CHAPITRE V
L'abbé de Simony est appelé à servir dans les armées républicaines. — Estime et affection que ses chefs et ses compagnons d^armes ont pour lui. — Sa fidélité à remplir ses devoirs religieux. — Malheurs de sa famille après le siège et la prise de Toulon. — Lettre à sa sœur sur la mort de son jeune Itère et l'émigration forcée de son père. — Il la rassure sur le prétendu changement de ses premiers sentiments. — Visite que sa sœur lui fait à Bellegarde. — Nouvelle lettre bu sujet de ses opinions. — H lui firit part de ses espérances pour l'avenir.
Vabhé de Simôuy ne jouit pas longtemps de l'asile qui lui était si généreusement offert, et il fut bneoXà^
lui-même soumis à de pénibles épreuves. Au commencement de Tannée 1793, les échecs que les armées de la république venaient d'essuyer en Hollande et en Belgique, et Tinsurreclion de la Vendée,, firent décréter la levée en masse de tous les jeunes gens, et bientôt des habitants de tous les districts voisins de la Vendée, depuis Page de quinze ans jusqu'à cinquante. Uabbé de Simony fut contraint de faire partie de l'armée républicaine destinée à comprimer le mouvement de la Vendée. Fils d'un militaire voué toute sa vie à la défense de son pays, ce n'étaient ni les fatigues ni les dangers de la guerre qu'il appréhendait. Il avouait plus tard, au contraire, que si ses parents l'eussent laissé libre, ses goûts lui auraient fait embrasser la carrière des armes. Aussi toujours il conserva pour cette profession une grande estime. En toute occasion il témoignait une affection marquée à ceux qui la suivaient ; il les accueillait avec empressement, et il aimait à relever les sentiments d'honneur, de courage, de dévouement, de loyauté, de franchise, qui distinguent le soldat français. Mais alors, quel honneur et quelle gloire les soldats français pouvaientils se promettre dans cette guerre exterminatrice faite aux malheureux Vendéens, « peuple naturellement porté à l'amour de la paix, au sentiment de l'ordre, au respect de la loi, pour qui la religion était devenue la plus forte et l'unique habitude de la vie*, » et qui ne se fut point révolté contre les nouvelles institutions politiques, si on lui eut laissé intacts sa religion, ses prêtres et ses autels ^ ?
^ Rapport de Gensomié et de Gallois à rassemblée législative, 9 octobre 1791.
' La grande insurrection vendéenne ne fut dans son principe que l'héroïque élan d'un peuple religieux et jaloux de ses droits
3ui se croisait contre la république moins pour la restauration u trône que pour la défense de ses autels et de ses libertés. (J. Sandeau.)
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HoHê avoû^ YU qa'il étdil dans la naiore de Joies de Simofiy de produire, dans tous ceax qui le voyafeni, oti senlimeùt involoniaire de respect, de oonfianoe el d'attachemeûi, glorieux privilège d'une vertu qui n'a jamais faibli, et d'une douceur inexprimable qn^on voyait peinte dans son regard et dans tous ses traits. Ce double prestige de la vertu et de la bonté l'envi^ ronna jusqu'au milieu des camps. Il n'était pas arrivé de quelques jours à l'armée, qu'il avait su gagner l'estime de tous ses chefs, et, au témoignage d'un de ses compagnons d'armes, leur inspirer même une espèce de vénération. D'un commun accord, ils le dispensèrent de toutes les épreuves imposées aux jeunes soldats, et lui donnèrent un emploi dans la comptabilité des armées où il devint bientôt quartier-maître. 11 bénit le ciel de lui avoir ainsi fait éviter ce qu'il regardait comme l'un des plus grande; malheurs : combattre contre des frères et verser le sang français.
Ses fonctions le mettaient en rapport continuel avec toute l'armée, et il les remplit de manière à mériter bientôt la confiance et l'afiTection de tous sans exception. Il en reçut encore, il y a quelques années, des témoignages bien touchants. En 4845, au retour d'un voyage qu'il fit dans le Midi, il s'arrêta quelques jours aux environs d'Orléans, dans cette même famille où il avait été reçu en 1792. Le maire d'Ingrannes, village voisin, âgé de 75 ans, qui l'avait connu à l'armée, et qui ne l'avait pas revu depuis, fit tout exprès quatre lieues pour avoir, disait-il, le bonheur d'embrasser son ancien quartier-maitre. Ce bon vieillard avait conservé pour Mt' de Simony une affeciion si vive, qu'il la lui témoigna, nous dit la personne qui nous transmet ce trait, avec un enthousiasme qui n'est pas ordinaire aux gens de notre pays. On se fera du reste une idée de l'ascendant que M. de Simony exerçait sur 6ed compagnons d'armes, et du respect qu'il com-
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mandait, quand on saura que, dans un temps où l'on ne pouvait guère pratiquer sa religion sans s'exposer à être persécuté, et pendant une guerre où le mépris et la profanation des choses saintes étaient comme à Perdre du jour, M. de Simony obtenait de ses chefs la permission d'aller remplir ses devoirs religieux à la ville voisine.
Il eut bientôt besoin de toute la force que donne la religion pour supporter les malheurs qui venaient de fondre sur sa famille. A Pexemple des grandes villes du Midi, Toulon jvait protesté contre le triomphe de la Montagne sur le parti de la Gironde, au 34 mai 4793. Les fédéralistes, maîtres de la ville, y avaient exercé de sanglantes réactions. Deux conventionnels furent envoyés avec Tappareil des supplices et un décret qui mettait la ville de Toulon hors la loi, et livrait en masse sa population au glaive. Réduite à cette extrémité, cette malheureuse yille prit le parti désespéré d'ouvrir son port aux alliés, défenseurs de Louis XYIl et d'arborer le drapeau blanc. La ville fut reprise, en 1794, par les troupes de la république, après un siège de plusieurs mois, où le plus jeune des fils de M. de Simony fut tué. Les alliés, fort indifférents, il faut le dire, aux malheurs qu'ils attiraient sur la ville et sur ses habitants, livrèrent aux flammes, en partant, l'arsenal, les magasins de mâture et les vaisseaux désarmés dans l'intérieur du port. Les Toulonnais, de leur côté, avertis par le sort lamentable de la ville de Lyon des supplices que leur réservait la Convention, se précipitèrent en masse pour émigrer sur les vaisseaux ennemis, et échapper ainsi à un massacre inévitable.
La maison de Simony était en possession depuis plusieurs siècles de sacrifier sa fortune et son sang au bien de l'Ëtat. Pour cette noble cause, le père de M. Jules de Simony avait vendu la terre de Brouthières, eii Champagne, la dernière qu'il possédait en France.