CHAPITRE XXYIII
et il priait qu'on voulût bien lui en lire de temps en temps quelques passages. Comme on lui demandait un jour quel chapitre il désirait qu'on commençât : « Celui qui se trouve marqué, » répondit-il; c'était l'admirable chapitre : du jour de Féternité, et des misères de cette vie, dont il faisait depuis longtemps la nourriture de son àme. Lorsque cette lecture fut achevée : Que ces vérités sont belles, s'écria -t-il après quelques instants de pieux silence, que ces vérités sont belles pour celui qui sait méditer! pour moi, j'arrive à la fin de ma carrière sans avoir su ce que c'est que la méditation; demandez bien pour moi, je vous en prie, mon cher enfant, le désir du ciel. y> Et comme le prêtre qui lui faisait cette lecture, lui disait qu'il avait trop ce désir, pour le bien de ses enfants. « Voilà ce que c'est, répondit-il avec un sentiment profond d'humilité, chacun me prend pour un saint, et après ma mort personne ne priera pour moi, qui en aurai tant besoin. )>
Cependant, les espérances qu'on avait d'abord conçues diminuaient de jour en jour; l'affaiblissement devenait de plus en plus sensible. Les douleurs, en changeant de place, avaient déterminé une maladie plus dangereuse, que l'âge et les infirmités venaient encore aggraver. En quelques jours, le mal fit des progrès effrayants, et on crut devoir, sans délai, lui administrer les derniers sacrements. M»' de Garsignies, que la maladie d'un de ses frères avait éloigné de Soissons pour quelques jours, étant rentré le 5 février au soir, lui rendit lui-même, sans tarder, ce devoir de piété filiale, à la fois si douloureux et si ' consolant. L'heure avancée et l'impossibilité de pré-
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T«nir k temps le chapitre de la cathédrale, ne permirent pas d'apporter à cette touchante cérémonie Tappareil solennel dont elle est ordinairement environnée. Le vénérable pontife s'unit aux prières si belles de l'Eglise, avec un sentiment de foi et de piété dont il avait donné toute sa vie tant de preuves admirables. En le vopnt les yeux fixés et les mains tendues vers la croix, on eût cru voir saint Martin, dont H est dit que, sur son lit de mort, il priait avec une ferveur infatigable, et répétait à ceux qui Finvitaieot à prendre quelque soulagement : c( Laissez-moi plutôt regarder le ciel que la terre. » Cette parole, que M*' deSimony dit après qu'on l'eût administré, montre bien que telle était la disposition de son àme. « Pour celui qui aime Dieu, disait-il, la vie et la mort sont tout un. T> Depuis ce moment, l'auguste malade parut tendre vers une fin prochaine; le Saint-Sacrement fut exposé dans la journée du 6 février, dans la chapelle du séminaire, où les fidèles vinrent en foule prier pour celui qui, tant de fois, avait appelé sur eux les bénédictions du ciel. Le mardi matin, 6 février, on le crut à toute extrémité. On s'empressa de réciter les prières des agonisants. Comme sa mort paraissait imminente, on continua d'entretenir son esprit et son coeur de toutes les pensées, de toutes les affections qui doivent inspirer alors la foi, l'espérance et l'amour. H demandait lui-même qu'on lui suggérât quelques versets des psaumes, et il les suivait de cœur et de bouche avec une ferveur qui édifiait et ravissait ceux qui lui rendaient ce devoir de piéié filiale. Une scène touchante eut lieu dans cette matinée, lorsque M*' de Garsignies, à genoux et fondant en larmes, lui de-