CHAPITRE XXTII
pontife, pour les années passagères de cette vie, les années éternelles qui ne connaissent point de fin.
Dans l'après-midi, M. le supérieur du grand séminaire vint, à la tète de sa communauté, présenter à M»' de Garsignies celte pieuse famille devenue désormais la sienne, et réclamer pour elle ses premières bénédictions. Tous les évèqnes qui avaient assisté à la cérémonie étaient présents. M*' de Simony, se dérobant aux honneurs que ses vénérables collègues rendaient si justement à son âge et à sa sainteté, se tenait à Técart comme le dernier d'entre eux. On le pria de bénir le premier ces enfants bien-aimés sur lesquels il avait tant de fois appelé les grâces du ciel. L'humble prélat s'y refusa constamment, ce Je ne suis pas digne, répondit-il, de les bénir en présence de leur évoque, de leur noétropolilain, et d'un prince de l'Eglise; je veux au contraire recevoir avec eux les bénédictions qu'on va leur donner ; et à l'instant il s'agenouilla et inclina sa tête vénérable sons la main de celui qu'il venait de consacrer de l'onction des pontifes. Ce ne fut qu'après s'être relevé qu'il consentit, sur de nouvelles instances^, à bénir ses enfants, touchés jusqu'aux larmes, d'une vertu si achevée et d'une humilité si profonde.
Après avoir résigné dan» les mains de son successeur la charge de l'autorité pastorale, M^ de Simony se rendit au vœu qui lui avait été exprimé; il fixa le lieu de sa retraite au milieu des siens, et vint abriter
^ M. le supérieur du grand séminaire joignit ses instances k celles des vénérables prélats qui étaient présents, en citant avec beaucoup d*à-propos ces paroles du patriarche Jacob : Benedietiones patris tui conforteras 4unt àenedictionibus patrum ejus.
380 yiE DB MONSBIGNBUR DB SIMOIIT.
SOS derDiers jours près du grand sémiDaire, objet codiÎDuel de sa sollicitude et de son affection. La proximité de la chapelle du séminaire, qui touchait à ses appartements, était un attrait pour sa piété. On avait ouvert une porte de communication donnant immédiatement sur la chapelle, et tous les jours il y venait dire U sainte messe, visiter le très-Saint-Sacrement et y lever vers le ciel des mains innocentes pour cette pieuse famille, qu'il édifiait par ses exemples et dont il consolait la tendresse par sa présence.
Sa vie, dans cette humble et modeste retraite qu'il s'était choisie, fut plus que jamais une vie de prières, d'union à Dieu, d'humilité et d'abnégation. U cherchait de toutes manières à se faire oublier, mais sans y pouvoir parvenir. Plus grand encore peut-être depuis qu'il était descendu volontairement de cette première place qu'il remplissait si bien, il était entouré de plus de vénération et d'hommages, et tous voulaient lui rendre au centuple les honneurs auxquels il avait si humblement renoncé. Chacun pouvait le visiter dans sa retraite, goûter avec plus de liberté que jamais les charmes de sa douceur, de son affabilité, respirer le parfum de ses vertus, et admirer cette simplicité vraiment extraordinaire qui régnait dans tout ce qui l'entourait. Pascal a dit « que rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos. » Mais M<^ de Simony trouvait dans sa vertu tout ce qui lui était nécessaire; et l'innocence de son âme, son goût pour la solitude, l'habitude du bon emploi du temps, le rendirent toujours inaccessible à l'ennui, le fléau de ceux qui se sont déchargés du poids des affaires. Aussi, une personne qui le visitait lui ayant demandé s'il ne