‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 114 sur 118 · DE MONSEIGÏIBUR DE 8IH0NT · texte numérisé non relu

DE MONSEIGÏIBUR DE 8IH0NT

point qu'ils ont pu employer pour Texécirtion le ciseau d'un des plus habiles statuaires de notre époque; enfin, si nos magistrats ont cru, avec raison, qu'ils s'honoraieiït eux-mêmes en votant à cette fin une somitie considérable, et si ils y ont mis une touchante unanimité, c'est, n'en doutez pas, que Dieu qui promet à l'homme juste qu'on se souviendra toujours de lui, a voulu nous montrer que la mémoire de son serviteur doit demeurer en bénédiction dans les lieux qui furent les heureux témoins de ses vertus. Cujus memoria in benedictione est.

Cet éloge, dont nous empruntons les termes à l'Esprit saint, convient si bien à notre vénérable pontife, qu'il semble qu'après le lui avoir appliqué, je n'ai plus qu'à descendre de cette chaire; du moins est-il vrai que je ne pourrai rien dire de lui qui ne soit admirablement renfermé dans ce peu de paroles. Je sens bien toutefois que je dois répondre autant que je le puis à l'attente de ce nombreux et religieux auditoire, et je ferai, selon mes forces, l'éloge des vertus de M»* Jules- François de Simony, évoque de Soissons et Laon.

Dès qu'un homme se dislingue du commun et fixe sur lui l'attention de ceux qui le connaissent, on peut être sûr qu'il y a en lui un trait particulier qui domine les autres qualités sans les exclure, et qui devient, en quelque sorte, le caractère de la personne.

En M^ de Simony, on peut dire que c'est la piété. Or, cette piété qui fut le caractère distinctif de sa vie, sera aussi l'objet particulier de l'éloge que nous allons en faire. Dans la première partie, nous considérerons sa piété comme source de son bonheur personnel; dans la secoifde, nous l'envisagerons comme principe

418 OftÀlgOM FOHÈBAB

de aat boDoes œovres, c'esi-ànlire que 0009 meiiire* roDS d^abord ce que la piélé fait en lui pour le rendre beureui ; et, ensuite, ce que la piété fait par lui pour TaVantage du prochain.

Jamais, peut^tre, il ne fut donné à un prédicateur de parier devant des auditeurs mieux disposés. Ici nulle contradiction, nulle méfiance à redouter, mais pitttét assentiment absolu et certain à ce qui va vous ^tre dit. Peut-être en conclurez- vous, que de cette disposition bien tonnue, doit résulter pour celui qui a l'honneur de parler devant vous un grand sentiment de confiance et beaucoup d'encouragement; détrompe-vous, messieurs, c'est au contraire ce qui m'intimide davantage et me fait trouver plus difficile la lâche si honorable, d'ailleura, dont j'ai été smeoé à me charger.

Si j'avais à louer un homme rocommandable sans doute, laais peu connu de mes auditeurs, ils accepteraient ce que j'en aurais dit^ et ne pourraient comparer le taUeau avec le personnage qu'il serait censé représenter; mais ici il en est tout autrement; le souvenir des vertus de U.^ de Simony est vivant parmi vous; ses traits mêmes sont demeurés gravés dans la mémoire, je ne dis pas seulement des habitants de la cité, mais de tout le diocèse où tant de fois, pendant son long épiscopat, on admira ses manières si nobles et si bienveillantes, son visage si calme et si doux, tonte sa personne si digne et si vénérable. Tous ou presque tous l'ont vUj l'ont entendu ; tous ont admiré sa rare modestie ; tous ont de sa vertu la plus haute idée, et tous voudraient, avec raison, que ce discours les retraçât.

BB HONSBIClMBUll DB SIHOMT. 419

Les cirdOQSlaoces même dans lesquelles s'eel passée ma vie, donne à mes auditeurs le droit d'être plus exigeants^ et s'il arrive que ce que je dirai à sa louange ne s'élève pas à la hauteur de votre estime ou plutôt de votre admiration , j'aurai manifestement trompé votre attente ; c'est là, messieurs, ce qui me fait redouter mon honorable mission et ce qui est cause que je ne l'aborde qu'en tremblant.

Puisse ma reconnaissance pour celui à qui, après Dieu, je dois tout, et surtout l'assistance de l'Esprit saint m'aoimer et me soutenir.

PBBnÈRB PABTIB.

Le Seigneur sait de tout temps ce qu'il veut faire, est-il dit au livre des Actes : Noium est a sœculo Domino ofHif smum. Lorsqu'il a de grands desseins particuliers sur un homme, et qu'il veut se servir de MBpour opérer de grandes choses, ou au moins don^pl un siècle de précieux exemples de sainteté, on dirait qu'il porte toute son attention sur lui. L'artiste ne met pas phtS de soin à choisir et préparer la matière dont il veut faire sortir un chef-d'œuvre, que le Seigneur n'en met à préparer ses serviteurs.

Sans doute, cette action ne parait pas toujours aux yeux des hommes, et Dieu se platt quelquefois à se dérober à leur curiosité ; qui eût pu, par exemple, dans un Saul blasphémateur du nom de Jésus, et insigne persécuteur de l'Eglise, deviner le Docteur des nations, l'Apôtre qui devait gagner à Jésus-Christ un si grand ncHnbre de peuples ? et cependant le Seigneur dit à Aaanie que Saul est un vase d'éleaion : Vat

4tO 0RAI80K FUNÈBHB

electionit est mihi ùte; qui, dans ce jeuiiie homme esclave de Torgueil et de la vanité, livré aux grossières et honteuses passions, affilié à la secte affreuse des Manichéens, dans Augustin enfin, pourrait entrevoir le père de tant de communautés de vierges pwres qui suivent sa règle et s'honorent de porter son nom, Fhumble auteur du livre des Confessions, et le grand défenseur de la foi contre tous les hérétiques de son temps?

Le plus souvent néanmoins les desseins du Seigneur paraissent, et le regard attentif les peut reconnaître aisément. MoYse, destiné a èlre le chef du peuple de Dieu, et à délivrer ses frères de la servitude de l'Egypte, est sauvé par la fille de Pharaon, et reçoit dans le palais même de ce monarque l'éducation des princes.

Jérémie est en quelque sorte sacré prophète avant ménié^l^ voir le jour; saint Jean -Baptiste, qui doit être t^^récurseur de Jésus-€hrist, est sanctifié dans le sein même de sa mère.

C'est ainsi que celui qui était destiné dans les vues de Dieu à s'asseoir sur un siège qu'avaient illustré tant de saints évèques que l'Eglise honore d'un culte spécial, fut lui-même prévenu dès sa naissance des bénédictions de douceur : Prasvenisti eum in benedictionibus dulcedinis; et il plaça de bonne heure sur sa tête une couronne de pieiTes précieuses, c'est-à-dire qu'il l'orna dès sa plus grande jeunesse de ces vertus qui sont la seule richesse véritable du chrétien : Et posuisti in capite ejus coronam de lapide pretiôso.

Jules-François de Stmony, en l'honneur duquel nous sommes réunis aujourd'hui dans le temple du Seigneur,

D« HONSKIGNEUR DE SIHONY. 424

naquit à ?oul<m le 29 juillet 1770 ; H fut te septième eofant que François deSiorony eut de sou maria^ avec Marie-GharkHte d'Astour. Nous ne parlerons point de l'anoienneté de sa famille, ni des charges imporlantes et bononibles que ses ancèlres occupèrent à diverses époques ; la véritable noblesse d'un homme est bien plus dans le nom qu^il se fait, que dans celui dont il hérite.

Toutefo^, nous ne pouvons nous empêcher de re^ marquer, après Fbonorable historien de sa vie, que les plus anciens monuments que nous ayons sur cette ancienne et noble famille, sont des témoignages de sa foi et de sa piété. Ainsi, dès 4âdd, Raymond de Simony, qui Tannée suivante trouva une mort glorieuse dans un sanglant combat, avait fondé une chapelle de saint Pierre dans la cathédrale de Sienne; et deux ans plus tard, son fils, Méittius de Simony, dotait cette même c^peHe avec un^ munificence digne de celle de son père. Au reste, quelques glorieux que soient ces souvenirs, M«' de Simony ne les rappelait jamais. Ceux même qui ont vécu avec lui dans Fintlmtté pendant un grand nombre d'années, n'ont appris qu'après sa mort rillustration et l'antiquité de sa famille, et je ne sais si jamais un mot a trahi son alliance avec la famille de Bofôuet.

Le jeune de Simony fut, dès l'enfance, destiné par ses parents à l'état e<>clésiastique; je sais tout ce que l'on peut dire contre ces arrangements de famille auxquels des intérêts terrestres n'étaient pas toujours étrangers; mais si nous sommes obligés de reconnaître que des calculs humains ont fait entrer dans l'Eglise des hommes q^K) leurs aptitudes et leurs goûts appe-

i9% ORÀISOII rUNÈBKK

latent d'un autre côté, pourquoi ne conviandrait-on pas aussi que la piété de parents désireux de voir l'un de leurs enfants exclusivement consacré au culte des autels pouvait lui obtenir la grâce d'une sainte vocation ?

Samuel, l'un des plus saints personnages de l'ancienne loi, ne fut-il pas promis à Dieu longtemps avant sa naissance? Sa pieuse mère le conduisit dans le temple, aussitôt qu'il fut en Âge d'y être reçu ; et ce n'était encore qu'un enfant, que déjà le Seigneur était avec lui, et que pas une de ses paroles ne tombait à terre, ainsi qu'il est dit de lui.

Quoi qu'il en soit, le jeune de Simony montra dès ses premières années les plus heureuses dispositions; peutêtre qu'il eut pu dire, avec le Sage, qu'il avait reçu en partage une bonne nature, une àme bonne : Sortitm sum animam bonam. 11 était à peine âgé de sept ans, lorsque ses parents le firent étudier dans le collège des Oratortens à Toulon; il ne tarda pas à s'y distinguer par des succès éclatants, mais beaucoup plus encore par une douceur admirable, une grande égalité de caractère, et dès ce premier âge par une solide piété. A l'âge de onze ans, il fut consacré par M*' de Vintimille. Cette cérémonie, ou plutôt ce premier pas dans la carrière ecclésiastique, fil une grande impression sur l'esprit du jeune clerc, quoiqu'il ne fut encore qu'un enfant; il considéra comme quelque chose de très-sérieux la promesse qu'il venait de faire au Seigneur, et à partir de ce moment il voulut constamment porter l'habit ecclésiastique, en témoignage de son renoncement au monde et de son engagement au service du Seigneur; il assistait constamment aux

DB H0N8EIGKBUR BB SIHONT. 423

offices de FEglise revêtu du surplis, et telle était Tédification que sod assiduité et sa piété donnaient alors aux fidèles, que vingt-cinq ans après, Rwlgré les agitations, et même les malheurs auxquels cette ville avait été en proie dans Tintervalle, le souvenir n*en était pas effacé. Là, sans doute, il contractait le goût des saints offices et cette admirable assiduité avec laquelle il y assista toujours pendant son long épiscopat, et cette ponctualité non moins admirable, qui fut cause que pendant le même laps de temps, et pour de si nombreux offices, jamais il ne fit attendre le chœur. Le nonce de sa sainteté à Paris, Me Fornari, à qui celte particularité fut racontée depuis la mort de M»' de Simony, la jugeait si remarquable, qu'il voulait qu'on en conservât le souvenir par écrit, ajoutant qu'il n'était pas impossible qu'on eut à en déposer un jotrr.

Cependant, le jeune abbé de Simony venait d'atteindre sa dix-septième année et de terminer ses éttides. Comme le diocèse de Toulon ne possédait à cette époque aucun de ces précieux établissements où les jeunes ecclésiastiques sont formés tout à la fois à la science, aux vertus et aux fonctions de leur saint état, les parents de M. de Simony durent penser à faire choix pour lui d'un des séminaires qui étaient alors en réputation, et méritaient la confiance des familles et des évêques ; ils donnèrent la préférence au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, séminaire où ont été formés tant d'illustres pontifes, tant de prêtres pieux et savants. Combien il dut en coûter à ces bons parents de se séparer d'un fils tel que M. de Simony, de se priver de la consolation si douce que leur donnait

4f4 ORA10O1I PUlfâBRI

inoessammeni cet enfant de bénédîotion. Mais ils Taîmaient en parents chrétiens, c'est-à-dire pour luimême et non pour eux; ne savaient-ils pas d'ailleurs qu'il ne leur appartenait plus depuis qu'ils l'avaient en quelque sorte eux-mêmes offert et comme consacré au Seigneur?

Le départ de M. de Simony fut marqué par [dusieurs circonstances que nous croyons ne pouvoir nous dispenser de rapporter. D'abord, il devait avoir pour eflEet de le séparer pour toujours de ses pieux parents, qu'il ne devait plus revoir ici-bas. C'était donc, sans qu'il s'en doutÀt, pour la dernière fois qu'il les embrassait; et c'était aussi pour la dernière fois qu'euxmêmes pressaient sur leur codur ce jeune homme sur lequel ils faisaient reposer tout à la fois leurs plus douces affections et leurs plus chères espérances.

Sans doute qu'à ce moment, l'àmesi bonne, si affectueuse du jeune abbé de Simony sentit un bien pénible déchirement. Mais ce qui dut y mettre le comble, ce fut la nécessité de se séparer de l'une de ses sœurs, de celle qui était le plus rapprochée de lui dans l'ordre de la naissance, et qu'une heureuse conformité de goûts, de pensées, de dispositions pour le bien unissait à son frère par les liens les plus intimes. Leur correspondance pendant les longues années de séparation, leur bonheur de se revoir lorsque la divine Providence leur en a ménagé plus tard l'occasion ; la peine profonde qu'éprouva, plusieurs années après, le cœur du saint évèque lorsque Dieu appela à lui cette sœur chérie; peine qui fit pour ainsi dire éruption, lorsque, voyant un matin celui des ecclésiastiques que sa position, et beaucoup d'années passées auprès du

DE MONSEIGNEUB: DB SIMONT. 425

saint évèqae avait fait entrer plus avant dans la connaissance de ses affections, il lui dit en l'apercevant, et avec une émotion tout-à-fait inaccoutumée : a J*ai perdu ma sœur! » On eut dit que Dieu venait de lui arracher tout ce qui rattachait encore au monde. Mais il faut bien dire aussi que dans une famille qui comptait tant de membres reeommandables, personne ne méritait plus que M*^* de Villers d'occuper un cœur comme celui de M<' de Simony. Rarement on. peut trouver une âme aussi bonne, aussi véritablement désireuse du bien. Lire ce qui s'imprimait sur les progrès de la religion et les travaux des missionnaires; s'intéresser à la gloire de Dieu et à tout oe qui peut la procurer; s'oublier entièrement elle-même pour ne penser qu'au prochain; voilà sa vie. Unie par l'amitié et aussi par la reconnaissance pour des services reçus, aux temps de nos troubles politiques, à une famille étrangère qui avait le malheur de ne plus professer la vraie foi, !!"• de Villers eut donné jusqu'à la dernière goutte de son sang pour la faire rentrer dans le sein de l'Eglise catholique; j'oserai presque dire qu'il n'y a pas une de ses nombreuses lettres qu'elle a écrites à son frère qui ne porte quelque trace de ce sentiment qui remplissait son cœur; pas un de ses entreliens intimes où son excellent cœur ne laissât échapper quelques vœux pour la conversion de ses amis ; pas une de ses prières où la demande de cette grâce ne trouvât place; et si un membre de cetle famille a eu le bonheur de reconnaître la vérité et de finir sa vie dans la profession de la vraie foi, je ne suis pas téméraire en assurant qu'après Dieu c'est à M"** de Villers qu'il en a été redevable. Hâtons-nous de revenir à

4M ORAI80N PUNÈIRB

M. Tabbé de Slmoiiy, que iDoa respect peur la mémoire de M"** de Villers vient de me faire oub&ier.

A Tépoque où nous place l'histoire de notre vénérable pontife, des hommes de bien que Dieu éclairait de ses himièresy et auxquels il montrait les épouvanta Mes progrès que l'irréligion et l'impiété faisaient chaque jour sous le nom trompeur de philosophie; des hommes de bien avaient fondé un étaÛissement dépendant du séminaire de Saint-Sulpice, dans lequel on se propor sait de recueillir les vocations naissantes afin de les mettre à l'abri de la séduction qui menaçait de tont envahir. C'est là que l'abbé de Simony fut j^acé à son arrivée à Paris. Il s'y fit remarquer par les mêmes qualités, les mêmes sucoès dans ses études, mais surtout par les mêmes vertus qu'à Toulon. On ne pouvait résister à l'empire que lui donnateut les grâces de son extérieur noble et simple tout à la fois, à la douceur de sa parole, dit l'historien de sa vie. Sa vertu aimable, l'innocence de ses m<»urs, la ferveur de ses prières, inspiraient à tous ceux qui l'approchaient un sentiment d'afiecitou mêlé de respect, sentiments que ses condisciples croyaient ne pouvoir mieux traduire, au témoignage de l'un d'entre eux, qu'en lui donnant le nom de petit Jésus.

Cependant, le moment de faire un nouveau pas dans la carrière ecclésiastiquie approchait po«ir lui; ses supérieurs l'avertirent q«i'it devait se préparer à recevoir les ordres mineurs. Abrs s'élève dans son cœur des inquiétudes dont sa foi et son grand respect pour la vocation au sacerdoce étaient l'unique source.

Pénétré de la sainteté du sacerdoce, il n'envisageait qu'avec frayeur ce sublime ministère, et jamais il

DE MOIfSCIGNBUR DE 81M0NT. 427

n'«Ai po de lai-méme se décider à y entrer, à eaose de ce qu'il appelait son indignité. Destiné d^ailleurs dès le berceau à l'état ecclésiastique, il craignait que sa vocation ne fut pas pure devant Dieu; il craignait surtout que la pensée n'en eut été inspirée {mr des vues humaines, et il fallut que les hommes de Dieu , en qui il avait mis toute sa confiance, le rassurassent sur tous ces points pour qu'il se décidât à être minoré.

Nous avons vu qu'à son arrivé à Paris il avait été dans un établissement fondé en vue de préserver les vocations à l'état ecclésiastique que l'esprit du temps mettait grandement en danger. La même pensée porta le pieux et zélé fondateur de cette maison à en étnldir une du même genre pour de plus jeunes enfants. Il était clair, en effet, que pour sauver la génération , il ne suffisait pas de s'occuper de la jeunesse; dans beaucoup de cas, il eut été déjà trop tard. M. Nagot, celui qui avait décidé Fabbé de Simony à recevoir les ordres, et qui avait reconnu en lui de grandes ressonrces pour le bien et même de remarquables qualités pour l'œuvre si importante qu'il méditait, lui proposa d'entrer dans cette maison en qualité de professeur. L'abbé de Simony accepta avec joie la part qu'on lui offrait de prendre à cette œuvre de si haut intérêt. Ce fut pour lut une occasion précieuse de mettre en lumière les qualités de son esprit et de son cœur. Plein d'affection pour les enfants, lui-même s'en faisait aimer avec tendresse; et telle était la confiance qu'ils avaient en lui, qu'ils le faisaient confident de leurs désirs les plus chers, de leurs pensées les plus intimes, et qu'ils eussent voulu ne le quitter jamais.

498 OEÀlSOlf FUNÈBRE

Malheureusement, cet établissement si sagement conçu, si parfaitement dirigé, et qui pouvait rendre aux familles de si éminents services, ne dora qu*un moment. Envahi et livré au pillage dans ces jours malheureux où une partie de la nation semblait atteinte d'une fièvre frénétique, il devint en quelques instants désert; les élèves furent dispersés, les pro* fesseurs maltraités et réduits à prendre la fuite. L'abbé de Simony ne pouvait songer à retourner à Toulon, où déjà la dure main du malheur commençait à peser sur sa famille; il se fixa à Bellegarde, près des parents d'un de ses élèves qu'il leur avait reconduit, et qui lui fit les plus vives instances pour ne pas être séparé de lui.

Jusqu'ici, nous avons vu le jeune ablié de Simony dans une situation conforme à son caractère et à ses goûts; dans sa famille, il s'est moniré enfant docile et respectueux; au collège de Toulon, étudiant pieux et appliqué; au séminaire de Saint -Sulpice, élève ecclésiasliqoe fervent; à la maison d'issy, professeur intelligent, ou plutôt ami et père de ses élèves. Maintenant, jeté qu'il va être par la tourmente révolutionnaire dans une carrière pleine de dangers de toute sorte, que fera-l-il?

Longtemps on ignora autour de lui qu'il avait été à l'armée. Jamais, pendant les longues années de son épiscopat, il ne parla de cette particularité, bien diflférent de ceux qui, ayant passé par des circonstances pour lesquelles ils n'étaient pas faits, trouvent généralement un secret plaisir à le raconter, le peu qu'en a su celui qui vécut le plus longtemps avec lai, il l'apprit de M. l'abbé Lelourneur qui, sans doute, respec-

DB lfON8BI«llBUR BB 8IX0NT. 4t9

laBt lu^mème le secret de son ami, n'en parla jamais qu'une fois e( n'eiLdit que peu de mots.

Les revers que les armées de la république avaient éprouvés sur plusieurs points, au commencement de Tannée 1793, firent décréter une levée en masse de tous les jeunes gens en état de porter les armes. L'abbé de Simony ne fut point exempt des effets de ce décret, et il dut, quelle que fut sa répugnance, entrer ddn& les armées républicaines. Cette répugnance n'était point te résultat de la crainte des fatigues ou des périls; il appartenait à une famille qui depuis plusieurs siècles les bravait sur terre et sur mer. Mais qu'on se figure ce que devait éprouver un jeune ecclésiastique obligé d'écbanger le calme et la douceur de la vie des séminaires contre l'agitation et la licence des camps; et surtout lui, dont Tàme était si juste, si compatissante et si généreuse, obligé d'aller combattre ces Vendéens qui, au dire des agens du gouvernement même, ne s'étaient révoltés que parce qu'on leur avait àié la liberté de demeurer chrétiens et de servir Dieu. Mais le Seigneur, qui n'abandonne jamais ceux qui l'aiment, prit un soin tout particulier de son serviteur jusqu'au sein des armées* L'ascendant que donne la vertu, l'estime et presque la vénération qu'inspire l'innocence de la vie et la douceur des moeurs, jointes à tant d'autres qualités dont était doué M. de Simony, lui gagnèrent en un instant le cœur de ses compagnons d'armes. Bientôt on lui donna un emploi dans la comptabilité qui le dispensait de tout service ordinaire, et surtout le préservait de ce qu'il redoutait le plus, la n^^essité de verser le sang de ses frères. Et tel était le respect qu'il inspirait à ses chefs eux-mêmes, qu'à

430 OmÀlSOIf FUNÈBIB

une époque où les uns blasphémaient la religion, les^ autres pillaient les temples, renversaient les autels ou immolaient ses ministres, et où le plus grand nombre peut-èlre, moitié par respect humain, moitié par crainte des persécutions, affectaient une impiété qui n'était pas dans leur cœur, M. de Simony obtenait de ses chefs la permission d'aller à la ville voisine pour y remplir ses devoirs religieux. Nos livres saints font un grand éloge de Tobie encore jeune; jamais, disentils, on ne remarque rien de puéril dans ses œuvres, et dans un temps où tous ceux de sa connaissance allaient adorer le veau d'or qu'un roi prévaricateur avait fait placer à Bethel et à D^n, lui seul allait adorer le Seigneur à Jérusalem , selon que l'ordonnait la loi. Il fuyait les réunions de ceux de son âge, à cause des abus et peut-^tre des désordres qui régnaient parmi eux. Heureux jeune homme, demeurez ferme dans votre foi, le Seigneur peut permettre que vous soyez éprouvé; mais il vous soutiendra dans Tépreuve, et il ne vous refusera pas un jour la consolation que vous attendez de lui seul!

Il était bien près, le moment de cette épreuve redoutable. A l'époque dont nous parlons, la ville de Toulon était en proie aux malheurs d'un siège que tout le monde connaît. La famille de Simony y perdait le plus jeune de ses membres, et le respectable chef de cette famille était obligé d'aller chercher sur la terre étrangère, au milieu de mille périls, et avec des privations infinies, un asile que la terre de France ne pouvait plus offrir à ceux qui pensaient comme lui. Combien celte affliction fut sensible pour l'abbé de Simony; son cœur si aimant et si bon était brisé à la

BIS HONSSIGNBUR DlB StHONT. 431

pensée des privations auxquelles les «iens devaient nécessairement être exposés sur la terre d'exil.

Mais en même temps sa foi et sa confiance en Dieu le soutenaient; et l'on peut dire que s'il éprouvait une vive affliction des malheurs qui pouvaient atteindre sa famille, sa seule crainte était la crainte de Dieu. ^

L'événement montra bientôt que les inquiétudes de M. de Simony au sujet des siens n'étaient que trop fondées. Son respectable père retiré à Carthagène, en Espagne, accablé de peines, soumis à mille privations, et en proie aux infirmités de la vieillesse, mourut éloigné des siens; et ses enfants eux-mêmes furent privés de la consolation d'aller prier sur son tombeau.

Mais, pour les serviteurs de Dieu, le temps des épreuves et des peines n'est jamais très -éloigné du moment des consolations, et le Seigneur ménageait à M. de Simony, une position dans laquelle devait se passer, à peu près en emier, le reste du temps qui devait précéder sa rentrée au séminaire.

Quand on observe ce qui se passe parmi les hommes pervers, on est quelquefois étonné de la manière dont ils se rencontrent et se devinent; on dirait que l'instinct du mal leâ révèle l'un à Tautre, et qu'ils se connaissent avant de s'être vus. Heureusement, pour la consolation des gens de biens, quelque chose de plus remarquable encore se remarque dans les desseins de Dieu sur ses amis.

Tobie cherche un guide qui puisse conduire son fils dans un pays lointain que ce jeune homme ne connaît pas, et voilà qu'un ange en habit de voyageur s'ofi^re à sa vue, et se charge de le conduire et de le ramener

488 omAisoif foifiiRS

sâtQ et saaf . Qoelqtte cboM de seinblaUe se iroi4 ici ea la vie de M. de Simony.

Deux pefficrtmes très-disitogaées par lecii* Bdissance, mais bien plos grandes encore par leor venu, ne con*» servaient de trois enfouis nés de leur mariage qu'un fils âgé de dix ans. La dMicatesse de santé de cet enfant, et sans doute plus encore le désir de conserver intacts ses mœurs et sa foi, portaient M. et M"^ de Sully a désirer ardemment de trouver un maître au^ quel ils pussent confier avec une parfaite sécurité Péduoation de oe cher fils. En ce même temps, la difine providence faisait obtenir à M* de Simony un congé qui lui permettait de venir reprendre à BeUegarde les modestes fonctions d'instituteur qu'il avait acceptées par attachement et par reconnaissaBce au sortir de Fétabliwemeat d'Issy ; puis, efle rapprochait par un de ces moyens connus d'elle, des personnes si bira faites pour se comprendre et s'estimer; elle levait tous les d>stacles qui pouvaient s'opposer au vœu de M. et Bf^* de Sully ; et M. de Simony se trouvait atMi ramené providentiellement à sa première Vocation, celle pour laquelle il avait reçu de Dieu tant de goût et d'aptitude, celle d'élever la jeunesse.

L'oeuvre qu'il entreprenait n'était pas sans grandes difficultés; à la vérité le jeune de Sully avait reçu de Dieu de remarquables dispositions pour le bien, mais il avait aussi une ardeur de caractère et une impétuosité de désirs qui annonçaient que l'âge des passions serait chez lui un temps de i^ouiable tempête.

M. de Simony se livra à cette œuvre avec une grande défiance de lui-même, malgré les dispositions que Dieu lai avait données pour ta conduire à bonne fin, mais

Page 1