‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 20 sur 118 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

M. de Simony et ses enfaDis, dépooillés de tous leors biens, n'avaient plus à donner à la France que leur vie, sacrifice alors inutile dans un temps où toutes les avenues, celles de la vertu comme celles du crime, aboutissaient à un but unique, Téchafaud.

Ce vertueux père fut donc contraint, malgré son âge et ses infirmités, d'aller chercber avec ses enfants un asile et du pain sur une terre étrangère. Ces tristes nouvelles déchirèrent le cœur si tendre de son fils, M. Jules de Simony. Il ne se peut rien de plus tou* chant que ce qu'il écrivit alors à sa sœur : « Ta lettre m'a percé le cœur, ma chère amie. La mort affreuse de ce pauvre Charles laisse pour toujours mon âme en proie aux regrets. Hélas! qui ne serait sensible à sa charmante douceur!... Combien j'ai de douleur de me le voir enlevé sans avoir pu lui faire le moindre bien ! Hais enfin notre père, notre respectable père, vit encore, et je bénis la Providence. Cependant, à combien de chagrins sa vieillesse va-t-elle être en proie! Il voit sa famille dispersée; et peut-être se voit-il luimême privé du plus strict nécessaire. Pauvre papa! que ne puis-je lui consacrer les travaux de ma jeunesse et le nourrir de mes sueurs! Puisse le ciel lui donner la force de supporter le malheur de sa condition et exaucer les vœux que je lui adresse pour sa consolation! »

Dans cette même lettre, M. de Simony crut devoir rassurer sa sœur, M"* de Villers et son mari*, contre la crainte où ils étaient que ses sentiments ne se fussent modifiés au contact journalier de l'esprit révolutionnaire et des préventions qu'il pouvait inspirer.

« Ne crois pas, lui disait-il, que j'ai besoin auprès de ton mari de faire l'apologie de mes sentiments.

* M"« Ursule-Victoire de Simony avait épousé, le 2 février !789, M. André-Marie Rosnay de Villers.

36 VIE DE M0NSEI6NEUH DE SIMONY.

J'ai Texemple des vertus de mon père; puisr-je aim^ autre chose que la vertu? Les opinions politiques peuvent varier, mais les principes de justice restent toujours les mêmes. Quelque lieu que j'habite , sous quelque gouvernement que je vive, j'aimerai toujours ma patrie, mes proches, et serai toujours prêt à donner ma vie pour le bonheur de tous. Au reste, j'abhorre tous les crimes, quel que soit le parti qui les commette, je hais partout l'ambition, l'imposture, la mauvaise foi, l'injustice, et, que te dirai-je? je les ai vues par* tout; mais partout j'aime l'homme sensé, religieux, fidèle à son devoir, qui le remplit sans crainte et marche droit dans la carrière de la vertu. Tels sont les sentiments de Jules; tu le connais mal si tu penses qu'il tienne à aucun parti. 11 veut le bien de tous et donnerait son sang pour le procurer. »

On aime à voir dans un jeune homme dévoqé par tradition de famille aux principes monarchiques, cette indépendance d'esprit, cette généreuse indignation qui , s'élevant au-dessus des préjugés de parti , réprouvent les • excès sous quelque drapeau qu'ils s'abritent surtout à l'occasion des guerres de la Vendée où s'exercèrent de part et d'autre de sanglantes représailles.

A la fin de décembre 4794, quelque temps après le départ de son père et de sa famille pour l'émigration, M. de Simony obtint un congé de quinze jours et partit immédiatement pour Bellegarde, où M*** Chervaux le pressait de se rendre au plus tôt. Une bien douce surprise l'y attendait. A son arrivée, il trouva M°*« de Villers, sa sœur, qui, de la Suisse, où elle avait émigré avec son mari, tfavait pas craiint d'enire-

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prendre un voyage long et périUeox avec sa petite £iimll€ pour voir son frère bien-aimé et pleurer avec loi les malbeurs qui venaient de les atteindre. Laislons-la nous retracer elle-même cette courte seène de bonheur au miliea de ces temps de désolatiao.

a .... J^appris que mon frère chéri, mon cher Jules, avait obtenu un congé de quinze jours. Malgré tous les obstacles de ma positioa, les rigueurs de la saison et les difficultés des temps, je ne pc» me refuser au bonheur de revoir mon frère, peut-être pour la dernière fois, et je partis pour Bellegarde... Mon arrivée fut bien agréable ; la bonté et Fempressement de H*^ Ghervaux et de son fils, qui avait treize ans, le bonheur de retrouver Tami de toute ma vie me firent passer qnelques-uns de ees jours que je ne connaissais plas. Mais ce bon frère repartit bientôt peur le camp de Concourson (à cinq lieues de fieumur). Il me recommanda beaucoup la confiance en Celui qui gouverne tout pour sa gloire, me dit que nous devions l'avoir en vue en tout, le désirer par-dessus tout, et que connaissant sa puissance et sa bonté, il ne fallait craindre que lui. Sbs bons avis, sa tendresse pour mes petites filles et pour moi, me remontèrent beaucoup, et après son départ je restai affligée, mais soumise. 1)

M. de Simony avait eu besoin de toute sa logique pour pereoeder sa sceur qu'en servant forcément, mais fidètement la répuUique dans Femploi qui lui était confié^ il n'était nullement obligé d'approuver les principes et surtout ies excès du gouvernement qui pesait alors sur la France. Quelque temps après son retour à Tarmée, eUe lui reaoïtFelait ses craintes

à ce sujet. Au lien d'une apologie en forme, il lui répondit par cette lettre familière, entremêlée d'innocentes railleries : « M"**» Ursule mérite d'être grondée bien fort pour sa petite tête mal montée et pour son attachement à des préventions mal fondées. Mais bien que je sois fort tenté de me fâcher contre elle, elle a une façon de gronder si honnête que j'ai beau m'exoiter à lui en vouloir, je ne puis. Gomment, petite opiniâtre, lorsque je t'assure que je ne suis pas autre quant à la façon de penser, que ce que tu m'as toujours connu; que si tu en as jugé autrement, ce n'est qu'en saisissant mal certaines opinions qui n'appartiennent point du tout au fond de la question, et qui pourraient fort bien être raisonnables, tu ne cesses de me harceler, et tout en parlant de paix, tu ressuscites la guerre ; va, tu es heureuse que je ne sois pas près de toi pour te punir de ton acharnement. Je t'attaquerais avec tant et de si fortes raisons que tu rougirais de m'avoir si longtemps contrarié, et peut-être faudrait-il encore que je me misse en frais pour t'empêcher de te désespérer à force de regrets. Allons, petite femme, coudre et filer, c'est à quoi doivent se borner vos occupations. Cependant ce n'est pas ta faute si tu as de l'esprit et encore plus de raison, ce serait grand dommage qu'il ne te fût pas permis de t'en servir, et puis j'y perdrais aussi de mon côté; ainsi, toute réflexion faite, je veux bien encore que tu te mêles de raisonner, la république n'y perdra guère et j'y gagnerai beaucoup, pourvu qu'il me soit permis de ne pas me rendre toujours tant que j'aurai ou que je croirai avoir la raison de mon côté. »

Un petit trait qui se trouve à la fin de cette lettre

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