CHAPITRE XXYIII
Le matin du 7 février, un de MM. les directears da séminaire qui était présent, le pria de vouloir bien le bénir avant qu'il montât au saint autel, et de demander pour lui à Dieu la grâce de bien dire la sainte messe, de la dire saintement. M*' de Siroony lui donna sa bénédiction, puis il ajouta : « Oui, dites toujours bien la messe, dites-la toujours saintement, ce sera le plus grand bonheur de votre vie. Pour moi, continua-t-il avec l'accent d'une sincère humilité, je ne suis plus capable de rien. Je m'abandonne à Dieu, je m'abandonne à Marie et à tous les saitlts du ciel. » Dans la matinée, son état parut s'améliorer, sans que toutefois le danger eût aucunement disparu. Le pieux pontife en fut surpris, et il dit à une personne qui lui manifestait sa joie de cette légère amélioration : « Je n'y comprends plus rien, on aura fait des prières pour moi, ce n'est pas ce qui m'est avantageux. » Et une autre fois : « On m'a fait là un mauvais présent, j'étais bien disposé à mourir. » Cependant il ne se 6t pas illusion surcelte amélioration momentanée; à quelques instants de calme succédaient des crises plus violentes, et on regardait comme à peu près inutile de tenter de nouveaux remèdes contre un mal intérieur qui paraissait irrémédiable. Dieu semblait ne prolonger de quelques jours la vie de ce vertueux prélat que pour faire durer plus longtemps les témoignages de sa foi, de sa religion, de sa piété. Constamment occupé de ce qu'il appelait sa grande affaire, alors même qu'il paraissait absorbé par de vives douleurs, on le voyait
voulu sur la terre ? Dieu de mon cœur, vous êtes mon partage pour l'éternité.
394 TIB DE H0N8BIGNEUR DE SIMONT.
lever les yeux vers le ciel, joindre les mains et s'adresser à Dieu, avec la ferveur d'une àme pleine du ciel, et qui semblait ne plus tenir à la terre. Dans les quelques accès de délire que lui causaient la violence de la fièvre, il retrouvait facilement, et comme à sa volonté, la suite de ces idées, lorsqu'on lui suggérait quelque pensée pieuse, quelque acte de vertus chrétiennes. Il y avait dans cette àme quelque chose de plus fort que la douleur,, c'était le sentiment de la foi et de la charité, c'était cette inépuisable bonté de cœur qui ava#t été le principal caractère de sa vie. « A ussi vivant par le cœur que mourant par le corps^, » ce vénérable prélat recevait, avec une reconnaissance calme et affectueuse, les soins qui lui étaient prodigués, et il n'avait pour tous ceux qui approchaient de lui que des paroles de bonté qu'il achevait, lorsque les forces lui manquaient, par un regard de douceur et de tendresse. Il n'avait plus qu'un souffle de vie, qu'il levait encore ses mains défaillantes pour bénir sa vertueuse famille et les ecclésiastiques agenouillés au pied de son lit.
Pendant les quelques jours que Dieu le retint, pour ainsi dire, aux portes du tombeau, deux sentiments paraissaient surtout occuper son àme : un vif désir du ciel joint à une ferme confiance, et en même temps un sentiment de crainte, une vive appréhension des jugements de Dieu, qu'éprouvent les âmes les plus avancées dans la voie du ciel. Comme il exprimait souvent la crainte que ces péchés ne fussent un obstacle à la miséricorde de Dieu sur lui, quelqu'un lui dit de
i Bosauet , oraisons funèbres.