‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 44 sur 118 · CHAPITRE Xt · texte numérisé non relu

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ajperceynoDS-notis de ce qui nous contrarie le plus souvent en eux.

D Commencez donc par excuser dans votre coeur ce que vous voyez de défectueux dans les autres. Vous vous accoutumerez ainsi bientôt, je ne dis pas seulement à le supporter avec patience, mais à en être peu contrarié, et vous vous ferez un caractère de douceur qui attirera sur vous celte bénédiction que Jésus- Christ promet à ceux qui possèdent cette vertu. Nonseulement ceux qui auront à vivre avec vous y trouveront de grands avantages, mais vous vous procurerez la plus douce des jouissances, celle de vous attacher les cœurs.

)) De même que la bonté s'exerce en faisant jouir les autres des biens de toutes sortes que Dieu a mis entre nos mains, elle s'exerce encore en n'enviant pas à autrui le plaisir que nous goûtons nous-mêmes à faire du bien, je veux dire en recevant volontiers et avec reconnaissance les services qu'ils nous peuvent rendre et qu'ils veulent que nous ne devions qu^à leur bon cœur.

» Sans doute, vous ne négligerez pas d'acquitter votre reconnaissance, mais ne la regardez pas comme un poids dont vous aimez à vous décharger. Mesurez-la d'ailleurs, non sur la grandeur du don, mais sur le sentiment dont il est le signe, et qu'un verre d'eau donné avec affection vous soit plus cher que le plus beau présent fait par une main moins amie.

)) Il est encore un point qui semble peu s'allier avec la bonté, et où il est cependant plus nécessaire d'en mettre; c'est le refus. Si nous avons un ïfùn cœur, il doit toujours nous en coûter de ne pouvoir coudes-

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cei^r^ aM 4^ir iégiUme de qui iv^e ce $$Hii; e^ si'U 99l permis de regretter les bieos du inonde, p'est lorsque leur privaiioa nous Me le pouvoir de faire des heureux ; naais en oiéme temps, il est essentiel de savoir refuser ce qui serait au-dessus de nos moyens, ce qui est injuste et ce qui serait nuisible à celui qui demande QU à d'autres, ybomme sage sait veiller sur ses seatimen^ n^éme les plus généreux, et il les rè^e de telle sorte qu'il n'en puisse jamais sortir aucun mal qu'il ait pu prévoir; il refuse dpQe à propos, mais il appelle la l)oi>té, pour adoucir par un ton et dçs manières consolantes ce que toujours un refus porte avec soi d'amertume et de regret. »

M. de Simony parlait à un jeune honune appelé à jouir d'une immense fortune, et d'une positiop supérieure à cell^ de I4 plupart des bommea ; m^is il ne lui faisait eqvisager cette haute positioa qqe <^ma)e une obUgatioa plus pressante de communiquer aux autres les biens dont Dieu l'avait fait dépositaire. Rien de plus élevé que les considérations qu'il lui présente sur la nature et la pratique de la générosité.

« Après la bontéi lui dit-il, rie^ ne convient mieux à un homme à qui un nom et une condition honorables donnent de la considération dans le monde, que la générosité, c'est-à-dire cette noblesse de sentiments qui, nous élevant au-dessus de la cupidité et de l'attache à ce que nous possédons, nous porte sans cesse à communiquer, non pas seulement nos biens, mais encore nos jouissances, à ne pas regarder comme une privation ce que l'on donne, à mettre enfin te»s personnes ave<Q qui nous vivons et d'antres enpore, quand l'occasion raisonnable s'en présente, dans une espèce

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éecommunaulé de ce que noua possédonf, et qui peut être à leur usagt; à donner^ en un mot, et à prêter autant que nos moyens noui^ le permettent, et qu'il n'en résulte pas d'abus.

» Il faut que cette générosité vous aocompagne dans les affaires que vous avez à traiter. Ecartei-en ces iiKjoiétudes , ce tatillonnage , ces manières difficultueus^ qui annoncent l'^prit de cupidité et de lésine; mettez-y autant d'aisance que de droiture; sans deuiSi faites en sorte de n'être pas la proie du premier venu ; que la prodenee règle votre administration , mais aimes que ceux qui traitent avec vous aient leur pari dans les avantages; n'enviez pas au mercenaire quelque léger pro6t; en un mot, gardei^vous de la prodigalité, mais plus encore de la parcimonie. De plus, dans toute aSbire, n'oubliez pas qu'il y a souvent è gagner en c^ant de son droit, et qu'un droit poussé à la rigvtôur est aouveni une véritable injustice. »

Pour peu qu'on ait fréquenté et (^servé le monde, il est facUe de voir que toute son étude est de conserver soigneusement les apparences de la bonté, de la générosité, sans s'occuper beaucoup d'en avoir la réalité; de là vient ce qu'on est convenu d'appeler poliiesse. M. de Simony prend cette politesse du inonde peur ce qu'elle vaut; mais il ne veut pas qu'un homme vertœux s'affranchisse des devoirs qu'elle impose. Gbez lui seulem^t, la politesse des manières ne sera que l'expressioa vraie de la politesse du cceur et la pratique de la charité mise au service des rapports ordinaires de la société.

« Le RKAde, dit M. de Simony, qui connaît tout le

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prix de la bonté et de la générosité a voulu au moins en conserver les dehors sous le nom de politesse, et y a ajouté même une certaine grâce et certaines recherches qui ont à la vérité leur mérite, mais qui sont bien peu de chose auprès de cette franchise, de cette cordialité qui naissent du fond même de la bonté. Le mérite de la politesse consiste en ce qu'étant devenue pour l'amour-propre un devoir impérieux, elle produit au milieu de tant de gens dominés par l'intérêt personnel, l'égoïsme, la cupidité, la haine, la vanité, etc., des égards, des convenances et une réciprocité de légers services qui y conservent au moins l'image de la paix, qui en bannissent et empêchent ces explosions des passions qui feraient de la société un séjour de désordre et de confusion.

)) Que la politesse, qui n'est qu'un masque pour la plupart des gens du monde, ne soit en vous que la bonté même revêtue de ces formes aimables, de ces manières aisées que le monde a perfectionnées avec d'autant plus de soin qu'il se contente en tout de l'extérieur, et que l'homme bien élevé ne doit point négliger, parce qu'elles contribuent à rendre la vertu plus aimable, et qu'elles sont en elles-mêmes une espèce de bienfait par la légère satisfaction qu'elles causent à ceux qui en sont l'objet. Attachez-vous surtout à cette politesse qui n'a pas besoin d'art et d'étude, et qui consiste à être occupé beaucoup des autres et fort peu de soi. Voilà celle avant tout que je veux que vous ayiez : l'usage du monde vous y fera joindre des grâces qui serviront à la parer; mais quant au fond même, c'est à vous-même à vous le donner, et vous y parviendrez par toutes les considérations que je vous

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ai suggérées plus haut. Je vous invite d'autant plus à Pacquérir qu'elle n'est plus guère d'usage, et qu'il semble que la jeunesse, par la haine qu'elle a maintenant pour tout ce qui la gène, et la vieillesse, par une indulgence excessive, conspirent à remplacer la politesse par la grossièreté. J'entre dans quelques détails.

y> D'abord, ne négligez aucun des petits services de société qui sont d'usage; ils ont plusieurs avantages : ils marquent aux uns l'affection, aux autres le respect, aux autres qu'on les considère, à tous qu'on s'occupe d'eux. La justesse d'esprit et ce sentiment des convenances que vous acquerrerez par l'usage, vous donneront le tact nécessaire pour proportionner votre empressement aux différents sentiments qui doivent l'exciter. N'oubliez pas cependant qu'en fait de politesse et d'attention, il vaut mieux pécher par excès que par défaut; évitez néanmoins avec soin ce ton mignard que l'on prend souvent avec les femmes.

» Saluez, sans économie dans le nombre et dans l'étendue des saluts : il ne faut qu'un salut de moins pour désobliger quelquefois quelqu'un sensiblement, et même exciter la haine »

411 TIB DE HONSlIOMBOm DE SIHONT.

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