CHAPITRE X
les mots de préjugés, fanaiisme, bigo&erie, simplicité, sottise, etc. »
Ce jugement que M. de Simony porte sur les iaconséquences du monde, en matière de religion, paraîtra peut-être sévère, mais il est mérité. £st-ce à dire cependant qu'il faudra se refuser rigoureusement à tous les usages du monde? Non, la religion ne Texige pas, et la prudence conseille quelquefois le contraire; voici seulement dans quelles limites doit se renfermer cette condescendance :
« Cette indépendance du monde, dont je souhaite tant que vous vous fassiez un devoir et un honneur, n'empêchera pas que vous vous assujettissiez raisonnablement à ces usages indifférents auxquels sa frivolité met tant d'importance et qu'un homme sage sait apprécier à leur juste valeur, mais auxquels, pour ne point paraître bizarre, il se soumet autant qu'il n'en résulte aucun déchet dans la règle de ses actions, et toujours avec d'autant plus de liberté, que n'exigeant que bien peu du monde, le monde a au^i bien peu à lui demander. )>
Cette dernière pensée amène le sage p^cepteur à parler à son élève de la vie laborieuse et occupée, et à condamner daus certaines classes et dans certaines personnes ce qu'on serait tenté d'appeler le droit à l'oisiveté.
« Ceci suppose qu'une vie occupée et bien remplie de bonnes œuvres, que l'amour du travail vous aura établi dans cette heureuse assiette dans laquelle on ne sent pas le besoin d'aller décharger sur autrui le pénible fardeau de son existence, et qu'il aura placé en vous-même des ressources toujours prêtes pour
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oecap«r vos mommeM et profiter du letiip«) que pour Tordinaire les personaes d'un certain élai n'abrogeai qu'en le perdant.
"h Le travail «st «n de ces mois qu'en général les personnes riches on seulement aisées ne eroient pas être fait pour elles. BHefi s'incorporent telledieni avec ce qu^elles appellent facultés, moyenS) c'esi^à^-dire aved leur argent) qu^ellei s'imaginent, avec une pièce de mmnnîe dont elles patent la peine de leurs sembla blés, s'acquitter de tout devoir. Elles ne pensent pas d'abord combien il est bonteui: de reoevoir de tous sans rien donner à personne, et de n'avoir d'autre valeur sur la terre que c^le de ses éous; ensuite que quelque Hche, quelque puissant qu'en soit, rien n'exempte de l'obligation que î^im a imposée à tous sans^distinetion de travailler. y>
Mais à quoi doivent s'occuper ceux qui 6'ont besoin de rien, ceux à qui la fortune fournit tout abondamment, et laisse à peine le temps de désirer; le voie! :
« Le plus difficile pour bien des gens est peut-être de savoir à quoi ils doivent s'occuper; mais Dieu ne leur a-t-il pas donné une intelHgence qu'ils peuvent étendre et perfectionner, un cœur qu'ils cfotvent maîtriser et dont ils sont obligés d'étudier les mouvements pour ne pas se laisser égarer? N'ont-'ils pas une religion sublime dans laquelle il leur est permis de creuser sans cesse sous la direction de la foi, pour connaître toujours davantage Dieu dans l'immensité de ses œuvres et la grandeur de ses miséricordes, ennoblir ainsi leur raison en l'élevaôt jusqu'à lui, et échauff&r leur cœur en eontemplamt cette bonté souveraine à qui il ne manque que d'être assez eonnue ponr être
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aimée pdr-dessoB tôal? N'oAt-its pas enfin nolour d*6ux des lartnes à essayer, des malheurs à réparer , des consolations el des secours à disiritraer, etc.? Non, si la mollesse et Findolence ne nous retenaient, le temps seul et le pouvoir nous manqueraient, et non les 05uvres. Nous en rendrons compte un jour de ces œuvres omises, pensons-y bien! »
M. de Simony voyait, dans cette vie de travail, autre chose que l'accomplissement d'un devoir rigoa* reux et indispensable; il voulait qQe«onélèvecomprit bien que là seulement se forme et se dévdoppe cette vigueur de <$aractère, cette fermeté d^àme sans les* quelles il n'y a point de vertu possible* Aussi ebercbe* t-il par tous les moyens à rendre sa volonté indépendante de tons ces besoins imaginaires qui retiennent captifs et qui énervent la plupart des hommes.
« Du reste, poursuit-^il, les avantages que l'on retire d'une vie occupée et laborieuse sont Lnapprécia1[>les, et si je n'en fais pas ici le détail, c'est que je sais que vous les connaissez. H en est un cependant que je ne veux pas passer sous silence : c'est la vigueur de c^^ ractère et la fermeté d'àme qu'on y puise. Vous savei combien est m^isable un esprit léger et inconstant, faible et prêt à renoncer aux meilleurs desseins, lors* que pour les mener à l^ur fin il faut résister à l'amourpropre, au respect humain, à la séduction de l'exemple et de Topinion; eh! quelle force cependant resie-t-il pour soutenir ck pareils combats à œlui que l'oisiveté et la mollesse mettent en présence de ces ennemis, et qu'elies affaiblissent sans cesse en lui faisant de ses goâts, de ses caprices et de sa vanité des tiens dont il ne pent se dégager?
9S TIE DE MONSSIGHEUR DE SIHONY.
» Un moyen également puissant pour acquérir cette fermeté, c'est de se faire un principe et une habitude d'une indépendance entière de ces besoins factices dont on s'entrave aisément et volontiers, dès qu'on jouit de quelque aisance; car facilement on se persuade qu'il n'est aucune commodité à laquelle on doive renoncer dès qu'on a le moyen de se la procurer. On s'incorpore tellement ainsi une foule d'objets étrangers, que sitôt qu'on en est privé on se trouve comme séparé d'un portion de son existence, et de là naît, entre autre maux, un certain malaise qu'on redoute plus que des maux plus grands et auquel,, pour l'éviter, bien des gens ont sacriûé jusqu'à leur vertu.
» Vous rougiriez, j'espère, d'un esclavage aussi honteux ; mais pour ne pas y être exposé, accoutumez-vous par de fréquentes privations à vous rendre indépendant de tout autre besoin que de ceux qui sont attachés nécessairement à la nature. En un mot, essayez et apprenez à vous priver de tout ce dont un homme peut se passer. Sur ce point comme sur tous ceux où il s'agit de constance et de fermeté, n'allez pas chercher bien loin des exemples; souvenez-vous d'un père qui savait si bien que la vraie grandeur est dans la vertu, et la vraie liberté dans l'empire sur tous ses sens et dans l'indépendance de tout ce qui ne sert qu'à les flatter; regardez une mère qui, par sa force d'àme et son oubli total d'elle-même, est autant au-dessus des personnes de son sexe par ses sentiments élevés que par l'excellence de sa raison.
« Pour achever enfin d'acquérir celle fermeté de caractère si désirable, perstiadez-vous tellement que les contradictions et les contrariétés sont le partage
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de Vhomme ici-bas, que vous n'en soyei jamais surpris; c'est le moyen de les supporter avec patience et même de n'en éprouver que le moins possible les désagréments. Ce point est essentiel, car comme il est impossible qu'elles ne soient point fréquentes, si on ne s'est pas formé par la patience à les supporter, elles troublent la paix de l'àme, et rendent moins propres à toutes sortes de biens par la crainte qu'elles inspirent.
» Le fruit d'une vie que vous aurez ainsi rendue supérieure à ces mille entraves qui en arrêtent tant d'autres à chaque pas qu'ils veulent faire dans la vertu, sera de ne pas craindre en homme pusillanime la pratique du bien, de subordonner tout le reste à cet unique objet, en un mot, d'acquérir cette simplicité qui marche avec aisance et droiture dans le chemin de la vertu. »
A ces principes généraux, M. de Simony ajoute quelques règles particulières remarquables par le même esprit de sagesse et d'observation. Ces règles ont pour objet la défiance de soi-même, l'indécision dans les affaires, l'emploi du temps, l'usage des biens de la fortune, le profit qu'on doit tirer du mal, le chois des conseillers.
« Après les différents points que je viens de traiter, dit M. de Simony, il ne me reste plus, cher ami, qu'à vous en rappeler quelques-uns qui sont à la vérité renfermés dans ces premiers, mais qui sont d'un usage si essentiel que je veux vous y faire faire une attention particulière.
» Le premier esl, quelque effort et quelque progrès que vous ayiez pu faire, de conserver cette heureuse