CHAPITRE YI
souhaitais me sacrifier poar lui; je tâcherai de lai payer ma dette par mes vœux et par mes prières. Il sera toujours présent à mon cœur, et le souvenir de ses vertus me confirmera- dans le bien. Ma chère Ursulette, que sa bonté, sa franchise étaient aimables! Comme il était attaché à ses devoirs, et dévoué au véritable honneur I II méritait d'être heureux, et cependant sa vie ne fut qu'un tissu d'infortunes. Dieu s'est réservé sa récompense, cet espoir me soutient, mon Ursulette ; que la religion est belle et consolante dans ces moments de privation et de douleur ! La séparation des personnes qui s'aiment, n'est point éternelle, elle est un moyen de réunion; nous retrouverons notre père, nous serons un jour unis à lui pour l'éternité.
» Je t'écris ma chère amie, au moment où j'ai reçu ta lettre, après avoir été puiser des forces auprès de celui qui en donne; tu es ma consolation comme tu es digne de mes affections; si mon amitié pour toi avait jamais eu des bornes, je pourrais dire que la perte que je viens de faire l'a augmentée; la mort des personnes que nous aimons semble nous attacher davantage à celles qui nous restent ; mais comme la conformité de nos sentiments nous unissait dans la tendresse filiale que nous portions à ce bon père, elle nous réunira dans les regrets éternels que sa perle nous laisse. André connaissait assez ce bon papa pour sentir vivement sa perte; il savait que son cœur était tout entier à ses enfants, que tout le bien qu'il n'a pas fait pour eux, il l'a toujours voulu faire, et que son impuissance en cela a été la cause de ses plus cuisants chagrins. Tous ceux qui ont connu notre père l'auront vivement
regretté, il avait été cher à tous les honnêtes gens; mais il est mort sur une terre étrangère, où l^on ne pouvait apprécier tout ce quil valait.
» Je te quitte pour écrire à Eugénie; je veux savoir quelles ont été les dernières volontés de mon père. Je veux recueillir ses dernières paroles, les circonstances de ses derniers moments; tout est cher et tout esl vénérable dans un père tel que celui-là. »
Depuis quelques années, oomme on Ta vu, M. de Simony avait été soumis à de douloureuses épreuves. Les malheurs particuliers de sa famille s'étaient joints, pour l'affliger, aux désastres de son pays. Ces leçons du malheur ne furent point perdues pour lui. Son esprit acquit une maturité précoce au milieu des enseignements de l'adversité. Loin d'en être abattu, il s'en servit pour fortifier son cœur contre une excessive sensibilité, et pour acquérir cette constante égalité d'àme, cette générosité de sentiments, cet esprit de détachement, qui plus tard se sont trouvés naturellement et sans effort, à la hauteur des plus grands sacrifices. 11 s'appliquait en toute occasion à faire passer ces mêmes sentiments dans Pâme de sa sœur. Elle recourait à son frère comme à celui que Dieu Un avait donné pour la consoler dans ses peines, et il lui écrivait à quelque temps de là :
«... Tes deux lettres m'ont fait le plaisir que je ne puis m'empêcher d'éprouver quand tu me parles cœur à coeur, mois j'y ai vu en mémo temps avec peine que la tristesse s'empare peu à peu de ton àme. Fais un appel, chère amie, à ta philosophie toute raisonnable, jo veux dire à ta religion, et rejette sur le Seigneur toute ta sollicitude. C'est lui qui se chargera de to