‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 25 sur 118 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

nourrir, de te fortifier; il a promis au juste de ne point le laisser toujours dans la misère et l'embarras. D'ailleurs, les peines et les douleurs ne sont-elles pas le partage de tout homme vivant sur la terre? je n'ai pas besoin d'aller en chercher bien loin des exemples; tu sais tout ce qui afflige le cœur si sensible et si aimant de M™* de Sully; sa religion seule lui fait éprouver quelque calme et Dieu ne lui épargne pas les maux parce qu'il veut que la résignation embellisse chaque jour sa couronne. Je vois bien quelques personnes qu'on appelle heureuses; mais, ou elles n'ont pas le bien véritable, je veux dire la grâce de Dieu, ou il faut les attendre à une certaine époque de la vie, où Dieu prend soin de leur montrer que la vie n'est qu'un passage, un moment d'épreuve, un jour de travail et de peine, et qu'il faut garder le repos et les jouissances pour le jour où il n'y aura ni variation, ni incertitude, ni révolution, ni terme enfin, ni durée. Je ne crois pas, ma chère, que tu trouves que ce que je viens de te dire est pure dévotion et mysticité. Il me semble que ce n'est autre chose que la raison. Je crois tellement que c'est la vérité, je me suis tellement convaincu par mon expérience personnelle et par ce que j'ai vu chez les autres, que nous sommes tout-à-fait aveugles dans nos désirs, et que ce que nous souhaitons est souvent ce qui doit nous être funeste, que je ne sais plus demander à Dieu autre chose que sa charité et sa volonté. Du reste, je me laisse sans crainte ballotter à sa Providence,, bien assuré de deux choses : l'une que Dieu sait mieux ce qui me convient que je ne le sais moi-même; l'autre qu'il ne me manquera jamais. Chère amie, ce que je

puis donc te dire de plus utile, c'est de ne point établir ton bonheur sur telle et telle position que tu regardes comme avantageuse, sur tel ou tel état, sur tel et tel événement, mais sur la bonté et la miséricorde de Dieu. Les biens du monde, il ne faut qu'un petit ver pour les corrompre et les détruire. La confiance en Dieu est inébranlable comme sa bonté et sa puissance, et éternelle comme lui »

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