CHAPITRE XXYIII
manda de le bénir une dernière fois, lui et tout son diocèse; on vit alors ce saint Pontife réunir tout ce qui lui restait de forces, se lever de sa couche de douleur, et appeler, dans toute l'effusion de son cœur, les bénédictions du ciel, sur un pasteur et sur un troupeau qui lui étaient si chers. « Père saint, semblait-il dire avec le pasteur des pasteurs dont il avait été la vivante image, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés; déjà je ne suis plus dans le monde, pour eux ils sont dans le monde, et moi je viens à vous. >> Puis, jetant les yeux sur les prêtres, témoins attendris de cette scène déchirante. « Pour vous, semblait-il ajouter avec le grand apôtre, veillez continuellement, supportez constamment tous les travaux, accomplissez fidèlement votre ministère, car pour moi je suis près d'être immolé et le temps de ma mort approche. » Tout annonçait, en effet, qu'il touchait à sa dernière heure; on laissa entrer plusieurs ecclésiastiques qui demandaient comme une grâce de venir contempler une dernière fois leur père et leur plus tendre ami, et recevoir de lui une dernière parole, une dernière bénédiction. M«' de Simony les accueillit tous avec la bonté, avec le calme qui lui étaient ordinaires. Au milieu des angoisses d'une nature défaillante, le chrétien, l'évéque paraissaient toujours, et toutes les paroles qu'il adressa successivement aux personnes qui se présentèrent, furent empreintes de foi vive et de piété tendre. Le soir du même jour, comme le danger continuait, deux élèves du séminaire passèrent la nuit en prières dans une pièce voisine, et un de MM. les directeurs se tint constamment près de lui, pour lui suggérer par iatervalies, de pieux
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sentiments. Au milieu de la nuit, lorsqu'un autre ecclésiastique vint relever son confrère, M«^ de Simony les embrassa tous deux avec une affection toute paternelle en leur disant : « Mes enfants, priez bien le bon Dieu pour moi, car j'en ai un grand besoin, je suis un bien grand pécheur; et croyez bien, continua-il en insistant, que je ne parle pas autrement que je ne l>ense. r> Le reste de la nuit, il fut généralement fort calme; lorsqu'il était éveillé, ce n'étaient qu'aspirations, paroles d'humilité et de confiance en Dieu, saints désirs pour le ciel, pour l'éternité. On lui demandait : Monseigneur, que désirez-vous? — « Je désire Je ciel, répondait-il. » Une autre fois qu'il paraissait vouloir se lever : a Monseigneur, que voulezvous faire? » — « Je ne veux rien faire, il ne me reste plus qu'à mourir. » On ne lui présentait jamais le crucifix sans qu'il y collât ses lèvres avec une expression de foi et de piété qui contrastait singulièrement avec son état d'anéantissement, ajoutant ces paroles : crux ave, spes unica ! Et souvent ces autres : Christe, dum fixus cruci, Expandis orbi brachia; appuyant sur les derniers mots : Da nos in amplexu mortel 11 priait souvent tout bas, et sans qu'on les lui suggérât, il récitait des prières, des invocations à la sainte Vierge, et répétait souvent à diverses intervalles, ce cri d'amour du roi prophète : Quid mihi est in cœlo et a le quid volui super terram*? et avec un accent plus prononcé : Et pars mea Deus in sBtemum,
^ Salut, ô croix, notre unique espérance ! Jésus, qui, attaché à la croix, étendez les bras à tout l'univers, donnez-nous de mourir dans vos divins embrassements.
' Qu*y a-t-il pour moi dans le ciel? Et hors de vous, qu'ai-je
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