‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 33 sur 118 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

rences. De mèmOy quand voas aurez reconna qu'un objet est digne de votre estime, poussez votre cœur à Paimer en proportion du mérite réel que vous y avez reconnu. Je ne vous donne pas c^, très-cher ami, comme une vertu dont Tacquisition soit aisée et à la portée de vos seules forces. Devenir ainsi maître de soi-même et acquérir cette vraie liberté, qui est, je puis bien le dire, le bien le plus précieux, puisqu'il est la source de tous les autres, ne peut être que Touvrage de la grâce, secondée par des efforts multipliés. 11 faut s'essayer fréquemment à se surmonter soi-même, et par de petites victoires dans les occasions les moins importantes ; prendre petit à petit sur soi cet ascendant et cet empire qui fait qu'un homme sensé peut se rendre raison de chacune de ses actions, et voir distinctement le but auquel elles tendent et le bien qui doit en résulter. La perfection de cette vertu n'est point, je l'avoue, à la portée de chaque homme, mais c'est vers elle qu'il doit tendre sans cesse comme vers la perfection de l'homme et du chrétien : perfection que Jésus-Christ nous commande par ces paroles : Que celui qui veut être parfait porte sa croix et me suive.

» Telle est la vraie philosophie, car il en est une, la seule digne de porter ce nom, philosophie toute renfermée dans la religion et qui consiste dans la connaissance de Dieu, dans l'amour qui en est la conséquence, et enfin dans cette liberté de faire le bien dont on jouit à proportion qu'on a soumis ses passions par les efforts d'une volonté efficace, déterminée et soutenue par la grâce. r>

Pour exciter dans le cœur de son élève un vif désir

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de €ette vraie liberté, M. de Simony lui môD(r9 les biens qu'dle procore, les mftus qu'elle fait évicer, les règles de conduite qu'elle fait suivre. « Si tons vos efforts tendent aiifti à acquérir cet empire sur vousmême, si nécessaire à qui veut être sûrement et soli* dément vertueux, te premier fruit, et un des pli» précieux que vous retirerei, sera un amour exclusif de la vérité. Ce qui s'eppose en nous au règne de la vérité est ce malheureux amour-propre qui, comme une racine maudite, ne produit que des fruits gâtés el qui infecte jusqu'à nos penchants les plus nobles. C'est lui qui fait de chacun un centre auquel 3 vent tout ramener; et il n'y a pas jusqu'à Pinflexible vérité qu'il désirerait faire plier à son gré. Heureux qui s'efforoe de bonne heure de le soumettre et qui, s'il ne peut le déraciner, ne laisse à aucun de ses rejetons le temps de prendre de la vigueur et de la consistance ! C'est cependant là le soin auquel les hommes se livrent le moras ; aussi les, voit-on sans cesse divisés, toujours attaquant et toujours attaqués, du reste ne sachant jamais céder* La vérité est une, et on dirait, au speot^le de contradiction que donne le monde, qu'il y ea a autant d'opposées qu'il y a d'individus qui le composent. On discute, mais est«ce pour voir ck quel côté se trouve la vérité? Non, c'est pour faire triompher son opinion; on n'a point d'oreilles pour les raisoiâ qui appuyent le sentiment contraire, point d'intelligeffee pour les comprendre. On les combat par les plus mauvais et souvent par les plus ridicules raisonnements. Si la réplique manque enfin, on se tait, mais on ne se rend pas, et on aime mieux se donner pour m esprit faux, eu enoeurîr le reproche de mauvaise

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foi H9t d'avouer qu'on s'est Irootpé. €'est bien pis encore dans tous les points qui touchent l'intérêt personnel. La cupidité et les passions aveuf^ent Tesprit, on ne voit, on a'entend plus rien que ce qui leur est favorable, et on travestit la justice de son mieux, afin de pouvoir l'inviMpier jusque dans ses plus injectes désirs.

» La punition la plus prochaine qui suit ce mépris de la vérité, c'est qu'après nous être trompés nousméme^ volontairement, nous nous faisons une telle kabiktde de notre erreur que l'esprit finit par la prendre opiniâtrén^nt pour ta vérité. Ce n'est pas que (»Ue-K;i perde jaiùais tousses droits ; non, l'homme le plus séduit c<»viendra volontiers des vérités géné^ raies et les «uivfa même dans leurs conséquences, tant qu'elles n'en viendront pas au point de contrarier ses goûts, ses habitudes, ses préjugés; qui est-ce, par exemple, qui ne convient pas en général qu'il peut se tromper, qu'il peut faillir? Mais combien peu confessent qu'ils ont erré, ou avouent une fante de^ bonne foi !

» Quant à vous, cher ami, décidé que vous serez à n'être soumis qu'à la raison et à aimer la vérité aux dépens de l'amour-propre :

» 4^ Ne jugez rien d'après les apparences, cherchez toujours à pénétrer le fond* Par exemple : la figure du monde est briUanle, mais voyez oomme bientôt elle est passée; la jouissance des plaisirs nous promet le bonheur, maki ce bonheur ne dure qu'un instant; mais ce bonheur est l'écueil de la vertu et la cause de tous leis vices. Les jugements des hommes sont redoutaUes et imposent te respect humain; mais ils sont rarement fondés sur la vérité, et l'homme vertueux et

seosé ne peut balancer entre la raison du monde variable, comme les passions, et la raison éterndle qui nous jugera. C'est ainsi que vous pèserez dans la balance d'une raison saine et d'un cœur droit ce que tant d'autres admirent, recherchent ou rejettent sur la simple apparence et que vous ne vous déciderez qu'en faveur du bien réel et que contre le mal véritable.

» 2® N'admettez rien par préjugé ou par passion; mais avant d'affirmer, examinez de près, pesez, dis* cutez les preuves contradictoires et suspendez votre jugement jusqu'à ce que vous ayez reconnu clairement la vérité; vous accoutumant à distinguer soigneusement ce qui n'est que pt*obable d'avec ce qui est certain. Ecoutez, combien peu le savent faire! Ecoutez, car le plus savant ignore bien des choses, et le plus sage çst encore sujet à l'erreur; jugez avec impartialité et sans avoir égard au caractère, aux manières, aux mœurs, aux principes même de la personne, et encore plus à vos dispositions personnelles pour elle, sans oublier cependant que celui qui ne mérite pas l'estime, ne mérite pas la confiance.

» 3** Défiez-vous de vous-même et persuadez-vous que vous êtes sujet à l'erreur; vous le reconnaîtrez au reste d'autant mieux que vous veillerez davantage et de meilleure foi pour ne point vous y exposer.

» 4** Travaillez sans cesse à vous rendre maître de votre volonté pour ne la déterminer jamais que sur les motifs certains de votre plus grand bien. Soyez de bonne foi avec vous-même, et lorsque la raison combat un désir, ne vous payez pas de ces motifs , de ces excuses qu'on se donne à soi-même quand on veut se faire illusion. Ceci arrive plus souvent qu'on ne pense,

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