‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 100 sur 118 · CHAPITRE XXTII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXTII

s'eoDQydit pas d'être si souvent seul, il lai répondit cette parole, qui peint toute son àme et résume toute sa vie : « Je n'ai jamais su ce que c'était que de s'ennuyer. i> On lui rapportait un jour qu'un jeune prêtre s'ennuyait dans une petite paroisse, où il avait peu de rapports de société : a Je ne sais pas, répondit-il, comment un prêtre peut s'ennuyer avec son bréviaire, la sainte Ecriture et le Très -Saint -Sacrement. )) De même encore, indépendant par vertu et par le sentiment de sa dignité, M^ de Simony acceptait, il est vrai, avec reconnaissance, toutes les marques de déférence et les services que quelques prêtres s'empressaient de lui rendre dans sa retraite, comme de l'accompagner aux offices de la cathédrale ou du séminaire, ou bien encore à la promenade; mais il ne les demandait jamais, et ne paraissait pas même les désirer. Un de MM. les chanoines, qui l'avait accompagné dans une de ses promenades, lui ayant dit un jour : c( Monseigneur, si vous aviez besoin de moi par la suite, je me ferai un honneur d'être à vos ordres. » Ms' de Simony lui répondit avec bonté, qu'il le verrait toujours avec le plus grand plaisir, mais qu'il s'était habitué à n'avoir besoin de personne.

On peut juger de l'extrême simplicité de son genre de vie par le trait suivant. U invitait ordinairement ceux qui l'accompagnaient à l'office ou à la promenade, à partager son modeste repas. Un jour, revenant de la promenade, il prie un directeur du séminaire de vouloir bien diner avec lui; puis il ordonne à son domestique de mettre un couvert. Mais sur la réponse de celui-ci, Mt*^ de Simony se retourne et dit avec un sourire des plus aimables : « Mon cher ami, j'en suis

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bieu fâché, mais il parait qu'il n'y en a que pour un ; heureusement, vous avei encore la ressource du sémi* naire. » A quelques jours de là, on lui avait offert quelque pièce de gibier; il fît l'honneur à la même personne de l'inviter de nouveau, avec cette grâce qui lui était ordinaire.

Cependant, tout en pratiquant à l'égard de tous ceux qui le visitaient, cette grâce, cette amabilité, qui répandaient sur ses vertus si pures un charme inex* priraable de candeur et de naïveté, Mi^ de Simony se préparait sérieusement à la mort dans le secret de son cœur et sous les yeux du souverain juge. A le voir, offrant les saints mystères avec une piété tout angélique, ou prosterné des heures entières au pied des saints tabernacles, il était facile de juger qu'il soupirait dans son cœur après la céleste patrie, qu'il la voyait de près, qu'il y habitait par la ferveur de ses désirs et de son amour. La pensée de la mort revenait souvent dans ses conversations; il l'envisageait sans crainte, il la désirait même, et un jour qu'il éprouvait une difficulté plus grande à se lever et à marcher, il parla de sa fin prochaine, ajoutant avec sérénité : a Quand ie bon Dieu le voudra, et le plus tôt sera le meilleur. »

Depuis quelque temps, M^ de Simony avait va successivement disparaître presque tous ses anciens amis; dans le court intervalle de trois ou quatre ans, il eut à pleurer la mort de MM. de Forbin-Janson, Lelourneur^; de MM. Lucotte et de Sambucy, cha-

* Le trait suivant fera voir avec <ïuelle dodlité les amis de MST do Simony défraient à ses sa|;es conseils. « Je ne fttt pus

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Doines de Paris, et de Stadler, inspecteur de PUniversitéy avec lesquels il avait passé les jours heureux et paisibles de sa première jeunesse ou de son sétninaire. Il avait encore quelques amis bien chers, et l'un d'eux, M8' Manglard, évéque de Saint-Dié, lui écrivait le 40 février 4848 : « Il fut un temps où, vous le savez, nous étions quatre, nous aimant beaucoup, U^ Letourneur, le bon Lucolle, vous et moi. Il ne reste plus que vous et moi, et alors il faut que nous nous aimions pour les quatre. Pensons souvent Fun à Taulre devant Dieu, prions pour nous mutuellement et pour TEglise. y> La mort devait briser bientôt ici-bas les liens qui unissaient ces deux amis; mais Tun ne devait pas survivre longtemps à Pautre. M^ Manglard mourut deux jours avant Ms' de Simony, et leurs obsèques eurent lieu le inéme jour,

évéque en 1827, disait M. Lelouraeur, parce que M»' de Simony, qui sentait jusqu*où il faut porter la douceur dans Tadministration, me trouvait encore trop caustique et trop pétulant. .> Quand on m'offrit Tévèché de Verdun, en 1836, je le consultai de nour veau, et il me répondit : « Maintenant que vous vous êtes brisé à vingt écueils, allez, vous avez encore assez de vigueur et vous comprenez ce qu*il faut de bonté pour gouverner les âmes ; laissez-vous imposer les mains. »

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