‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 26 sur 118 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

Direction que M. de Simony donne à Téducation du jeune de Sully. — Sages avis qu*il lui adresse reUthrement aux résolutions de sa première communion. — U^^ de Yillers fiiit un second voyage en France pour voir son frère. — Joie qu'en éprouve M. de Simony. — Conseils sur la manière de se faire obéir des enfants. — Maladie et mort du duc de Sully. — Sentiments chrétiens de M. de Simony sur cet événement.

M. de Simony dirigea réducation du jeune Maximilien de Sully, depuis 4796 jusqu'en 4807. Les faits particuliers de sa vie, pendant cet intervalle, nous sont peu connus. M. de Simony, comme on sait, gardait on silence absolu sur tous les souvenirs qui pouvaient lui être honorables; d'un autre côté, presque tous ceux qui ont été alors les témoins constants de ses vertus, Font précédé dans la tombe. Nous ne pouvons nous empêcher de regretter les précieux détails que le jeune duc de Sully nous aurait transmis, s'il eut assez vécu , sur la vie intime de celui qu'il appelait son second père et son ami : son cœur nous eut redit tout ce qu'il devait à ses sages leçons et aux exemples de cette vertu consommée, qui, pendant douze années entières, ne laissa jamais remarquer, au témoignage de M™® de Sully, la plus légère apparence de faiblesse ou d'inconstance. Quelques lettres écrites à l'occasion d'événements plus importants, des notes sur divers points d'instruction et d'éducation, et un opuscule que M. de Simony composa tout exprès pour servir de

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gaide au jeune de Sully, à son entrée dans le monde, sont les seuls documents que nous ayons sur cette époque de sa vie. Il est vrai de dire que, si les faits particuliers nous manquent, ce dernier écrit nous en dédommage amplement; car nous y trouvons un excelleDt résumé de tout ce que M. de Simony a fait pour former l'esprit et le cœur de son élève, et, ce qui est plus précieux encore, toute la vie en quelque sorte de M. de Simony lui-même, réduite en maximes, et proposé au jeune duc de Sully sous la forme de préceptes et de conseils. Quant aux notes écrites de sa main, elles attestent un savoir aussi profond que varié. Nous insistons sur ce point, parce que ^humilité de M. de Simony, non moins grande que son savoir, a pu quelquefois donner de lui une opinion contraire. Non -seulement les auteurs classiques lui étaient fa^ miliers, mais parmi 1^ langues vivantes, il savait à fond l'anglais et PitaMen, et composait facilement lui-même des exercices sur ces deux langues. Personne assurément ne s'est jamais douté que M^ de Simony parlait l'italien aussi bien que le français, ^ que jusqu'à la fin de sa vie il aimait à lire les écrits de quelques bons auteurs italiens, en particulier les ser* mens du P. Segneri, les Annales des sciences religieuses, et quelques ouvrages ascétiques. Nous ayons dit l'étendue de ses connaisfiances dans les sciences positives, nous pouvous ajouter qu'il n'était presqu'aucun ouvrage sérieux de philosophie et de retigion qu'il n'eût lu, analysé et annoté, pour l'instruction de son élève.

Toutefois, la partie de Finstruction fut celle qui coûta lis moins de peine à M. de Simony. Maximilien

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de Sally, sans èlre brillaiil d^esprit et d'imaginalkHa, avait autant d'ardear que d'ouverture pour Fétude. Mais il était beaucoup plus difficile de dompter son naturel fougueux^ son humeur altière, ses penchants violents, joints à une crainte excessive des jugements des hommes et à une certaine facilité qui Texposait à céder à toutes les impressions. M. de Simony ne chercha point à dompter tout d'un coup ce caractère emporté qu'irritait la contradiction, mais il s'appliqua fortement à le tourner au bien, à lui faire embrasser la vertu avec ardeur, à lui inspirer des goûts, des inclinations, des habitudes qui lui rendissent doux et aimable l'accomplissement de ses devoirs. Ce fut à* l'aide de la religion seule qu'il voulut réussir dans cette oeuvre difficile. Il était persuadé que les motifs qu'elle présente, que les sentiments qu'elle inspire, que la pratique des devoirs qu'elle prescrit, suffiraient pour calmer peu à peu cette nature impétueuse, qu'une résistance trop brusque ne ferait qu'irriter. La suite prouva qu'il ne s'était point trompé. Tous ces défauts qui avaient donné de si vives inquiétudes pour l'avenir, disparurent successivement, et dans un âge comme dans une fortune qui ne permettent ordinairement rien de modéré, le jeune de Sully devint un modèle de raison, de sagesse et de vertu.

Ce fut surtout à l'époque de sa première communion qu'on vit s'opérer une révolution [complète dans son caractère. M. de Simony l'avait préparé à cette grande action avec tout le soin qu'on pouvait attendre d'un cœur nourri depuis longtemps du goût et des sentiments d'une piété tendre et affectueuse. Cette touchante cérémonie fit sur Maximilien de Sully, une

impression profonde. Le lendemain, il vint en offrir les premiers fruits à son précepteur, en lui présentant les résolutions qu'il avait prises la veille. Ces résolutions, que M. de Simony conserva précieusement, montrent que son jeune élève ne se dissimulait aucun de ses défauts , et qu'à cette connaissance si rare pour son âge, il joignait un vif désir de s'en corriger, une foi simple, une piété sincère, une vive horreur du mal et un grand amour de la vérité. M. de Simony voulut lui marquer à son tour sa reconnaissance et son affection par cette lettre où il mêle sagement les avis aux félicitations.

(( Je bénis Dieu, mon cher ami, des bonnes résolutions qu'il vous a inspirées, et auxquelles j'espère, qu'avec sa grâce, vous serez fidèle. Vous vous souviendrez, mon enfant, que c'est sans trouble et dans la paix, qu'il faut servir le Seigneur : son joug est doux et son fardeau est léger. Pour lui être agréable, il ne faut ni contention d'esprit, ni crainte servile. Beaucoup de simplicité et une bonne volonté parfaite, voilà tout ce qu'il demande de vous. Si donc il vous arrive quelquefois de manquer à vos bonnes résolutions, ne vous effrayez point ; gardez- vous de croire pour cela que vous ayez perdu le fruit de vos efforts précédents; contentez- vous de vous humilier de votre faiblesse et de votre légèreté ; revenez ensuite avec plus de courage à la pratique de votre règlement. Vous avez en effet à craindre le découragement. Si vous trouvez pénible d'être assujetti à une règle que vous vous êtes imposée à vous-même, souvenez-vous qu'en l'accomplissant c'est la loi de Dieu que vous accomplissez, puisque les devoirs que vous vous êtes

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prescrite sont ceax que la foi voas dicte et auxquels tout homme vraiment sage et honnête doit être fidèle toQte sa vie.

» Gomme vous n'avez pas d'ami plus tendre et plus affectionné qoe moi, je vous invite, lorsque vous vous sentirez moins de force pour accomplir votre règlemeut, de venir déposer dans le sein de Tamitié vos peines et vos dégoûte. Tous puiserez quelque force dans ces communications intimes. On est heureux d'avoir un ami qui nous connaisse bien et qui puisse bien nous faire connaître à nous-mème.

» Après le découragement que vous devez craindre, redoutez aussi les tentations de Tamour-propre. 11 vous persuadera souvent que vous êtes assez raisonnable pour vous conduire d'après vos propres idées ; il vous donnera une certaine confiance en vos forces, ce qui est un écueil bien redoutable et auquel vous succomberiez certeinement si vous ne conserviez pas précieusement cette heureuse simplicité, cette docilité parfaite qui sera votre sauve-garde tant que Dieu vous conservera des guides en qui vous puissiez avoir une entière confiance.

» Vous faites bien, mon enfant, de prendre la résolution de parler peu. Ecoutez les personnes raisonnables, et profitez de ce que vous leur entendez dire de bon. Interrogez quelquefois, mais gardez-vous toujours de prendre un ton confiant et décisif; la modestie est la vertu de tous les âges, mais elle fait surtout rornemeut du vôtre. Elle donnera du prix à vos paroles et les fera recevoir avec intérêt. Un ton tranchant est révoltant dans l'homme fait, et ridicule dans la jeunesse.

56 YIE DE MOKSEUlfEUR DE SIHONT.

» Àcooutumez-voas de bonne heure à ne point sentir vivement les contrariétés auxquelles il est im-* possible qu'on ne soit à chaque instant exposé. Vous avez C/Outume, dans les occasions où vous en ressentez, de ne convenir de rien, de disputer sur le mot le plus indifférent, sur les circonstances les plus minutieuses, et vous interprétez alors à votre désavantage tout ce qu'on dit même de moins fâcheux pour vous; vous cherchez à prouver uniquement que vous avez droit de vous plaindre, et peu vous importe alors que vous n'obteniez point ce que vous désiriez, pourvu que vous satisfassiez votre amour-propre en montrant que vous aviez lieu d'être mécontent. Vous pensez à vous exclusivement, et n'êtes obligeant à l'égard des autres qu'autant qu'il ne vous en coûte rien. Si un service à rendre à autrui s'oppose à votre désir, vous ne le rendez pas ou ne le rendez que de mauvaise grâce; vous n'êtes point prévenant surtout lorsque vous avez quelque sujet d'être occupé de vous.

» Mais recueil le plus dangereux que vous ayez à craindre, ce sont les mauvaises sociétés. Avec un ca* ractère facile comme le vôtre, vous devez craindre de vous livrer trop aisément. Faites-vous des principes sûrs d'après lesquels vous puissiez juger les hommes. Ne donnez votre confiance qu'à ceux que vous connaissez déjà pour être de fidèles serviteurs de Dieu, ou à ceux que la pratique constante des vertus, la fidélité aux devoirs de l'honnête homme et du chrétien, rendront dignes de votre estime. En général, défiez-< vous des maximes que vous entendez débiter dans le monde, des exemples que vous y trouverez. Souvent des personnes qui ont une réputation de vertu mettent

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