes de Pàque, il s^était mis à l'œuvre, et avait commencé la visite de son diocèse par le Gàteau-Gambresis* L'Eglise de Cambrai se réjouissait dans Tespoir d'un Pontificat glorieux, ' tèrtile en fruit de sanctification et de salut, lorsque le % mai, un mois et quelque jours après son installation, François Buisseret mourut d'une cardialgie dans Tabbaye de Saint-Jean de Valenciennes.

U fallait consoler une grande Eglise, remplacer un saint Prélat par un autre Evêque dont les vertus pussent au moins adoucir les regrets d'un vaste diocèse, et réaliser les espérances qu'avaient fait concevoir les belles qualités de celui qu'on venait de perdre. L'archiduc Albert jeta les yeux sur François Van der Burch ; il ne trouvait personne plus digne de cette charge importante, et il le proposa à TélectioD du chapitre métropolitain de Cambrai. Les chanoines accédèrent avec empressement aux désirs du Pruice qui désignait à leurs sa£Brages un prélat si digne de leur choix, et François fut élu avec enthousiasme le 14 juin, jour de la féte de saint Basile. Le 6 juillet, il répondait aux chanomes de la Métropole, qui par leurs députés, lui avaient fait connaître son élection. Celte lettre est conservée au dépôt

des archives du département du Nord ; elle nous a

été communiqaée par notre vénérable ami^ M. Le Glay» Ecrite avec calme et politesse^ die (àit près-

si^hiiï les dispositions de François Van der Borch.

« 1615^ 6 JuiUet.

« Mbssieues^

« J^ay par Measieiirs vos Dépotés et cohfrères » reçu rinstrument de vostre postulation, et en<n tendu plus amplement par leur rapport aveeq

n combien d^aileciion et conformité il vous a pieu » me choisir pour vostre archevesqne dont je vous JD remercie très-affectueusement, ores que j'aurois » été bien aise que Dieu voi» cuit inspiré de fisubre » une plus heureuse élection, et de jetter Tœil sur » un personnage plus digne de telle charge. Je vous

» en deaieuieray à jamais grandement obligé et ta- » càeray de recognoistre Tfaonneur que vous m'avez

» faict en toutes les occasions qui m'en seront prcseiip tées. Au surplus, comme yay été coUocqué en ce » lieu par nomination de son Altesse, et me suis sentu » obligé de lui remourtcer plusieurs raisons pré- » gnantes qui m'y débvrolent bien retenir. Il ne vous i> déplaira qu'attendant sa lesponce^ je ne me rés soulde, sur Vaoeqstotion de vostre postulation : je d le feray aussy test que je seray esclaircy de la

D volonté de son Altesse touchant ma de&charge de 9 eeste évésché. Et snir ce me recommandant très af-* » fectueusement en vos bonnes grâces je prie Dieu, " » Messieurs, vous accroistre les siennes sainctes. • De Gand le VI de Juillet 1613.

» Votre très aHecUonnô aeiviteur » BYISQUB SB Om. »

François Van der Bureh^ comme nous avons eu d^à ^occasion de le remarquer, préférait mériter les honneurs que de les solliciter : son humilité le portait même à fuir comme tme peste ceux qui lui étaient offerts. Aussi à peine eut-il vent de ce qui se passait, qu'il ne négligea aucune démarche, n^omit aucun moyen pour se soustraire à la nouvelle dignité dont il était menacé. Il mit en mouvement et le conseil des Flandres, et le chapitre de sa cattédrale, et le Gouverneur de la Province, et le Magistrat de Gand, et les personnes les plus inflaeates, pour qa% vissent Farchiduc, fissent valoir les puissants motifs qu'il avait de redouter la charge voulait lui imposer, et iqu'à forée de prières rtdmstances ils le décidassent à jelcr les yeux sur un autre que sur lui pour un fardeau si pesant, si

peu proportionné à ses faibles épaules. Tons cntrc-

leiA dans les vues de François Van der Burch ^ car

48 va DE MGR. VAN DIR B0RCH.

ils tenaient à conserver un Evèque quils aimaient comme un père^ dont ils appréciaient le zèle et la vertu^ et qui produisait tant de bien parmi eux. DéiouTHcr le coup que François redoutait^ c^était^ pensaient-ils, défendre leur propre cause*

Ou vit alors une lutte bien digne des regards du ciel : d'un côté les diocésains de Gand qui ne reculent devant aucune démarche^ qui remuent ciel et terre pour retenir leur évèque ; de Pautre, le cbapitre métropolitain de Cambrai qui proteste auprès de rarehiduc^ qui déclare ne vouloir pour arche* vêque que François Van der Burch, qui refuse de procéder à une autre élection. L'archiduc donna gain de cause au Chapitre de Cambrai ^ mais François ne cédait pomt. Le Chapitre le supplia de donner son consentement^ et lui ût faire les plus vives instances par des personnes influentes ; François résistait toujours. On pria Tarchevêque Hovius d'intervenir ; il invita F^çois à venir le voir au monastère d^Âfflighem ; il le conjura pendant trois jours de se rendre enfin ; François qui, en toute autre affaire, acceptait en aveugle les décisions de ce prélat, demeure inexorable. Enfin, Hovius eut recours à une arme à laquelle, nous l'avons déjà dit, François ne résistait pas : il lui parla de la volonté de Dieu qui se déclarait par des signes manifestes) il lui montra qu'un refiis plus prolongé serait une obstination coupable que le Seigneur ne pouvait pas

YI£ D£ MGA. VAN J)£A £liRCU. 49

bénir : François^ convaincu enfin que Dieu luimême exige encore de lui ce sacrifice^ ne réplique rien^ et il accepte^ en gémissant^ cette élévation nouvelle que son humilité redoute.

L'Eglise veut que l'on ne choisisse pour TÉpiscopat que des hommes entièrement dégagés de tout esprit d'ambition ; des hommes tellement détachés, qu'appelés à cette charge sublime ils refusent ; suppliés de la recevoir, ils résistent; invités à Taccepter, ils reculent* Car celui-là seul n^est pas indigne du sacerdoce suprême qui n'est ordonné en quelque sorte que malgré lui» Taniim ah ambitu débet esse stposituSf ut quœratur cogerulus, yogatus recédât^ imitatus effugiat. Profecto enim indignus est sacerdotio, nisi fuerit ordinatus invitus (cod. de Epis* cop^ lib. 30). Les résistances de Van der Burch à accepter Vépiscopat prouvent donc qu'il n'en étatt que plus digne.

Paul V occupait encore alors le siège de Saint- Pierre, et on attendait de Rome la bulle qui devait confirmer le choix du Chapitre de Cambrai. François savait que le titre d'archevêque impose à celui qui le porte Tobligatioa d'une vigilance plus grande sur le troupeau confié à sa sollicitude. Il ne voulut pas retarder Taccomplissement de ce devoir, et déjà plein d'amour pour sa future Eglise, il visita le diocèse de Cambrai avec l'agrément des vicaires capitulaires ^ il donna la conlirmaiion à plusieurs

50 VIE ]>9 MGR. VAN DB BUltGB*

milliers de personnes^ et exerça les autres foqctions. de la charge pastorale^ avec beaucoup de zèle et d^édification.

Dans ce même temps, le 8 juillet 1615, la peste apportée par une femme étrangère venue de We* selle, s'abattit sur la ville de Mons, qui^ à cette époque, fàisait partie du d^èse de Gambri4« La contagion fut si terrible, qu'en moins de trois mois, elle moissonna 15,000 personnes K Les entrailles, de François s'émurent au récit navrant de tant de ravages : la science des médecins était aux abois ; on avait épuisé toutes les ressources humaines. Dans sa foi vive, François eut recours au ciel. Autrefois, la ville de Gand, éprouvée par une calamité semblaUe, avait trouvé un secours efUcace dçutis les supplications faites à saint Maeaire, évéque et patriarche d'Ântioclie, dont cette ville po^édait Iç^i

* Dans ces jour? de denil et de désolation, le» Pères UécoUets firent preuve d'un grand dévouement; un grand nombre d'entre eux moururent irictiines de leur charité.

« Ces religieux, dit l'historien de la ville de Mens, GUlm de Boussa^ avaient lenr demeure pendant la contagion dans la chapelle de Saint-Roch, située sur les remparts d'IIavré d'où ils partaient à chaque heure du jou^* pour aller par toute la ville et sur les digues de la rivière consoler, assister et administrer les malades, leur fournissant le nécessaire tant spirituel que temporel.

c Leur CQutume était de porter uno croix au hout d'un long bAton rouge avec une petite sonnette, tant pour écarter de

VIE Dft MGR. VAN DER BURCH«

reliques. François fit transporter à Mons^ le saint

corps qui reposait dau$ sa caiiicdrale^ et autorisa les habitants à le conserver pendant deux mois. Le 28 septembre, le Clergé, les Députés des l^lats^ le Magistrat et le Conseil de la ville^ allaient jusqu^au pont d'Obourg à la rencontre de Henri de Biuignies^ abbé de saint Dénis qui avait été député pour recevoir et accompagner le précieux dépôt. Une foule innombrable de peuple Tattendait à la porte de la ville. Les compagnies bourj^^eoises, les serments^ les corps de métiers rangés sur une double haie, portaient des flambeaux. Les restes vénérés du saint entrèrent ainsi dans la ville de Mons au bruit de tous lès canons des remparts et des acclamations de joie. Onût la procession dans la ville, et les saintes reliques furent ensuite déposées dans Téglise de Sauile-Vaudru. La peste, comme si elle eût obéi à un commandement du ciel^ susfpendit ses ravages; le

leur chemin les gens appréheosifs que pour avertir ceux qui poovaîeat avoir besoin de leur secours. Au bruit de cette petite sonnette on voyait ouvrir une porte ou une fenêtre d'où sortait

la Yoii languissante d'un moribond qui, domandant le viatique, semblait n'alteadre qu'après celte derolère consolation pour rendre son âme à son Créateur. Un autre^ prosterné à genoux découvrait les plaies de son eorps, et d'un cœur contrit accusait celles dont son àme était blessée, demandant l'absolution de ses péchés à ces médecins spirituels qui ue cessaient de les consoler dans ces extrémités précisantes. »

Hiitaire de la trilU d» Mims. jP. ^8*

nombre des malades devint d'abord beaucoup moins considérable ; ceux qui étaient frappés guérirent^ et bientAt il ne resta plus aucune trace du terrible fléau. Les habitants de Mons regardèrent comme miraculeuse la cessation si subite de tant de maux : ils en célèbrent encore chaque année la mémoire^ et après Dieu et saint Macaire^ ils se reconnaissent redevables de ce bienfait à notre illustre archevêque. Pour perpétuer le souvenir de la puissante intercession du saint, ils firent don d'une magnifique châsse d^argent où Ton plaça le saint corps de leur libérateur, et le Chapitre de Gand^ touché de tant de générosité^ donna à la ville de Mons le bras droit de saint Macaire.

Page 1