CHAPITRE XII
da nombre des enfants des sainis, et mus attendes cette vie céleste où toute le^ félicité est en Dlen. Vous écarterez donc, en vous disposant à une union où toiU est grand, si on la considère afec des yeux chrétiens, où tout est vil, si on la considère avec des yeux charnels, toute fin qui ne serait pas digne de Dieu et de sa grâce. Vous vous y préparerez donc en purifiant vos sentiments, en élevant vos mains et votre cœur vers Dieu, et en le priant de vous choisir lui-même une compagne selon son cœur.
« Vous connaissez les motifs qui poussent et dirigent le monde dans l'arrangeaient des mariages; ses vues ne doivent rien avoir de commun avec les vôtres. L'alliance la plus brillante et où l'on comptera le plus d'argent, n'est pas celle qui doit pour cela vous tenter. Vous devez chercher une compagne dont la vertu, fondée sur la religion, soit de la même trempe que la vôtre; une femme dont l'esprit et le cœur n'aient pas été livrés à l'enchantement de la bagatelle, mais à qui une éducation raisonnable et solide ait inspiré Tamour de ses devoirs, le goût d'une vie réglée, en un mot, les heureuses et rares dispositions qui doivent accompagner une bonne mère de famille; une femme enfin dont le caractère puisse sympathiser avec le vôtre; plus raisonnable que spirituelle, dont la société vous promette le délassement après le travail, les consolations au milieu des peines et des tracasseries du monde, un bon conseil dans toutes les circonstances de la vie. Vous ne manquerez pas, sitôt que vous allez paraître dans le monde, de conseillers et de conseillères qui voudront chacun vous pourvoira son gré. Ces conseils viendront tantôt de gens qui veulent que
ItS VIE DE MOlfSElGlfltJft DE SIMONT.
l68 choses s'Arrangent à leor fantaisie; tantôt de gens intéressés et qui, sans apïe tous voas en dontiex/ auront leurs vues, dans le^jnelles vous n'entrerez que comme moyen; tantôt enfin de personnes qui véritablement s'intéresseront à vous, mais qui agiront et conseilleront à la manière dbnt on le fait en général , je veux dire avec précipilation, et comme elles l'ont déjà fait sur tant d'autres points dont vous ave^ été instruit. Mais vous savez près de qui vous êtes sûr de trouver et un cœur tout à vous, et les conseils les plus éclairés; sur qui, en un mot, vous pouvez vous reposer d'un choix dont dépend le bonheur de votre vie. C'est là, c'est près d'une mère dont personne n'apprécie mieux que vous la tendresse et le Jugement, que la confiance vous ramènera toujours.
» Vous ne sauriez, cher ami, vous préparer de trop loin aux devoirs d'un état aussi saint que celui du mariage. En général, en s'y engageant, les jeunet gens n'en considèrent que les agréments; vous vous en représenterez fidèlement les obligations. Songez que, devenu père de famille, ce n'est plus pour vous que vous devez vivre ; que le bonheur temporel et éternel d'une famille repose sur vous. Travaillez donc dès à présent à vous rendre tel que vous puissiez lui servir de modèle en tout. Prévoyez les différents devoirs que vous aurez à remplir, et préparez- vous-y, afin de n'en omettre aucUn. Sitôt que vous vous serez attaché à une compagne par ce lien que rien ne peut rompre que la mort, songez, quelle qu^elle soit, qu'il faudra que vous la rendiez heureuse. J'espère que la recevant des mains de Dieu même, vous la trouverez parée de toutes les vertus et aimable à vos yeux comme elle le
CBÀPtTliB XII. lis
Mra aux yen& de Dieu ; toatefois, si, oe qo'à Dieu ne plaise, ^ous ne iroatiez pas près d'elle les dooceurs d'uae onioA bien assortie, vous n'eu seriez pas moins obligé aux devoirs même qu'elle ne remplirait pas. Mais, sans m'arréter à une idée aussi pénible, je vais mettre sous vos yeux qudques-unes des considérations que vous ne devez jamais perdre de vue.
D Dans toute société bien ordonnée, il faut qu'il y ait un cbef. G^est l'homme dans celle du maria^^ : tel est l'ordre de Dieu ; mais un cket n'est point un maître. Vous aurez le droit de décider, voilà le seul qui vous soit personnel; tout autre, votre femme pourra le revendiquer aussi bien que vous.
^ Commencez donc par la considérer comme la plus dière portion de vous-même. Ne calculez près d'elle ni soins ni marques de tendresse; renoncez totalement à vous-même; accommodez-vous aiTec une complaisance raisonnable à ses goûts, prévenez ses désirs ; en un mot, soins empressés, égards, attentions, services, égalité de caractère, n'épargnez rien pour paraître tous les jours de votre vie également aimable à ses yeux ; et surtout conservez près d'elle ce ton et ces manières qui annoncent l'estime, la considération, je dirai même le respect. Il y a une certaine réserve qui doit régner au milieu de personnes entre lesquelles cependant tout est commun. Cette réserve est plus nécessaire qu'on ne pense, et à l'amitié et à la douceur du commerce le plus familier.
y> Tous ces devoirs seraient bien aisés auprès d'une femme parfaite. Vous en avez un modèle sous les yeax ; mais ne comptez pas trop en trouver facilement une semblable; et pour ne pas être pris au dépourvu,
424 ' YIB DE MONSBlGMEnR DE SIMOlfY.
attendez-vous à rencontrer quelques -défauts; mais aussitôt, songez aux vôtres, à ceux^ dont vous vous êtes corrigé, à ceux dont la racine vit encore au-dedans de vous. Pensez ensuite qu'un mal, quel qu'il soit, s'adoucit toujours par la patience, et que si vous devez supporter les défauts d'autrui, à combien plus forte raison ceux de la personne qui doit vous être la plus chère. Après oela, cherchez à les corriger; les remèdes, les voici : la prudence, pour saisir le moment et le biais convenable; (^er à propos, faire parier la raison quand on juge qu'elle pourra être écoutée^ savoir attendre du tem{tô et de la patience ce qu'on ne peut obtenir sur-le-champ, tempérer la fermeté par la douceur et par la tendresse. Quant à la voie de l'autorité. Dieu vous garde d'avoir jamais à y songer. 11 n'y a que la voi6 impérieuse du devoir, dans un cas d'une extrême importance, et lorsque les voies de patience et de douceur auraient été épuisées, qui puisse forcer à y recourir. »
Aux devoirs de l'époux, succèdent ceux du père de famille et du maître de maison. On retrouvera ici c«t esprit de modération, de douceur, de sage réserve et surtout d'indulgence dont M. de Simouy a constamment fait preuve à l'égard de ceux qui composaient sa maison.
« Ces devoirs si doux à remplir ne font que la plus petite partie de ceux qui sont imposés à un chef de famille. Dieu, en effet, bénira peut-être votre union en couronnant votre table de nombreux rejetons; quels soins ne faudra -t-il pas pour les faire croître dans la piété et dans la justice, pour les rendre aimables devant Dieu et devant les hommes. Vous aurez des
GBAPITIIK XII. 496
domestiques, ce sont encore d'autres enfants dont vous répondrez également devant Dieu, Âme pour Âme. Employez donc tous vos soins à composer et à régler votre maison, de telle sorte qu'elle soit le séjour de la paix et de la vertu. Apportez de grandes précautions à choisir ceux que vous devez admettre; tÂdhez que le nombre en soit aussi petit que possible ; le choix en sera plus aisé et les chances du mal seront moins nombreuses.... Ne vous laissez pas surprendre dans le choix aux agréments extérieurs, mais préférez toujours les qualités de TÂme à celles du corps; songez aux désordres qu'une personne sans mœurs peut faire entrer dans une maison.
» Que votre vie soit telle qu'elle soit un modèle pour tout ce qui vous entoure. Cachez vos défauts, s'il vous en reste; vous y êtes obligé pour ne pas les rendre contagieux. En un mot, prêchez d'exemple plus que par vos difcours; ne négligez cependant pas d'instruire à propos ceux qui en ont besoin.
» Joignez à cela une exacte surveillance; la semence du vice est partout, et il est de la charité autant que de la prudence, d'empêcher qu'elle ne germe, et de prévenir les fautes, plutôt que d'avoir à les punir. Il y a d'ailleurs des abus qui semblent légers dans le principe et qui, en vieillissant, entraînent les plus funestes conséquences; au reste, si la surveillance doit être exacte, elle doit être exercée de manière à ce qu'elle ne soit ni odieuse, ni à charge. Que chacun soit bien persuadé d'abord de l'estime que vous faites de lui personnellement, et ensuite que le caprice et'l'humeur n'entrent jamais pour rien dans la règle que vousMmposez. Il faut que le ton amical et bienveillant
4t6 VIE DE VOHSfelAKCtt I^K 8IV0NT.
accompagne toujours vos commandements et tos ré» prîmandes pour les adoucir.
1^ Etudiez- vous de bonne heure à ce ton de douceur qui n'est nullement opposé à la fermeté, mais qui lui ôte ce qu'elle peut avoir de dur et de choquant. Accoutumez-vous à mesurer et à adoucir vos termes en toute occasion, et à ménager l'amour-propre des autres, tout en cherchant à vous dégager de celui qui vit en vous.
» Plus vous pratiquerez les hommes, plus voua vous serez étudié vous-même, et plufi vous reconnaîtrez la faiblesse de notre nature et combien nous sommes enclins au mal. Vous ne serez donc pas étonné si des enfants, si des domestiques manquent souvent. Il y à des fautes de pure fragilité, il y en a qui viennent de mauvaise volonté; il faut faire apercevoir les premières, afin de corriger l'inattention, et ne faire usage de sévérité que pour les autres. Avant de reprendre en quoi que ce soit, il faut bien s'assurer de ce qu'il y a vraiment de répréhensible, et surtout se surveiller soi-'méme de très-près, pour ne jamais reprendre que de Sang-froid et ne céder jamais à la contrariété et à l'impatience qu'occasionnent certains manquements qui, légers en soi, nous sont quelquefois très-désagréables. Ceci est d'une plus grande Conséquence qu'on ne pense, surtout vis-à-vis des enfants. Un reproche feit mal à propos, ou avec ]^us de vivacité que ne le mérite la faute, replace le tort du côté de celui qui le reprend, et fait perdre leur autorité à des réprimandes plus justes.
« n ne fatit point importuner par des reproches fréqfuents et par des plaintes inutiles. Un enfant, un domestique, est maladroit; à chaque gacnlrerie on le
CHAPTTEX XII. 4S7
boQire; il «si peu iotelligent, sans cesse on lui reproche sa sottise; il a quelques défauts de caractère rachetés par de bonnes qualités ; au lieu de l'avertir avec bonté et dans Tinstant favorable, ao lieu de lui éviter des occasions de chute, on se plaint sans cesse, on le pousse à bout, on le menace inconsidérément. Rien ne diminue davantage Taffeotioa et ne compromet plus l'autorité, si ce n'est cependant l^s reproches faits avec amertume, avec empire, accompagnés de paroles de dédain et d'un ton propre à les humilier. Mais ceux-ci vous les éviterez facilement, si vous vous pénétres bien de ce principe : que jamais vous ne deves faire un reproche à qui que ce soit, pour vous satisfaire ea cédant à la colère ou seulement à l'émotion, mais uniquement dans la vue de lui être utile.
y> Un moyen sur de ne négliger aucun des égards qui se doivent aux personnes dont la condition est de servir, c'est de penser mûrement à tout ce que leur état a de pénible et d'humiliant, et ce que nous aurions nous-mêmes à y souffrir s'il eût plu à Dieu de nous y placer. Considérons combien notre amour-propre, combien notre humetir eu souffrirait, et quels fonds de patience et d'abandon de nous-mêmes il nous faudrait pour supporter l'état de dépendance journalière, propre à Tétat de serviteur.
» La bonté M la cordialité, accompagnées d'une certaine réserve nécessaire près de ceux à qui une éducation soignée n'a pas donné le tact des convenances, ne fera aucun tort au respect que vous devront des inférieurs : premièrement, si une conduite irréprochable et des discours toujours sensés vous ooncHient leur estime; deuxièmement, si vous savez écouter
198 YIB DE MOMSBltiNBUIl DE SIVONT.
leurs remontrances et leurs observations, sans cepen^ dant discuter avec eux; troisièmement, si vos volontés étant toujours justes, vous êtes ferme à exiger ce qui est important; et habile à céder, sans paraître le faire quand une indulgence raisonnable doit vous y engager. »
M. de Simony ne fait, pour le moment, que poser les principes de Téducation des enfants ; mais dans ce court exposé se trouve tout le secret de la méthode qui lui avait si bien réussi près de son jeune élève.
a Je ne dirai qu'un seul mot sur une matière inépuisable : Féducation des enfants. Celle que vous destinez aux vôtres, si Dieu vous en accorde, ne sera sûrement point celle qu'on appelle bonne dans le monde : c'est-à-dire qui est toute occupée de Part et des moyens de réussir, et de jouir, comme on dit, de la vie. Votre premier but, celui dans lequel vous renfermez tous les autres, sera d'en faire de véritables et parfaits chrétiens et de perpétuer en eux l'héritage des enfants de Dieu. C'est à ce point que vous rame* nerez toutes vos vues, que vous subordonnerez tous vos moyens. Vous n'imaginerez point, comme on se le persuade aujourd'hui, que la meilleure éducation est celle que l'on prend au milieu des plaisirs et de la vanité; vous penserez au contraire que c'est toujours trop tôt que l'on perd cette heureuse simplicité d'une enfance élevée dans la modestie, et qu'une jeunesse lancée au milieu des écueils, avant d'avoir acquis toute la vigueur de la vertu, est pour l'ordinaire une jeunesse perdue.
» Toute l'éducation roule sur deux points essentiels: premièrement, faire contracter aux enfants l'habitude