CHAPITRE lY. S
M. Dubourg dat bientôt s'applaodir da coopérateur plein de zèle que lai donnait M. Nagot pour assurer le succès de son œuTre naissante. L'abbé de Simony avait tout ce qu'il fallait pour la faire réussir : une douceur inaltérable, des manières aimables et engageantes, une égalité d'humeur qui ne se laissait jamais surprendre par la moindre impatience; et cependant un ton ferme quand il le fallait, un talent particulier pour se faire obéir sans réplique, et en même temps pour gagner l'affection des enfants, lors même qu'il les reprenait ou les punissait de leurs défauts. C'est qu'en effet il les aimait lui-même tendrement, et qu'il ressentait pour eux, au dire de ceux qui l'ont connu, toutes les émotions, tous les empressements, toutes les inquiétudes de l'amour maternel. Aussi, en retour, les enfants aimaient M. de Simony comme on aime une mère. Ils auraient voulu toujours être avec lui; ils en faisaient leur conseiller de tous les instants, leur confident et leur consolateur dans toutes leurs petites peines. Quelques-uns d'entre eux, qui appartenaient à des familles très* distinguées, et qui occupent aujourd'hui des positions éminentes , se rappellent encore avec délices, dans un âge avancé, leurs premières années passées sous la direction d'un maître qu'ils aimaient comme un père, et pour lequel ils ont conservé la plus tendre affection.
Malheureusement un établissement aussi utile dura peu ; depuis l'ouverture de l'Assemblée législative, la persécution déclarée devenait de jour en jour plus imminente pour le clergé demeuré fidèle. A cette épo(]ue, comme on sait, les biens du clergé avaient été envahis, la constitution civile décrétée, le serment prescrit à tous les prêtres en place, sous peine de destitution; bientôt des décrets atroces vinrent frapper de la déportation tous les ecclésiastiques dont la conscience répugnait au serment. La royauté ayant suc-
combé de fait dans la nuit du 10 août 1792, rien ne s'opposa plus à la promulgation de ces lois cruelles, rendues contre les ministres de l'Eglise restés fidèles. L'exécution en fut confiée aux jacobins, qui se livrèrent aux recherches les plus actives, aux visites domiciliaires les plus sévères pour découvrir les prêtres non assermentés, qu'ils entassaient par centaines dans les cachots ou dans des couvents transformés en prisons.
L'institution de M. Dubourg ne pouvait échapper au zèle soupçonneux de ces furieux démagogues. La maison fut livrée au pillage, les élèves en furent expulsés violemment et les professeurs maltraités et poursuivis. Peu s'en fallut que ces derniers avec M. Dubourg n'allassent rejoindre les supérieurs et les directeurs de presque toutes les communautés ecclésiastiques de Paris, qu'on traînait dans les prisons à chaque heure du jour et de là nuit. M. Dubourg et l'abbé de Simony, après avoir mis en sûreté les enfants qui leur avaient été confiés, parvinrent à se soustraire aux mains des brigands, ainsi que M. Lucotte, mort il y a quelque temps, chanoine de la métropole de Paris. Tous trois ayant pris des habits laïques partirent avec un de leurs jeunes élèves, qui appartenait à une bonne famille du Gatinais, et qu'ils reconduisaient à ses parents. Ils arrivèrent heureusement à Bellegarde, d'où M. Dubourg se rendit dans sa famille, à Bordeaux, et de là en Amérique.
Ce fut quelques jours après son arrivée à Bellegarde que l'abbé de Simony apprit les horribles massacres des 2 et 3 septembre, où la religion et la patrie virent couler sous le fer des égorgeurs le plus pur de leur sang. Parmi les quatre cents prêtres qui succombèrent dans cette épouvantable boucherie, M. de Simony eut à pleurer plusieurs de ses anciens maîtres, et en particulier l'abbé de Savine, supérieur de la communauté des clercs de Saint-Sulpice. Le règne dé là terreur et
CHAPITIB T. 34
da sang étaH inauguré, et ces scènes atroces allaient se reproduire sur tous les points de la France. L'abbé de Simcmy tie pouvait, sans s'exposer à un danger manifeste, retourner à Toulon où son père, déjà dé* nonce comme suspect, était à la veille d'être destitué pour ses opinions religieuses et royalistes. La famille où il se trouvait le pressa instamment de passer à Bellegarde les jours mauvais, et de continuer ses soins à leur enfant, qui ne voulait plus se séparer de son jeune maître. L'abbé de Simony se rendit aux instances qui lui étaient faites , après avoir obtenu le consente* ment de H. de Simony, son père.
Le malheur commençait à s'appesantir sur cette vertueuse famille, si digne d'un meilleur sort. La mort lui avait enlevé, deux ans auparavant, son ange tutélaire, M~ de Simony, modèle de piété et de vertu; Dieu avait voulu lui épargner le triste spectacle de l'infortune de son époux et de ses enfants, dépouillés bientôt de leurs biens et de leuns places, et presque réduits à l'indigence pour cause de fidélité à leur légitime souverain.