‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 115 sur 118 · DE HONSKIOKEUR DE SIM^NT · texte numérisé non relu

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aussi avec une grande confiaDce en Dieu et une application admirable. Le succès dépassa toutes les espérances; donner à son élève toute i'instri«Dtion que pouvaient réclamer les diverses circonstances dans lesquelles devait naturellement se passer sa vie; le préparer aux importantes fonctions auxquelles Dieu pouvait l'appeler un jour, comme sa naissance et sa fortune semblaient déjà Vy destiner; tourner ce cœur ardent et impétueux vers la pratique des grandes vertus et la solide piété; le disposer aux œuvres utiles que sa fortune, quoique notablement amoindrie par les événements du temps, pouvait encore lui permettre de faire en suivant les traces de ses pieux parents; lui inspirer ce calme de cœur, cette modération de désirs, cet empire sur ses penchants, qui élèvent le chrétien si fort au-dessus des plus illustres philosophes de l'antiquité; tel était le but que se proposait M. de Simony et qu'il eut le bonheur d'atteindre au-delà de toutes les espérances.

Le jeune de Sully, merveilleusement préparé à cette importante action, qui exerce le plus d'influence sur le reste de la vie, la première communion, ne cessa de montrer par une conduite sage, prudente et pieuse, c'est-à-dire conforme en tout aux instructions qu'il avait reçues, de quelle imporUmce et de quel prix est, pour un jeune homme, une éducation vraiment ehré-* tienne.

Dans toutes les circonstances qui marquèrent sa courte existence, à la mort de M. de Sully son père, plus tard, à l'époque de son entrée dans le monde; plus tard encore, quand sa santé l'obligea de vivre plus retiré et d'éviter toute fatigue inutile; et en6n,

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quand il connoi que sa carrière s'avançait et quMl n'avait plus longtemps à vivre, le jeune Maiiroili^d de SuUy se montra toujours solidement chrétien. Toute Tambition de sa pieuse mère avait été de voir M. de SuUy> dont elle s'estimait heureuse d'avoir possédé le cœur, reçu les conseils, admiré les exemples, revivre dans son fils. Dieu exauça son pieux désir, et si la mort prématurée de ce fils vint renouveler et aggraver la douleur qu'elle avait ressentie de la mort de son époux^ sa grande âme trouva dans les sentiments de son fils mourant la plus douce, la plus précieuse des oonsola tiens, celle de penser que trois oœurs qui avaient été unis sur la terre par les liens d'une si tendre afiTection, se retrouveraient unis de nouveau dans le sein de Dieu, pour ne se plus quitter jamab. Cette jeunesse passée si sagement, cette mort si chrétienne, forent, il ne faut pas en douter, le fruit des exemples et des loçons du pieux maître ; ^nais ce que nous devons surtout remarquer ici, c'est la révélation, si je^puis ainsi parler, de Tinstruotion si solide et tout à la fois si variée de M. de Simony, de sa parfaite connaissance du monde, de son admirable discernement à l'égard des hommes et des choses, et peutêtre plus que tout cela encore, la haute sagesse qui se montre dans ce guide qu'il avait préparé pour son élève, et que la providence a voulu nous conserver. Chose étrange, ou plutôt digne d'être admirée de tous, il a fallu que de simples notes ignorées jusqu'à la mort, des lettres de famille, des circonstances passées d^uis longtemps et providentiellement conservées, soient venu nous faire connaître tout ce qu'il y avait de véritable scienoe dans M. de Simony, et qu'avaient

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à peine soupçonné ceux mêmes qui ont vécu le plus longtemps et le plus intimement avec lui !

Nous disions en commençant , mes frères , que le caractère distinctif de la vie de M*' de Simony était la piété, et que c'est à elle qu'il a dû le bonheur de sa vie, comme c'est à elle qu'il faut attribuer les œuvres que nous lui verrons faire plus tard en faveur du prochain. Ëh bien, il me semble que la vérité de cette appréciation devient sensible, évidente même par les détails dans lesquels nous venons d'entrer; car, remarquez-le bien. Messieurs, par la piété, il ne faut pas entendre uniquement, comme on le fait d'ordinaire, une certaine tendresse de cœur jointe à des sentiments de religion qui fait trouver de la douceur dans les saints offices, la prière et la fréquentation des sacrements. La piété est cela sans doute, mais elle est aussi plus que cela. C'est l'obéissance constante d'un bon serviteur aux volontés de son maître ;o'est la fidé^ lité d'un disciple à suivre les exemples et les leçons de celui qui l'instruit; c'est la probité d'un ouvrier qui exécute consciencieusement les trarvaux qui lui cmt été commandés ; c'est le dévouement sans bornes d'un svijet aux intérêts de son prince ou à la gloire de la patrie ; c'est enfin la respectueuse tendresse d'un enfant bien né pour son père : tous sentiments dignes de la plus haute estime et qui doivent avoir, on l'avouera, la (dus grande comme la plus salutaire influence sur la vie. Or, je vous le demande, qui peut avoir donné à H. de Simony, avant même que son élévation au sacerdoce lui eut fait sentir la nécessité de tendre à la perfection; qui peut lui avoir donné la pensée de dissimuler ainsi tout ce qu'il y avait en lui

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de trésors cachés? qui peut avoir fait taire dans son cœur ce désir de paraître, si naturel à notre vanité? qui peut surtout Tavoir rendu si attentif sur lui-même qu'on peut avoir passé plus de vingt ans près de lui sans l'avoir bien connu sous ce rapport? Point d'autre cause que la piété, Messieurs; disciple fidèle du divin Maître, il l'avait pris en tout pour son modèle : Le Christus non sibiplacuit de saint Paul, Varna nesciri du pieun auteur de VlmUation, voilà l'explication de ce que je ne crains pas d'appeler un véritable phénomène.

Et ce calme admirable qui fait, on n'en peut douter, le bonheur de la vie ; et cette force d'àme qui ne se laisse ni abattre par la mauvaise fortune ni enfler par la puissance ou la faveur; et celle constance qui fait marcher d'un pas égal dans la voie droite, quelque soient les difficultés des circonstances; et cette régularité qui ne se dément pas plus au milieu des camps et des troubles de la guerre qu'au sein de sa famille el du tutélaire abri du séminaire; et cette fidélité à la foi qui trouve le moyen d'accomplir les devoirs de la religion dans un temps ou les plus hardis n'eussent pas osé en prononcer le nom ; à qui en fut-il redevable? à la piété. La piété est utile à tout, avons-nous dit d'après saint Paul, ad omniq uHHs est. Gomme elle se nourrit d'espérance et qu'elle repose sur la foi, elle possède la clarlé, le flambeau de l'une et la solidité de l'autre. Si par moment les ténèbres se foni autour de l'homme, la piété lui présente aussitôt le flambeau des vives lumières de la foi; ses incertitudes, ses doutes, ses obscurités disparaissent. Si son frêle vaisseau agité par la tempête des passions ou des événe^

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tnents qui bouleversent le monde est sur le point de s'abimer dans les flots de cet océan qui ne connaît pas de calme, il s'appuie sur celle ancre de Fespérance qui ne laissa jamais périr quiconque sût s*y attacher; et de là, le cœur tranquille et Toeil serein, il contemple sans émolion et sans crainte pour lui-même du moins, ces épouvantables bouleversements dont noire histoire, ou plutôt l'histoire du genre humain tout enlier nous offre tant et de si mémorables exemples.

Oui, grand apôtre et sublime génie, la piété est utile à tout ; les hommes s'agitent sans cesse au milieu de ces objets du temps dans lesquels ils ont l'imprudence de placer leurs affections et leur bonheur; et, à peine ontMls obtenu ce qu'ils poursuivaient si vivement, qu'ils s'en dégoûtent et le méprisent, semblables à l'enfant capricieux qui brise le jouet pour lequel il a pleuré, ou au malade qui répousse avec dégoût l'aliment qu'il demandait avec instances; ohl qu'ils seraient bien plus sages d'écouter ce simple mot que vous avez adressé à votre disciple Timothée : Fili, exerce teipsum ad pietatem, mon fils, exercezvous à la piété. Vous étudiez les lettres, les sciences et les arts : je ne blâme point celle étude qui agrandit et perfectionne l'âme ; vous étudiez les lois, vous vous épuisez à classer le texte de nos codes ou les arrêts des cours qui en fixent le sens et forment la jurisprudence : vous faites bien, puisqu'il faut des hommes qui rendent la justice ou protègent l'innocent; vous vous appliquez à la navigation, au commerce, aux affaires : vous ne faites pas mal, puisque ces diverses professions sont honnêtes et -peuvent être exercées honorablement. Mais, considérés en eux-mêmes, ces

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difTéreols exereioes D'auronl assorément qa'une utilité modique, une utilité de quelques années : nam corporalis exercitio ad modicum utilis est; une utilité qui n'est d'ailleurs pas le bonbeur. Il n'en est pas ainsi de la piété : elle est réellement utile à tout, ad otnnia uiiliê est. Si je vous disais seulement qu'elle a les promesses de la vie future, je vous présenterais un motif que peut-être vous appréciez peu; mais j'en ai un plus puissant à offrir à votre amour pour la vie présente, c'est que la piété a le secret d'y faire trouver le bonbeur : promisswnem habens vit» qu» nunc est et futur».

Revenons à M*' de Simony. Dieu avait réuni à M. le duc de Sully ce cher fils qu'il avait laissé avec tant de confiance entre les mains d'un maître cbéri, au sujet duquel il lui avait dit au moment de sa mort : Je suis heureux de vous laisser entre les mains d'un tel ami. M"^ de Sully avait terminé son utile plutôt que longue carrière, et était allé se réunir dans le ciel aux personnes qu'elle avait le plus aimées sur la terre. Me de Simony avait donc rempli jusqu'au bout l'importante mission dont il avait été chargé. Redevenu libre, il ne put oublier qu'il appartenait à l'Eglise, et il se disposa à centrer au séminaire de Saint-Sulpice pour reprendre cette carrière que les événements de la fin du siècle dernier l'avaient forcé d'abandonner pour un temps. Ici, à proprement parler, commence la seconde partie de sa vie, et elle sera tout naturellement l'objet de la seconde partie de ce discours.

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