‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 34 sur 118 · CHAPITRE rx · texte numérisé non relu

CHAPITRE rx

et on ne saurait trop y veiller. Tenez-vous aussi en garde contre ce premier attrait qui aveugle Tesprit et se rend maître du cœur, si on ne Tarrète dès son principe; la passion est fdibleà son commencement, et si on la tient constamment soumise à la raison, elle peut souvent servir d'instrument pour le bien ; mais si on la sert, ou seulement si on la néglige, elle est bient<)t en effervescence, et prenant Tempire, elle soumet toutes nos facultés et obscurcit tout-à-fait la raison.

» 5^ Enfin , sincèrement ami de la vérité, allez la chercher là où les hommes craignent ordinairement de la trouver, je veux dire, au-dedans de vous-même.

» Ce mot me conduit à parler d'un des devoirs les plus étroits qu'un homme sage doive s'imposer, j'entends robligalion de s'étudier soi-même. La curiosité est une espèce de besoin que l'homme s'empresse souvent avec passion de satisfaire, et ce penchant à connaître, Dieu ne l'a pas mis sans dessein dans notre àme. Le malheur est que les hommes se trompent presque toujours sur l'objet qu'ils doivent y donner; et que ceux-là même qui se proposent un bien moins frivole, s'arrêtent à ce qui ne leur devrait servir que de degré pour parvenir à la connaissance de la souveraine vérité. Ils négligent et ce qui leur est le plus près et ce qu'ils ont le plus d'intérêt à connaître : Dieu et leur àme. Non-seulement ils négligent, mais ils craignent cette connaissance. Pourraient-ils, en effet, connaître Dieu et ne pas renoncer pour lui aux objets qui flattent leur orgueil ou captivent leurs sens? Pourraient-ils se chercher sans retrouver au-dedans d'eux-mêmes ce témoin qu'ils redoutent, parce qu'il est si difficile à séduire : la conscience !

82 YIE DE MONSEIGNEUR DE SIMONT.

» Pour vous, mon cher enfant, qui avez commencé .d'apprécier les choses selon leur véritable valeur, Tobjet direct de vos recherches sera toujours Dieu; et persuadé que la vertu est le véritable et l'unique repos de l'homme, vous ne craindrez pas de descendre avec le flambeau de la religion jusque dans les replis les plus cachés de votre cœur, et vous tâcherez de faire pendant votre vie ce que la foi nous dit qu'un juge inexorable fera lui-même après la mort. »

Il n'est personne qui ne convienne de l'importance de connaître Dieu et de se connaître soi-même, mais le moyen de parvenir à cette double connaissance est aussi négligé dans le monde qu'il est inconnu.

« Pour parvenir à cette double fin, continue M. de Simony, la connaissance de Dieu et de soi-même; je vous conseille (et cet avis est peut-être le plus important que je puisse vous donner) de passer à peine un seul jour sans employer au moins quelques courts instants à réfléchir sur la grandeur, la bonté, la justice, la miséricorde de Dieu, en un mot, sur ses divins attributs et sur les preuves qu'il nous a données de son amour, sur sa loi et les moyens de l'accomplir fidèlement; de n'en passer aucun sans jeter au moins quelque regard sur vous-même, pour vous étudier sans cesse, c'est-à-dire pour cherchera connaître vos penchants, vos défauts, vos vertus; vos penchants, pour les déterminer vers le bien; vos défauts, pour vous en corriger; vos vertus, pour vous animer à les perfectionner et remercier celui de qui seul nous les tenons. Telle était la pratique même des philosophes païens; combien donc doit-elle être davantage celle d'un chrétien?

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